7.
N'affichant aucun des signes de ses triomphes passés en matière de traque, Warius avait interpellé sa proie, enfin rattrapée, et ayant insolemment fait projeter son image sur l'écran principal de la passerelle de l'Arcadia.
- Vous pensiez m'échapper, capitaine Albator ?
- Non, pas entièrement. Mais j'avais un but plus impérieux que le respect de mon simple engagement verbal envers vous ! Maintenant, déguerpissez ou je fais tonner mes canons !
- Je ne bats jamais en retraite et je ne m'incline certainement pas devant un Pirate, fut-il mon partenaire obligé d'un sauvetage. Maintenant, donnez-moi vos informations, Albator.
- Je n'en ai aucune ! Foutez-moi la paix, jeune Militaire borné et sans imagination !
- Là, je dirais plutôt que c'est à vous de la fermer, vestiges d'une guerre que presque tout le monde a oubliée !
- Pourquoi une soudaine envie de vous désolidariser de moi ? Vous auriez vos espions, Zéro ?
- Je ne fais qu'un avec Marina. Je l'ai soudain réalisé. Je crois que je pourrais la sentir et la rejoindre même en étant séparé d'elle depuis la moitié des univers voire de leur totalité ! Je la sens, oui. Je me dirige vers elle. Et curieusement, cela a croisé votre propre route après m'avoir faussé compagnie sans mot dire !
- « croisé ma route » ? Cela n'aurait-il pas un rapport avec la balise dans mon ascenseur principal pour la salle de commandement en haut de ma tour ?
- Ah, vous l'avez trouvée…
- Toshiro n'a perdu aucun de vos gestes, il vous a vu la poser.
- Mais alors, pourquoi… ? hoqueta Warius.
- Parce que nous étions censés agir dans le même camp… Enfin, j'avais cru le comprendre… Je savais que je n'aurais jamais dû faire la moindre confiance à un Militaire ! Ils sont trop…
- … bornés ? J'ai bien compris le message, ironisa le jeune Officier de la Flotte Indépendante. D'autres remarques cinglantes ?
- Pas pour le moment. J'ai à retrouver mon fils !
- Et ma fiancée est auprès de lui. Nous avons une recherche commune, l'auriez-vous perdu de vue, capitaine Albator ?
- Non. C'est juste que c'est mon fils qui m'attire à lui… Je ne perçois rien de votre fiancée ! Je fonce, et ne m'arrêtez plus, commandant Zéro !
- Jamais ! rugit Warius. Il faut toujours une première démêlée aux armes et la nôtre est arrivée ! Est-ce que votre vieux cuirassé est seulement capable de quoi que ce soit ? Apprêtez-vous à recevoir mon Feu de Saint-Elme, Pirate !
- Pas encore ce jour ! persifla Albator.
Et l'Arcadia disparut dans un saut spatio-temporel.
- Je crois que je le hais à jamais, ce souvenir Pirate surgi d'un néant idéal qu'il n'aurait sans doute dû jamais quitter ! vitupéra Warius.
Unabara et Grenadier se levèrent pour poser un regard plus qu'inquiet sur leur commandant.
- Une véritable intuition pour le lieutenant Oki ?
- La pire… Je le ressens au plus profond de mon ventre, et surtout de mon cœur ! Poursuivons le vol selon mon pressentiment. Cela ne m'étonnerait pas qu'il croise à nouveau la route de l'Arcadia sous peu ! Cet Albator n'a vraiment rien d'imprévisible, je l'ai cerné ce vieux débris !
Tori-San eut un croassement de détresse quand son maître de noir et de rouge vêtu eut pour sa part un hurlement de souffrance, se recroquevillant sur lui-même.
- Alie, tu m'appelles à toi, mais ça me fait endurer un tel martyre soudain… Ton collier me guidait jusqu'à toi à présent, mais là c'est atroce…
Albator se raidit.
- Mais si ce que je ressens me fait si mal, qu'en est-il de toi, mon pauvre garçon !
Encore vacillant sur ses jambes, Albator fit quelques pas.
- Je ne reconnais rien d'inaccoutumé ici… Il faut vraiment que je retourne dans ces rêves, ou ces cauchemars… Et je n'ai pas retrouve Alérian !
Et serrant le pendentif en forme de rose entre ses doigts, Albator pria pour qu'une piste lui soit donnée pour Alérian.
- J'y suis ! triompha Murhie. Je t'ai percé à jour, tu es à moi, misérable déchet d'humain !
Et l'esprit sondé depuis tant de jours soudain offert à elle, la Jurassienne s'y engouffra… et se heurta à une barrière de lumière, de fureur et de douceur à la fois, la repoussant.
