Temari, elle était là. Juste derrière lui. Pourquoi? Son regard attristé le troubla. Il réalisa la situation: le petit ami de la jeune fille gisait, presque inconscient, à ses côtés. Elle était sans savoir qu'il l'avait trahie jusqu'au point de non-retour, avait commandité son assassinat, respirait la fourberie et était répugnant d'inhumanité. Sasuke se sentait mal de devoir avouer à Temari de quels crimes son amour était coupable. Il baissa simplement les yeux, et remarqua qu'elle serrait fort les poings pour éviter de trembler. Ses ongles rentraient dans la chair de ses paumes, s'en déversant un filet de sang. La douleur qu'elle supportait transparaissait au niveau physique. Même si Sasuke n'était pas le plus apte à avoir des sentiments, il avait réellement pitié d'elle et cela le rendait affreusement triste. Sans rien dire, elle s'approcha du traître, dépassant le jeune Uchiwa. Elle s'accroupit à ses côtés et lui caressa tendrement les cheveux. Un petit sourire apparut sur son visage, alors qu'une larme s'échappait de son oeil droit. A ses pieds, Kaito ne réagit même pas à la démonstration d'amour de son ancienne amie. Il se contentait de la fixer avec froideur et haine, comme il l'avait fait auparavant envers Sasuke.
-Dis-moi qu'ils me mentent, Kaito-kun.
Elle avait soupiré ces quelques mots en se forçant à ne pas fonder en larmes. Sasuke restait immobile, alors qu'une main amicale se posa sur son épaule. En soutien, Shikamaru était là, à ses côtés. Le jeune Uchiwa comprit la raison de la présence de Temari ici. Il comprit également quels étaient ces gens derrière le « ils » qu'elle avait utilisé. Shikamaru devait certainement lui avoir confié les grands traits de l'enquête et les conclusions qu'ils en avaient tiré.
-Tu n'as rien à voir avec ceux qui sont venus chez Sasuke-kun, n'est-ce pas?
Devant le silence imperturbable de son interlocuteur, Temari se figea; elle cessa de caresser les cheveux du blondinet. Sa bouche s'entrouvrit, hésitante, mais aucun son n'en sortit. Elle prit un certain temps pour se remettre debout. L'atmosphère avait changé. Le silence de Kaito semblait avoir répondu aux questions que Temari se posait. Elle se tourna vers Sasuke et lui sourit franchement. Elle tentait de dissimuler sa faiblesse, mais Sasuke ressentait sa douleur. Elle le regarda droit dans les yeux et lança:
-Ne t'inquiète pas pour Saori-kun, c'est moi qui suis allée le chercher.
Elle s'empressa de prendre le chemin de la sortie, mais avant de disparaître derrière la cloison de papier de riz déchirée par les combats, elle s'arrêta net.
-Je ne sais pas pourquoi tu m'as utilisée comme ça. Tu avais certainement tes raisons, Kaito-kun. Mais je ne te pardonnerai jamais, jamais, d'avoir trahi Saori-kun. Tu es certainement le plus méprisable des hommes, et je voudrais te tuer sur le champ, mais...
Son monologue s'interrompit, alors qu'elle serrait les poings à nouveau jusqu'au sang. Sa mâchoire contractée, Sasuke imagina les larmes monter et Temari lutter contre elles.
-Je ne veux pas vivre avec plus de sang sur les mains.
Sur ces paroles pleines de bon-sens et de compassion, Temari disparut derrière le mur. Son ombre s'évapora elle aussi. Sasuke esquissa un sourire. Malgré l'insoutenable souffrance qui devait ronger son amie en cet instant, elle avait su faire fi de ses sentiments personnels pour ne pas se rabaisser à la vengeance et avait pensé à Saori.
-Shikamaru, je suppose que tu as prévenu les autorités, n'est-ce pas?
Le jeune Nara hocha la tête en guise d'approbation.
-Alors, partons d'ici. Ils se chargeront de ce sale type.
Sasuke se lança à la poursuite de Temari. Il ne savait plus trop quoi faire ni quoi penser. L'affaire était close, le puzzle recomposé. Ou presque. Pourquoi Temari? Qu'avait-elle de si important? Pourquoi ces manipulations et ses crimes s'axaient-ils autour d'elle? Il restait encore cette énigme à résoudre, mais Sasuke était sûr que cette enquête-là n'était pas de son ressort. Il traversa une pièce où gisait inconscient des hommes martyrisés par Neji. L'un était parsemé de petites tâches bleues circulaires, un autre avait l'épaule démise, celui-là avait sans nul doute le nez cassé. Il n'y avait pas été de main morte, lui non plus. Il slaloma entre les flaques rougeâtres et continua son périple. Les trois pièces suivantes ressemblaient fort à la précédente, et le jeune homme préféra cette fois-ci ne pas s'attarder sur les rebelles. Il entendit la voix tremblante de son amie dans la pièce à côté et y entra à son tour. Sasuke la voyait de dos. Accroupie, elle avait dans ses mains les petits doigts de Saori. Le blondinet semblait réellement perturbé. Même si les enfants comprennent beaucoup de choses, certains problèmes dits « d'adulte » leur restaient hors de portée. Il regardait gravement Temari. Celle-ci faisait certainement un effort surhumain pour ne pas trahir sa haine devant Saori. Elle lui parla longuement. Sasuke fut bientôt rejoint par Shikamaru qui soutenait Neji afin qu'il puisse se reposer un minimum. Les trois ninjas restèrent silencieux. En face d'eux, Saori se décomposait littéralement. Lorsque Temari eut finit de lui expliquer que son grand frère allait être amené dans une prison parce qu'il était un vilain jeune homme, le môme ne put s'empêcher de répéter que ce n'était pas possible. Ses yeux gris embués de larmes amères, il se cacha dans les bras de la jeune fille, qui paraissait encore plus émue. Temari, elle, comprenait les tenants et les aboutissants de cette histoire. Ils restèrent ainsi blottis l'un contre l'autre, leurs sanglots emmêlés dans une longue plainte qui piquait le coeur des spectateurs. A contre-coeur, Sasuke s'approcha de la princesse du sable et l'intima à se relever en lui posant la main sur l'épaule.
-Tu vas faire quoi, maintenant? Demanda-t-il en évitant de la presser d'aucune manière.
-Je...
Elle s'était relevé, comme lui avait proposé silencieusement Sasuke, et elle hésita. Son regard encore larmoyant se posa amoureusement sur le petit garçon, qui s'agrippait à ses vêtements pour y lover son visage humide. En réalité, Temari se demandait quelles solutions s'offraient à elle. Rester dans ce maudit village profiter des festivités n'était pas ce qu'elle voulait, mais elle sentait au plus profond d'elle qu'elle ne désirait pas quitter le petit garçon. Lorsqu'ils étaient à Suna, Temari ne pouvait passer une semaine sans son amant et son jeune frère. Saurait-elle commencer une nouvelle vie afin d'oublier l'homme qu'elle aimait? Saurait-elle surpasser ce sentiment de trahison qui brûlait et dévorait son coeur? Pouvait-elle simplement retourner à Suna et mettre de côté cette sinistre semaine, reprendre sa vie si... misérable?
-Je ne sais pas quoi faire.
Elle recommença à pleurer, se sentant incapable de jouer encore ce rôle. Devant cette franchise , Shikamaru, Neji et Sasuke se sentirent mal. Ils n'avaient jamais vu Temari dans cet état. Elle paraissait plus vraie que nature, et perçurent l'essence même de la jeune fille. Téméraire, brutale, farouche... non, ils comprirent que l'image qu'ils avaient gardé d'elle des premières fois où ils l'avaient vue n'était qu'un masque. Et que ce masque tombait.
Temari, noyée dans ses larmes gorgées d'amertume, repensait aux raisons de son départ de Suna. A son manque de conviction pour être ninja. Aux disputes avec ses frères. A l'exclusivité qu'elle souhaitait obtenir de la part de Kaito et Saori. A ces nuits amours qui la rendaient fiévreuse. Au sentiment d'être utile pour quelqu'un. Ses pensées tourbillonnaient dans sa tête et la rendaient totalement inapte à prendre une décision. Elle se savait capable de commettre une erreur en réfléchissant à chaud à ce qu'elle devait ou ne devait pas faire. Et l'erreur de ne pas voir la manipulation l'avait déjà assez affaiblie comme ça. La manipulation... Ce mot lui faisait atrocement mal partout. Elle n'avait été qu'un jouet pour Kaito. Qu'une misérable poupée. Comment pourrait-elle de nouveau prendre le risque de se faire tromper par quiconque? On avait gaspillé sa confiance, à tout jamais. Elle n'avait jamais eu aussi peur... Peur de subir cela à nouveau, et de ressentir cette douleur lui arracher les entrailles. Peur de se retrouver à nouveau à la merci d'un homme sans coeur et sans âme. Peur de perdre le moindre de ses repères en une fraction de seconde. Faudrait-il qu'elle reste seule à vitam aeternam pour éviter ces souffrances? Fallait-il qu'elle devienne une ninja sans âme pour survivre, pour oublier ce poids qu'est la peur? Aucune de toutes ces idées ne lui convenait. Elle n'était plus rien pour elle-même, confuse dans ces craintes et ses doutes, mais la petite main de Saori la rappela à l'ordre.
-Temari Oneesan, je veux rentrer à la maison..
Il avait susurré ces quelques mots entre deux soupirs. Lentement, ses paupières recouvrirent ses pupilles et le garçon respira en rythme régulier. Il s'était tout bêtement endormi, exténué par toute cette agitation et toutes ces mauvaises nouvelles. Temari le souleva doucement, et le porta tout contre elle, la tête de l'enfant reposant sur son épaule. Pour elle, la maison n'existait plus. Elle ne pourrait pas revenir dans la petite demeure où Kaito et Saori avaient construit leur vie à Suna. Et rentrer dans le palais où elle avait grandi avec ses deux frères ne l'enchantait pas plus. Où aller?
