Eh eh ! Dernier chapitre des vacances ! Je vous souhaite à tous une excellente rentrée !
En tout cas, voilà pas mal d'action dans ce chapitre et différents personnages entrent en scène !
Bonne lecture !
CHAPITRE VI : POTENTIA, REGERE
Les Shinigami n'avaient pu se permettre de quitter leurs postes pour accompagner les filles voir le concours de cosplay. Ronald avait déclaré que, de toute manière, ils se recroiseraient sûrement à un moment où un autre. Le petit groupe patientait avec le reste des spectateurs, ayant réussi à trouver des places au premier rang.
Le présentateur monta sur scène et commença son discours :
« Pour cette cinquième année de la Japan Expo Sud, nous avons l'immense plaisir d'accueillir une personne un peu particulière comme président du jury. Sûrement connaissez-vous tous Black Butler de Yana Toboso. Peut-être certains d'entre vous savent qu'elle s'est inspirée de personnages historiques pour agrémenter son œuvre, comme la reine Victoria, bien entendu. Cependant, d'autres de ses personnages phares le sont également comme... le vicomte de Druitt qui fut réellement accusé d'être Jack l'Éventreur par un certain inspecteur Aberlaine. Nous avons donc l'immense honneur d'accueillir l'actuel vicomte de Druitt, Warren Redmond Druitt, qui nous fait le plaisir de s'être cosplayé à l'image de son ancêtre dans l'anime de Black Butler ! »
Un jeune homme d'une trentaine d'année monta sur scène. Ses habits d'un blanc immaculé dans le plus pur style victorien mettaient en valeur son beau visage et ses yeux pervenche. Sa belle et soyeuse chevelure blond platine était surmontée du célèbre homard bleu. Avec un sourire avenant, il salua la foule avec de nombreux baisers volants et de grands gestes.
« Quelques mots pour saluer le public ? proposa le présentateur en lui tendant le micro.
-Oh mais avec plaisir mon ami ! Tout d'abord, j'aimerais préciser que je descends du neveu de ce cher Alesteir, Edgar Redmond, que l'on voit à l'école où Ciel Phantomhive enquête dans le manga, car Alesteir n'eut aucun enfant légitime... Mais assez des histoires de famille ! Je suis tellement heureux de me retrouver ici pour la première fois... Si vous saviez comme je suis passionné par la beauté, à l'instar de toute ma famille. Et je peux assurer que nous allons voir des merveilles ! AH ! Si vous aviez vu comme moi dans les coulisses cette magnifique jeune fille qui a revêtu le costume de Galadriel ! Si... belle et sensuelle ! Une reine des Elfes parfaite, une fleur mystérieuse et inaccessible ! Un cygne gracieux, élégant et magique... Sans parler de la merveilleuse princesse Zelda qui est entièrement dans la suggestion de ses sublimes formes. Je ne peux m'empêcher de voir-là une hirondelle, fragile et charmante, mais capable de grandes prouesses... »
Jouait-il son personnage où était-il vraiment comme ça ? La question se posait fortement.
« Mais avant de commencer, je souhaiterais faire un cadeau à ce très cher public que j'aime de tout mon cœur... »
Il se dirigea vers les escaliers de la scène où quelqu'un lui tendit un gigantesque bouquet de roses. Il entreprit alors de lancer les fleurs dans la foule avec d'amples gestes, sautillant gracieusement. A force de sautiller de la sorte, il fit un pas de trop, tomba de son promontoire et s'étala de tout son long au beau milieu de ses roses, son homard basculant sur le visage. Certains se mirent à rire, d'autres, des filles, s'inquiétèrent de son état. Il se releva avec agilité, comme si de rien n'était, rassembla les fleurs en se plaignant des épines et se retrouva nez à nez avec Lou.
« Oh ! Mais... Mais ! Mais quelle vision s'offre à ma vue ! Que voilà de beaux yeux ! Que dis-je ? Des saphirs ! Les plus purs saphirs de Ceylan que je n'ai jamais vu, des joyaux éclatants dans l'écrin délicat qu'est votre visage ! Quel est votre nom, m'amie ? demanda-t-il en lui tendant le micro.
-Euh... Lou.
-Awh ! Un nom simple, court mais si doux à écouter ! Ma très chère, ma très belle Lou ! Veuillez accepter un modeste gage de mon amour... »
Il lui tendit galamment la plus belle rose rouge de son bouquet, sous le regard jaloux de quelques filles.
« Oserais-je vous demander... Oui... J'ose ! Je ne peux laissez passer une si belle perle... Accepteriez-vous un rendez-vous avec moi ?
-Je... Je suis déjà fiancée monsieur... répondit-elle en montrant sa bague.
-Ah ! Quel malheur pour moi ! Mais cela ne m'étonne pas ! J'aurais dû me douter qu'un saphir si parfait était déjà serti... Et vous alors, mignon petit coquelicot ? » fit-il en se tournant vers Emma en faisant référence à son rouge à lèvre.
Lena, Krystal, Aude et Lisa avaient eu le temps et l'espace pour reculer dans la foule afin de ne pas se faire draguer par Druitt et pour rire de leurs amies autant qu'elles pouvaient. Emporté par l'ivresse de ses sentiments, il attrapa la main gauche d'Emma pour lui faire un romantique baise-main. Trop surprise, elle ne réagit jusqu'à ce qu'il se mette à se lamenter à nouveau en voyant une autre bague de fiançailles :
« Mais que vois-je ! Mon coquelicot fiancé également ! Ah, pauvre de moi ! »
Il regarda la seule du groupe qui restait et qui riait de voir ses amies aux prises du vicomte. Clémence arrêta cependant de rigoler quand il pivota vers elle avec un grand sourire.
« Oh, bel oiseau ! Vous tenez vos gants qui ne cachent plus vos doigts où je ne vois aucune bague... Quel est votre nom, flamboyant cardinal rouge ?
-Moi ? Clémence... répondit-elle quand il lui mit le micro sous le nez.
-Quel prénom plein de grâce et si beau de signification ! Très chère Clémence, puis-je espérer de vous autre chose que la cruelle indifférence ?
-Je... Euh... Mon... Mon cœur est pris... » murmura-t-elle.
Tout le monde l'entendit quand même, étant donné qu'elle avait toujours le micro tendu vers elle.
« Oh ! Quel délicieux rougissement assorti à votre chevelure et votre manteau ! Je vois que c'est forcément la douce vérité... C'est tout à fait adorable ! Celui qui a pris votre cœur a bien de la chance. Peut-on savoir son prénom ? »
Comme chaque fois qu'il était question de Ronald, elle perdit tous ses moyens et finit par bafouiller qu'elle ne le savait pas. Krystal éclata de rire et Warren Druitt lui demanda si elle, elle le savait, lui tendant le micro par dessus l'épaule d'Emma.
« Je sais qu'il est blond, ricana-t-elle en s'attirant un regard meurtrier de sa meilleure amie.
-Oh ! Se pourrait-il que se soit moi ? lança l'actuel vicomte avec un sourire aguicheur.
-Blond vénitien, précisa la bleue.
-Et puis, il est écossais ! s'écria Emma en rigolant.
-Ah ! déplora le président du jury d'un ton dramatique. Le charme du Nord et des terres sauvages d'Écosse ! Bien, puisque je vois que les blanches colombes françaises n'ont aucun intérêt pour les homards bleus d'Angleterre, je me retire sur scène ! »
Il remonta ainsi vers le présentateur qui l'attendait d'un air blasé après avoir donné le homard bleu à Clémence dans le but de l'encourager dans sa quête du bonheur, laissant cette dernière rouge de honte et cherchant à se faire la plus petite possible.
« Je vous hais, les filles... grogna-t-elle.
-Ça te fera avancer ta relation avec un certain Écossais blond vénitien dont je ne citerais pas le nom ! rit Emma.
-Tu nous remercieras plus tard ! Et je savais pas que Duncan était écossais, remarqua Krystal.
-Bah avec un prénom pareil, dit la brune en haussant les épaules.
-En même temps... En tout cas, tu les choisis bien, Clém' ! L'Écosse, c'est la classe !
-Je vous hais. » répéta-t-elle.
Le concours de cosplay commença alors. De nombreux personnages défilèrent les uns après les autres. Alors que le vicomte s'extasiait encore sur l'uniforme d'écolière d'une Tohru de Fruits Basket qui venait de sortir et que le présentateur commençait à annoncer qu'ils allaient donner les résultats du concours, des cris retentirent. Plusieurs personnes atterrirent sur scène, venant d'on ne sait où. Grell et Éric, aux prises avec un homme à la longue chevelure argentée. La rousse se jeta sur ce dernier avec sa tronçonneuse en avant, tandis qu'Éric balayait l'air avec sa scie. Leur adversaire n'eut aucun mal à les éviter tous les deux.
Il y eut une slave d'applaudissement. Grell se tourna vers la foule, surprise puis eut un grand sourire avant de saluer le public et évita de peu un long bout de bois.
« Oh ! rit leur ennemi. J'oubliais qu'il ne fallait pas toucher à ton beau visage de jeune fille. J'essaierais de faire plus attention, ma jolie.
-T'as beau être terriblement sexy, tu le seras encore plus quand je t'aurais ensanglanté avec ma Faux !
-Sutcliff, c'est pas le moment de discuter ! répliqua Éric.
-Quelle superbe représentation de Black Butler ! s'exclama Druitt en fond. On s'y croirait presque ! Cette adorable jeune femme toute de rouge vêtue est parfaite dans son rôle... »
Les deux Shinigami décidèrent d'attaquer en même temps. Ne s'étant jamais supportés, ils n'avaient aucune coordination. L'argenté les esquiva à nouveau sans problème et passa derrière eux. Il leur asséna un puissant coup de pied qui les fit tomber à terre l'un sur l'autre, les assommant à moitié.
« Pour des Shinigami envoyés en mission ensemble, vous feriez mieux de vous entraînez à vous battre côte à côte, nota-t-il d'un ton ennuyé. Ou plutôt... Non, vous êtes assez drôles, comme ça. »
Il eut tout juste le temps de se jeter en arrière. La lame d'un élagueur télescopique se planta à quelques centimètres de lui. Il aurait été tué sur le coup en n'esquivant pas ce coup. William sauta sur scène, sous les cris de la foule qui pensait à une mise en scène particulièrement réussi.
« Oh ! Et voilà un autre Shinigami ! fit le vicomte. Ces cosplays n'étaient pas prévus mais sont incroyablement réussis !
-Vraiment... Rire en plein combat... pesta le brun sans avoir écouté un mot du blond. En attendant, vous voilà en état d'arrestation, déclara-t-il froidement.
-Tsss... Ce que tu peux être ennuyant, William... Tu n'as jamais eu le moindre humour et il te faudra m'attraper avant de m'arrêter.
-Un dissident ne me donne jamais envie de rire, Undertaker. »
Un large sourire moqueur se dessina sur les lèvres de l'ancien Faucheur.
Les yeux verts de William s'allumèrent de haine et de mépris. Il ne supportait pas l'idée-même qu'un Dieu de la Mort puisse déserter, abandonner son travail de récolte et de protection des âmes et aller jusqu'à se mêler du déroulement-même de la Vie et de la Mort. Un dissident ne valait certainement pas mieux qu'un Démon.
Le sourire d'Undertaker ne fut que renforcé.
Tout à coup, le brun repassa à l'attaque, rapide comme l'éclair, remplissant d'admiration Druitt. Son élagueur s'allongea. Le fossoyeur l'évita de peu, mais attrapa au passage le manche. Il le tira d'un coup, espérant déséquilibrer William, mais celui-ci s'accrocha à sa Faux et la rétracta d'un coup. Undertaker fut obligé de la lâcher. Le chef de secteur se jeta sur lui, ne lui laissant pas le temps d'esquiver. L'attaque fut parée.
William eut un cri de rage et se jeta en arrière pour éviter la superbe Faux de son ennemi. Son adversaire n'hésita pas à sauter sur lui. Le brun n'eut aucun mal à se protéger de sa propre arme d'un ample geste. Les deux Death Scythes enfoncèrent leurs lames dans le plancher de la scène, faisant pousser un cri au vicomte qui s'enthousiasma sur la réalité du combat, du cœur qu'y mettait les acteurs et de leur parfaite chorégraphie. Il regretta cependant que la jeune femme écarlate soit encore à terre, mais ne désespérait pas de la revoir.
Soudain, sous les acclamations de la foule et de Druitt, deux autres personnes se mêlèrent au combat. Arrivant derrière Undertaker, Ronald et Alan lui tombèrent dessus. Mais le déserteur, les yeux fermés, les évita sans le moindre effort. Le couperet passa au dessus de sa tête et la tondeuse à quelques centimètres de sa joue droite.
« Vous ne m'aurez pas de cette manière ! C'était une bonne tactique, mais pas avec moi. »
Il sauta en l'air, suivi par l'élagueur télescopique qui tenta de le faucher. Alan eut un cri de surprise en sentant la pointe de la lame d'Undertaker passer entre son œil et ses lunettes. Celle-ci lui furent arrachées, sans même le toucher, le mettant hors combat. En relevant sa Faux, le déserteur détourna celle de William. Le vicomte chanta ses louages.
« ALAN ! » s'exclama Éric en se relevant.
Il se précipita vers lui.
« Ça va ?
-Oui... Mes... Mes lunettes... Où sont-elles ? »
Ronald pensa qu'il avait bien fait de se méfier, cette fois-ci... Perdre les siennes sur le Campania lui avait servi de leçon. La tronçonneuse de Grell vrombit tandis que cette dernière se précipitait à nouveau dans la mêlée, accompagnée de William et d'Éric. Druitt, voyant sa rose écarlate à nouveau sur pied, ne put s'empêcher de l'approcher pour l'interviewer et de lui présenter tous ses plus sincères et chaleureux compliments... L'épineuse fleur, dans le feu de l'action, eut le réflexe de pousser avec sa Faux le blond qui lui faisait maints compliments sur sa beauté.
Avant que la Death Scythe ne tranche l'imprudent, une autre se planta dans le sol entre elle et ce dernier. Grell poussa un cri de rage. C'était la deuxième fois qu'Undertaker l'empêchait de trucider un Druitt. Le déserteur prit appui sur son arme et porta un coup de pied au visage de Grell qui l'esquiva. Seule, la rousse paraissait être une bien meilleure combattante. Impulsive et irréfléchie, elle répondait à son instinct et non à une stratégie pré-établie, ce qui était plutôt incompatible avec un combat en groupe. Elle faisait quasiment jeu égal avec Undertaker. Éric se joignit à nouveau au combat, jouant sur son extrême rapidité. Un couteau, lancé par Ronald, écorcha la mâchoire du l'ancien Faucheur alors qu'il esquivait la tondeuse d'un côté et la scie de l'autre. L'argenté fit un haut saut pour éviter l'élagueur de William qui faillit faucher l'Écossais.
Clémence poussa un cri d'horreur et serra par réflexe le homard de Druitt.
« Il faut faire quelque chose ! murmura-t-elle.
-Vous ne pouvez rien faire, si vous intervenez, vous vous ferez tuée ou vous en ferez tué un... »
Emma, Krystal et Clémence se tournèrent vers le Vincent Phantomhive que William et la brune avaient déjà rencontré. Son ton était angoissé et il suivait des yeux le terrible combat avec attention et inquiétude. Son petit frère serrait les dents et fixait les évolutions du déserteur avec un grand intérêt.
« Qui êtes-vous ? demanda Emma.
-Richard, et voici mon frère, Alexander. »
L'aîné se mordit les lèvres jusqu'au sang en voyant Alan attaquer par derrière Undertaker. Mais lorsque le Shinigami allait atteindre le déserteur, il eut un cri de douleur et porta sa main à son cœur en tombant à genoux. Sa Faux tomba à terre. Éric hurla son prénom et sortit de la mêlée, malgré l'invective contraire de William. Il rattrapa son amant avant qu'il ne s'effondre complètement, à moitié évanoui.
« Alan... chuchota-t-il en cherchant dans la poche intérieur de ce dernier. Ça va aller... Je suis là. Tiens bon. Mais putain, où est ce médica... ?! Ah ! »
Il sortit une petite seringue sous vide, prête à l'emploie. Il l'ouvrit et arracha quasiment la chemise d'Alan pour lui injecter le produit au niveau de son cœur. Bientôt, celui qu'il aimait remua légèrement, sans pour autant perdre son expression de souffrance à peine dissimulée. A demi inconscient, il s'accrocha à la chemise d'Éric et cala son visage au creux de son cou.
« É... ric... J... Je...
-Chut, ne dis rien. Tu n'as pas intérêt à retourner au combat ou c'est moi qui te tue... Tu en as trop fait encore. »
Alan eut un faible sourire tandis que le blond le soulevait pour l'éloigner de la lutte. Ce dernier, comme à chaque crise de celui qu'il aimait, paniquait et avait toujours du mal à réagir correctement. Heureusement, il avait toujours le réflexe de lui donner ses médicaments. En revanche, maintenant, il ne savait plus trop quoi faire, tiraillé entre l'envie de protéger Alan et de s'occuper de lui et l'envie de trucider sur place Undertaker qui avait obligé son amant à faire des efforts, ce qui avait donc conduit à une nouvelle crise.
« On le prend en charge si tu veux ! » s'écria alors une voix.
Il baissa les yeux sur Emma qui venait de lui faire la proposition et Lena qui l'avait accompagnée. Les autres profitaient du spectacle, persuadées qu'il s'agissait d'un nouveau cosplay. Quant à Clémence, elle avait les ongles plantés d'angoisse dans le pauvre homard bleu et les yeux rivés sur Ronald. Le monde autour d'elle ne semblait plus exister et elle se mordait les lèvres ou fermait les yeux chaque fois que la Faux d'Undertaker passait à moins de cinquante centimètres de l'Écossais. Éric accepta donc la proposition de la brune et descendit de la scène où le combat continuait. Il allongea Alan qui fit une vaine tentative de protestation. Elle échoua lamentablement, trop faible qu'il était. Éric enleva sa veste et la roula en boule pour élever un peu la tête de son amant.
« Éric... souffla avec difficulté le malade. Je... dois vous... aider...
-Arrête tes conneries, tu vas te reposer. Emma, c'est ça ?
-Oui, répondit celle-ci.
-J'y retourne, prends soin de lui et empêche-le de se lever. »
Il embrassa rapidement le front d'Alan et sauta sur scène, sa Death Scythe en main. Il ne laissa même pas le temps à Emma de lui répliquer qu'elle voulait bien aider, mais elle restait une Humaine et Alan un Shinigami, même malade ! S'il lui prenait l'envie de repartir au milieu de la bataille, elle doutait pouvoir l'en interdire. Mais elle dut se rendre à l'évidence : le Dieu de la Mort était beaucoup trop faible pour ne serait-ce que s'asseoir.
Éric jeta un regard hostile à Undertaker. Il avait envie de le massacrer sur place. Quand il s'agissait d'Alan, il était prêt à tout et le voir dans un tel état de faiblesse le faisait trembler de rage. Les errances de secteur en secteur pour tenter d'attraper le déserteur n'avait pas amélioré les épines de la Mort, coupant Alan de tout suivi sur le long terme. Si un médicament miracle ralentissant l'infection n'avait pas été découvert, il serait mort depuis longtemps...
À cette pensée, Éric redoubla de fureur. Rapide comme l'éclair, il passa derrière Undertaker et allait lui asséner un fulgurant coup de Death Scythe quand un couteau toucha son bras et arrêta net son mouvement, lui arrachant un cri de surprise et de douleur. Éric se retourna, près à apprendre à Ronald à viser, mais une exclamation de dégoût pur, mêlé de haine et de froideur retentit.
« Vous ! »
La voix de William arrêta durant une fraction de seconde le combat et tous se tournèrent vers le nouveau venu, celui qui avait lancé l'arme blanche sur le Shinigami blond.
Un sourire félin, pernicieux et aux canines pointues. Une beauté époustouflante et dangereuse, fatale. Des cheveux d'ébène entourant un visage à la peau laiteuse. Et des yeux d'un rouge sang. Il n'y avait aucun doute.
« Sebas-chan ! s'écria Grell.
-Je vous ai déjà prié en plusieurs siècles de ne pas m'appeler ainsi, nota le Démon d'un ton ennuyé et désabusé.
-Toujours aussi stoïque ! AAAAH ! Que de beaux hommes ici-bas réunis ! Hu hu hu ! Laisse-moi graver notre amour dans le sang, Sebas-chan ! »
Elle se jeta sur le Démon sans attendre les ordres de William, faisant vrombir sa tronçonneuse. Elle l'abattit sur le Démon qui attrapa le plat de la lame pour ne pas se faire tuer. Ils forcèrent l'un et l'autre une fraction de seconde, le temps qu'une autre Faux entre dans le champ de vision de Sebastian. Il lâcha la Death Scythe de Grell et se jeta en arrière. La lame effilée d'Undertaker le rata de peu, tandis que celle de la rousse finissait sa route dans le sol de la scène.
« On attaque qui, patron ? demanda Ronald.
-Si vous avez une ouverture pour tuer les deux, ne vous gênez pas, ordonna William. Knox, vous avez encore des couteaux ?
-J'ai récupéré les trois. Plus celui que Sebas-chan a lancé à Éric.
-Couvrez-nous alors. Slingby, avec moi. »
Les deux Shinigami attaquèrent en même temps. Éric se concentra sur Undertaker et William sur Sebastian. Il était de plus en plus compliqué de se battre sans toucher un allié, d'autant que le Démon se battait contre tous les Shinigami à la fois, le déserteur contre eux et le diable... Tant le majordome que le fossoyeur en devenait un allié de circonstance.
Seule Grell avait clairement pris le parti de lutter contre Sebastian, quitte à se faire aider par Undertaker. Depuis le temps qu'elle rêvait de voir le beau Démon recouvert du rouge de son sang... D'autant que son style de combat s'accommodait étrangement bien avec celui du déserteur. Ce dernier, à la fois réfléchi et instinctif, arrivait sans mal à s'accorder avec n'importe quelle manière de se battre. Il semblait savoir exactement quel mouvement allait faire la rousse et se trouvait toujours à l'endroit où il fallait pour l'appuyer, tout en continuant à se défendre contre les autres Shinigami.
Ronald, qui observait de l'extérieur le combat en tournant autour des adversaires sur sa tondeuse pour lancer ses couteaux, remarqua tout à coup la stratégie de Sebastian. Pourquoi ne s'en était-il pas aperçu plus tôt ?! Ce qu'il voulait récupérer, c'était...
« La Faux d'Alan ! » s'écria-t-il.
Tout le monde avait les yeux rivés sur les autres Dieux de la Mort et sur le Démon. Personne ne fit attention à lui. Personne sauf Clémence qui gardait les siens sur l'Écossais depuis le début. Dans un réflexe stupide, elle se jeta sur la Death Scythe, abandonnée au bord de la scène. Au même moment, Sebastian se dégagea d'Undertaker et de Grell dans un salto arrière. Il posa ses mains sur le long couperet en même temps que l'Humaine. Ses yeux écarlates croisèrent ceux sombres de la jeune femme. Elle comprit aussitôt avec horreur la bêtise qu'elle venait de faire. Alors que ses mains se serraient instinctivement sur la Faux, Sebastian tira l'arme à lui, déséquilibrant Clémence qui avait de hautes richelieus. Elle tomba la tête la première sur la Death Scythe. Mais des bras la retinrent et la tirèrent en arrière, l'éloignant du coup que lui porta le Démon avec le couperet. Elle tomba à genoux, en même temps que son sauveur.
« Vous êtes complètement folle ! Je vous avais dit de ne pas intervenir ! »
Elle tourna ses yeux vers son protecteur, Richard. Elle n'eut pas le temps de le remercier que le Démon sauta et se retrouva à leur côté, la Faux d'Alan en main.
« Tiens donc... Vous voilà ! Merci de venir à moi, vous m'épargnez la peine de vous chercher, monsieur.
-Ne crois pas t'en tirer si facilement ! »
Undertaker obligea d'un ample mouvement de sa Faux les Shinigami à s'éloigner de lui puis rejoignit Sebastian et les deux Humains, sous les acclamations du public et les cris d'admiration de Druitt qui ne savait plus où donner de la tête. La faux au squelette bloqua le couperet au-dessus de la tête des deux Humains, encore à genoux, qui se baissèrent par réflexe. Clémence poussa un cri de terreur.
« Sebastian ! C'est un ordre ! cria une voix féminine et autoritaire. Laisse-moi Richard et Alexander et tue Undertaker ! Et d'autres Shinigami, si tu peux.
-Yes, my lady ! »
Il repoussa le déserteur avec force qui se rééquilibra en prenant appui sur sa Death Scythe, remontant sur scène. Le Démon se désintéressa de Richard et Clémence pour suivre sa cible.
« Amber ! s'écria Richard en croisant un regard aussi bleu que le sien dont un des yeux était caché par une frange roux foncé.
-Mon cher frère... sourit la femme en pointant sur lui un revolver. Je te tiens enfin... J'ai attendu ce moment si longtemps ! Où est le deuxième ? Je suppose que si tu t'es grimé en Vincent, Alexander doit être en Ciel...
-Si tu crois que je vais te le dire ! Amber ! tenta le blond. Reviens sur terre ! Ce que tu fais n'a aucun sens...
-Oh, tu crois ça ? Pourtant, tu devrais me comprendre, je ne fais que suivre la devise de la famille. Potentia, regere. Je veux la puissance, je veux régner. Et plus que tout je veux me venger...
-Est-ce pour cela que tu emploies un Démon, ma sœur ? »
Alexander était derrière Amber, le tenant en joue à son tour.
« Lâche ton arme ou je tire, ordonna-t-il. Cela a peut-être l'apparence d'un derringer du XIXième, mais je peux t'assurer que c'est très moderne et d'une extrême précision.
-Moi, je ne risque rien, répliqua Amber sans se retourner. J'ai passé exactement le même pacte que notre ancêtre et je peux vous assurer que Sebastian me protègera. »
Elle tira sur Richard. Alexander tira sur Amber. Clémence hurla de terreur.
Et voilà ! Le prochain chapitre est intitulé "Ne regarde pas...".
Qu'y aura-t-il ? Du Shakespeare, du chant, une erreur professionnelle et... une Lanterne cinématique.
