Assis sur le sol, adossé à son lit, Yûgi chantait tout en s'accompagnant à la guitare. Son compagnon qui était allongé sur le lit balançait son pied au rythme entraînant de la mélodie et manifesta son mécontentement lorsque que la musique s'arrêta

— Déjà ?

— Je te torture assez avec mes chansons depuis une bonne heure. D'ailleurs, tu es de bonne humeur depuis vendredi, remarqua Yûgi qui lui souriait.

— Ah ? Tu trouves ?

— Oui, d'habitude tu ne souris pas autant… C'est parce que c'est la saint-valentin demain ?

— C'est la saint-valentin demain ? Oh bon sang ! j'avais oublié ! je dois passer un appel à mon oncle, dit Mao qui quitta la chambre.

— Qu'est-ce que son oncle a à voir avec la saint-valentin ? se demanda Yûgi intrigué qui regardait son ami quitter la pièce.

Mao descendit les escaliers et vit Sugoroku en train de se préparer pour partir. Il était rare que le vieil homme sorte le dimanche, surtout sur son 31.

— Tu vas où ? demanda Mao.

— Hein ! Voir des amis, hé hé… ricana-t-il en changeant rapidement de sujet. Tu es de bonne humeur…

— Je sais, bonne soirée « grand-père ».

— Merci mon « grand » !

— N'embête pas trop les gogos danseuses.

— Oui papa… soupira Sugoroku en quittant la maison.

Mao soupira et passa son appel auprès de Karim. Ils discutèrent une bonne heure, et son sourire s'effaça progressivement.

— Je suis désolé de briser l'ambiance.

— Ce n'est pas ta faute, il devait revenir un jour ou l'autre… mais j'aurais préféré que ça soit le plus tard possible, soupira Mao.

— Fais attention, on a senti sa présence proche de toi… le prévint-il. Les autres arrivent en ville dans la semaine pour te soutenir.

— Merci et désolé pour tout… souffla Mao.

— Ce n'est rien… Ah oui ! tu vas recevoir bientôt ton colis. Tu pourras l'offrir au bon moment, de quoi être heureux.

— Karim !

— Je sais que tu es un cœur en sucre quand ça concerne Hedj, tu as toujours été comme ça depuis des années !

Mao lui raccrocha au nez, car il savait que son ami pouvait passer des heures à citer des exemples. Il avait horreur de ça, surtout quand il s'agissait de parler de son côté tendre. C'était cette faiblesse qui lui avait fait commettre des horreurs et des erreurs… il détestait cette faiblesse en lui.


C'était le jour de la saint-valentin, tous les garçons étaient impatients de recevoir leur présent. Pour Jôno-Uchi, chaque pause était une occasion de jeter un coup d'œil dans son casier. Il souhaitait cette année recevoir des chocolats de la part des jeunes filles de l'école.

— Pourquoi j'ai rien ? Je suis pas si moche comme type ! se plaignit le blond.

— Non, répondit Yûgi adossé contre les casiers en train de manger ses chocolats. Je ne te trouve pas moche…

— Mais va-y tu en as eu plein toi !

— Je n'ai rien eu non plus, c'est la part de Mao. Il les aurait mis à la poubelle sinon.

— Il te gâte beaucoup « ton Mao », râla Jôno-Uchi qui regardait avec jalousie les présents de son ami.

— Hum, ouais, affirma-t-il en mangeant. Enfin, on peut aller en classe ou tu comptes attendre tes chocolats ?

— Allons-y… soupira Jôno-Uchi déçu.

Caché derrière les casiers, Mao les regardait partir, il se dirigea vers celui de Yûgi pour faire son inspection quotidienne. Mais un malotru avait déjà son nez à l'intérieur, Kokurano, en train de mettre des lettres et des roses.

Tiens donc, monsieur « avenir »… le créateur de prédiction. Comme l'avait dit Yûgi… ce n'est que de la mise en scène.

Mao se focalisa sur celui-ci et put entendre le cher Kokurano marmonner.

— Comment ose-t-il ignorer mes lettres ! Pourquoi me tourne-t-il en ridicule ! Je suis le Grand Kokurano ! Je sais tout… Non mais !

Il emplit le casier de divers objets, puis Kokurano s'en alla. Mais l'aura que dégageait ce garçon attisa la curiosité de Mao qui se fondit dans l'ombre pour le suivre. Désormais invisible de tous, il épiait le moindre geste de Kokurano. Ce garçon était une vraie commère, il s'immisçait dans la vie privée de tout ses camarades et prenait des notes dans un carnet. Une manière d'agir que Mao trouvait ridicule.

Parfois pris sur le fait, il se faisait malmener par les autres. Bousculé, insulté, il s'enfuyait à chaque fois dent et poings serrés. Certains peu violents le giflaient simplement, tandis que d'autres n'avaient aucune retenue dans la cruauté…

— Espèce d'enfoiré ! Tu l'as pas vu venir celui-là ! éructa un troisième année qui lui donna un coup de genou dans l'estomac avant de lui cracher au visage.

Kokurano chuta sur le sol, son assaillant se pencha et lui décocha un violent coup de poing dans la mâchoire, ce qui le fit tressaillir.

— Ça suffit ! Laisse-moi un bout !

— Bah non couillon ! Les cours vont commencer ! On trace !

Seul, gisant au sol, il pestait amèrement contre ses camarades qui lui infligeaient diverses brimades.

Mais ce qui inquiétait Mao, c'était l'aura que dégageait Kokurano, elle était malsaine. Rien de bien alarmant, toutefois, il devrait surveiller son évolution. Car tout esprit peut sombrer au point de devenir incontrôlable.

Le temps avait semblé s'accélérer, Mao se hâta vers le casier de son compagnon pour le vider de ses détritus et retourna en classe avant que la sonnerie ne retentisse. Passant par les couloirs, il put voir Anzu en train de guetter à la porte.

— Anzu ?

— AH ! Mao… tu m'as fait peur…

— Hum… Tu veux donner des chocolats à Yûgi ? remarqua le garçon.

— Ah euh… oui… mais j'ose pas devant tout le monde et si je le mets dans son casier…

— Je te conseille d'aller lui donner un main-propre… Affronte tes peurs, lui dit Mao qui cheminait jusqu'à son pupitre.

Il vit la jeune fille renoncer et retourner à sa place en soupirant. Mao ne comprenait pas pourquoi elle avait une telle réaction. Il y avait rien de honteux à exprimer ses sentiments.

À sa table, d'Anzu fut rejointe par son amie Miho toute souriante qui lui tapota le dos.

— Tu as mauvaise mine ma Anzu…

— Ah ? Ah bon…

— Si tu allais voir Kokurano ! Il va te dire si ton prince charmant acceptera ton amour !

— Je n'y crois pas à ses divinations ! Que de la mise en scène ou des tours de passe-passe !

— Ah ! Tiens ! Une boite de chocolats ! C'est pour « tu sais qui ? »

La tête basse, Anzu ne répondit pas. Elle avait peur de ce qui se pourrait se passer si Yûgi connaissait ses sentiments pour lui. Il serait sans doute écœuré… ou pire. Elle avait encore espoir que tout change, mais il faudrait d'abord qu'elle réussisse à regagner son amitié.

Elle sentit soudainement la présence de son amie s'éloigner, elle leva les yeux et la vit slalomer à toute vitesse entre les bureaux pour « livrer » la boite de chocolats. Anzu n'eut le temps que de la maudire, les poings serrés.

Miho… tu vas le payer !

Son ami se présenta devant Yûgi toute souriante, elle manqua presque de trébucher devant le garçon, qui la regardait avec curiosité.

— Bonjour Miho.

— Coucou Yûgi, tu es mignon ! On doit te le dire souvent !

— Euh… ahah… euh… que me vaut ta visite ?

— Livraison de Miho express ! lui dit-elle en lui donnant la boite de chocolats. De la part d'Anzu !

Yûgi prit de manière hésitante son présent et remercia doucement Miho qui fila une fois sa mission accomplie. Elle voulut rejoindre Anzu, mais vu le regard noir que celle-ci lui jeta, elle préféra faire demi tour et se rendre directement à sa place.

Anzu ne savait plus où se mettre, ses pensées se bousculaient dans sa tête et son cœur battait la chamade. Elle jeta un coup d'œil furtif à Yûgi et remarqua qu'il était troublé également. Leurs regards se croisèrent un instant, ce fut suffisant pour rendre son visage rouge pivoine. Elle voulait s'en décrocher, mais elle n'y parvenait pas contrairement à lui qui revint à ses occupations.

La tension redescendit, elle avait désormais un sourire dessiner sur son visage. Ses doutes écartés, elle se sentit légère jusqu'à la fin de la journée.

La sonnerie retentit et le lycée se vida de ses élèves. Yûgi se dirigea à pas dansant vers le casier de Miho pour y déposer la dernière lettre. Enfin libéré de cette corvée, il fredonnait joyeusement et s'apprêtait à rentrer chez lui. Il était seul en cette fin de journée, car Mao et de Jôno-Uchi étaient occupés.

Toujours enthousiaste, il chantonnait presque. Il recula du casier et tomba nez à nez avec Kokurano qui était debout, les bras ballants. Yûgi pencha la tête sur le côté et remarqua les yeux globuleux et vides du garçon. Il secoua sa main devant le visage de celui-ci, claqua plusieurs fois des doigts, mais rien…

— Allô ? Kokurano ? La terre appelle Kokurano… appela Yûgi en agitant ses mains devant le visage du garçon afin de le ramener à lui.

Aucune réaction…

Yûgi, lassé, préféra s'en aller, il n'avait aucune envie de rester planté devant un légume toute la soirée, alors il passa son chemin…

Soudainement, Kokurano agrippa fortement son poignet… il ressentit aussitôt une douleur insupportable dans le bras. D'un mouvement brusque, il recula et se frictionna vivement le bras dans l'espoir de soulager la douleur persistante.

Kokurano avait maintenant un sourire malsain… Yûgi frissonna violemment, et prit la fuite sans se retourner.


La porte d'entrée franchie, il fut accueilli par son grand-père qui réclamait le menu du dîner. Mais en voyant l'état de son petit-fils, il fut aussitôt inquiet.

— Yûgi ? ça va mon garçon ? demanda le vieil homme qui s'approcha. Tu t'es fais mal ?

— Ça va grand-père, ça va ! le rassura-t-il de quelques moulinets de poignet en grimaçant.

— Va te reposer, je m'occupe du dîner.

Grimpant les marches d'escalier d'un pas traînant, Yûgi se dirigea vers la salle de bain et s'examina plus en détail. Couvert de sueur, son cœur qui battait à tout rompre s'était stabilisé. La douleur était toujours présente, toutefois elle s'était amoindrie. Cette douleur était similaire à celle de ses vieux cauchemars, ce qui lui rappelait de mauvais souvenirs.

En ville, Mao était sur le toit d'un immeuble à regarder l'horizon. Toujours à ses côtés, la présence de Shadi qui faisait de même.

— Le puzzle est terminé ?

— Non, pas encore. L'envie n'y est pas… soupira Mao. Je sais… je dois faire vite, il est de retour.

— Oui, les dieux sont avec vous…

— Si tu le dis Shadi…

Après avoir échangé un sourire complice, l'homme disparut. Mao qui regardait les étoiles quelques instants avant se décida à rentrer. Il prit donc le chemin de la maison en contemplant le paysage comme le faisait son compagnon. Il n'y avait rien de particulier à voir et il avait du mal à comprendre pourquoi le regard de Yûgi se posait sur de telles choses insignifiantes. On distinguait juste quelques arbres et des fleurs parmi cet environnement urbain…

Arrivé à son domicile, il sentit une aura désagréable qui l'inquiéta immédiatement. Il monta les escaliers quatre à quatre et entra brusquement dans la chambre de Yûgi. Son compagnon n'eut pas le temps de réagir qu'il l'examinait déjà avec attention.

— Mao ! Qu'est qui se passe ? Tu me chatouilles ! rigola Yûgi qui se faisait palper de partout.

— Tu as rencontré quelqu'un en chemin ? demanda-t-il en massant le bras de Yûgi qui grimaçait de douleur.

— Juste Kokurano… il était bizarre…

— Hum… je vois…

Pensif, Mao continuait à masser le bras de son compagnon, il sentait l'aura se propager et il ignorait comment s'en débarrasser pour le moment. Il ne savait que chasser le mal de manière abrupte.

Plus tard dans la soirée, le grand-père et Mao étaient dans le salon. Pas encore couchés, tous deux évoquaient les origines du problème. Sugoroku offrit du thé à Mao puis s'assit dans le fauteuil en face du garçon avachi sur le canapé.

— À ce que j'ai compris, Yûgi a été « maudit » ?

— Hum… Vois-tu, chaque être porte en lui une part d'ombre et de lumière. Mais depuis des siècles, comme tu le sais… il est possible de briser cet équilibre et de sombrer totalement dans les ténèbres.

— Et je présume que seul certains individus possèdent ce pouvoir ?

— Oui…

Les deux hommes entendirent Yûgi descendre les escaliers. Il arriva jusqu'à eux et ils virent qu'il n'était pas dans son état normal. Mao déposa sa tasse sur la table et le rejoignit.

— Yûgi ? demanda le grand-père inquiet. Mon garçon ?

L'adolescent ne répondit pas, ignorant les appels de Sugoroku… il sortit de la maison, simplement vêtu de son pyjama et pieds nus. Suivi de Mao qui surveillait son parcours, écartant tout obstacle qui pourrait le blesser, ils longèrent ruelles et petits chemins de terre. Ils marchèrent longtemps, car ils se retrouvèrent dans un parc assez loin de la ville.

Yûgi continuait à marcher, il avait les pieds usés à force de les traîner. Mao ressentit sa douleur quand il le vit marcher sur les gravillons de l'aire de jeux. Ils traversèrent les buissons et se faufilèrent par l'ouverture d'un grillage rouillé… ils accédèrent à une voie ferrée, cachés à la vue de tous.

La zone était éclairée par de rares lampadaires. Mao aperçut plus loin des silhouettes. Dans un espace découvert, il remarqua plusieurs personnes qui étaient dans le même état que Yûgi. À genoux, agglutinés sur les rails, chaque victime se lacérait la chair avec frénésie. Yûgi voulut les rejoindre, mais il se fit arrêter par Mao qui l'assomma.

— Pardonne-moi Yûgi…

— Oh tiens, un fidèle s'est joint à nous… parfait ! annonça joyeusement une voix familière. Oh Mao Amon…

— Kokurano, monsieur « avenir »…

— La ferme ! Je suis le Grand Kokurano ! Je détiens le savoir et le pouvoir ! l'interrompit-il d'une voix qui perdit son charme tout en tapant du pied.

Mao qui protégeait Yûgi surveillait Kokurano d'un œil vif. Le garçon complètement enivré par les ténèbres se délectait du spectacle morbide sous ses yeux. Les filles et garçons qui étaient à genoux à psalmodier des choses incompréhensibles étaient couverts de sang.

— Vous avez tous douté de mes pouvoirs ! Vous m'avez traité comme un moins que rien ! Maintenant, vous m'obéirez tous et vous serez tous n'a mes pieds !

— Oh, non je veux pas être un « n'a mes pieds », plaisanta Mao d'un ton théâtral.

— La ferme ! La ferme ! Tu ne l'ouvriras plus une fois que mes fidèles t'auront déchiqueté comme les autres !

Déchiqueté ? Les autres ? Mao ne comprit pas sur le moment et regarda autour de lui. D'autres individus portant l'uniforme du lycée reposaient dans les buissons… des camarades de classe. La peau en lambeaux, complément défigurés, il était difficile de les reconnaître. Ils étaient sans doute en état de choc ou morts.

Son attention fut détournée soudainement par les autres pantins de Kokurano qui se jetèrent sur lui. Plaqué au sol, toujours calme malgré les quelques griffures reçues aux bras et au visage. Il vrilla ses yeux sur ses assaillants et les figea sur place.

Mao se leva et s'épousseta tout en soupirant, il était heureux que cela eut suffit pour s'en sortir, car sans l'intégralité de ses pouvoirs, il ne pouvait pas faire grand-chose.

— Restez pas sur place bande d'imbéciles ! Attaquez ! ordonna Kokurano en tapant du pied. Tu oses défier le grand Kokurano !

— Oui… à l'épreuve des ombres.

— Bien pleutre ! Je t'éliminerai comme il se doit ! Mon maître m'a tout donné !


Au sein des ténèbres les plus noires, Kokurano fut fasciné par ce subit changement. D'ailleurs l'aura malfaisante du garçon s'était comme volatilisée. Son assurance avait fondu comme neige au soleil, il était maintenant envahi par le doute. Néanmoins, il avait conservé son caractère hautain.

Alors, es-tu prêt ?

Oui, je suis prêt ! quoi qu'il tremblât de tout son être.

Il se retrouva dans une pièce sombre éclairée par de simples bougies, donnant une ambiance lourde et pesante. Une porte apparut devant lui, crasseuse et vieillie… il pouvait décrypter un chiffre sur la porte, le numéro « 0 ».

La voix de Mao résonna depuis ladite pièce, tranchante et froide, elle donnait la chair de poule au pauvre garçon au « grand pouvoir ».

Nous allons voir si ta puissance est capable d'affronter ces épreuves.

Bien évidemment, je sais tout, je vois tout, je suis capable de tout ! Je suis le Grand Kokurano !

La porte s'ouvrit avec un grincement dérangeant. Le garçon fanfaron avança dans cette pièce la tête haute, sans la moindre hésitation. Celle-ci était peu éclairée, mais il continua à avancer. Le sol était spongieux, comme s'il piétinait des restes humains décomposés. En proie à la terreur, il voulut faire demi-tour, mais les membres des cadavres le retenaient, il était agrippé par les jambes. Une brusque montée d'adrénaline, il se précipita sur la porte qu'il tenta d'ouvrir à la volée. Elle était verrouillée, il devrait trouver la clé… mais où était-elle ?

Il avait du mal à réfléchir à cause des gémissements et des cris d'agonie des mort-vivants qui rampaient jusqu'à lui. Pris de spasmes, il avait de la difficulté à respirer et ses yeux n'arrivaient pas à percer à travers la noirceur… il ne savait où chercher la clé.

Le dos épousant complètement la porte scellée, il était complètement désespéré… les créatures approchaient et commençait à s'accrocher à lui. D'autres le griffaient, lui déchiraient la peau, lui hurlaient de partir. Mais il ignorait quoi faire…

Les douleurs devenaient insupportables à cause des longues déchirures sur sa chair… son cœur tambourinait dans sa poitrine et il s'écria de toutes ses forces.

Je ne sais pas comment partir ! Laissez-moi !

La porte s'ouvrit brusquement, le faisant tomber à la renverse. Kokurano s'empressa de s'éloigner de ses horreurs qui essayaient de le rattraper. Heureusement pour lui, la porte se referma aussitôt. Il essaya de se lever, mais ses jambes cédèrent sous lui. Face contre terre, il regarda autour de lui… soulagé, il ne vit rien d'anormal, ni d'horrible.

C'était encore une pièce sombre, quasi identique à la précédente, excepté au niveau du sol. Il n'avait pas encore la force de se lever, donc il prit tout son temps pour récupérer ses forces.

Je suis sorti de cet enfer sans clé ! Mais bon, grâce à mes pouvoirs ? Bien évidemment ! Ça serait dû à quoi d'autre sinon ? pensa Kokurano en se frottant le visage qui lui faisait terriblement mal.

Les mains couvertes de sang, il se leva et eut du mal à rester debout. Il boita jusqu'à la porte numéro deux qui se trouvait devant lui. Kokurano sentit le sol se dérober sous ses pieds, et il pressa le pas. Malgré la douleur, il fit de son mieux pour atteindre la porte, évitant de peu une chute qui lui serait fatale. La porte atteinte, il tourna la poignée à toute vitesse, entra dans la troisième pièce sans se poser de question, puis tomba à genou, à bout de force.

Le pauvre garçon sentit des yeux aiguisés se poser sur lui. Il se retourna et vit Mao qui était assis dans un fauteuil luxueux, les bras et les jambes croisés.

Eh bien, tu as bien souffert… tu voudrais partir ?

Oui, je t'en prie…

Mais avant… Sais-tu comment tu t'en es sorti ? lui demanda Mao qui s'accouda doucement sur son siège.

Comment il était sorti ? Cela était une bonne question, il l'ignorait aussi. Il avait suivi son instinct de survie ? Ou étaient-ce par les pouvoirs que lui avait conféré son maître ?

Il n'en savait rien… il se mit à réfléchir, mais il ne sut quoi répondre.

Hum, vois-tu, il y a deux portes, une sur ma gauche et une sur ma droite… Une d'entre elle te permettra de sortir d'ici. Il te sera facile de partir vu que tu sais tout… lui dit Mao avec un large sourire.

Bien évidemment !

Mensonge, depuis qu'il était arrivé ici, il ne savait rien… les pouvoirs qu'on lui avait offert ne servaient plus à rien. Kokurano ferma les yeux, tenta d'ignorer ses souffrances et pria son maître de l'aider. Il serra les poings, se concentra de son mieux…

Du haut de son fauteuil, Mao regardait le garçon qui restait sur place et sentit l'aura de celui-ci devenir instable.

C'est la porte de gauche ! cria-t-il sûr de lui.

Pourquoi ?

Car mon maître me l'a dit !

Ton maî-

Oui mon maître ! il ne m'a pas abandonné ! je l'ai entendu !

Kokurano avait perdu la raison, la respiration sifflante, les yeux dilatés, ses épreuves l'avaient éreinté. Il rampa jusqu'à la porte sous le regard de Mao qui sifflait joyeusement une mélodie qui lui semblait si lointaine.

Exténué, il eut la plus grande difficulté à ouvrir la porte… il repoussa violemment les battants et s'adossa à la porte. Le bruit d'os cliquetants, des chuchotements suintants le ramenèrent à la réalité : ils étaient là tout autour de lui, leurs mains griffues aux ongles acérés lacéraient sa peau, une puanteur fétide emplissait l'atmosphère. Il poussa un cri déchirant et eut une pensée désespérée vers son maître avant que d'être submergée par la masse immonde… il tomba pour ne pas se relever.

Écoutant les hurlements de Kokurano, Mao se leva de son siège en sifflotant toujours.

Tu aurais dû savoir que j'ai menti… « Le mensonge est mère de la tromperie ».


L'épreuve des ombres terminée, Mao inspecta les victimes qui n'avaient pas bougé depuis tout ce temps. Beaucoup d'entre elles étaient gravement blessées et d'autre avaient perdu la vie.

C'est malheureux pour ces jeunes gens… ils avaient encore toute la vie devant eux,pensa le garçon avec tristesse.

Indifférent, Mao porta Yûgi et laissa le reste des personnes inconscientes sur les lieux.

Après tout, il ne pouvait rien faire de plus pour eux. Il prit alors la route du retour qui fut bien longue pour arriver jusqu'au Kame Game Shop.

À la maison, Mao s'affaira à soigner Yûgi qui était toujours inconscient. L'aura malfaisante qui l'avait envahie avait disparu, néanmoins il devrait être plus vigilant dans l'avenir. Les évènements devenaient de plus en plus dangereux et ses pouvoirs actuels ne pourraient pas faire grand-chose. Il prit le puzzle qui était posé sur le bureau, alla s'allonger à côté de Yûgi et entreprit de terminer celui-ci.

Pensif, il serra les dents et grogna un nom qu'il détestait.

Kura…