Chapitre 4

« Je ne comprends toujours pas pourquoi elle ne nous a jamais rien dit. » Répéta-t-il pour la énième fois.

A ses côtés, Cremia ne répondit pas, trop occupée à préparer leur repas tout en sifflotant. Derrière eux, faisant ses devoirs, Romani était silencieuse et si Kafei avait fait plus attention, il aurait vite compris qu'elle écoutait une conversation qui ne la concernait guère.

« Le problème avec Anju, commença Cremia, c'est qu'elle pense ennuyer son monde.

— Mais elle ne nous embête pas.

— Ca fait onze ans que je lui répète. Ca ne veut pas rentrer dans sa tête. »

Cremia faisait étrangement partis des personnes qui n'avaient pas été mise au courant du trépas de Tortus. Pour une obscure raison, Anju n'avait pas mis au courant sa meilleure amie et celle-ci l'avait découvert le jour-même de la mise en terre, alors qu'elle livrait son lait.

« Pourquoi se sent-elle si inférieure aux autres ? »

Cremia aussi les épaules.

« Je pense que c'est dans son caractère. Elle ne s'est jamais imposée aux autres. Encore maintenant, elle parle rarement avec des personnes autres que nous.

— Elle a tout de même changé. Elle m'a jeté de l'eau dessus. »

Un sourire apparut sur les lèvres de sa petite-amie.

« Je suis si fière d'elle ! Peut-être va-t-elle finir par s'imposer !

— Autant je trouve que c'est une bonne chose tant qu'elle ne me jette pas de l'eau, autant j'ai peur qu'elle ne change complètement. »

Cremia éteignit le feu et prit une assiette sur le plan de travail, dans laquelle elle versa la soupe. Puis elle tendit l'assiette pleine à Kafei qui alla la poser sur la table et ils firent de même avec les deux suivantes. Le couple et Romani se mirent à table et Cremia reprit la conversation.

« Je pense qu'Anju s'affirmerait si elle trouvait quelqu'un qui s'intéresserait à elle plus qu'amicalement.

— Un petit ami, tu veux dire ? »

Cremia acquiesça.

« D'après Théo, Pierre – tu sais le facteur ? – est fou d'Anju. »

Cremia écarquilla les yeux.

« C'est… Inattendu. » Réussit-elle à articuler. Mais si ça peut l'aider et la rendre heureuse alors… »

Kafei hocha la tête. Il imagina Anju dans les bras de Pierre et ses sourcils se froncèrent. C'était très étrange et il avait du mal à s'y habituer, mais si Anju était heureuse ainsi alors cela lui suffirait. Romani se mit alors à rire sans aucune raison apparente et ses aînés se tournèrent vers elle avec un air interrogateur.

« C'est impossible qu'Anju soit avec Pierre, déclara-t-elle.

— Et pourquoi donc ? Répliqua Cremia d'un air soupçonneux.

— Parce qu'Anju est amoureuse et ce n'est pas de lui. » Chantonna la petite.

L'annonce surprit le couple d'amoureux. Kafei regarda d'un air inquiet sa petite-amie choquée.

« Tu mens… » Balbutia-t-elle.

Est-ce que cela signifiait que Cremia elle-même n'était pas au courant de ce fait ? Est-ce qu'Anju avait encore décidé de n'embêter personne, pas même ses meilleurs amis, avec ses histoires ?

« Elle me l'a dit !

— De qui, alors ? S'énerva Cremia qui ne semblait pas apprécier être dans le flou.

— J'ai promis de ne pas le dire ! »

Les deux adultes se regardèrent tandis que la petite Romani reprenait son repas. Kafei se demandait si Romani ne mentait tout simplement pas pour s'incruster dans la conversation. Cremia semblait le croire aussi mais elle ne dit rien. Ce ne fut que lorsque le repas fut finis et que Romani fut allée se laver que Cremia demanda :

« Tu retournes quand à Bourg Clocher ?

— Demain dans la journée. Pourquoi ?

— Je vais t'accompagner. Le meilleur moyen de savoir si Romani dit la vérité ou non est de demander à Anju. »

Kafei acquiesça même s'il n'était pas sûr que cela soit une bonne idée.

X

L'auberge semblait soudainement inconfortable aux yeux de Kafei. Il n'aimait ni la gêne qu'il pouvait voir sur le visage d'Anju, ni le regard implorant qu'elle lui lançait.

« P-Pardon… ?

— Romani nous a dit que tu étais amoureuse. Si elle ne nous a pas mentit, pourquoi ne nous as-tu rien dit ? »

Anju ouvrit la bouche afin de répondre mais elle la referma aussitôt. Les mains jointes devant sa poitrine étaient si serrées que Kafei pouvait apercevoir les articulations de ses fins et longs doigts. La personne qui aurait ces mains serait la personne la plus chanceuse au monde, se dit-il en ne quittant pas les doigts des yeux. De temps en temps, Cremia lui caressait les cheveux et il se prit à se demander ce qu'elle sensation cela procurerait si Anju prenait la place de Cremia.

« Je… Je suis en plein travail. Si vous n'êtes pas là pour réserver…

— Anju ! S'exclama la rousse. Dis-moi la vérité ! »

Cremia était très triste de ne même pas savoir cela. D'après la rousse, Anju ne s'était jamais confiée à elle au sujet des sentiments qu'elle aurait pu avoir – ou qu'elle aurait – pour un garçon. Elle voulait réparer cette erreur mais le fils du Maire doutait que cette façon de procéder donne envie à sa meilleure amie de se confier.

« Très bien, soupira la brune. Romani ne t'a pas menti. »

Kafei vit les yeux de Cremia s'écarquiller de stupeur et lui-même n'était pas en reste. Anju venait d'avouer qu'elle aimait quelqu'un. Anju aime quelqu'un, se répéta-t-il. Mais qui ? Il pensa tout de suite à Pierre et il sentit son cœur battre à toute allure. Si elle était heureuse ainsi… Mais Pierre ! Que peut-elle lui trouver ? Il n'aimait pas énormément Pierre. A l'époque où il était dans les Bombers, Pierre était celui qui refusait catégoriquement d'aider les autres et de faire des « missions stupides ». Dès qu'il pouvait faire la morale aux Bombers, il le faisait. Pierre était, en quelques sortes, le parfait petit garçon qui refusait d'aider les autres car son père disait qu'il était mieux servi par soi-même. Kafei se demandait encore comment il était possible qu'il soit devenu facteur.

« De qui ? » Demanda la rouquine et l'homme aux cheveux mauves pouvaient parfaitement voir les étoiles dans ses yeux.

Anju se mit à rougir et lui lança un regard. Il comprit le message.

« Crem', laisse-la tranquille.

— Quoi ? Tu n'es pas curieux, toi ?

— Si, bien sûr que si, soupira-t-il. Mais tu ne crois pas que c'est le genre de chose qu'elle aimerait peut-être garder pour elle-même ? »

Cremia lui lança un regard noir mais n'abandonna pas pour autant.

« Allez Anju ! Nous sommes tes meilleurs amis, pas vrai ?

— Je ne peux pas…, murmura-t-elle.

— Et pourquoi ? »

Elle n'eut jamais sa réponse car au même instant la porte de l'auberge s'ouvrit laissant entrer Théo, un grand sourire aux lèvres.

« Yo Anju ! Désolé de débarquer comme ça, mais on m'a dit que Kafei était ici.

— P-Pas de soucis… » Murmura-t-elle une fois de plus en rougissant de plus belle.

Depuis l'entrée de l'homme, elle semblait beaucoup plus hésitante et ne cessait de lui lancer des regards. Les yeux de Kafei et Cremia passèrent d'Anju à Théo, puis de Théo à Anju. Puis les deux amoureux se regardèrent et la même idée surgit dans leur tête. Était-il possible qu'Anju soit amoureuse de Théo !? Un grand sourire apparut sur les lèvres de la rouquine qui, après avoir claqué ses mains l'une contre l'autre, s'exclama :

« Théo, ça tombe bien que tu sois là ! »

Théo cilla plusieurs fois de suite, se demandant sûrement l'objet d'un tel enthousiasme soudain.

« Demain soir, Kafei et moi pensions aller au restaurant avec vous deux ! »

Si Kafei n'avait pas vu le regard que sa petite-amie lui avait lancé juste après, il était sûr qu'il aurait gaffé.


Anju n'arrivait pas à y croire. Elle allait passer la soirée avec Cremia, Kafei et Théo, pendant que sa mère s'occuperait avec joie de Romani. En temps normal, cela ne l'aurait pas gênée. Mais ce n'était pas le temps normal : voir Cremia et Kafei ensemble lui faisait plus de mal que de bien et elle avait peur qu'ils lui reposent des questions sur ses sentiments.

Elle serra fortement les pans de la robe bleue claire que sa mère lui avait offerte une année auparavant. Elle ne survivrait jamais à la soirée. Un coup lui fit relever la tête et la porte s'ouvrit, laissant entrer une Romani qui ne semblait pas très fière. La petite fille s'approcha d'Anju, les mains derrière le dos et les yeux fixés sur ses bottines.

« Je suis désolée, réussit-elle à articuler. Je t'avais promis de garder le secret mais j'ai gaffé… Comme ils disaient que tu irais mieux si tu avais un petit ami, j'ai voulu leur dire que ça ne servait à rien, mais… »

Anju sourit. Romani avait découvert par pur hasard ses sentiments pour Kafei : ce jour-là, la tête en l'air que la jeune femme était avait totalement oublié de fermer et ranger son journal intime et Romani, qui aimait lire, n'avait pas pensé à mal. Elle lui avait fait promettre de ne jamais rien dire, par peur de ce que Cremia – et Kafei – pourrait penser de ses sentiments. Elle ne voulait pas se battre avec Cremia pour Kafei en sachant qu'elle n'aurait aucune chance.

Elle mit une main sur l'épaule de la petite fille de sept ans et lui répondit :

« Ce n'est pas grave, Romani. Le plus important, c'est qu'ils ne sachent pas de qui je suis amoureuse, d'accord ? »

Romani acquiesça.

« Tu sais, c'est difficile. J'aime beaucoup Cremia, et j'aime Kafei, et je t'aime toi aussi… Vous ne pouvez pas vous marier à trois ? »

Anju ne put s'empêcher de rire et prit la petite fille dans ses bras afin de la remercier de son soutien. Romani était si innocente ! Anju s'en voulait de lui avoir confié un tel secret. Les deux filles s'échangèrent encore quelques paroles puis Anju laissa la rousse aux bons soins de sa mère qui était déjà heureuse de pouvoir la pomponner. Puis, elle se prépara mentalement à rejoindre ses compagnons. D'après Romani, Cremia et Kafei étaient chez les parents du jeune homme et avaient parlé de venir la rejoindre dès qu'ils en auraient finis. Une fois de plus, cela fit mal au cœur de la brune. Elle ne survivrait définitivement pas.

Lorsqu'elle fut dans le hall de l'auberge, elle eut la surprise d'y trouver Théo qui s'était habillé d'une façon plus élégante que l'accoutumée, ce qui le changeait beaucoup. Dès qu'il la vit, il lui fit un sourire et s'approcha d'elle d'un air décidé :

« Tu sais ce qu'est la signification de tout ça ? »

Elle soupira.

« Pas vraiment. Quand tu es arrivé, ils cherchaient à savoir de qui je suis amoureuse et… »

Elle se stoppa et les deux personnes se fixèrent quelques instants. Ce fut Théo qui coupa le silence et qui traduisit les pensées de la jeune femme :

« Bon sang ! Ils ne pensent tout de même pas que tu es amoureuse de moi ?

— Je suis désolée.

— Pourquoi t'excuses-tu ?

— Ca fait cinq ans que je t'embête avec Kafei et maintenant ils pensent que toi et moi pourrions nous mettre ensemble. »

Théo leva les yeux au ciel. Le jeune homme avait découvert les sentiments d'Anju de la plus étrange des façons. Anju n'était pas fière de dire qu'elle avait, un soir, suivis les Bombers. Elle avait été curieuse sur leurs actions et elle s'était dit que si elle arrivait à rentrer dans le groupe des Bombers, peut-être que Kafei et elle seraient plus proches. Tout s'était bien passé jusqu'à ce qu'un chien errant ne s'en prenne à elle. Si Théo, qui avait sentis qu'on les suivait, n'était pas intervenu, il lui aurait manqué un bras à l'heure qu'il était. Elle se souvenait parfaitement du moment où il l'avait disputé et de celui où elle s'était mise à pleurer en avouant tout. Lorsqu'elle s'était finalement calmée, elle avait eu peur qu'il se moquât d'elle, mais Théo avait été très compréhensif et l'avait rassurée et raccompagnée.

« Tu ne m'embêtes pas, Anju, combien de fois faudra-t-il que je te le répète ?

— Je ne fais que de te parler de ça depuis le début.

— Dois-je te rappeler le nombre de fois où tu as dû me supporter pour me faire comprendre les leçons ? Ou encore le nombre de fois où je suis venu à la cafet' après des soirées arrosées au Laktoz ? Parce que moi, je m'en souviens parfaitement. Surtout des coups de balai de ton père, en fait. »

Anju éclata de rire.

« Papa pensait que tu me faisais la cour et il n'appréciait pas d'avoir un futur gendre buveur.

— Allons bon ! Je suis sûr que lui et moi aurions pu nous entendre à merveille devant une bonne bière. »

Lorsque la jeune femme se calma, il continua :

« Tu ne veux pas t'amuser un peu ?

— Huh ? M'amuser ?

— Cremia et Kafei pensent que tu es amoureuse de moi, non ? Et si on leur faisait croire, juste pour cette soirée, que nous sommes plus que des amis ?

— Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée…, répondit-elle en rougissant.

— On pourra leur dire la vérité demain, et ça ne fera de mal à personne ! »

Anju y réfléchit pendant quelques instants. Même si l'idée lui paraissait absurde, il était vrai que cela ne ferait de mal à personne et ainsi, Cremia et Kafei ne l'ennuieraient probablement plus avec ses sentiments. Si cela permettait de protéger son secret alors elle pouvait essayer.

« Très bien. » Finit-elle par répondre.

Alors Théo lui prit la main et ils sortirent tout deux de l'auberge. Ils tombèrent nez à nez avec le couple d'amoureux qui sursautèrent en les voyant sortir. Anju ne manqua pas les regards de Cremia et Kafei lorsqu'ils se posèrent sur ses doigts entrelacés à ceux de Théo et, si elle ne l'avait pas connu, elle aurait pu croire que cela ne plaisait guère à Kafei. Mais ça ne devait être que son imagination son envie que son meilleur ami soit jaloux de la voir avec un autre homme lui jouait des tours.

Les quatre personnes se saluèrent puis ils prirent le chemin du restaurant.

X

Le début de soirée se passa assez bien aux yeux d'Anju. De temps en temps, elle et Théo s'amusaient à faire croire qu'il y avait quelque chose entre eux et elle ne pouvait pas s'empêcher de rougir, ce qui agrémenter leur mensonge. Dans ces moments-là, Cremia souriait comme si c'était la chose la plus merveilleuse au monde. De son côté, Kafei restait silencieux et les fixait avec un air indéchiffrable. Dans ces moments-là, Anju voulait entrer dans sa tête pour savoir ce qu'il pensait. Avait-il découvert le pot-aux-roses ? Si oui, peut-être ne trouvait-il pas cela amusant ? Elle se promit de s'excuser dès qu'elle le pouvait.

Au milieu de la soirée, elle s'excusa et se rendit aux toilettes. Une fois devant le miroir, elle se fixa. Des rougeurs ne quittaient pas ses pommettes : elle était gênée par ce qu'ils faisaient pour la blague et commençait à se dire que c'était une mauvaise idée. La jeune femme se sentait de plus en plus mal à l'aise en compagnie de son ami et du couple et elle souhaitait rentrer. Malheureusement, le plat principal n'avait pas encore été servi et il y avait encore le café et le dessert, lui promettant encore environ de deux heures de torture mentale. J'aurai dû refuser l'invitation…Comme d'habitude, je n'ai pas été capable de m'imposer.

« Anju ? »

La voix de Cremia résonna tel un chant funéraire à ses oreilles. Pitié, non, Cremia… Ne me pose aucune question, je t'en prie… Elle se retint de soupirer et se tourna vers sa meilleure amie qui avait des étoiles plein les yeux. La brune savait déjà ce qu'il allait se passer.

« Je suis si heureuse pour toi ! S'exclama Cremia et Anju dût se retenir de lever les yeux au ciel. Depuis combien de temps toi et Théo vous… ?

— Moi et Théo ? Répéta-t-elle. Nous… Depuis très peu de temps. A dire vrai, ça ne fait même pas une semaine… » Balbutia-t-elle, surprise de mentir ainsi.

Cremia y croirait-elle ? Anju n'avait jamais été doué pour les mensonges et elle croisait les doigts pour que la rousse ne le comprenne pas. Fort heureusement pour elle, Cremia semblait profondément noyée dans sa joie qu'Anju ne partageait pas.

« Tu aurais pu me le dire !

— Je suis désolée…, murmura-t-elle.

— Retournons auprès des garçons et fêtons ça comme il se doit !

— Il n'y a rien à fêter, tu sais, expliqua Anju que la perspective de faire la fête pour un mensonge ne plaisait guère. Je n'ai pas envie que ça se sache.

— Mais… !

— S'il te plaît… »

Cremia dodelina de la tête avant d'acquiescer et d'entraîner sa meilleure amie hors de la salle d'eau. Anju reprit un peu de courage et, lorsqu'elles arrivèrent à leur table, elles s'assirent à leur place attitrée. Anju remarqua que l'ambiance à la table était étrange : Théo sifflotait et les yeux de Kafei reflétaient une colère non dissimulée. Anju se demanda ce qu'il s'était passé mais n'osa pas poser de questions, de peur d'allumer une flamme qui était à peine éteinte.

La soirée se termina deux heures plus tard et lorsque l'air de la nuit caressa son visage, Anju fut soulagée. Elle avait crut que le repas ne finirait jamais et son mal à l'aise s'était accentué au fur et à mesure, tandis que Cremia parlait pour deux, Kafei s'étant plongé dans un profond silence.

Les deux couples s'étaient séparés : comme Romani passait la nuit à l'auberge, Cremia et Kafei décidèrent d'aller se promener encore un peu, et Théo proposa à Anju de la raccompagner. Ils marchèent en silence quelques instants puis Anju osa poser la question qui lui brûlait les lèvres :

« Il… Il s'est passé quelque chose entre toi et Kafei ?

— Hm ?

— Quand nous sommes revenus des toilettes, vous sembliez… étranges.

— Oh, ça… »

Théo soupira avant de reprendre :

« En fait, Kafei m'a fait la morale.

— La morale ?

— Yep. « Tu ne fais pas de mal à Anju », « fais attention à elle », « elle mérite qu'on l'aime vraiment », patati et patata. Crois-moi, à côté, les coups de balai de Tortus, ce n'était rien !

— A ce point… ?

— Ses yeux me lançaient des éclairs ! J'ai cru que j'allais mourir. Alors je lui ai dis la vérité.

— Et ?

— Ca ne lui a pas du tout plu. »

Anju grimaça. Pas étonnant qu'il ait refusé de leur parler le reste de la soirée. Et ceci expliquait pourquoi Théo n'avait plus rien fait lorsqu'elle était revenue. L'idée qu'elle avait pu décevoir son ami lui pinça le cœur mais elle se rassura bien vite : d'ici le lendemain, Kafei rirait probablement de s'être fait avoir ainsi.

Les deux amis arrivèrent devant l'auberge et se souhaitèrent une bonne nuit. Anju remercia encore une fois Théo qui lui fit un signe de la main, lui ébouriffa les cheveux et s'éloigna en titubant légèrement. La jeune femme entra et, sans un bruit, regagna sa chambre…