Bonsoir tout le monde !

Je vais vite vite vous laisser lire (je viens de passer une heure à élaborer mon entrée en matière pour un chapitre d'une autre fic, et là j'ai plus le courage de faire pareil pour cette fic ^^''').

Rien de particulier à dire en RàR à part MERCI tout le monde ! miss's-dgrayman, TheoryOfChaos, elinska, Zyukage, misi-chan, Kamazu, Dellsey, Risaa, Yuvifan, Lalilana, shurikael, Pikshii, evil-roses, Shigure-sensei, Meilin07, Chowa-chan, Manuka, Lavyuu, Dieuchouette-auxabonnésabsents (qui change de pseudo comme de chemise xD), Yuuki-chann, Alexiste, Sakyhime-chan, Miss Osaki, Sah-chan, Saki-parle, Chou, Strange-Aya, Melty-chan 93, Ladygreysun, Ako-Cissnei. Ah, et vos théories étaient TOUTES FAUSSES ! Mouahahaha ! Dieuchouette-etc. s'approchait un peu de la réalité, mais pas tout à fait… la réponse dans quelques instants^^


Note sur l'auteur : Je suis belge. Je parle belge (et ce n'est pas, comme certains obscurs américains le pensent, du néerlandais. Mais c'est quand même pas du français xD). Par conséquent, chez moi, essuie = serviette, torchon = serpillière, essuie de vaisselle = torchon (le mot avant le « = » est belge, le mot après est français xD). Vous risquez de voir traîner des nonante et des septante, quelques déjeuners pris à 9 heures du matin, quelques soupers, du choco (qui est le nom belge pour la pâte à tartiner, ou le Nutella), et autres joyeusetés xD Non mais je précise, parce qu'on m'a demandé ce qu'était un essuie, et c'est vrai que vous les Français, vous ne parlez pas comme nous xD Je voulais d'ailleurs vous demander, petites Françaises ! En Belgique, nous avons un adjectif qui sert à désigner les personnes qui n'aiment pas partager leur nourriture parce qu'elles n'apprécient pas les mélanges de salive. Vous voyez, le genre de personnes qui refuse de boire à la même bouteille que quelqu'un d'autre. En Belgique, ça s'appelle « être nareux ». Est-ce qu'il existe un synonyme en français, ou pas ?^^

Rappel sur Lavi : Au début de la fic, Lavi a ses deux yeux. Son enlèvement explique en fait son état de « borgnitude » du manga ^^


Petit message pour misi-chan, au sujet de mon abandon de la fanfiction

Je sais, ça me fait de la peine aussi, de plus pouvoir avoir de reviews… mais les lettres à l'auteur, ça existe xP Et si tu me donnes ton adresse mail, y a même moyen que je t'envoie mes textes en avant-première ^^ Ne t'inquiète pas, j'ai déjà écrit des textes complètement originaux. Ils sont merdiques, mais c'est parce que j'avais douze-treize ans. J'ai l'imagination suffisante, ne t'inquiète pas^^ et pour le côté commercial, si je me trouve un éditeur, c'est lui qui s'occupera de ça xD J'ai pris cette décision après avoir beaucoup réfléchi. J'ai remarqué que je n'arrive plus à écrire du « UR ». Je ne sais écrire que des fics qui pourraient presque être des histoires originales… Je veux dire, « On n'est pas morts », ou « Stairway », ou même mon ItaSasu (que tu ne lis pas, je pense) pourraient être publiés presque tels quels si je changeais un peu les histoires des personnages ! Actuellement j'ai justement un désir de plus de libertés qui se traduit par le fait que je m'écarte de plus en plus des mangas… J'ai confiance en mon imagination… C'est sûr que c'est compliqué de se faire publier, jeune ou pas. Mais d'autres l'ont fait avant moi ! Et j'ai déjà eu des critiques positives de la part de professionnels (rien de fantastique, va pas t'imaginer des choses xD Mais une écrivaine était présente à la remise de prix d'un concours auquel j'avais participé et elle m'a dit texto que j'avais un « verbe particulier » et que je devais continuer à écrire). Tu sais, j'ai rarement confiance en moi-même. Mais l'écriture et le fait de raconter des histoires… je sais que s'il y a une chose au monde que je sais faire, c'est ça. Alors je vais m'y mettre !


Bonne lecture everybody !

Note de dernière minute : J'ai ajouté des petits mots en arabe, vu que la fillette OC est une « autochtone ». Ne vous fiez absolument pas à ce que j'ai écrit, j'ai fait de mon mieux avec le peu qu'internet me laissait comprendre, donc si quelqu'un connaît bien l'arabe et voit des erreurs… Je décline toute responsabilité xD Et je suis ouverte à toute correction !^^ Les traductions sont, comme toujours, dans le lexique à la fin du texte!

Jour 3

Partie II

La fillette écarquilla les yeux.

-M'sieur Sergeant… murmura-t-elle, ébahie, en dévisageant Kanda avec comme une immense affection dans le regard.

Elle lui fit un pauvre petit sourire, arrondissant ses joues crasseuses et maigres, les yeux brillants.

-Tu vois, t'es toujours pas mort, m'sieur Sergeant.

Elle pencha la tête sur le côté.

-Mais t'avais dit que tu remettrais plus les pieds ici, vu que la guerre était finie.

Kanda s'accroupit pour être à la hauteur de l'enfant.

-Don't you cry ? murmura-t-il en anglais.
-Abadan, répondit-elle en arabe.

Kanda posa doucement sa main sur la tête de la fillette. L'enfant ferma les yeux.

-Tu sais, m'sieur Sergeant, depuis que tu es parti, plus personne me voit. Plus personne sait que j'existe.

-J'ai vraiment l'impression d'être morte.

Kanda eut un demi-sourire triste.

-Moi aussi, j'ai parfois l'impression d'être mort.

La petite rouvrit les yeux.

-On n'est pas morts… chuchota-t-elle, le regard pétillant. Qu'est-ce que tu cherches, m'sieur Sergeant ?
-Les rebelles ont enlevé quelqu'un que je dois sauver, répondit le sergent en brisant le fragile contact entre sa main et la tête de l'enfant.
-Il ressemble à quoi ?
-Grand, roux. L'air crétin. Il devait avoir un appareil photo.
-Il a un ou deux yeux ? chuchota l'enfant.
-Tu l'as vu ?

La fillette trottina à travers la rue principale. Elle désigna un soupirail.

-D'habitude, je reste là. C'est la cave la plus grande du village et il y a un coin où je peux me cacher quand il fait trop chaud.

Kanda acquiesça. Les sept autres militaires étaient sidérés par le lien bizarre qu'il y avait entre Kanda et la petite orpheline.

-Yaum, il y avait beaucoup de bruit. Et j'ai vu le monsieur avec les cheveux orange. Ils lui ont enlevé un œil avec un couteau, et ils l'ont mis dans une boîte. Mais je suis sortie parce que j'ai cru qu'ils m'avaient vue.
-Ils sont encore là ?

L'enfant hocha la tête.

-Ok. J'entre premier, vous me suivez, dit Kanda en se relevant et en se tournant vers les autres. Hum, Beansprout, Lenalee, vous restez dehors pour vérifier qu'il n'y a pas d'autre issue.
-Wa ana ? demanda l'enfant.
-Tu restes dehors. Je vais t'amener le red moron et tu devras t'en occuper en attendant que j'aie fini de vider la maison.

La gamine acquiesça et s'assit dans la poussière.

-Je ne pense pas que ce soit de son âge de voir un journaliste éborgné, commenta Lenalee.
-Elle a vu pire.
-Na'am, affirma la fillette en faisant un salut militaire.

Kanda respira profondément et se prépara à défoncer la porte.

-Hé, m'sieur Sergeant.
-Hm ?
-Meurs pas maintenant, ce serait débile.

Kanda pouffa de rire, mais transforma vite cet excès de sentimentalité en une quinte de toux. Il défonça la porte avec fracas tout en armant son M4. Il trouva bien vite la porte menant à la cave. Il fit signe à Cross, Sokaro et Krory de le suivre, et ordonna silencieusement à Miranda et Cloud d'inspecter l'étage.

Cross, Sokaro, Krory et Kanda descendirent à la cave, le sergent en tête.

Ils trouvèrent cinq hommes armés, cinq rebelles assoiffés de sang. Sans réfléchir, Kanda visa et tira. Sans remords. La lutte commença, à l'avantage de Kanda et de ses trois renforts. Le sergent courut vers le fond de la cave, évitant les tirs qui fusaient dans tous les sens, couvert par Cross.

Il trouva enfin Lavi, inconscient, torse nu, attaché au mur par les poignets, le visage ruisselant de sang.

Il le détacha , lui passa son gilet pare-balle, le prit sur son dos et, toujours couvert par le capitaine, il remonta à l'étage.

Au rez-de-chaussée, il vit que Miranda et Cloud avaient été submergées par le nombre. On entendait encore les éclats de la lutte à l'étage, mais de nombreux rebelles apparaissaient dans l'escalier et couraient prêter main-forte à leurs compagnons dans la cave.

Kanda évita les balles et réussit, par un miracle incompréhensible, à enfoncer son couteau dans la cuisse d'un de ses attaquants à une main et chargé comme il l'était, cela relevait plus de l'action divine que de l'exploit martial. Il sortit dans la rue et hurla à Allen et Lenalee d'aller aider les autres.

Il déposa Lavi par terre, près de la gamine. Il s'accroupit près du journaliste, lui ôta le gilet pare-balle et vérifia qu'il respirait toujours. La gamine le surveillait du coin de l'œil, pudique malgré sa curiosité.

-Don't you dare die, you damn moron, marmonna-t-il en cherchant un pouls.

Il le prit par le menton et souleva sa paupière gauche, pour vérifier ses réflexes à la lumière. Puis il le plaça en chien de fusil et expliqua à la gamine :

-Surtout, tu le laisses comme ça. Sinon, il risque de s'étouffer avec sa langue.

Elle acquiesça. Kanda arracha sa chemise et la tendit à l'orpheline, qui comprit directement et se mit à éponger le sang des blessures de Lavi. Le sergent enfila le gilet pare-balles, en donnant quelques dernières recommandations à la fillette.

-J'y retourne. Si quelqu'un approche, tu hurles. J'arriverai tout de suite.

La fillette sourit, l'air grave, et Kanda détacha une arme de sa ceinture. C'était son Beretta. Il le tendit à la fillette.

-Tu sais t'en servir, si je ne m'abuse…
-Na'am.
-Au moindre problème, tu tires. Je sais que tu vises juste. Heu… mais ne vise pas les parties vitales.

La fillette prit l'arme et la posa au sol à côté d'elle. Kanda retourna dans la maison.

Lavi reprit connaissance quelques instants plus tard. Il ouvrit son unique œil et fixa la fillette, en se remettant sur le dos.

-Je suis où ?
-Dans la rue principale, m'sieur.

Lavi s'étonna presque qu'on lui réponde en arabe. Hors de la cave, il croyait être hors de portée de ses ravisseurs. Puis il se rendit compte que c'était une fillette qui lui parlait. Il jeta un regard autour de lui. En effet, il était à l'extérieur et il voyait tous ces gens le nez collé à la vitre, regardant avec effroi et intérêt ce qui se déroulait dans leur village.

-J'ai… j'ai mal, murmura-t-il en anglais, avec un gémissement d'enfant malade.
-On aurait mal pour moins que ça, dit la fillette, philosophe, tout en continuant d'essuyer le sang.

Lavi avait quelques notions d'arabe, et il arrivait à comprendre le débit lent de la gamine. Elle-même semblait comprendre l'anglais, ce qui faisait une discussion étrange, chacun parlant dans sa langue natale.

-Comment ça se fait que…
-C'est m'sieur Sergeant qui vous a sauvé. C'est un crack, lui. Je lui avais bien dit qu'il mourrait pas.
-Monsieur… Sergeant ? répéta Lavi.
-Na'am, un type avec des longs cheveux noirs.
-Yuu ?
-Chais pas son nom. Pour moi, c'est m'sieur Sergeant.
-Comment tu t'appelles ?
-La'a'rif. J'ai oublié. Ça fait longtemps qu'on m'appelle plus.

Lavi tendit la main vers le visage de la gamine, mais cette dernière l'esquiva.

-Si tu me touches, je tire.
-Heu… Sorry

Il laissa retomber sa main dans la poussière.

-Et vous, vous vous appelez comment ?
-Lavi Bookman.
-Vous avez quel âge ?
-Vingt-et-un ans. Et toi ?
-Heu… huit ou neuf… je sais plus bien.
-Ils sont où, tes parents ?
-Là où sont tous les parents des orphelins.
-Sorry.
-Comment vous connaissez m'sieur Sergeant ?
-Je suis journaliste. Je devais l'interviewer. Et toi ? Comment tu le connais ?
-C'est une longue et triste histoire, m'sieur. Je pense pas que vous tenez réellement à la connaître.
-Si tu me racontes, t'auras ton nom dans le New York Times.
-Bah, je sais même pas ce que c'est, le Nouille-Orque Taïmz. Et en plus, vous êtes bête, j'ai dit que je me rappelais plus mon nom.
-Allez, s'il te plaît, j'aime les histoires tristes.
-Alors, vous allez en avoir une en direct, murmura la gamine en voyant arriver Krory portant le corps blessé de Kanda.
-On les a presque tous maîtrisés, souffla-t-il. Mais Sergeant Kanda s'est pris une balle dans la hanche et un coup de matraque à l'arrière de la tête.
-Il est mort ? s'enquit l'orpheline.
-Laa. Il a la tête dure, articula Krory dans un arabe laborieux.

Elle soupira de soulagement. L'histoire triste en direct serait pour un autre jour. Krory déposa Kanda au sol et tendit la main pour ébouriffer les cheveux de la fillette. Celle-ci attrapa le revolver que lui avait confié le Staff Sergeant et le pointa dans la direction du soldat.

-Personne a le droit de me toucher.
-Kanda l'a fait, tantôt, opposa Krory avec un froncement de sourcils.
-M'sieur Sergeant, c'est une exception.

Krory haussa les épaules et retourna se battre.

-Yuu peut te toucher ? murmura Lavi.
-Ça fait partie de la longue et triste histoire.

La fillette se glissa du côté de Kanda, sa chemise ensanglantée en main. Lavi voulut se lever pour aller le voir. Il n'en revenait pas qu'il soit venu le sauver. La douleur le foudroya et il ne put que se recoucher, gémissant.

-Yuu… murmura-t-il, désespérément proche et loin à la fois, prisonnier de son propre corps meurtri qui l'empêchait d'approcher cet homme qui lui avait sauvé la vie.
-M'sieur Sergeant il est tout plein de sang à cause de vous.

Il ne trouva rien à répondre.

-Si vous vous étiez pas bêtement fait enlever, il n'aurait pas eu à vous sauver, lui reprocha-t-elle en défaisant les fermetures du gilet pare-balles.

Elle descendit un peu le pantalon beige du sergent, pour pouvoir dégager sa blessure.

-C'est moche-moche, soupira-t-elle en épongeant le sang qui coulait à gros bouillons de la plaie béante.
-Raconte-moi ton histoire, dit encore Lavi.

Il voulait savoir.

Il voulait tout connaître de Kanda, tout ce qu'il ne lui dirait jamais, tout ce qu'il ne voulait pas lui révéler mais que cette fillette semblait savoir.

-Raconte-moi ton histoire.

La fillette coinça la chemise dans le pantalon du sergent inconscient, contre sa hanche, pour juguler l'hémorragie, puis le poussa de toutes ses forces pour le placer en chien de fusil, imitant la position de sécurité qu'il avait utilisée pour Lavi. Elle revint près du journaliste et s'accroupit devant lui.

-Je comprends pourquoi m'sieur Sergeant est venu vous sauver. Vous êtes tellement chiant qu'il a dû avoir peur que vous veniez le hanter après votre mort. Pourquoi vous le collez autant ?

Lavi détourna la conversation en désignant les gens agglutinés aux fenêtres.

-Une escouade de militaires débarque et se bat avec une quinzaine de rebelles, et personne ne réagit ?
-C'est des crétins qui habitent ici. La guerre fait peur à tout le monde, mais seuls les crétins ne comprennent pas qu'il faut s'entraider.
-Tu ressembles à Yuu. Enfin, à monsieur Sergeant.
-Je souris quand même beaucoup plus.
-Dis-moi ce qui t'est arrivé.

La fillette soupira et fit la moue.

-Je vais raccourcir, parce que sinon je vais pleurer. Et c'est pas trop le moment, parce que si je pleure et que m'sieur Sergeant se réveille, il va me disputer.
-Il te dispute quand tu pleures ?
-Ouais, il l'a fait, une fois. Il m'a même tapé ! dit-elle crânement. Après, j'ai plus voulu le voir pendant longtemps. Je lui lançais des pierres quand il descendait au village. Mais ensuite, on s'est réconciliés. En fait, je crois qu'il me crie dessus pour pas pleurer avec moi.
-Yuu pleure ? s'esclaffa Lavi, bizarrement heureux de savoir qu'il était humain.
-Laa, vous avez rien compris. Avec m'sieur Sergeant, c'est plus compliqué que ça en a l'air. Mais c'est parce qu'on est compliqués.
-Go on, tell me.
-Bon, bah… il y a trois ans, la guerre a commencé. Dans ce temps-là, ma famille était la plus riche de la région et le village était super-grand. On vivait toute la famille ensemble dans une grande maison à l'écart, c'était bien. La première bombe est tombée pile sur la maison. Il y en a eu plusieurs de suite, et tout s'est écroulé sur nous. J'étais coincée sous une poutre et j'appelais à l'aide, mais personne ne répondait. Ils étaient déjà tous morts et la guerre ne faisait que commencer. Je suis restée un jour et une nuit coincée sous la poutre, et un matin il y avait tous ces militaires partout. M'sieur Sergeant m'a vue et il est venu vérifier si je vivais encore. Je crois qu'il avait pour ordre de tuer toute ma famille, il m'a dit qu'on était des ennemis de l'Amérique. Des ennemis du type louche, là… Oncle Sam (1).

Lavi écoutait de toutes ses oreilles, malgré la douleur qui lui transperçait le crâne, malgré la difficulté qu'il avait de saisir tous les mots de cette langue qu'il connaissait à peine.

-Mais j'ai dit que je savais pas ce que c'était l'Amérique et que je connaissais pas son oncle pervers, alors il a rigolé. Il m'a dégagée et il m'a dit de me cacher. Après je l'ai plus trop revu, sauf une fois où je m'étais perdue dans le désert et une fois où il a fait une descente au village parce qu'il croyait avoir trouvé une base de terroristes. Et encore trois, quatre fois cette année. Des fois, des bombes tombaient sur le village, et je me demandais si c'était lui qui les lançait.

La fillette sourit et rit doucement.

-Je savais pas que les types qui lançaient des bombes des avions, c'était pas les mêmes que ceux qui tuaient les gens en face-à-face. Une fois, j'ai demandé à m'sieur Sergeant s'il aurait pas préféré faire partie de la première catégorie. Il m'a dit non, qu'il préférait savoir quel monstre il était, pour pas arrêter d'être un humain.

Lavi trouva cette phrase à peine paradoxale. C'était bien le style de Kanda. La gamine soupira.

-Il y a un an et demi, j'ai voulu quitter le village parce que tout le monde était méchant avec moi. Je me suis cachée dans un camion de marchandises et je suis arrivée au village voisin. Bon, finalement je suis revenue quand même. Euh… donc, quand je suis arrivée au village suivant, le conducteur du camion a remarqué que j'étais là. Il était très en colère et il a dit qu'il allait me le faire payer. Heureusement, m'sieur Sergeant est arrivé juste à temps. Je le remercierai jamais assez pour ça. C'est pour ça que je veux bien que lui me touche.
-Qu'est-ce qu'il t'est arrivé? demanda Lavi, craignant le pire.
-Elle a failli se faire violer. J'ai tranché la gorge de ce pervers avant qu'il en ait eu le temps, dit la voix grave de Kanda.

La gamine cria au miracle et fondit dans les bras du Japonais.

-Ah m'sieur Sergeant, j'étais tellement inquiète.
-We're not dead, murmura-t-il.

Kanda referma doucement les bras autour de la petite mais fixa Lavi qui était toujours au sol. Le même fil qu'il avait pressenti la nuit précédente se tendit de nouveau entre les deux hommes.

-On dirait que je suis prédestiné à sauver des crétins qui se mettent inutilement en danger, marmonna le soldat en détournant le regard.

Allen apparut sur ces entrefaites. Il était superficiellement blessé au visage et saignait beaucoup.

-J'ai appelé des renforts. On va embarquer les rebelles dans un hélico supplémentaire, direction Guantanamo. C'est fini.

Kanda acquiesça et ouvrit les bras.

-Allez, brat, dégage. Je dois y aller, marmonna-t-il.

L'orpheline bondit sur ses pieds et aida Kanda à se relever.

-Tu pars pour toujours, m'sieur Sergeant ?
-Yeah.
-On se verra plus.
-Non.

La fillette hocha la tête.

-Je peux garder le flingue en souvenir ?
-Ne l'utilise pas trop.

La gamine fit le salut militaire en claquant ses pieds nus contre le sol sablonneux.

Cross souleva Lavi pour l'amener au Humvee, tandis que la fillette et le sergent se faisaient des adieux silencieux. Derrière eux, Corporal Lee, Corporal Lotto, Sergeant Walker, Lieutenant Sokaro, Lieutenant Cloud et Sergeant Krory, tous plus ou moins blessés, sortaient les rebelles de la maison. Ils les alignaient contre la façade, tous ligotés ou assommés.

-Allez-y, je les surveille, dit Allen.

Ils s'éloignèrent, non pas parce qu'ils avaient quelque chose à faire à part attendre les renforts, mais parce qu'ils savaient pourquoi le jeune sergent voulait être seul. Ce dernier se pencha vers un des hommes encore conscient.

-Où est Tyki Mikk ? demanda-t-il à voix basse, dans un arabe irréprochable.

Pour toute réponse, l'homme le traita de chien et lui cracha au visage. Avec une calme violence, Allen lui décocha un coup de pied dans l'estomac qui le plia en deux. Il plongea ses doigts dans ses cheveux et maintint son visage à sa hauteur.

-Où est Tyki Mikk ? répéta-t-il en sortant son couteau.
-Al-khawan … marmonna l'homme. Il est mort.

Allen pâlit autant que sa peau translucide le lui permettait. Il entrouvrit les lèvres, incapable de trouver un mot à dire, que ce fût en anglais ou en arabe. Il se leva et rangea son couteau.

Il s'attendait à quoi ? Dans la vie, tout finit toujours mal, de toute façon. Ce n'était pas comme si ça pouvait encore l'étonner. Ses yeux se promenèrent au ras du sol, s'accrochèrent au soupirail de la cave où il avait passé tant de semaines. En investissant la maison, ils avaient trouvé toute une série de caches aménagées en cellules. Allen n'aurait pas su décrire l'émotion qui avait traversé sa poitrine, le laissant pantelant, quand il avait ouvert d'un coup d'épaule la porte de la pièce qui fut sa prison. En un éclair, tous ses souvenirs l'avaient submergé, tous ceux qu'il avait essayé d'oublier au fil des mois. Et il souffrait. Et son geôlier était mort. Et pourquoi avait-il tellement mal ?

Une seconde escouade se déploya dans la rue principale. Le bruit des bottes claquant sur le sol desséché le sortit de sa transe. Les renforts étaient arrivés.

-Get back, we'll take care of this. Vous en avez assez fait, dit le soldat à la tête du squad.

Allen s'écarta des prisonniers et marcha vers l'extérieur du village, pour rejoindre leur véhicule. Il regarda Kanda qui refusait successivement l'aide de Miranda, de Lenalee, de Cloud et de Krory.

-StYuupid-man, you like it when it hurts, yeah ? se moqua-t-il avec un grand sourire.
-Shaddup, bastard, lui répondit gracieusement l'intéressé.

Kanda s'immobilisa, les yeux fermés et le visage crispé de douleur. Il boitait atrocement, à cause de la balle logée dans sa hanche et de sa blessure à sa cuisse qui s'était rouverte durant les combats, mais il ne se serait jamais abaissé à se faire aider. Pas devant that brat, peut-être. Parce qu'ils s'étaient juré d'être forts, sans doute.

Il arriva enfin au Humvee, où tous les autres étaient déjà installés. Il entendit la voix de l'orpheline l'appeler. Elle l'avait suivi.

-Hé, m'sieur Sergeant ! Tu vois bien que la guerre nous a pas tués ! On n'est pas morts ! On tient debout jusqu'à la prochaine bombe !

Il se tourna vers la gamine. Elle était effectivement debout, les poings levés au ciel, le revolver trop lourd dans sa main droite.

-Yeah. Until the next bomb… répéta Kanda.
-Ana, même quand j'aurai oublié comment on fait pour sourire, je t'oublierai jamais, m'sieur Sergeant.

Sa voix fléchit et elle se mit à pleurer.

-Arrête de pleurer ! Ain't you fuckin' strong ?

La fillette hurla un mot en frappant du pied, un mot que Lavi ne put pas comprendre mais qui devait être assez vulgaire, vu toute la rage qu'elle y avait mis. Il suivait vaguement l'échange, assis sur la banquette arrière, la tête dans du coton. Il n'arrivait pas à penser correctement, tant la douleur était lancinante. Il ne comprenait pas comment Kanda pouvait encore tenir debout, avec sa blessure à la hanche. Il fournit un effort intense pour comprendre la situation. Il n'y arrivait tout simplement pas.

Il voulait embrasser Kanda.

Il ne pensait qu'à ça. Surtout depuis ce qu'il avait vu le regard que le sergent posait sur l'orpheline. Il y avait quelque chose de grand en Kanda, quelque chose que ce dernier voulait garder secret.

-Tu peux pas juste partir ! Tu peux pas juste te barrer et tout laisser derrière toi ! hurla encore l'enfant.

Ce cri sembla réveiller Lavi. « Tu te fais des illusions, brat, songea-t-il. Il est très doué pour laisser les gens derrière lui ». Mais il ne pouvait pas supporter de la voir pleurer, elle qui avait promis d'être forte face à Kanda.

Lavi tira le bras de ce dernier, pour lui signaler qu'il avait quelque chose à dire.

-She's your Tyki Mikk, articula-t-il, sans rien voir de la grimace de peine qui passa sur le visage d'Allen. You remember ? « La personne pour qui un jour tu refuseras d'obéir aux ordres ». You can't leave her behind.

Kanda le dévisagea longtemps et Lavi en fut troublé. Quelque chose lui démangeait les lèvres, une question qu'il n'arrivait pas à poser. Une question toute simple, comme « c'est quoi ton numéro de téléphone ? », ou comme « t'habites plutôt sur Brooklyn ou sur Manhattan ? ». Une question qui lui assurerait que demain, tout n'aura pas disparu comme un rêve. La seule question qu'il parvint à formuler fut :

-Tu comptes réellement la laisser, alors qu'elle n'a que toi ?

Kanda soupira.

-Hey, brat.
-MA ?
-Ça te dit un city-trip à New-York ?
-Sititripanouillorque ? Ça se mange ? C'est quoi ?
-Un séjour de quelques jours chez moi, répondit-il, le regard fuyant mais un sourire narquois sur les lèvres.
-« Quelques jours » ? Kam ?
-
Trois cent soixante-cinq par an, ça te convient ?

La fillette se mordit la lèvre inférieure pour se retenir de hurler de joie. Puis elle se reprit.

-Qui te dit que j'en ai envie ?

Lavi soupira. Ils étaient aussi butés l'un que l'autre.

-Okay .Farewell, then, dit Kanda en s'installant dans le Humvee.

La gamine courut jusqu'à la voiture et bondit sur les genoux de Kanda.

-Mais c'est pas pour toi que je le fais. C'est pour voir la cruche avec sa torche et sa couronne, dit-elle en essuyant dignement ses larmes du revers de la main.

Kanda eut un demi-sourire moqueur.

-« La cruche », c'est la Statue of Liberty, uncultivated brat.

Malgré tout, il était étrangement touché que la brat se souvienne de leurs discussions passées. Une nuit, alors qu'elle se demandait si elle devait haïr cette Amérique qui avait mis son pays à genoux, il lui avait parlé de cette grande fresque un mur de l'ambassade américaine de Téhéran. Il lui avait expliqué combien les Iraniens haïssaient l'Amérique, et combien leur haine aveugle les avait entraîné dans une situation inextricable de tensions internationales. Il lui avait dit que ce n'était pas la haine qui sauvait les gens. Il lui avait dit que la Statue de la Liberté n'était pas ce masque de mort qu'avait peinte un Iranien en colère. Il lui avait raconté combien elle était belle, et combien les Américains l'aimaient. « L'Amérique est un pays d'idiots, qui mérite qu'on le haïsse. Peut-être que tu ne mérites pas de souffrir de ta haine ».

La gamine lui tira la langue et se pelotonna contre lui en prenant garde de ne pas bousculer sa hanche meurtrie.

Le Humvee démarra.

-Ça va, m'sieur Sergeant ?
-Hm-hm.

La gamine sourit et tapa l'épaule de Kanda.

-On vit encore. On n'est pas morts.

OoOoO

-Voilà, j'ai réparé tout le monde, râla Komui en rangeant ses affaires. Par contre, je suis très inquiet pour la petite fille. Il faudra faire attention à ce que tu lui donnes à manger, elle est en malnutrition sévère.

Kanda acquiesça.

-Allez changer d'uniforme. Il faut que vous soyez présentables pour votre arrivée en Amérique.

Les huit militaires hochèrent la tête et retournèrent se préparer.

Il ne restait que Lavi dans la tente.

-I'm so sorry. Par ma faute, vous allez avoir des tas de problèmes dans l'organisation du retour.
-Tu n'as pas à être désolé pour ça. On a trouvé la base des terroristes qu'on cherchait depuis six mois et on a sauvé une orpheline de la rue. Inquiète-toi pour ton œil manquant, pas pour l'organisation.

-Par ailleurs, Kanda a témoigné d'une très forte inquiétude quand il a su que tu avais disparu. Ce doit être un signe.
-Un signe de quoi ? grommela Lavi. Il me considère comme un crétin. And he's so damn right.

Il posa la main sur le bandage déjà imbibé du sang de son œil crevé. Il n'avait plus mal, grâce à la morphine.

Il avait perdu quelque chose qu'il ne retrouverait plus jamais. Et il ne parlait pas de son œil. Il avait perdu ce qu'il lui restait de candeur et d'espoir.

Il savait qu'il perdrait Kanda.

He had lost something he would never get back.

A suivre...


Lexique

Anglais

Don't you cry ?: Tu ne pleures pas ?

Beansprout : Pousse de haricot.

Red moron : le crétin roux

Don't you dare die, you damn moron : Ne t'avise pas de mourir, pauvre con.

Go on, tell me : Vas-y, raconte-moi.

We're not dead : On n'est pas morts.

Brat: gosse, gamin. C'est un terme plutôt péjoratif pour désigner un enfant, et c'est unisexe. Dans ce cas-ci, « brat » signifie donc « gamine ».

Get back, we'll take care of this: Allez-y (avec un sens de retour (en gros: « retournez au camp »)), on s'occupe de ça.

StYuupid-man, you like it when it hurts, yeah ?: Bakanda, t'aimes ça quand ça fait mal, hein ? (j'aime les phrases à double-sens, c'est pas nouveau xD)

Until the next bomb : Jusqu'à la prochaine bombe.

Ain't you fuckin' strong ?: Littéralement « n'es-tu pas forte, bordel ? » (en gros il lui reproche sa faiblesse)

She's your Tyki Mikk : Elle est ton Tyki Mikk.

You remember ?: Tu te rappelles ?

You can't leave her behind : Tu ne peux pas la laisser derrière.

Farewell, then : Adieu, alors.

Uncultivated brat : Gamine inculte.

He had lost something he would never get back: Il avait perdu quelque chose qu'il ne retrouverait pas.

He's so damn right: Il a tellement raison (le « damn » marque une certaine irritation)

Arabe

Ana : moi (s'écrit أَنَا)

Abadan : Jamais (s'écrit أَبَد)

Yaum : Aujourd'hui (s'écrit يَوْم)

Wa ana ?: Et moi ? (s'écrit إليَّ وَ , d'après ce que j'ai cru comprendre xD)

Na'am : Oui (s'écrit نَعَمْ)

La'a'rif : Je ne sais pas (s'écrit لا أعْرِف)

Laa : non (s'écrit كَلَّا)

Al-khawan : ce traître (s'écrit للخائن)

MA ? : QUOI ? (s'écrit ما)

Kam ?: Combien ? (s'écrit كَمْ)


1 ) Oncle Sam est une allégorie de l'Amérique, dont le nom évoque celui du pays (Uncle SAm = United States of America). Le personnage a été créé pendant la première guerre mondiale, par les propagandistes de l'armée américaine qui voulaient pousser les hommes à s'engager pour aller se battre en Europe. Il est représenté sous la forme d'un vieil homme assez maigre, sourcils froncés, coiffé d'un haut-de-forme aux couleurs du drapeau US, qui tend le doigt vers le spectateur, avec la légende suivante : « We need you » (« On a besoin de vous »). Je précise juste au cas où, parce que je viens d'étudier en long et en large la propagande américaine, anglaise et française durant la première guerre mondiale (pas l'allemande, malheureusement, parce que mon prof d'Histoire n'a pas su se procurer d'affiches allemandes), et parce que plusieurs de mes amis ignoraient l'existence de ce sympathique monsieur.


Voici un lien pour voir l'image de la fresque sur le mur de l'ambassade américaine de Téhéran (supprimez les espace après les « . » et les « / »):

http:/ / observers. france24. com/ files/ images/ 081106%20tehran%205. jpg

Alors? Vous avez aimé?^^ Pas trop déçues par la vraie identité de la gamine? ^^ Je tiens à vous annoncer que le prochain chapitre sera le dernier, avec la troisième partie du troisième jour, et une partie de l'article de Lavi. Après, je posterai les deux omake (un TykiAllen et un KoRee, d'ailleurs, les votes sont ouverts: lequel voulez-vous en premier?), et, si evil-roses est toujours partante, une possible "fic-de-fic", où elle écrirait le passé de Lavi et de Kanda, avant leur rencontre.

A la prochaine!^^