Julie : ce n'est pas tout à fait comme ça que ça va se passer ;). Je te donne des indices ? Ce sera drôle (et inattendu) et ils ne vont rien comprendre ;). Laisse Arthur à ses illusions XD. Il croit qu'il est Superman, tu sais bien ;).
Zella Sentias : oh sympa vos projets de classe ! si j'en avais eu un comme ça à l'époque, j'aurais été heureux ;). Promis, si je trouve quelques millions, je la crée en vrai (l'appel à financement... c'est ici... recherche généreux donateur XDD). Toutes les réactions en direct dans ce chapitre !
Shenendoah : oui je sais que vous êtes pressés pour les petits dragons;). On y vient doucement ! Lancelot SEMBLE être le père de la fille hypothétique de Morgane... mais la mère n'est toujours pas convaincue par le concept de la maternité ;)
Lily-Anna : gagné XD. Gagné deux fois, hein ;). Je suis toujours aussi doué pour m'auto-spoiler, je ne me félicite pas... heureux que tu aies aimé ce chapitre !
FeeEli : oui elle a avoué qu'elle l'aimait, mais toujours en tant qu'ami (elle s'obstine, lol). Désolé de tarder pour la suite ! Mais enfin, la voilà ;)
Tinette : à qui le dis-tu ;). Je ne sais pas si le modèle de Rêve d'Albion existe en vrai, mais le développement social local repose dans l'idéal sur les mêmes principes ;).
Lele35 : non, je ne vois pas... si tu te souviens du nom dis-le moi je suis curieux ! J'espère que tu aimeras les retrouvailles; et tu as raison, Morgane est une vraie dure à cuire avec son père... pour l'instant ;).
Laura : tout dépend de ce que tu appelles par couple ?
Shmi : nooon n'aie pas honte ! merci de tenir bon après tout ce temps au contraire ;). Euh j'ai déjà bossé dans la conception de projets mais jamais à cette échelle lol. Il y a trop de zéros sur les budgets pour moi XD. Les Scilly ne sont pas privées mais la Source se trouve sur un ilôt où presque personne ne vient jamais... l'acheter risquerait d'attirer l'attention dessus, alors que là...les îles habitées se trouvent beaucoup plus loin;)
Legend : Morgane Dulac ? Jamais. Morgane Pendragon ou rien XD. Bon courage pour ton déménagement, je compatis o_o
Choupaa31 : eh oui... bien malgré elle XDD
Violette : tu sais qu'en lisant ta review je me suis senti particulièrement con ? Non mais parce que dans ma tête, vraiment 78 millions était égal à plus d'un demi milliard, et j'ai eu un (GROS) bug sur la réflexion "il manque un zéro". MDRRR, mon compte en banque ne sera jamais aussi bien garni ;). Ceci explique (un peu ) cela. Et aussi, je fais de l'art avec les maths, moi. Et avec les millions. Je suis pas froissé ;). Juste tu es parfois perfectionniste mais il ne faut pas oublier que c'est qu'une fanfic (écrite à l'arrache sans possibilité de revenir en arrière pour rectifier les bugs XD). Donc oui, il y a des bugs (un demi milliard, je me suis tapé une de ces barres ! non mais je suis nul en maths quoi). Mais bon l'essentiel c'est de continuer à s'amuser ;) en espérant te relire bientôt.
LolOW : nooon ne pleure pas ;). Si on invente les mêmes fondations sans même en parler je te raconte pas ce que ça donnera si on commence à les inventer ensemble ;). J'aime aussi Morgane et Arthur ensemble, ils ont quelque chose ;). Et... vive les verts (et les arbres; et l'écologie) parce que tu le sais comme moi, la reforestation c'est important ! (oui, il est tard, là XDDD)
Pardon pour ces contre-reviews toutes nulles et pardon parce que j'ai pas eu le temps de relire ce chapitre. Un peu plus long que les autres, en fait je voulais le poster mercredi mais j'ai décidé d'avancer un peu dans la trame avant de vous l'envoyer, que vous ayez de quoi vous mettre sous la dent! Pas mal de protagonistes différents et on avance un peu ;). Merci d'être encore là !
CHAPITRE 6
-Arthur me manque.
C'était la dixième fois en l'espace de dix minutes que Merlin répétait cette phrase, d'un air agité et malheureux. Paul adressa un regard compréhensif à son ami et lui tendit en silence l'une des deux glaces à l'italienne qu'il venait tout juste d'acheter en lui conseillant « Mange ».
Merlin la prit en soupirant et continua :
-Ca fait douze jours aujourd'hui qu'il n'est pas rentré. Douze jours ! Tu imagines, si c'était Mona ?
J'imagine très bien, pensa Paul, que cette perspective n'horrifiait pas le moins du monde.
Bien sûr, Mona lui manquerait s'il devait être séparé d'elle pendant longtemps mais elle était un tel tourbillon qu'il n'aurait pas été contre un peu de repos de temps en temps, et douze jours ? Ce n'était vraiment pas grand chose, à bien y regarder.
Mais évidemment, ce n'était pas le genre de réponse qui convenait pour Merlin, Arthurodépendant notoire, et Paul était suffisamment psychologue pour savoir prendre garde à sa langue quand il le fallait.
Alors il lui tapota gentiment l'épaule de son ami et lui dit simplement :
-Ca va aller, tu verras.
-Uther aurait au moins pu m'avertir que ça risquerait de durer si longtemps. Et avec tout ça... pas même un coup de fil ? Je veux dire : il nous a bien envoyé un SMS hier soir...
Paul avait déjà lu le SMS en question :
« Nous avançons à grand pas, vous allez être fiers de moi ! Je vous aime . Arthur».
En double exemplaire à Gwen et Merlin (bien sûr).
-... mais un SMS, c'est loin d'être suffisant ! s'exclama Merlin, qui se trouvait dans les abîmes du manque.
-Il doit être très occupé mais ça ne veut pas dire qu'il ne pense pas à toi, lui rappela Paul.
-Je sais parfaitement qu'il pense à moi ! s'indigna Merlin (comme si le contraire eut été impossible). Je dis juste qu'il aurait pu appeler, même cinq petites minutes...
-Tu n'as qu'à le faire, toi...
-S'il ne l'a pas fait, c'est certainement qu'il a ses raisons, soupira Merlin, d'un ton plus raisonnable. Mais j'ai quand même le droit de me plaindre un peu... je veux dire, à moins que ça te gêne ? Parce que si ça te gêne, je peux arrêter, mais franchement, ça me soulage alors si ça ne te gêne pas...
-Ca ne me gêne pas, confirma Paul, qui savait depuis le début qu'il était là pour ça.
Ils s'éloignèrent du stand pour aller s'asseoir à l'ombre d'un arbre, au milieu du parc où ils s'étaient donné rendez-vous pour profiter de cette belle journée d'été.
Paul était plutôt content d'avoir Merlin pour lui seul.
Ce n'était pas comme s'ils ne se voyaient pas régulièrement mais d'habitude, c'était entourés des autres disciples, dans le cadre des cours de magie, et Merlin était toujours très professionnel quand il coiffait sa casquette de maître sorcier. Maintenant, il était juste Merlin, le jeune homme de dix-sept ans qui déprimait en l'absence de son petit ami, et Paul était content de retrouver le garçon aux cakes dont il avait fait la connaissance au lycée, parce qu'il l'avait toujours beaucoup apprécié, même avant de savoir qu'il était le sorcier le plus puissant d'Albion.
En vérité, il était aujourd'hui en mission spéciale auprès de Merlin, puisqu'il avait été mandaté discrètement par Lancelot pour essayer de lui changer les idées.
Le chevalier l'avait appelé un peu plus tôt dans la journée, en panique :
-Les autres disciples ne sont pas disponibles aujourd'hui, alors il n'a personne à qui faire cours. Gauvain prend son service à partir de midi, donc il ne peut pas l'occuper. J'ai essayé de le retenir dans la cuisine, mais il a déjà préparé assez à manger pour tout un régiment et le congélateur ne peut plus rien stocker! Gaïus dit qu'il ne tient pas assez en place pour s'intéresser aux questions théoriques. Et il est hors de question qu'il passe son après-midi à ruminer avec Gwen. Quand ils sont ensemble, ils ne font que parler d'Arthur, et s'ils parlent trop d'Arthur, l'éruption magique est garantie... Il faut que tu m'aides, Paul, parce que là... je ne sais plus quoi faire avec lui ! Fais-le sortir... empêche-le de tourner en rond...change-lui les idées !
Plus facile à dire qu'à faire.. Paul regarda Merlin. Sa glace était en train de fondre. Il ne l'avait même pas essayée.
-Sa présence me manque. Sa voix me manque. Sa chaleur me manque. Son odeur me manque. Son rire me manque.
-Oui... Arthur te manque, acquiesça Paul, qui avait bien saisi l'idée.
Merlin lui fit les yeux.
Paul esquissa un sourire en coin, attendri malgré lui, et commenta :
-Vous êtes les deux cas les plus désespérés que j'aie jamais rencontrés. Des gens amoureux, j'en ai vus quelques uns, mais à ce stade... c'en est presque effrayant ! Ma parole, si la séparation devait durer, tu te laisserais certainement dépérir, comme... dans un film à l'eau de rose des années 80 où l'héroïne passe son temps à répéter : c'est l'homme de ma viiiie !
Merlin lui lança un regard accusateur.
-Ce n'est pas gentil de dire que je ressemble à l'héroïne d'un film à l'eau de rose des années 80.
Paul éclata de rire.
-Mais c'est vrai, signala-t-il.
-Ce n'est pas de ma faute, protesta Merlin. Je suis assez grand pour m'occuper de moi, je...
Paul haussa un sourcil éloquent.
-C'est ma magie, c'est elle qui est dépendante et elle influe sur mon humeur.
Paul riait toujours, menaçant de s'étouffer avec sa glace.
-Je peux savoir ce qui est drôle ? demanda Merlin d'un ton plat.
-Morgane, articula Paul.
-Quoi, Morgane ? répéta Merlin sans comprendre.
-Elle a l'habitude de dire que ta magie, c'est toi. Donc... si elle est dépendante, ça veut dire que tu l'es aussi. CQFD. Tu es une héroïne de film à l'eau de rose.
-Oh, la barbe.
Merlin se laissa choir sur le dos, les yeux fixés sur les feuillages de l'arbre.
Sa glace était en train de menacer de se transformer en flaque.
-Tu ne peux pas comprendre, murmura-t-il. Personne ne peut. Sauf Gwen. Elle sait, louée soit la Déesse. D'autant mieux maintenant qu'elle sent comment la magie prend les choses quand elle n'est pas en contact avec lui. Ce n'est pas, juste... le manque classique d'une séparation d'amoureux. Je n'arrive pas à fonctionner quand il n'est pas là. Je perds ma concentration... ma motivation...
-C'est désespérément romantique, dit Paul, avec un léger sourire. Voilà ce que c'est. Ce qui me stupéfie, moi, c'est que ça ne se soit pas calmé après... deux mille ans ? J'ai même plutôt l'impression que ça empire. Un jour, vous allez certainement fusionner si ça continue comme ça. Vous finirez avec quatre bras et deux têtes, et les gens diront : « oh, ce n'est rien, c'est juste Merthur ».
-Merthur, dit Merlin, incrédule. Qu'est-ce que c'est que ce nom ridicule ?
-Celui que vous finirez par porter, quand vous cesserez d'être deux personnes distinctes dans la tête des gens pour n'en former plus qu'une ? Honnêtement, vous n'en êtes pas très loin. Ca fait, quoi... quarante-cinq minutes qu'on est ici et nous n'avons fait que parler d'Arthur.
-D'accord... parlons d'autre chose, si tu veux... est-ce que Mona...
-Oh, non, pas Mona, dit Paul en roulant des yeux. C'est mon après-midi sans Mona, je ne vais pas la passer à parler d'elle.
Sous les yeux de Merlin, le vert des feuillages se brouilla, formant l'image enchantée de la forêt d'Acétir. Le sous-bois était constellé de jacinthes bleues où venaient danser des flaques de lumière éthérée. Il était entouré par les grands arbres majestueux, et Arthur marchait vers lui d'un pas cavalier, vêtu de son armure brillante, ses cheveux blonds, décoiffés par le vent, son sourire, illuminant son beau visage, une lueur taquine dans son regard bleu.
« Merlin... tu es une telle fille », se moqua-t-il gentiment. Puis il le serra avec chaleur. Merlin pouvait (presque) respirer l'odeur ensoleillée de sa peau alors qu'il sentait ses bras se refermer sur lui, et il entendait sa voix vibrer contre son oreille, et...
La magie gronda à l'intérieur de lui une lamentation éperdue, en manque à peu près autant qu'il pouvait l'être.
-Oooh, gémit-il, à voix haute, en se cachant les yeux. Je sais, Emrys, je sais... maintenant tais-toi, s'il te plaît, tu crois que me faire vivre un enfer pareil fera passer le temps plus vite ?
-Je comprends que Lancelot ne sache plus comment faire avec toi, murmura Paul, perplexe.
Merlin lui lança un regard éperdu.
-Lancelot ? dit-il, vaguement étonné. Qu'est-ce que Lancelot a à voir avec ça ?
-Mmm. C'est lui qui m'a demandé de prendre le relais.
Merlin poussa une nouvelle plainte en disparaissant derrière ses mains.
-J'ai honte, lâcha-t-il.
-Mais non, dit Paul, avec compassion. Il ne faut pas. C'est le genre de chose qui arrive même aux meilleurs d'entre nous.
(ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooo)
-Arthur me manque, soupira Gwen, en regardant par la fenêtre.
-Qu'est-ce que nous avons dit à propos d'Arthur ? lui demanda Gaïus en haussant les sourcils.
-Tu sais très bien comment les choses vont se terminer si tu continues à penser à lui, renchérit Elyan d'un air alarmé.
-La dernière crise a renversé la table, signala Gaïus d'un ton plat.
-Il faut que tu essaies de te calmer, reprit Elyan d'un ton docte.
Gwen foudroya son frère du regard. Il avait pris une demi-journée de congé pour pouvoir rester avec elle cet après-midi, ce qui l'agaçait profondément; elle n'était pas un bébé, elle n'avait pas besoin qu'on la garde et encore moins, que ce soit son petit frère qui s'en occupe !
D'accord, dans cette vie, Elyan était son grand frère mais il n'avait en rien perdu sa propension à faire des sottises et qu'importaient leurs années de naissance : elle se considérait toujours comme l'aînée des deux, et elle détestait quand il se mettait à lui faire la morale.
-Ce n'est pas de ma faute si je suis stressée, pointa-t-elle.
-Tu n'es pas stressée tu es enceinte, frustrée, et... capricieuse.
-Aaaaah ! rugit Gwen en se retenant de le gifler.
-Elyan, intervint Gaïus. Je ne crois pas que tu sois d'une grande aide.
-Il n'est d'aucune aide ! s'énerva Gwen. Il n'a pas une once de magie pour m'aider à contrôler mes crises et il a un don inné pour me mettre sur les nerfs. Où est Merlin ? Je veux Merlin. Pourquoi l'avez-vous envoyé dehors ? Je veux qu'il revienne. Je veux...
-Gwen, dit Gaïus, d'un ton sévère. Contrôle-toi. Merlin est sorti parce que c'est pire quand vous êtes ensemble tous les deux. C'est une mesure d'urgence qui a été décidée à l'unanimité.
-Je n'ai pas été consultée !
-Non, en effet. Mais toutes les personnes rationnelles habitant cette maison sont tombées d'accord sur ce point.
Gwen étrécit les yeux. Elle les détestait, elle les détestait tous... Merlin était le seul à la comprendre. Lui, savait, ce que c'était de ressentir cette pression intérieure que provoquait la magie quand Arthur n'était pas là. Il ne la jugeait pas; il ne la traitait pas de capricieuse. Et il ne lui reprochait pas de faire léviter des objets. Comme si elle y pouvait quoi que ce soit ! Elle ne maîtrisait rien de ce phénomène, elle en était tout simplement l'otage... Elle ravala sa réplique et reporta son attention sur Mordred, qui était sagement assis en tailleur devant elle. Présentement, la seule chose qui la déstressait était de lui mettre des bigoudis. Il en avait la moitié de la tête hérissée, ce qui était parfaitement ridicule. Elle se serait presque sentie coupable de lui faire ça s'il n'avait pas été aussi indifférent à sa propre image. Mais elle n'avait pas de fille sous la main, parce que Mithian était partie au cercle d'escrime. Et puis, Mithian l'aurait sans doute mordue si elle avait essayé de lui mettre des bigoudis ! Mordred était le seul garçon des environs qui ait les cheveux assez longs et qui soit de nature assez docile pour être son cobaye... Et manipuler les bigoudis lui détendait à la fois l'esprit, et les doigts, ce qui l'aidait à ne pas penser à...
-Arthur, souffla-t-elle, et les murs tremblèrent légèrement.
Elle entendit Gaïus murmurer une incantation pour corriger l'éruption qui menaçait.
-Si tu pouvais juste... te concentrer sur quelque chose d'autre ? proposa Elyan d'un ton agacé. Je sais que tu es amoureuse. Et que les gens amoureux ont tendance à être... disons... insupportablement collés les uns aux autres. Mais...tu devrais te souvenir que tu es une personne avec une existence propre.
Gwen se retourna vers Elyan, les yeux flamboyants.
-Je ne suis pas le genre de femme à avoir besoin d'être collée vingt-quatre heures sur vingt-quatre à son mari ! protesta-t-elle, indignée. Je suis une personne libre et indépendante. Je te rappelle que j'ai déjà passé une année entière sans Arthur, alors que nous étions mariés, sans parler de toutes les missions que j'avais l'habitude d'accomplir toute seule pour Camelot. Douze jours, ce n'est rien... ça devrait ne rien être... c'est...
Elyan et Gaïus lui renvoyèrent un double regard blanc.
-Trop long, se lamenta-t-elle, en cachant son visage entre ses mains. Je veux qu'il rentre.
-Gwen, l'avertit Elyan.
-Ce n'est pas de ma faute, dit-elle, les yeux étrécis. C'est la magie qui me fait dire ça, c'est elle qui...
Gwen se tut. Face à elle, Elyan et Gaïus étaient en train de léviter sur leurs chaises, l'air résigné.
-Je veux que Merlin revienne ! cria-t-elle, au bord des larmes.
Et la table se mit à flotter au milieu du salon.
Gaïus corrigea sa télékinésie erratique avec un soupir. Gwen se mordit la lèvre et tordit les boucles de Mordred entre ses doigts. Voilà à quoi elle était réduite. A mettre des bigoudis à un ancien chevalier pour éviter de se mettre à fumer comme un volcan. Quelle idée avaient-ils eu d'envoyer Merlin dehors sans elle ? Il était le seul qui l'aidait vraiment à se calmer. Quand il était là, elle n'avait pas peur d'elle-même. Ces derniers soirs, elle n'arrivait à s'endormir que quand il la tenait comme une petite fille effrayée dans ses bras. Elle détestait être une petite fille effrayée, prisonnière de sa propre maison parce qu'elle risquait de déclencher des catastrophes malgré elle si elle sortait seule. Elle voulait juste qu'Arthur revienne.
(ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo)
-Il faut que nous terminions ce projet aujourd'hui, dit Arthur à Morgane.
-C'est presque prêt, lui répondit-elle, le visage concentré alors qu'elle parcourait des yeux le document qu'ils terminaient d'élaborer.
-Je suis sérieux, Morgane. Je dois rentrer à la maison. Ca fait douze jours, j'ai l'impression d'être un lion en cage et je n'imagine pas l'état dans lequel ils doivent être là-bas.
-Je suis sûre qu'ils s'en sortent très bien, dit sa sœur, sans détacher son regard du document.
-Evidemment.
-Mieux que toi en tout cas, se moqua-t-elle gentiment. Que la Déesse m'épargne la plaie d'être amoureuse.
-Ca n'a rien à voir avec ça.
Morgane eut un petit rire éloquent.
Arthur souffla sur la mèche de cheveux qui tombait sur ses yeux.
-Il faut que nous terminions ce projet aujourd'hui, répéta-t-il, avec la voix d'un petit garçon boudeur.
-Nous terminerons d'autant plus vite si tu relis avec moi au lieu de te lamenter, lui lança Morgane.
Arthur s'empourpra, mais il ne nia pas le fait. Il reconnaissait qu'il se lamentait. Mais la vérité, c'était que... c'était dur.
La nuit, il se réveillait en sursaut, et il restait de longues minutes les yeux grands ouverts, abasourdi, tandis qu'il réalisait combien son lit était vide, et froid.
Il s'était habitué à s'endormir au son des battements de deux cœurs (avec Galaad, trois), mais aucune pulsation ne résonnait à son oreille, et c'était juste... étrange, d'être seul à nouveau, de cette manière-là.
Mais en un sens, c'était aussi bien, parce que ça l'aidait à prendre la mesure, de la chance qu'il avait d'avoir Merlin et Guenièvre, et du vide qu'ils pouvaient laisser derrière eux.
Ce vide se matérialisait par une absence physique qui manquait à ses sens et qui le désorientait.
Ne pas pouvoir sentir ceux qu'il aimait était une expérience déstabilisante, parce qu'il était si habitué à les avoir à ses côtés, même lorsque ce n'était que sous la forme d'une présence silencieuse.
Il pensait à eux tout le temps, et ces pensées perturbaient son travail.
Il savait qu'il aurait travaillé deux fois plus vite, et deux fois mieux, s'ils avaient juste été... là.
Guenièvre avec son parfum de fleurs, rond, chaud et sucré, et l'éclat moiré de son regard noir qui l'enveloppait de son réconfort... dans son sourire maternel, entre ses mains douces, il avait envie de fermer les yeux pour se laisser aller à être bercé comme par le clapotis des vagues
. Quand il se lovait contre elle, il avait l'impression d'entrer dans un monde rond et paisible, où il se sentait chez lui. La nuit, quand elle dormait, sa respiration était toujours lente et profonde, comme si la plénitude reposait avec elle.
Merlin avec son odeur de forêt, de musc et d'humus qui lui rappelait sans cesse la magie d'Acétir, sa terre noire, ses jacinthes et ses grands arbres... Le bleu tendre de son regard était rempli d'une telle adoration. Il avait toujours froid le soir en se couchant, et pendant la nuit, la chaleur intense de son corps mince filtrait à travers ses vêtements quand Arthur le tenait dans ses bras, étroitement serré par habitude pour l'empêcher de s'agiter.
Merlin bougeait toujours en dormant quand personne ne le tenait mais quand il était ans ses bras, son corps plein d'angles avait une manière de s'arrondir et de s'enrouler sur lui-même qui le rendait doux et pliable comme s'il était fait de la matière même de la tendresse.
Jouer avec les longues boucles de Guenièvre, sentir la nuque de Merlin frissonner sous son leurs peaux dont le mélange s'imprégnait dans les draps, sentir leurs lèvres céder sous les siennes. Celles de Guenièvre : pleines et moelleuses, passionnées et joueuses. Celles de Merlin : souples et chaudes, tendres et accueillantes. Ce n'étaient pas les mêmes baisers, ce n'étaient pas les mêmes personnes. Ils n'auraient pas pu être plus différents et pourtant ils n'auraient pas pu être plus semblables. Ils n'auraient pas pu être plus parfaits, ni mieux faits pour lui.
La manière dont s'empourpraient les joues de Merlin quand il lui faisait une caresse. La manière dont souriait Guenièvre qui ne rougissait jamais. Le son de leurs deux rires joyeux et complices, l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre autant que celui qu'ils avaient pour lui.
Arthur ferma les yeux.
Le vide était intense mais la mémoire de ses cinq sens était plus forte que le vide. Sa famille était inscrite dans tous ses souvenirs, visuels, olfactifs, sensoriels, auditifs. Il rêvait d'une éternité de nuits à regarder dormir sa belle, les cascades de ses boucles répandues sur l'oreiller, une main posée sur son ventre rond de l'enfant qu'ils avaient fait ensemble. D'une éternité de nuits à entourer Merlin de son étreinte pour lui promettre encore avec ses bras : je ne laisserai plus rien m'arracher à toi, jamais.
Parfois, il pensait à la promesse, que la Déesse leur avait faite : vous ne serez jamais plus séparés.
L'idée même d'une séparation semblait si absurde... ils étaient un, et il était à eux. Aux deux êtres qui lui avaient donné leur force et qui l'avaient construit.
Ils lui manquaient, mais il avait besoin de les rendre fiers besoin d'être l'homme qu'ils attendaient, qu'ils espéraient besoin de leur prouver qu'ils avaient raison de lui faire confiance.
Arthur pensa à la magie Emrys ; qui s'était enroulée autour de la lame d'Excalibur, qui le cherchait, le chérissait et le désirait.
Il pensa à la promesse qu'il lui avait faite : je viendrai te chercher.
Et aux étincelles d'or qui lui avaient répondu : je t'attendrai, mais ne tarde pas trop...
-Arthur...
Morgane avait l'air blasée.
-Ce projet est parfait, Morgane, dit-il. Tu es trop perfectionniste.
-C'est une qualité, pas un défaut.
-Je t'en supplie...
Honnêtement, il ne voyait pas comment ils pourraient faire mieux. Ils s'étaient basés sur les devis de l'architecte et du promoteur immobilier Ils avaient détaillé tous les postes budgétaires avec l'aide du banquier et du directeur des ressources humaines. Ils s'étaient retrouvés en visioconférence avec les directeurs de plusieurs grandes associations. Ils avaient affiné le côté législatif avec l'aide du juriste et de Bayard. Ils avaient rédigé l'intégralité du projet en y adjoignant les budgets prévisionnels. Même s'ils relisaient pendant cent ans, ils ne pourraient pas faire mieux. Le Rêve d'Albion tenait dans un mémoire de deux cents pages où étaient précisés tous les détails de la fondation qu'ils avaient imaginée. Un annexe de cinquante pages dévolu aux seuls initiés abordait les questions magiques.
Et Morgane jouait les pointilleuses.
-Je ne veux pas que le projet soit refusé pour des broutilles.
-Ce n'est que le projet préliminaire, Morgane. Nous aurons l'occasion de l'améliorer une fois que le conseil aura donné son aval... et le conseil est composé d'alliés. Bayard, Annis, Loth et Mithian ne vont certainement pas mettre leur véto sur ce que nous avons écrit, parce qu'ils seront d'accord avec les grands principes.
-Mais c'est Père qui va signer l'accord final.
-Il a dit qu'il suivrait la décision du conseil et je pense qu'il tiendra parole. Morgane, s'il te plaît. Il est vingt-trois heures, nous l'avons déjà relu deux fois. Est-ce que nous pouvons appeler Bayard... et rentrer à la maison, maintenant ?
Morgane soupira.
Puis elle hocha la tête et dit :
-Comme tu voudras.
Elle prit les projets reliés, les plaça dans la mallette avec le DVD sur lequel la version finale était gravée, puis, rangea les copies qu'ils avaient réalisées pour les emporter avec eux.
Ensuite, seulement, elle décrocha son portable.
-Bayard ? dit-elle d'un ton ferme. Ca y est, nous avons terminé. Non, je ne crois pas que ça puisse attendre à demain. Arthur est en train de devenir vraiment infernal. Le plus tôt le huis clos sera levé... et le mieux ce sera ? D'accord. A tout à l'heure.
Elle reposa son portable et dit :
-Il arrive dans vingt minutes.
-Vingt minutes ? répondit Arthur, horrifié.
-Il est vingt-trois heures. Laisse-lui le temps de sortir de chez lui et d'arriver en voiture, tu veux bien ?
Arthur roula des yeux.
Morgane prit son mal en patience mais ça ne l'empêcha pas de penser : que le Ciel me délivre de mon petit frère.
Elle entendit Aithusa ricaner dans un coin de son esprit.
Comme si c'était drôle.
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Bayard vint récupérer les mémoires et officialiser la fin du huis clos dix minutes avant minuit. Il serra la main d'Arthur et de Morgane en les félicitant, et soudain, ils se retrouvèrent libres. Cette liberté était étrange après deux semaines d'enfermement passées à travailler avec acharnement.
Le trajet jusqu'au 22, Bayswater Road fut interminable.
Il était presque une heure du matin quand Arthur passa la porte en courant la porte de la maison endormie en s'exclamant : « Je suis rentré ! ». Une seconde n'eut même pas le temps de s'écouler. Merlin et Gwen dévalèrent les escaliers ensemble comme un double tourbillon et lui sautèrent tous les deux dans les bras. Il se retrouva avec deux personnes accrochées à lui, le visage couvert de baisers, l'air rempli d' « Arthur ! » joyeux et amoureux. Il les souleva de terre ensemble et les entendit rire.
Il était saturé de sensations enivrantes .
L'odeur de Gwen était douce et sucrée, comme le pistil des fleurs, celle de Merlin était musquée, comme l'écorce des arbres elle était toute en courbes, il était tout en lignes, et pourtant ils avaient exactement la même manière de se presser contre lui et il était submergé par la chaleur de leurs présences parce qu'il était juste... chez lui quand ils étaient à ses côtés. Il les embrassa l'un après l'autre et caressa leurs cheveux et les serra encore une fois dans ses bras en poussant un profond soupir.
Morgane le dépassa en riant et signala :
-Au cas où ça intéresserait quelqu'un... je suis rentrée aussi.
Merlin et Gwen levèrent vaguement les yeux vers elle, l'air aussi drogués l'un que l'autre, sans faire un geste pour se détacher d'Arthur.
-Je n'y suis pour rien, se défendit-il. Douze jours, c'était très long.
-Trop long, lui renvoyèrent deux voix indignées.
-Et sans même un appel, pointa Gwen.
-Ni même de véritables nouvelles, s'exclama Merlin.
-Vous m'avez manqué aussi, dit Arthur, avec un sourire. Mais vous allez bientôt comprendre pourquoi j'ai tant tardé...
Morgane leva les yeux au ciel en laissant le trio derrière elle, suspendit son manteau à la patère et s'avança à l'intérieur du salon.
Lancelot sortit de la cuisine et vint vers elle d'un pas tranquille, avec une lueur espiègle dans les yeux.
-Au cas où cela aurait une quelconque importance... ça me fait vraiment plaisir que tu sois rentrée, lui dit-il.
-A moi aussi, lui répondit-elle, en lui posant brièvement une main sur l'avant-bras. J'ai beaucoup pensé à toi pendant ces douze jours...
-Vraiment ? dit-il, d'un air surpris.
-Oui...
Morgane rit et dit mystérieusement :
-Tu comprendras pourquoi très bientôt.
-Oh... dit Lancelot, amusé. Parce que c'est un secret d'Etat ?
-Oui... mais plus pour très longtemps, promit-elle.
Elle regarda Arthur qui se faisait résolument entraîner vers les escaliers.
-Et où vas-tu comme ça ? demanda-t-elle.
-Au lit, rétorquèrent Gwen et Merlin d'une seule et même voix sans appel en le pilotant vers les marches..
Arthur eut un sourire de pacha.
Morgane lui adressa un regard entendu.
-Demain ? dit-elle.
-Demain, acquiesça-t-il.
-Pas de fuites avant l'heure, menaça-t-elle.
-Promis, mon capitaine, dit-il alors qu'il était entraîné vers l'étage.
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Arthur fut piloté à l'intérieur de la chambre manu militari par une escorte très directive.
Merlin et Guenièvre le catapultèrent littéralement sur le lit avant de le rejoindre'd'un bond, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. Ils vinrent se caler contre lui de tout leur long puis s'immobilisèrent avec un double regard d'éminent contentement. La symétrie entre les deux était proprement spectaculaire, et Arthur ne put s'empêcher de rire à voir l'expression alanguie de leurs regards.
On aurait dit deux succubes couvant leur victime mortelle des yeux (Arthur n'était pas fâché d'être la victime en question).
-Alors... je suppose... que je vous ai manqué ? dit-il avec un grand sourire.
-Tête de cuiller, dit Merlin en plissant les lèvres.
-Et pompeuse avec ça, ajouta Gwen d'un ton méprisant.
Mais ils le serrèrent d'un peu plus près, leurs actes démentant leurs paroles,et posèrent leurs têtes sur chacune de ses épaules en le dévorant des yeux, lui donnant l'impression d'être chéri au-delà des mots.
-Donc, je vous ai vraiment manqué, pavoisa Arthur, ravi.
-Il est si charmant quand il est silencieux, dit Gwen avec humour.
-Oui, hein quel dommage qu'il parle, répondit Merlin, amusé.
-Où sont les têtes de cuiller maintenant ? dit Arthur en les embrassant. Regardez mes deux vaillants chevaliers, qui refusent d'admettre que je leur ai manqué et qui n'en démordront pas même pour tout l'or du monde...
Il les embrassa l'un après l'autre, couvrant leurs visages de baisers sonores, et il s'exclama joyeusement :
-Eh bien, vous m'avez affreusement manqué et je suis terriblement content de vous revoir tous le deux.
Deux grimaces identiques accueillirent ses propos, mais toujours pas d'aveu similaire en retour.
-Si Emrys était là, elle ne mâcherait certainement pas ses mots, elle, plaisanta Arthur. C'est incontestablement la plus dévouée de...
-Ah non, pas Emrys ! s'exclamèrent Merlin et Gwen, en choeur, d'un air affolé.
Et Arthur les entendit se plaindre l'un après l'autre de ce que leur avait fait subir la magie :
-Elle est infernale...
-Elle donne le vague à l'âme !
-Elle provoque des éruptions magiques...
-C'est une enfant gâtée...
-Elle ne sait pas se tenir !
-Et c'est une championne pour ce qui est de mener une vie impossible aux gens !
Arthur éclata de rire en voyant leurs visages déconfits, mais son sourire disparut rapidement quand il comprit à quel point la magie avait fait des siennes en son absence.
Il fut vaguement effaré d'apprendre que Gwen faisait des crises de télékinésie et qu'elle n'avait plus le droit de sortir sauf sous la garde d'un sorcier compétent, et d'entendre que Merlin devenait inefficace à cause du harcèlement de sa magie qui le réclamait quand il n'était pas là.
En définitive, il fronça les sourcils et lâcha :
-Je ne comprends pas... tout a l'air très calme maintenant !
-Parce qu'elle a ce qu'elle veut, dit Merlin, d'un ton dépité. Ou du moins... qu'elle s'en rapproche.
-Et que veut-elle donc ? dit Arthur, en fondant sur lui pour le chatouiller impitoyablement.
-Arthur ça suffit... Arthur stop. Gwen au secours !
Gwen s'accrocha à Arthur pour essayer de le détacher de Merlin et ils roulèrent tous les trois pêle-mêle en riant dans les draps froissés.
-Emrys est une bonne excuse, dit Arthur, enchanté, à ses deux amours. Pour ne pas être obligés d'admettre à quel point vous m'aimez.
Il passa ses doigts dans les boucles des cheveux de Guenièvre, qui était à califourchon au-dessus de lui, prête à lui battre la tête avec un oreiller, et l'attira à lui pour l'embrasser longuement, inhalant à pleins poumons son parfum fleuri.
Sa main glissa le long de son ventre et soudain... il sentit quelque chose s'agiter sous ses doigts.
-Oh mon Dieu, il a bougé ! s'exclama Guenièvre dans un cri, et ils se figèrent tous les trois.
-C'était un coup de pied, dit Arthur, surexcité. Tu as senti cette force ? Un vrai champion du monde !
-Son premier coup de pied ? demanda Merlin, en haleine. Est-ce qu'il bouge encore ? Je peux sentir aussi ?
-Ici, viens !
Gwen attrapa la main de son ami et la plaça à côté de celle d'Arthur.
Après quelques instants, les yeux de Merlin se dilatèrent à leur tour alors qu'il s'écrait à l'unisson avec Arthur :
-Il a recommencé !
-C'est la nuit, petit prince, dit Gwen en riant. Qu'est-ce que tu as à t'agiter comme ça ?
-C'est parce qu'il sait que Papa est rentré, pavoisa Arthur.
-Ca doit faire bizarre de le sentir bouger comme ça, dit Merlin à Gwen, avec une expression extatique.
-Comme si c'était un alien, commenta Gwen, les yeux dilatés.
Et ils se mirent à rire tous les trois.
Puis Arthur profita de l'intermède pour coincer Merlin en-dessous de lui, se pencha sur son visage, et l'embrassa longuement à son tour, comme il en rêvait depuis douze jours, goûtant ses lèvres et buvant son souffle jusqu'à anéantir sa résistance.
Merlin finit par passer ses bras autour de son cou avec un soupir d'abandon, les yeux constellés de paillettes dorées sous ses paupières mi-closes. Arthur se plaqua contre lui de tout son long, appréciant particulièrement la manière dont son magicien l'attirait vers lui Merlin n'était pas aussi enthousiaste d'habitude c'était le moment de profiter de ces douze jours d'absence pour se rattraper... Trente secondes plus tard, Arthur ne put résister à murmurer contre ses lèvres, d'un ton particulièrement taquin :
-Ooh, il a bougé aussi...
Merlin s'étouffa, rouge pivoine, en réalisant qu'Arthur était en train de commenter ses réactions involontaires, et il le repoussa brutalement en s'exclamant :
-Arthur ! d'un ton indigné.
Arthur partit en fou-rire.
-J'ai très envie de faire une citation..., dit-il, incapable de garder son sérieux.
Merlin étrécit les yeux et menaça :
-Tais-toi, Arthur. Arthur...
-C'est un pistolet que tu as dans ta poche, ou tu es juste content de me voir ? demanda Arthur avec un sourire en coin, l'air particulièrement salace.
-Je vais te tuer ! Je vais te tuer ! s'écria Merlin, furieux en tambourinant avec ses poings contre sa poitrine.
-Oh, c'est un pistolet, alors... dit Arthur, impitoyable.
-Tu es horrible, dit Gwen, en envoyant un oreiller à la tête de son mari.
-Quoi ? dit Arthur, les cheveux dressés sur la tête. Je n'ai rien fait, moi...
-C'est toi qui n'arrête pas de le chercher !
-Oh oui ! J'aime chercher Merlin...surtout quand je le trouve... Merlin, ou est-ce que tu vas...
Merlin était en train de fuir en direction de la porte.
-Sur le canapé ! s'écria-t-il.
-Arthur, excuse-toi ! ordonna Gwen.
-Merlin, reviens, ne le prends pas comme ça... allez, quoi, c'est génial, ça prouve que tu es un être humain...
-Toi, par-contre, tu es une chèvre, s'écria Merlin, en se retournant comme une furie.
-Mais non... tu sais que je suis content que tu sois content de me voir...
-Aaah, fit Merlin, en cachant son visage dans ses mains. Gwen, s'il te plaît, prend du scotch et empêche-le de parler !
Gwen écrasa son oreiller sur la tête d'Arthur qui retomba en travers du lit en riant.
-Un vrai gosse, dit-elle, en éclatant de rire elle aussi. Irrécupérable. Bon sang, qu'est-ce que je peux t'aimer, espèce d'imbécile...
-Moi aussi je t'aime, ma Reine... dit Arthur d'un ton complice à sa femme.
Il jeta un coup d'oeil vers la porte et fit les yeux à Merlin.
-Allez, Merlin, s'il te plaît. Reviens.
Une expression calculatrice sur le visage du magicien.
-D'accord... je reviens... à condition que tu nous dises ce que vous avez fait, toi et Morgane, pendant ces douze jours. Fini les cachotteries, je veux tout savoir, dit-il, en regardant Arthur d'un air intransigeant.
-Moi aussi, dit Gwen, en s'asseyant en tailleur. C'est l'heure du rapport, Sire Pendragon.
-Je ne peux pas, dit Arthur, très sérieux tout à coup. J'ai promis de garder la surprise. Je n'ai pas le droit d'en parler avant...
-Avant quoi ? demanda Merlin, avec un regard scrutateur.
Arthur arrondit les yeux.
-Je ne peux pas le dire. Tu ne vas pas vraiment aller dormir sur le canapé ?
Merlin rit en voyant son air dépité.
-Bien sûr que non, idiot, dit-il en venant se rasseoir sur le lit. Mais tu as intérêt à te tenir tranquille.
-Comme si je pouvais, dit Arthur, en roulant des yeux. Après douze jours de solitude, me retrouver ici c'est comme de débarquer en plein sur l'île de la tentation...
-On devrait l'attacher au lit, dit Guenièvre à Merlin.
-Avec du scotch, confirma celui-ci, allègrement.
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Mithian était encore lit quand le téléphone sonna il était à peine un peu plus de sept heures du matin, et une voix masculine se fit entendre dans le combiné.
-Allô ?
-Bayard ? dit-elle, les sourcils légèrement froncés, en se demandant ce qui lui prenait de l'appeler à cette heure-ci.
-Bonjour, Mithian. J'espère ne pas être trop présence est requise au siège de la corporation Pendragon d'ici une heure pour une réunion de la plus extrême importance.
-Ma présence...
-Pas seulement ta présence. Loth et Annis seront là également. Ainsi que moi-même.
-Oh.
Mithian se redressa, sur le qui-vive. Si Bayard, Loth et Annis étaient présents, c'était forcément une question qui concernait Albion. Les rois fondateurs ne pouvaient être convoqués au même endroit, au même moment, si le sujet ne concernait pas la gouvernance de près ou de loin. Et Mithian avait beau être une femme des temps modernes, elle restait au fond d'elle-même la princesse de Nemeth, qui avait autrefois dirigé tout un royaume d'une main de fer et n'avait jamais hésité à accompagner ses chevaliers sur le front. Elle avait gardé un certain sens des priorités de ces années-là.
-Dis-moi juste si je suis censée décommander mes cours de cet après-midi, ou si nous aurons terminé d'ici là.
-Je savais que je pourrais compter sur toi. Pour être honnête. Le mieux serait que tu prennes ta journée, lui répondit Bayard.
-Très bien acquiesça-t-elle. A tout à l'heure.
Gauvain redressa la tête au milieu des draps et demanda d'une voix pâteuse :
-Lequel de tes amants secrets t'appelle à sept heures du matin ?
-Bayard, répondit-elle en se redressant. Je suis attendue à la corporation Pendragon ce matin.
-Quoi ?
Gauvain redressa la tête, les yeux étrécis.
-Après Arthur, c'est ton tour ? Qu'est-ce que c'est encore que ces cachotteries.. est-ce qu'Uther a prévu de tous nous rencontrer un par un ? Je me demande vraiment ce qu'il mijote...
-Aucune idée, dit Mithian en ramassant ses vêtements éparpillés à travers la pièce. Mais j'ai comme l'impression que c'est un gros coup.
Elle se figea, jeta un coup d'oeil à son homme, et crut bon de préciser :
-Si je reste absente pendant douze jours... n'en profite pas pour croire que tu peux faire n'importe quoi. J'ai caché une caméra à l'intérieur de la chambre, et une autre à l'intérieur de la voiture. Si tu ramènes des invités en mon absence, tu peux être certain que tu le sentiras passer.
-Et tu te crois drôle, grimaça Gauvain.
-Ce n'était pas une blague, lui répondit Mithian, d'un ton plat.
Gauvain écarquilla les yeux.
-Tu m'espionnes, maintenant ?
-Ce n'est pas moi qui ai acheté les caméras, répondit-elle, d'un ton moqueur.
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Quand Mithian immobilisa sa voiture devant le siège de la Corporation, Annis venait tout juste de se garer à deux places de là. Les deux femmes se retrouvèrent devant le building, et se donnèrent l'accolade avec chaleur. Elles s'étaient rapprochées au cours des dernières semaines. Gwen était occupée par sa grossesse et Mithian ne l'avait plus aussi souvent pour elle seule. Annis et elle avaient une grande différence d'âge, mais elles étaient proches dans leur manière de penser. L'escrimeuse invitait souvent la journaliste à prendre un café en sortant du cercle d'escrime.
Elle était admirative de l'expérience qu'Annis avait réussi à accumuler au cours de cette vie et elle ne se lassait jamais d'écouter les récits de ses voyages et de ses rencontres.
-Toi aussi, tu as eu droit au coup de fil en urgence ? lui demanda-t-elle en marchant vers elle.
Annis hocha la tête, ses boucles rousses, chatoyant autour d'elle.
-Bayard avait l'air particulièrement satisfait de lui-même. Je suis certaine qu'il nous réserve une surprise de taille, commenta-t-elle d'un ton amusé.
-Où est Loth ? demanda Mithian, en regardant autour d'elle.
-J'ai vu sa voiture un peu plus haut dans la rue, l'informa Annis. Il a dû arriver avant nous et monter directement dans les étages. J'avoue que j'ai hâte de découvrir, moi aussi, ce qui nous attend là-haut...
-Allons-y, dit Mithian, d'un ton déterminé.
Les deux femmes pénétrèrent dans le hall et empruntèrent l'ascenseur, non sans échanger un regard de connivence tandis que la cabine montait vers les étages.
-Comment vont les activités ces jours-ci ? demanda Annis à Mithian.
La jeune femme eut un sourire mi-figue, mi-raisin.
-Je ne sais pas vraiment quoi répondre à ça, reconnut-elle. J'aime vivre à Londres, et enseigner l'escrime, et avoir Gauvain à mes côtés. Mais parfois... Nemeth me manque. Le défi de diriger un royaume me manque. Le peuple sur lequel je devais veiller me manque. Les idées que je tenais à développer me manquent. Même mes imbéciles de conseillers, auxquels j'étais obligée de tenir tête tout le temps, sous prétexte que j'étais une femme, me manquent. J'essaie de ne pas y penser. Après tout... le passé est le passé, n'est-ce pas ?
-C'est ce que certains prétendent, reconnut Annis.
Elle hésita un instant, puis, posa une main sur l'épaule de Mithian, et avoua :
-Certains jours, ça me manque aussi.
La porte s'ouvrit et elles longèrent le couloir. Loth et Bayard se trouvaient à l'intérieur, face à face. Quand ils les virent arriver, le regard de Bayard s'éclaira.
-Parfait, dit-il. Nous allons pouvoir commencer.
-Commencer à quoi ? demanda Annis. Explique-nous donc de quoi il retourne. Tu as fait un tel mystère autour des motifs de ce rendez-vous...
-Dans un instant, dit Bayard, avec un regard brillant. Si vous voulez bien me suivre...
Les trois autres lui emboîtèrent le pas tandis qu'il pénétrait à l'intérieur de la salle de réunion.
Il posa sa mallette sur la table, l'ouvrit, et en sorti quatre mémoires reliés.
-Chers confrères, dit-il, en les regardant un à un. Nous sommes rassemblés aujourd'hui en tant que Conseil extraordinaire pour faire la lecture du projet de fondation Rêve d'Albion, constitué par Morgane et Arthur Pendragon, et décider de sa validation, ou de son annulation, conformément aux volontés de leur père. Nous avons devant nous douze heures pour lire, débattre, et approuver – ou refuser – un projet de soixante-cinq millions de livres.
-Arthur a écrit ça ? dit Mithian, incrédule, en prenant le mémoire.
-Avec sa sœur Morgane, acquiesça Bayard.
-Et Uther nous a mandatés pour valider le projet, s'exclama Annis, qui n'arrivait pas à le croire.
-J'étais certain que tu aimerais ça, dit Bayard, avec un petit rire.
-Si j'aime.
Annis eut un sourire royal.
-Il semblerait, en fin de compte, que tout cet argent ne soit pas destiné à dormir en vain.
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Dix heures plus tard, Annis, Bayard, Mithian et Loth achevaient d'apposer leurs signatures sur la version commentée du projet, et se serraient la main avec effusion pour se féliciter de ce qui représentait la naissance effective de la fondation. Ils étaient tous gagnés par l'enthousiasme après la lecture du chef d'oeuvre qu'ils venaient de lire.
-Je n'aurais jamais cru qu'Arthur soit capable d'écrire quoi que ce soit d'aussi brillant, reconnut Mithian, en hochant la tête. Toutes les idées que j'aurais imaginées si ç'avait été à moi de concevoir le projet s'y trouvent. Et c'est si proche de la manière dont j'avais espéré administrer Nemeth jadis que j'ai l'impression d'avoir fait un bond dans le passé.
-Arthur a toujours été un visionnaire, murmura Annis. Comme je regrette qu'il n'ait pas eu l'occasion de régner assez longtemps sur Camelot pour atteindre la maturité d'en faire ce qu'il projette de faire avec cette fondation.
-Il n'y a rien à regretter, dit Loth. L'avenir nous appartient, dorénavant. Bayard, j'ignore comment tu as fait pour convaincre Uther de faire ce legs à ses enfants, mais c'est certainement la meilleure idée qu'il ait jamais eue... de toute sa vie.
-En parlant d'Uther...
Bayard dégaina son téléphone portable.
-C'est fait, dit-il, dans le combiné.
Les trois autres attendirent la réponse.
Bayard hocha solennellement la tête et affirma :
-Très bien. J'arrive.
Puis il raccrocha, regarda ses confrères et reprit :
-Si vous voulez bien m'excuser... je vais le rejoindre pour pouvoir procéder au transfert final.
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Alors qu'Annis, Loth et Mithian partaient sabrer le champagne ensemble pour fêter la naissance du Rêve, Bayard immobilisa son véhicule devant la villa d'Uther. Il sortit de sa voiture, sa mallette à la main, à l'instant où Alfred venait lui ouvrir la porte de la propriété, et salua courtoisement le majordome.
-Comment est-il ? demanda-t-il d'un ton préoccupé.
-Nous avons connu des jours meilleurs, Monsieur Bayard, lui répondit aimablement Alfred.
-Cela signifie-t-il qu'il a passé sa journée à hurler ? demanda Bayard, en haussant un sourcil.
-Disons que Monsieur trouve le projet d'ensemble bien construit, mais que certains détails de l'organisation sont loin de remporter tous les suffrages.
-Est-ce que c'est une manière polie de dire que mes enfants ne sont que deux jeunes ingrats têtes en l'air et pompeux ? demanda Uther en apparaissant derrière son majordome, un verre de whisky à la main. Parce que si c'est le cas, c'est très élégamment formulé de votre part, Alfred.
-Vous voyez ce que je veux dire, pointa Alfred à l'attention de Bayard.
-Je vois, dit Bayard, en réprimant un sourire. Bonsoir, Uther.
-Entre, dit Uther à son associé, en roulant des yeux. Et mets-toi à l'aise. Tu es chez toi chez moi. Oh, pardon, j'oubliais ! Je n'ai plus de chez moi. Ma maison va être vendue comme tout ce que je possède à l'exception de mon hélicoptère et de ma berline que j'ai d'ailleurs fort bien fait de réclamer dans une clause spéciale, sans quoi je me retrouverais SDF, sans la moindre pension pour survivre, après avoir fait don de toute ma fortune à deux petits imbéciles qui n'ont pas pensé un seul instant à assurer mes vieux jours. Mais hormis cela ? Tout va bien, non, vraiment. Un projet excellent, des budgets qui tiennent la route – comment suis-je censé prendre cette omission, dis-moi, Bayard ? Comme un grand VA AU DIABLE PAPA de la part de mes chers héritiers ?
-Je me doutais bien que tu risquais de tiquer sur ce point, reconnut Bayard, en riant malgré lui.
-Tiquer ? Mais non, quelle idée, dit Uther, en prenant une généreuse gorgée de whisky. Je ne suis pas fini, loin s'en faut. Je pourrai toujours survivre en louant mon hélicoptère pour organiser des survols touristiques de la ville de Londres.
Bayard rit, malgré lui.
-Tu es drôle quand tu es sarcastique.
-Je suis enchanté d'être un si bon divertissement.
Uther le précéda en direction du salon où le mémoire du projet était grand ouvert.
-Alors, vous l'avez signé ? demanda-t-il, avec un soupir.
-Evidemment, nous l'avons signé, acquiesça Bayard. As-tu pensé un seul instant que nous nous y opposerions ?
-Bien sûr que non, reconnut Uther. C'est innovant, intelligent et visionnaire. Morgane et Arthur ont de l'or dans les mains. Je n'ai rien compris à la partie magique, évidemment. Mais pour ce qui est du reste ? Ce sont deux gamins, et ils ont plus d'idées que la plupart des quinquagénaires que j'ai pu fréquenter dans le milieu des affaires. Ils sont doués, Bayard. Vraiment très doués. Et je suis SDF. Etre père n'est pas drôle tous les jours.
-Voudrais-tu que je leur touche un mot de...
-Non, surtout pas, dit Uther, avec un rire sarcastique.
-Et toi, que vas-tu...
-Oh, ne t'inquiète pas pour moi, j'ai un plan.
Uther eut un sourire tout en dents et lui dit d'un ton légèrement éméché.
-Arthur et Morgane vont vite découvrir qu'on ne se débarrasse pas si facilement d'un vieux père...surtout quand il est fauché.
Bayard arrondit les yeux.
-Mais revenons-en aux choses sérieuses, reprit Uther. L'heure de la signature.
Bayard hocha la tête. Uther prit son stylo.
-Tu es sûr de...
-Un homme d'honneur ne revient jamais sur sa parole, dit Uther, en appliquant sa signature ferme et élégante sur le projet.
Il se pencha sur le clavier de son PC portable, connecté au site de sa banque.
-L'heure de la transaction finale, dit-il, solennellement.
Et il appuya sur la touche fatidique qui indiquait l'autorisation du transfert de fonds. Demain matin, à la première heure, grâce aux documents mis en place par le juriste et par le banquier, toute sa fortune serait la propriété de la fondation Rêve d'Albion. Y compris la maison dans laquelle il vivait.
-Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter à tous bon courage, murmura-t-il. Vous allez en avoir besoin.
Il était vingt-deux heures quand Bayard envoya son SMS à Arthur et Morgane.
Le contenu du message tenait en deux mots.
Projet validé.
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Projet validé.
-C'est l'heure de la surprise, dit Arthur, en regardant Merlin et Guenièvre qui étaient tous les deux assis sur le lit, dans l'attente. Les autres la découvriront demain, mais je ne peux pas vous faire attendre jusque là après m'être tu pendant si longtemps. Je tenais juste à vous dire... que toutes les idées qui se trouvent à l'intérieur viennent de vous autant qu'elles viennent de Morgane ou de moi. Et que vous avez été présents à chaque instant de la création de ce projet. Je n'aurais jamais été capable d'imaginer quelque chose qui ressemble à cela si vous n'aviez pas été présents à chaque instant pour me soutenir, m'inspirer, m'épauler et me conseiller. Vous êtes tous les deux fantastiques, et pour tout ce que vous avez fait, pour tout ce que vous ferez encore... pour moi... pour Albion... je tenais vraiment, du fond du cœur, à vous dire... merci.
Merlin et Guenièvre échangèrent un regard plein d'émotion.
-C'est... sur ça que vous avez travaillé, alors, pendant tout ce temps, dit Merlin, d'une voix pleine d'émotion.
-Rêve d'Albion, murmura Guenièvre, les larmes aux yeux, en touchant le mémoire.
-J'espère que vous serez fiers de moi, dit humblement Arthur.
Ils prirent une inspiration profonde, et commencèrent à lire.
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Projet validé.
-Hé.
Morgane s'immobilisa sur le seuil de la cuisine et regarda Lancelot, qui était assis devant un café.
-Hé, lui répondit-il, doucement.
-Est-ce que je peux ? demanda-t-elle, en s'approchant.
-Oui. Bien sûr. Toujours.
-J'ai... quelque chose pour toi.
Elle tendit le mémoire du projet au chevalier et affirma :
-En principe, nous devions attendre demain pour en parler à tout le monde, mais... je ne peux pas te faire attendre jusque là. Alors... juste...ouvre-le à la page cinquante-sept, et lis. S'il te plaît.
-D'accord, dit-il, d'un ton surpris.
Il prit le dossier et l'ouvrit, à la page indiquée. Elle observa son visage pendant qu'il le parcourait des yeux. Après quelques instants, il se figea, les mains tremblantes, et son regard se mirent à briller de larmes contenues. C'était la première fois qu'elle le voyait perdre son emprise sur lui-même. Son visage était un livre ouvert où se lisait tant de joie, d'incrédulité... et de passion. C'était le visage de l'espoir et de la vitalité.
Après un long moment, il leva son regard confondu vers elle, et il souffla :
-Je ne sais pas quoi dire, Morgane. C'est tellement... tellement.
Sa voix tremblait.
-Est-ce que c'est...
-Réel. Oui, affirma-t-elle.
-Je ne sais pas quoi dire, répéta-t-il en secouant la tête.
-Dis juste que tu acceptes le poste, lui répondit-elle avec un sourire.
Il fit un pas vers elle et la prit dans ses bras en réponse en murmurant « ce sera un honneur».
Elle appuya son front contre son épaule, et resta là un moment, attendant qu'il la lâche.
Quand il le fit, il avait l'air rayonnant.
-C'était mon rêve, mais après tous ces mois passés à essuyer des refus, j'avais commencé à cessé d'y croire. Et voilà que tu m'offres... tout ce dont j'ai besoin pour le réaliser. As-tu la moindre idée de ce que ça peut représenter à mes yeux, Morgane ? C'est comme... comme un miracle.
Elle cacha son sourire.
-Je te l'ai dit. J'ai beaucoup pensé à toi.
Il rit.
-Tu es la meilleure amie que j'ai jamais eue.
Elle hocha la tête en silence, évitant de croiser son regard, parce que ces yeux noirs la perturbaient. A chaque fois qu'elle le dévisageait, elle pensait à la petite fille qui chevauchait le dragon d'or. Elle n'avait aucun doute sur ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Malgré toute l'affection, tout l'attachement, toute l'estime qu'elle avait pour Lancelot, elle le voyait, elle aussi, comme un ami et quand bien même c'était certainement l'ami le plus cher qu'elle ait jamais eu, elle n'imaginait pas qu'il deviennent quoi que ce soit d'autre.
Pourtant, lui et l'enfant de sa vision avaient exactement les mêmes yeux, et...
L'enfant n'existe pas, pensa-t-elle. Cette vision n'est sans doute même pas fiable. Aithusa est la Déesse de la magie, et elle a décidé que je devais avoir une déscendance elle peut induire n'importe quelle image dans mon esprit pour essayer de me manipuler..
Mais il y avait certaines choses que même une Déesse ne pouvait l'obliger à faire.
Des choses qu'elle ne ferait certainement pas avec Lancelot.
A l'instant où elle se faisait, avec satisfaction, cette réflexion à elle-même, la voix de la dragonne blanche se leva dans sa tête, franchement mécontente.
-Pourquoi faut-il que tu soies à ce point obtuse, Morgane ?
-TOI ! rétorqua-t-elle, incrédule. Qu'est-ce que tu fais dans ma tête... tu espionnes mes pensées ?
-Oui ! Quand tu te montres à ce point hostile à l'idée même de la reproduction, qui est un acte nécessaire à la survie de l'espèce auquel n'importe quelle femelle est censée se plier pour...
-Oh, je t'en prie ! Ne me parle pas de la survie de l'espèce ! C'était peut-être valable pour les dragons il y a deux mille ans quand toi et Kilgarrah étiez les derniers, mais, dois-je te le rappeler ? Nous autres humains sommes des milliards !
Elle était abasourdie que la dragonne ose venir la déranger maintenant. Mais Aithusa s'obstinait.
-Il n'y a que quatre Seigneurs des Dragons, il nous en faut un cinquième.
-Choisis quelqu'un d'autre ! s'indigna-t-elle.
-Ce n'est pas aussi simple. Il faut un magicien puissant et des affinités fortes avec les dragons et ta famille est le vivier idéal pour ça. Qu'est-ce que tu as donc contre Lancelot ? Regarde-le c'est le géniteur parfait. Il est intelligent, courageux et sans défaut physique, il est favorable à la magie depuis toujours ou presque. L'enfant héritera de tes pouvoirs et de sa force, c'est l'équilibre idéal.
-AITHUSA JE NE VEUX PLUS EN ENTENDRE PARLER !
-Tu te reproduis bien avec ce Brahim, qui...
-AITHUSA !
-Mais Brahim ne correspond pas aux critères. Lancelot, lui...
-AITHUSA ASSEZ !
La dragonne se tut, de mauvaise grâce.
Morgane était effarée.
-Est-ce que... ça va ? lui demanda Lancelot, avec sollicitude. Je sais que l'idée de mon départ pour l'Afrique peut te sembler brutale, mais...
Morgane prit une inspiration.
-Je compte bien que tu partes pour l'Afrique, affirma-t-elle. Les fonds seront à notre entière disposition dans cinq jours, le temps pour la banque de mettre en place les procédures d'usage. Beaucoup de projets vont prendre du temps à se mettre en place, mais il n'y a aucune raison pour que nous attendions avant de commencer à financer les activités d'Espoir. Je t'ai réservé un vol pour Kinshasa dans une semaine.
-Ce n'est pas en l'envoyant à des milliers de kilomètres que...
-SI TU CONTINUES JE DEMANDE A MERLIN DE COUPER LA CONNEXION, TU M'ENTENDS ?
-Bon, très bien, mais je trouve que c'est une mauvaise idée.
Lancelot fronça les sourcils.
-Tu sembles... perturbée..., nota-t-il.
-Rien à voir avec toi, s'excusa Morgane. Aithusa est en train de parler dans ma tête.
-Oh. Salue-la pour moi, dit-il d'un ton charmant.
-Tu vois, lui, au moins, est poli, contrairement à une certaine prêtresse qui...
-Merlin...
-Morgane ! Je suis en train de lire le passage sur le maillage runique. C'est absolument génial ! Je suis certain que nous allons faire de cette dimension alternative un projet magique absolument unique en son genre. Rien que l'idée de travailler sur cette architecture nouvelle me donne une inspiration folle !
-Oui, nous avons beaucoup de choses à discuter ensemble, et je suis persuadée que ce sera fantastique, mais, juste... pas maintenant, et pourrais-tu couper la connexion s'il te plaît ?
-Tu es sûre ?
-OUI. Parce que, vois-tu, Aithusa m'ennuie.
-MORGANE ! gronda la dragonne.
-Je suis en train d'essayer de parler à Lancelot et elle s'immisce dans une conversation PRIVEE qui ne la regarde pas, s'énerva Morgane.
-Je n'arrive pas à le croire. Tu as pleuré pendant vingt-quatre ans parce que je te manquais, et maintenant que je suis là, c'est comme ça que tu me traites ? En me chassant comme une vulgaire...
-Désolé, Aithusa ? Je suis en train de lire, je vais couper la connexion maintenant, la prévint Merlin.
-Hors de question ! Je suis la Déesse de la Magie et je -
Morgane eut un soupir de soulagement quand le silence se fit dans sa tête. Plus de magie, plus de dragonne encombrante.
-Aithusa dit qu'elle t'apprécie beaucoup, informa-t-elle Lancelot, tout en veillant soigneusement à lui cacher les raisons de cet intérêt subit.
-De la part d'une Déesse, c'est un véritable honneur..., dit humblement Lancelot.
-Je suis tout à toi maintenant, elle est partie, signala Morgane, soulagée d'être enfin disponible pour leur conversation.
Lancelot prit une inspiration profonde et la regarda d'un air hésitant.
-Donc... tu n'as rien contre le fait que je parte ? Parce que, je ne t'ai jamais caché le fait qu'à mes yeux, ma vie était là-bas, et avec le poste de directeur que tu me proposes, je risque d'être absent la majeure partie du temps pour veiller à la mise en place des projets. Mais... cela signifie que nous ne pourrons plus être ensemble... comme ces derniers mois. Pour... le tango, et les repas, et... l'opéra.
-Oh. Ca va me manquer, c'est sûr, reconnut Morgane. Mais ce n'est pas non plus comme si nous n'allions plus nous voir du tout. Et puis, les emails et le téléphone sont deux technologies très pratiques...
Lancelot se râcla la gorge, embarrassé.
-Pas dans notre dispensaire au Kivu. C'est un endroit très reculé. Nous avons un téléphone par satellite pour communiquer avec les autorités locales. Mais la ville la plus proche est à deux jours en 4X4, c'est là que nous allons pour envoyer des messages quand...
-Nous allons nous occuper de changer ça, dit fermement Morgane. Etant donné que le projet est situé dans une zone de conflit, de meilleurs moyens de communication bénéficieront aussi aux populations alentour, et puis... maintenant que nous avons des fonds à injecter, ton travail là-bas va prendre une nouvelle dimension il va falloir que tu restes connecté au reste du monde...
Lancelot sourit.
-Je suis vraiment heureux, dit-il. Si tu savais comme j'ai hâte de l'annoncer à mes collègues sur-place. Ils vont être fous de joie.
Il secoua la tête puis demanda :
-Est-ce que les autres sont au courant, pour le projet ?
-Arthur et moi avons imprimé des copies pour tout le monde. Nous aurons une grande réunion d'ici deux jours à ce propos, avec l'ensemble des chevaliers et des disciples, pour discuter des détails.
-Mais... je peux montrer ça à Léon, n'est-ce pas ?
Morgane hocha la tête.
-Oui, bien sûr.
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-Arthur est un vrai roi, dit Gauvain, les yeux étincelants. Il m'a donné le pub, le restaurant et le foyer d'hébergement. Je vais être le meilleur chevalier de toute l'histoire de l'Angleterre avec ce projet. Je vais pouvoir recruter de nouveaux aspirants... et mettre de l'ambiance... et... mon Dieu, Mithian, ça va être tellement bon !
-J'étais sûre que ça te plairait, dit Mithian, couchée en travers du lit, au-dessus du projet qu'ils feuilletaient. Moi, je te jure que je vais montrer à ces jeunes ce que c'est que l'esprit d'équipe... et de compétition. Et que nous aurons des équipes mixtes.
-J'espère qu'ils ont prévu les distributeurs de préservatifs dans les vestiaires de la salle de sport, dit Gauvain en riant.
-Espèce d'idiot, dit Mithian, alors qu'il l'assaillait de baisers. Tu ne peux pas être sérieux un moment ?
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-Attends, tu es sérieux ? s'exclama Elyan. Responsable de l'entreprise d'insertion ?
-Lis, c'est écrit là, dit Lancelot, avec un immense sourire. Page soixante-trois. Elyan Smith...
-Et je vais avoir un garage à moi seul ? Avec des apprentis. Quand je pense qu'il n'y a que quelques mois, j'étais sans papiers !
-Coordonnateur du projet santé, répétait Perceval, avec des étoiles dans les yeux.
-Et toi, chef de la nouvelle garde d'Albion ! dit Lancelot en donnant une tape dans le dos de Léon qui n'en revenait pas. Exactement comme à l'époque de Camelot. Et encore, vous n'avez pas vu les plans...
-Qu'est-ce que c'est que ce remue-ménage ? demanda Gaïus, en faisant irruption dans la chambre des garçons. Vous n'êtes pas encore couchés ? Qu'est-ce que...
-Gaïus ! s'exclama Lancelot. Venez lire le projet. Il y aura une grande bibliothèque ! Et l'école de magie, vous allez adorer ça ! Vous qui avez toujours été un si bon enseignant pour Merlin...
-Mais enfin, Lancelot, de quoi parles-tu ? demanda Gaïus, incrédule.
-La fondation Rêve d'Albion, s'exclamèrent Léon, Perceval et Elyan tous en choeur, avant de l'inviter à s'asseoir au milieu d'eux.
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-Alors ? dit Arthur, d'une voix nerveuse, alors que Merlin et Guenièvre tournaient la dernière page du mémoire.
Il était resté assis en silence devant eux pendant qu'ils lisaient, attendant le verdict sans troubler leur lecture.
Guenièvre releva la tête la première, le regard vibrant de ferveur, se mordit la lèvre, et dit avec simplicité :
-C'est magnifique. Camelot, recréée en adéquation avec cette époque. Le nouveau rêve d'Albion. Tout ce que tu es se trouve dans ces pages, Arthur.
-J'ai pensé... au genre de monde que je voudrais léguer... à notre fils.
Elle secoua la tête, les larmes aux yeux.
-Ca ne devrait pas être possible, mais je crois... que je t'aime encore un peu plus, là, tout de suite.
Arthur la regarda, ému aux larmes lui aussi et lui demanda :
-Alors... tu veux bien être ma femme ?
-Idiot, dit-elle, en se précipitant vers lui.
Ils s'embrassèrent et il posa son front contre le sien.
-Est-ce que c'est un oui ? demanda-t-il.
-Bien sûr que c'est un oui, dit-elle en riant. Je suis déjà ta femme. Je suis toujours ta femme. Je serai ta femme dans un millier de monde et dans un millier de vies s'il le faut.
-Mais dans celle-ci, insista Arthur en lui embrassant les paupières. Dans celle-ci, Guenièvre.
-Oui, dit-elle, en fermant les yeux.
Arthur tourna vers Merlin, dans l'expectative.
A son tour, leva sur lui ses yeux bleus, remplis de tendresse et d'admiration.
Le cœur d'Arthur se mit à battre plus fort, parce que ce qu'allait dire Merlin, maintenant, était extrêmement important à ses yeux aussi important que le «oui » de Guenièvre, qui venait d'accepter de l'épouser à nouveau.
-Merlin ? dit-il, d'une voix tendue.
-Non, Arthur, je ne serai pas ta femme, plaisanta Merlin, avec un air espiègle.
-Merlin..., le pressa Arthur.
L'expression amusée qui dansait sur le visage de son ami disparut.
-Bravo, mon roi, murmura-t-il, d'une voix pleine d'émotion.
Son regard profond et lumineux rayonnait d'amour et de fierté.
Et Arthur pensa qu'il aurait été prêt à rester enfermé pendant un an pour voir une expression comme celle-là sur le visage de son ami. Parce qu'elle signifiait qu'il avait fait honneur à toutes les années où son Merlin d'autrefois lui avait dit, répété, crié, murmuré : « Arthur... ne soyez pas un crétin ».
Arthur regarda Merlin, qui se trouvait de l'autre côté de la pièce, le regard pétillant, les cheveux ébouriffés, son menton appuyé sur sa main, incapable de cacher son sourire de pur bonheur, mi-homme, mi-enchanteur, plus qu'à moitié elfe, et presque exactement semblable en cet instant au magicien tendre et sûr de lui qui avait été son soutien indéfectible dans leur vie d'autrefois.
C'est tout ce que tu m'as appris, pensa-t-il. C'est tout ce que tu as fait de mon cœur.
« Je t'aime », articula silencieusement Merlin, avant de se cacher derrière sa main, en rougissant.
« Moi aussi je t'aime », répondit Arthur, de la même façon, son regard rivé au sien.
Et en cet instant, son cœur avait des ailes.
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Sur le seuil de la porte, les yeux fixés sur les étoiles, Morgane sourit en composant le numéro de Wildor.
-Allô ? Morgane ? Ca ne va pas ? Tu as une insomnie ?
La voix de son premier disciple était remplie de sollicitude, comme autrefois, quand il se précipitait dans sa chambre avec une chandelle lorsqu'elle s'éveillait en proie à ses cauchemars. Les cauchemars d'autrefois étaient vaincus à présent. Rélégués loin, très loin derrière eux, à l'aube d'un nouveau monde.
-Non, Wildor... je vais bien, répondit-elle, avec joie. Je ne me suis pas sentie aussi bien depuis des siècles, en vérité.
-Qu'est-ce qui se passe... ?
-Nous allons reconstruire le Sanctuaire, Wildor, souffla-t-elle, en regardant le ciel de Londres dont chaque étoile était un pur joyau. Nous en avons enfin les moyens. Dis-le aux autres, s'il te plaît. Dis à mes enfants qu'ils auront un foyer à nouveau. Un foyer rempli d'enchantements, de dragons, de cerisiers toujours en fleurs, et de rires à l'ombre des colonnades du nouveau Temple. La grande famille de la magie sera unie et heureuse à nouveau. Dans un havre qu'aucune Camlann ne viendra jamais détruire.
