Outch...


Note de l'auteur : Bonne année ! ... Non, ça ne va pas se passer comme ça ? Vous mourrez d'envie de m'arracher la tête à coups de petite cuillère ? Certes ; je vous comprends... Mais vous n'aurez jamais la fin si vous faites ça, nah ! Bref, quoi qu'il en soit, je tiens à sincèrement m'excuser -non pas pour le temps d'écriture parce que ça bah j'y peux pas grand chose ; mais pour le temps que j'ai pris à poster après avoir fini l'écriture, il y'a plus d'un mois. Donc désolée, désolée, désolée, pour la fainéantise légendaire dont j'ai fait preuve une nouvelle fois.

Merci aux lecteurs qui m'ont reviewés ou écrit ces derniers temps -je n'ai pas répondu à la plupart d'entre eux & encore une fois je m'en excuse *s'auto-flagelle*...

& à zO' qui m'a bien aidée à finir cette fic -sans elle soyons francs, nous n'auriez jamais eu le fin mot de cette histoire & à Sébastien pour sa correction rapide&efficace :)

Ce chapitre est un peu bof-bof... J'ai remarqué que lorsque je n'arrive pas à écrire & que je me force donc, ça donne un résultat très... pompeux & des phrases trop longues & très... "je sais pas quoi raconter alors je brode, je brode, je brode". Ce n'est pas tout au long du chapitre, je vous rassure, mais sur les passages où j'ai bugué, il est possible que ça se ressente pas mal. Voilà...

Je vous laisse à votre lecture... En espérant que vous n'ayez pas tout oublié ! :P


Schizophrenia

Juste un jour de doute


« L'individu, dans son angoisse non pas d'être coupable mais de passer pour l'être, devient coupable. »

Sören Kierkegaard


Mimi Geignarde sortit des toilettes en entonnant un air lugubre qui semblait l'amuser pourtant. Elle tourbillonna dans les airs sans cesser de chantonner, laissant entendre quelques gémissements stridents, semblables aux crissements d'une craie sur un tableau noir. Elle voleta avec une saisissante légèreté au-dessus des lavabos. Puis, elle s'interrompit dans son chant et dans sa danse en remarquant des pieds qui dépassaient de sous une porte. Elle pouffa, s'imaginant que des adolescents s'amusaient encore à faire des cochonneries en espérant ne pas se faire surprendre. Elle se souvenait encore du jour mémorable où elle avait découvert Harry Potter et Ginny Weasley, vingt ans plus tôt, dans une situation plus que compromettante.

Avec un ricanement, elle se déplaça jusqu'à avoir une vision d'ensemble de la cabine occupée. En un cri, elle constata que la scène qui s'exposait sous ses yeux n'avait rien de sexuelle. Elle était simplement morbide. Un garçon avait été battu à mort, laissé là, baignant dans son sang et dans l'eau des W.C cassés qui s'était déversée sur lui. Apparemment, quelqu'un s'était servi de son crâne comme d'un marteau, la lunette des toilettes étant un clou parfait.

Mimi Geignarde ne fut pas particulièrement choquée par cette vision. Elle était morte depuis trop longtemps pour encore éprouver des sentiments virulents. Alors elle se contenta de recommencer à chantonner tout en se dirigeant vers la porte. Elle était peut-être un fantôme, mais se doutait bien que dans le monde des vivants, cette nouvelle devait être annoncée !


Emily se glissa sur son siège en regardant tout autour d'elle, attendant apparemment que quelqu'un lui tombe dessus alors qu'elle n'avait rien à se reprocher. Mais elle avait passé sa fin d'après-midi avec la sensation étrange d'un doute, comme si un drame allait forcément survenir dans les prochaines heures. Elle avait bien fait ses devoirs, comme toujours, mais c'était avec un certain mal-être, si bien que Kaithlyn avait dû lui faire remarquer –en copiant sur elle- qu'elle n'avait pas bien écrit son prénom sur son devoir de Métamorphoses. Depuis, la dite-Kaithlyn ne cessait de la fixer comme si elle craignait qu'Emily ne puisse exploser ou se mettre à chauffer comme l'une de ces machines moldues servant à cuire des plats tout faits.

« Sérieusement, je suis persuadé que c'est Nott le coupable ! »

La voix de Jerry Dunstan obligea Emily à sortir de ses interrogations existentielles et elle lui adressa un regard assassin qui fit pouffer Kaithlyn, laquelle adorait voir la lionne qui sommeillait en sa meilleure amie. Jerry ne se démonta pas pour autant et ajouta en regardant Emily droit dans les yeux, plus moqueur que jamais :

« Désolé de briser tes beaux rêves romantiques, Emily. Mais ton mec est un malade mental. C'est ce que tout le monde raconte en tout cas. Il parait qu'un Psychomage est venu l'ausculter aujourd'hui. Il s'était mis à baver en hurlant qu'il aimait tuer des gens…

- On raconte aussi que Bart Zabini a mis Beth Smith enceinte l'été dernier et qu'elle a vendu l'enfant à des moldus, tout ça parce qu'elle a pris un peu de poids et que Bart l'a appelé « Bébé » dans un couloir, s'esclaffa Kaithlyn en levant les yeux au ciel. Et j'ai même entendu dire que j'avais couché avec toi, Jerry, dans le vestiaire des filles. Et ça, je peux t'assurer que c'est complètement faux ! »

Wallace Hopkins ricana dans son assiette juste à côté alors que Bethany Davies faisait déjà circuler l'information, véritable machine à potins. Jerry se plongea alors à corps perdu dans son repas comme s'il était affamé et Kaithlyn adressa un clin d'œil à une Emily amusée. L'aînée des Weasley se soucia alors peu de ce qu'il se passait à sa table, tant que cela ne concernait plus Adam et les meurtres –surtout pas dans la même phrase- et elle observa distraitement la table des Gryffondor, où le principal concerné dinait. Elle aurait voulu lui faire un signe, lui demander silencieusement si il pourrait passer la soirée avec elle à nouveau. Elle savait qu'il aurait mieux valu qu'elle écoute son oncle, mais une petite voix –celle de la rébellion qui se réveillait enfin !- la poussait à continuer dans cette voie.

Brusquement, Adam leva les yeux de son repas, comme s'il avait senti son regard sur lui, et –la remarquant- lui adressa le plus beau sourire qu'elle n'eut jamais vu. Pour n'importe qui, ce n'était qu'un sourire, mais puisqu'il était pour elle et rien qu'à elle, il fut bien plus fantastique. Elle ne parvint pas à détacher son regard de celui du jeune homme avant que celui-ci ne soit obligé de rompre le contact –par la faute de Garrett qui lui parlait. Emily remarqua alors que les Gryffondor semblaient tous totalement abattus et une certaine honte l'envahie. Alors que la plupart des étudiants portaient le deuil, sa seule préoccupation tenait en sa relation avec Adam qui évoluait enfin après sept longues années de sur-place. Elle aurait dû se sentir plus coupable encore, mais ne l'était pas. Elle avait dix-sept ans, n'était-ce pas à cet âge qu'elle avait le droit d'être égoïste ?

Elle ne put trouver la réponse à cette question. Le son de battements d'ailes lui parvint aisément par-dessus le brouhaha, lequel se calma immédiatement. Un matin, qu'une chouette apparaisse ainsi n'aurait choqué personne. Mais lors du dîner, cela tenait du fait divers. Emily sentit ses joues devenir d'un rouge de feu lorsqu'elle constata qu'il s'agissait de la chouette de sa mère et qu'elle se dirigeait droit sur elle. Son regard passa d'instinct sur Harry qui paraissait aussi agacé que désolé et Emily comprit qu'elle allait devoir des explications à son père, puisque la lettre venait forcément de lui. Derrière sa peur d'être humiliée, elle en voulut beaucoup à son oncle, lequel aurait pu selon elle éviter le sujet « Adam » ou « Mensonge à Aurors » au lieu d'immédiatement jouer les commères. Puis elle se souvient qu'ils avaient vécu une guerre ensemble, que l'amitié qui liait les deux hommes était indéfectible, et que jamais au grand jamais ils ne s'étaient cachés quoi que ce soit d'important.

Puis, alors qu'elle commençait à trouver des excuses à Harry, la chouette posa devant elle une enveloppe rouge qu'elle reconnut très facilement pour avoir vu son cousin Louis en recevoir une de sa petite amie un jour. Une Beuglante. Elle entendit Kaithlyn rire à côté d'elle, un rire nerveux et incontrôlable, alors que les autres étudiants se levaient pour mieux la voir et que les bavardages intempestifs s'intensifiaient.

« Tu devrais l'ouvrir, lança Wallace Hopkins avec une grimace inquiète. Sinon, ça va être pire ! »

Emily ne voyait pas vraiment comment la situation aurait pu s'aggraver, mais Wallace faisait partie des grosses têtes de leur classe et elle préféra le croire. Elle mordilla sa lèvre inférieure avec une angoisse grandissante, puis en inspirant profondément, décacheta l'enveloppe. Celle-ci explosa littéralement en un chapelet d'insultes qu'elle n'aurait jamais cru entendre de la bouche de son père. Sa petite sœur se mit à pouffer dans un coin, sans pouvoir s'en empêcher et elle-même aurait pu le faire si elle n'avait pas craint le pire pour la suite. Lorsque Ron eut fini de débiter tous les gros mots qu'il connaissait –et il en connaissait pas mal- Emily entendit sa respiration et imagina très bien qu'il devait inspirer et expirer par les narines. Elle aurait même pu voir de la fumée sortir de ses oreilles en fermant les yeux. Puis la voix rugissante de son père fit trembler les murs de la Grande Salle et elle cessa d'avoir envie de plaisanter :

« Emily Julie Cedrella Xena Weasley ! Comment oses-tu déshonorer le nom de ta famille en trainant avec cette énergumène de Nott après le couvre-feu ? Il n'est pas question que cela se reproduise ! Si j'entends ne serait-ce qu'une rumeur à votre sujet, je t'interdirais de revenir à la maison ! Me suis-je montré assez clair ? Je ne voudrais plus jamais te voir ! Jamais ! »

L'enveloppe explosa alors dans une pluie d'étincelles brûlantes et un silence assourdissant pris place dans la salle. Pendant plus de dix secondes –ce qui fut épique aux yeux d'Emily. Puis les bruits des conversations s'intensifièrent et elle comprit que le sujet « Adam Nott sort avec Emily Weasley » serait très à la mode pendant quelques temps. Elle chercha d'ailleurs le jeune homme du regard, mais ce dernier avait disparu, apparemment plus intelligent qu'elle pour savoir quand quitter les lieux. Elle entendit la voix de sa sœur, son « T'es foutue sur ce coup-là ! », puis sentit la main de Kaithlyn sur la sienne.

« Ne t'inquiètes pas. Je suis sûre qu'il ne le pensait pas vraiment… »

Emily ne s'inquiétait pas pourtant. Elle avait toujours su que son père pouvait avoir des réactions légèrement démesurées et qu'il ne fallait pas réellement y prêter attention. De toute manière, sa grand-mère Molly n'hésiterait pas une seule seconde à les forcer à se rabibocher, même si elle devait employer les grands-moyens pour ça. Non, Emily s'angoissait bien plus de la réaction d'Adam et des ragots qui courraient désormais sur leur compte. Elle n'avait jamais apprécié d'être le sujet de l'attention et cette fois ci, elle n'y échapperait pas. Elle jeta un regard noir à Harry qui murmura des excuses qu'elle parvint à lire sur ses lèvres.

« Je retourne aux dortoirs, marmonna-t-elle finalement pour fuir les regards.

- Ouais, file retrouver ton chéri plutôt, s'exclama Jerry en parlant assez fort pour que la Grande Salle entière puisse en profiter. Mais fait attention, protège toi bien ! »

Emily fit alors la chose qu'elle rêvait de faire depuis sa première année : elle riposta. Elle prit le premier objet qui lui tomba sous la main –son verre rempli de jus de citrouille- et le balança au visage de son condisciple. Celui-ci se figea alors que le silence s'imposait d'office, un silence choqué face à ce geste de la part de la Préfète-en-Chef. Kaithlyn contempla sa meilleure amie, les yeux écarquillés, une pointe de fierté perçant dans son regard malgré tout. Emily observa avec une satisfaction sans borne le visage dégoulinant d'un liquide épais et orange de Jerry et sourit, satisfaite.

« Ne me parle plus jamais de cette manière, espèce d'imbécile congénital ! Ce n'est pas parce que ta vie est pathétique que tu dois agresser les autres ! Occupe-toi donc de tes propres histoires de familles… Sinon, fais attention, mon petit-ami dont je vais tomber enceinte avant de vendre le bébé à des moldus parce qu'il aura perdu son travail et qu'on aura besoin d'argent, ce petit-ami qui tue des gens… Te tuera toi aussi ! »

Elle tourna les talons et sortit de la Grande Salle sans prêter la moindre attention aux sifflements d'encouragements et applaudissements qui retentissaient dans son dos. Elle passa les portes en poussant un soupir de soulagement, lequel fut coupé par la présence d'Adam dans le hall. Il était assis sur les premières marches de l'escalier menant au premier étage et la contemplait avec un petit sourire, mélange de fierté et d'étonnement. Elle se sentit rougir, mais chercha à le cacher en baissant la tête avant de s'avancer vers lui. Après avoir hésité –inquiète que ce rapprochement soit trop perceptible aux yeux des autres- elle s'installa à ses côtés. Elle prit conscience qu'elle s'était déjà enterrée en proclamant les termes « mon petit-ami » qui –même s'ils avaient été énoncés lors d'une déclaration ironique- ne seraient pas perçus de la même façon par tout le monde.

« Tu as tout entendu ? demanda-t-elle d'une petite voix.

- Oui. La beuglante de ton père. Et ta beuglante à toi… ,ajouta-t-il en retenant un rire.

- Te moque pas !

- Je ne me moque pas. C'était… Génial. »

Elle se déplaça légèrement afin de pouvoir voir son visage et –à sa plus grande surprise- elle n'y lut aucune trace de moquerie. Il était parfaitement franc et elle en fut soulagée. Au moins, il ne la prenait pas pour une folle furieuse lunatique. Il pencha brusquement sa tête de côté et la fixa si intensément qu'elle en fut troublée un instant.

« Dis… ton père, il était sérieux ? Quand il a dit qu'il pourrait te renier ?

- Et bien, c'est mon père. Il a une tendance à l'exagération très personnelle. Ajouté au fait qu'il soit particulièrement rancunier, ce qui le pousse à haïr ta mère, ton père, toi, ta sœur et probablement toutes les futures générations de la famille Nott… Il peut parfois délirer un peu. Donc, non, je ne pense pas qu'il ait réellement cru à ce qu'il disait.

- Est-ce que ça aurait tant d'importance si c'était le cas ? demanda Adam, les traits crispés.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu… (Il sembla hésiter avant d'oser poursuivre, conscient qu'il dépassait peut-être les limites.) Tu travailles tous les étés. C'est toujours toi qui conduis ta petite sœur au Chemin de Traverse. Elle a de nouveaux vêtements chaque année, mais pas toi. Tu perds du poids à chaque vacance. Je… Je ne suis pas stupide.

- Comment est-ce que tu sais tout ça ? souffla-t-elle du bout des lèvres, sincèrement choquée cette fois.

- Je… J'aime bien t'observer, c'est tout. »

Il admit ça sans flancher, alors qu'il en aurait eu honte quelques temps plus tôt. Elle le regarda dans les yeux pendant un moment, consciente qu'elle aurait dû avoir peur de lui, au moins un peu, mais qu'elle était flattée au contraire. Puis, elle se souvint de l'importance de son petit discours –en dehors de sa révélation voyeuriste- et s'enquit :

« Alors, tu penses quoi ? Tu as compris quoi ?

- Que vous êtes pauvre, déclara-t-il sans ciller. Et que tu es là pour maintenir ton foyer à flots. Tu…

- Oui ? »

Elle sut d'instinct qu'il allait lui dire quelque chose d'important, surtout parce qu'il avait baissé la tête. Mais il n'en eut pas le temps. Un raclement de gorge retentit dans le hall, se répercutant sur les murs de pierre et le sol de marbre en un écho. Les deux adolescents levèrent les yeux vers les portes de la Grande Salle, craignant que des élèves viennent les embêter. Mais c'était juste Harry –et Adam ne parvint pas à définir si c'était pire ou non. Emily fusilla son parrain du regard avant de marmonner :

« T'es là depuis quand ?

- Assez longtemps. Monsieur Nott, notre cours de samedi a été trop court… Vous le rattraperez ce soir. A dix-huit heures. Vous devriez donc…

- Aller voir ailleurs si vous y êtes ? conclut Adam en voyant que son professeur ne savait pas comment se débarrasser de lui. J'ai compris ! »

Il se leva, épousseta son pantalon et adressa un pâle sourire à Emily qui le lui rendit courageusement. Il aurait voulu se baisser et l'embrasser, comme n'importe quel garçon l'aurait fait après une soirée comme celle dans la bibliothèque. Mais il n'osa pas s'approcher d'elle. Au lieu de ça, il lui tendit la main, comme pour la lui serrer, puis se ravisa et la leva avant de la passer dans sa tignasse. Elle haussa un sourcil, l'air de se demander ce qui lui arrivait. Il grommela quelque chose puis s'éloigna rapidement, comme pour la fuir. Harry s'esclaffa en cherchant –maladroit, comme toujours- à le dissimuler derrière une toux. Le regard noir d'Emily le fit sourire également et c'est sans cesser de ricaner qu'il alla s'asseoir à la place qu'occupait Adam quelques secondes plus tôt.

« Ton père et Adam ont au moins un point en commun… Ils sont aussi doués l'un que l'autre pour l'entreprise de séduction ! »

Un énième regard noir de la nièce l'obligea à se taire et il grimaça en se remémorant ce qu'il avait entendu de leur conversation. Il admettait sans peine que Ron et Luna n'étaient pas franchement les parents les plus impliqués de la terre, dans son esprit uniquement bien évidemment car il n'aurait jamais osé dire une telle chose à son meilleur ami. Ils avaient pourtant eu une dispute à ce sujet un jour où Emily s'était ouvert le front en tombant des escaliers. Elle n'avait alors que quatre ans et Ron s'était contenté de s'occuper de la blessure superficielle à l'aide d'un sort, sans même songer à l'emmener à Saint-Mangouste. Emily avait dû se plaindre de maux de tête pendant près d'une semaine avant que Luna pense à l'y conduire. Harry avait alors craqué et traité son meilleur ami d'incapable et de parent irresponsable, ce qui avait transformé leur amitié en ronchonnements et insultes pendant environ un mois. Puis Harry avait fini par admettre à contrecœur que la manière dont Ron élevait ses enfants ne le concernait pas.

Il avait parfois eu du mal à retenir les réflexions qui lui brûlaient les lèvres, conscient qu'il serait méchant alors que Ron était tout simplement à côté de la plaque. Il savait que son ami n'était pas incompétent. Il avait juste l'esprit à autre chose et ne réalisait pas que ses filles grandissaient auprès de lui sans qu'il participe à leur existence. Néanmoins, Harry –contrairement à Adam- n'avait jamais réellement eu conscience de la situation qui dépassait ce qu'il avait imaginé.

« A quoi penses-tu ? s'enquit Emily en remarquant qu'il se faisait du souci.

- A ce qu'Adam Nott disait au sujet de toi et de tes parents. Ron est-il réellement si pitoyable comme père ?

- Non ! s'exclama Emily, un peu trop vite. Il est juste… Comme maman. Dans la lune. Ce ne sont pas de mauvais parents. Mais parfois je me demande pourquoi ils nous ont eues Lyra et moi. Ils ne font jamais vraiment attention à nous et j'ai parfois le sentiment qu'ils… ne nous voient pas. »

Elle avait murmuré ces derniers mots, si bas qu'il dût tendre l'oreille pour comprendre ce qu'elle disait. Apparemment, elle admettait cette réalité à haute voix pour la première fois de sa vie, telle qu'elle aurait dû la dire à Adam sans la présence de son oncle. Ce dernier comprit d'ailleurs aisément qu'il n'était pas le plus désigné pour avoir cette conversation avec elle. Après tout, il était –et serait toujours- du côté de Ron et ne pouvait pas facilement admettre que son meilleur ami avait bien des défauts –autant comme homme que comme père. Alors il se contenta d'hausser les épaules sans rien dire, acquiesçant pourtant mentalement à l'affirmation énoncée par sa nièce.

Il se demanda si c'était pour ça qu'elle se rapprochait si dangereusement d'Adam, juste pour agacer Ron, mais il ne parvint pas à accepter cette idée. En réalité, il avait vu le regard lancé par Emily au garçon et la façon dont elle le regardait depuis toujours aurait dû lui paraitre suspecte bien plus tôt. Mais Harry n'avait jamais été doué dans les rapports amoureux –aussi peu que Ron ou Adam.

« Qu'est-ce qu'il a de particulier ? ne put-il s'empêcher de prononcer au bout d'un moment.

- Qui ça ?

- Adam Nott. J'ai beaucoup réfléchi à notre discussion d'hier…

- Avant ou après en avoir parlé à mon père ? rétorqua sèchement l'adolescente.

- Après hélas… Mais, je n'ai jamais rien caché à ton père, ni à l'époque de notre jeunesse, ni maintenant que c'est votre tour de commettre des tas de bourdes. Même si je présume que vos erreurs, à toi ou même à Violet, n'atteindront jamais le niveau que dépassaient les nôtres. Quoi qu'il en soit, j'ai tenté de trouver ce qui pouvait te plaire chez Adam…

- Pourquoi ça ?

- Pour… savoir comment rassurer ton père qui pense sérieusement à t'envoyer dans un couvent ! s'esclaffa Harry avant de la voir blêmir. Enfin, je ne pense pas qu'il puisse en arriver à de telles extrémités. Mais il s'angoisse et je voulais être capable de lui dire quelque chose…

- Et tu as trouvé ? s'inquiéta Emily avec le sentiment étrange que tout son avenir dépendrait de cette réponse.

- Oui. Il est… différent des autres garçons de ton âge. Et avec une bonne coupe de cheveux, il pourrait probablement être présentable ! »

Emily roula des yeux, consciente qu'Harry aurait éternellement du mal à admettre qu'Adam puisse être quelqu'un de bien. En réalité, elle devait s'avouer qu'elle rêvait parfois elle-même de brandir une paire de ciseaux en direction de la tignasse d'Adam, histoire de la rafraichir un peu. Néanmoins, elle n'hocha pas la tête, refusant de donner un tant soit peu raison à Harry. Ce dernier l'interrogea du regard, attendant qu'elle dise si c'était bien à cause de cette différence –sur laquelle il ne parvenait pas à mettre le doigt pour autant- qu'elle était prête à tout risquer pour le garçon.

« Adam est différent, c'est vrai… Mais je crois que c'est surtout ce qu'il voit en moi que j'aime. Il… ne me voit pas comme une petite fille qui aime étudier pour avoir de bonnes notes. Il me voit comme j'aimerais que les autres me voient.

- Et… Comment ? »

Emily n'eut pas le temps de répondre ou même de trouver une réponse correcte qu'elle aurait eu bien du mal à formuler. Elle savait simplement qu'Adam parvenait encore à la voir comme Mily la sauvageonne plus que comme la sage Emily studieuse. Il voyait la véritable personne qu'elle était –ou avait été sans qu'elle se souvienne comment.

Un cri mourut dans sa gorge lorsqu'elle vit apparaitre Mimi Geignarde, d'un seul coup devant elle. Ce fantôme-là n'était pas plus impressionnant que les autres –en dehors de sa capacité à agacer l'univers entier, elle ne possédait rien de plus, mais c'était la première fois qu'Emily la voyait en dehors des toilettes des filles, comme si Mimi Geignarde y était enfermée par la mort. De plus, Mimi prit un malin plaisir à se montrer avec une certaine mise en scène, comme si elle sortait d'une boite, invisible et surprenante. Le cœur d'Emily prit quelques secondes avant de se remettre à battre correctement alors qu'Harry se levait, fixant Mimi de ses yeux émeraude brusquement écarquillés, comme si lui-même ne croyait pas vraiment à cette apparition. Emily comprit que plus que le fantôme, c'était l'air réjoui qu'elle arborait qui l'inquiétait… Probablement parce que Mimi ne se réjouissait que pour de mauvaises raisons.

« Que se passe-t-il Mimi ? marmonna Harry en ayant l'air de déjà connaitre la réponse à cette question.

- Il y a un garçon dans les toilettes… Pas que cela me dérange, il y en a souvent par ici. Ils créaient des enchantements interdits ou font des bêtises avec des filles…

- Plus vite, Mimi !

- Mais ce garçon ne fait pas grand-chose, ricana Mimi avec un air brusquement plus fou encore que d'habitude. A vrai dire, il ne respire même plus ! »


Violet chassa ses larmes d'un geste rageur, furieuse contre elle-même de se laisser emporter si facilement dans ce tourbillon d'émotions qui se créait autour d'elle dernièrement. Elle ne se souvenait pas d'avoir autant pleuré depuis la mort de son cochon d'Inde, Patatrouille, quand elle avait six ans. Enfermée dans les toilettes des filles les plus proches de son dortoir, elle cherchait à dissimuler à l'aide de la magie les marques rouges et cernes qui donnaient à son visage une apparence inhabituelle. Bouffie. C'était le seul mot qui lui venait à l'esprit quand elle se regardait. Dans sa tenue de cérémonie funèbre noire, elle se sentait plus petite qu'elle ne l'était en réalité, comme perdue par les couches de tissus multiples. Sa chevelure rousse coincée dans un chignon serré n'était même pas capable de donner un peu d'éclat à son visage. Elle jeta un dernier coup d'œil, plus furieux qu'autre chose, au reflet dans le miroir avant de se détourner.

Elle inspira profondément avant de quitter la salle de bain, son cœur battant à tout rompre jusque contre ses tempes, ce martellement l'assourdissant peu à peu. Elle se concentra sur le claquement de ses talons hauts contre le parquet du couloir, chassant peu à peu les murmures qui s'amplifiaient sur son passage à chaque pas qu'elle faisait. Hélas, elle ne pouvait totalement faire disparaitre les autres étudiants de son année, ni les regards qui se posaient sur elle, parfois plein de pitié, parfois suspects. Elle savait ce qu'ils racontaient. La rumeur avait pris place dans les esprits avant même que le cadavre de Jeff soit retiré des toilettes et analysé. Elle perçut les bribes des remarques et accusa le coup sans laisser paraitre la moindre émotion sur son visage.

« On dit qu'ils ont rompu juste avant… »

« Je paris qu'elle le trompait ! »

« Tu crois qu'elle aurait pu le tuer ? »

Et d'autres, pires encore, qui lui faisaient aussi mal que des coups, plus encore que le sourire glacial de Mickael Corner lors de son interrogatoire. Il avait fallu plus d'une semaine avant qu'il n'accepte de la laisser tranquille, alors qu'elle-même ne se sentait plus la force de mentir. Elle était prête à tout déballer, son histoire avec Cléo, les raisons de sa dispute avec Jeff quelques heures avant qu'il ne disparaisse, sa peur aussi de connaitre l'identité de l'agresseur sans l'admettre. Elle sentit un sanglot monter dans sa gorge, mais le refoula, refusant de craquer devant les autres élèves qui n'attendaient que ça : une savoureuse histoire à raconter le lendemain, au petit déjeuner.

Une fois dans le couloir, hors des quartiers des Poufsouffle, elle retrouva enfin sa respiration et put à nouveau regarder autour d'elle sans craindre de croiser un regard méprisant. Elle se dirigea ensuite vers l'extérieur du château, consciente qu'elle s'avançait vers une étonnante réalité, celle de la mort d'un garçon de son âge qu'elle avait connu toute sa vie. Et au lieu de la tristesse, elle ne ressentait que de la peur, de celle qui bloquait sa gorge, provoquait des tremblements, lui donnait envie de partir en courant sans savoir dans quelle direction fuir.

Elle se retrouva dans la cour derrière la serre où les leçons de botanique se déroulaient habituellement. Neville n'avait pas donné un seul cours de la semaine –ce dont certains se réjouissaient, comme si la mort de Jeff valait la peine juste pour quelques heures de pause en plus. Violet s'arrêta un instant, juste pour se reprendre, son regard se fixant sur le petit groupe qui s'était réuni près de la cabane du Garde-Chasse, là où des dizaines de corps avaient été enterrés après la guerre, à l'orée de la forêt. Son oncle Fred était là, mais elle ne l'avait pas connu. En réalité, c'était la première fois qu'une personne de sa connaissance serait en ce lieu pour l'éternité –du moins, jusqu'à la fin du monde. Et pourtant, même si elle avait vécu des tas de choses avec Jeff, elle avait l'impression de tirer ses mensonges derrière elle, de les apporter en ce lieu presque sain et de le démystifier.

Elle se mit néanmoins à avancer, refusant de donner aux autres des raisons de plus de la rendre coupable d'un crime qu'elle n'avait pas commis. Oui, elle avait fait du mal à Jeff avant sa mort, mais cela ne la rendait pas plus coupable qu'un autre. Elle sentit pourtant la culpabilité s'infiltrer en elle comme un poison dès lors que Neville s'approcha d'elle pour la serrer dans ses bras, la remerciant d'un regard d'être là. Comme si elle avait eu le choix. Alice resta en retrait mais lui adressa un petit regard menaçant, rappelant à Violet qu'elle pouvait dévoiler son secret dès qu'elle le jugerait nécessaire. Pendant le premier interrogatoire, Violet avait attendu avec une peur illimitée qu'Alice face une réflexion déplacée, mais elle n'avait rien dit, son visage ravagé par la peine.

Puis son père s'approcha d'elle et passa un bras par-dessus ses épaules, figure paternelle parfaite qui aurait fait n'importe quoi pour la protéger de ce moment. Elle enfouit son visage dans le creux de son cou un instant, cherchant à ressentir à nouveau ce sentiment de sécurité qu'il lui inspirait. Mais cela ne fonctionna pas. Elle n'avait plus six ans, et le monstre qui la hantait n'était pas une simple bête qu'elle imaginait sous son lit. Le monstre était bien réel cette fois. Elle sentit des frissons se former sur sa peau et s'échappa de l'étreinte de son père pour le lui cacher.

Elle observa ensuite le cercueil d'un bois sombre, sur lequel des bordures jaunes, signes de sa maison, avaient été tracées. Elle ne parvint pas à le fixer plus longtemps et se contenta des visages, fermés, assombris par la tristesse, la colère et la crainte de ces meurtres qui s'accumulaient encore et encore. Elle sentit ses larmes sur ses joues avant même de réaliser que sa vue se brouillait et se détourna alors que le Professeur McGonagall entamait un discours sépulcral qui lui glaça le sang.

Puis, brusquement, elle remarqua quelqu'un qui les surveillait depuis un arbre. Elle reconnut Cléo en une seconde à peine, puis sentit sa peur lui nouer les entrailles. Elle n'aurait pas dû venir. Toute vêtue de noir, on aurait dit qu'elle s'apprêtait à s'incruster à la cérémonie, mais Violet savait qu'elle ne le ferait pas, qu'elle se contenterait de la voir de loin, de constater les dégâts dont elle se sentait aussi responsable. Elle laissa ses larmes couler sans vergogne sur ses joues et cette fois, elles n'étaient pas créées par la seule faute de la culpabilité ou de la crainte. Cette fois, elle était réellement triste. Triste pour Jeff, triste pour les autres avant lui… Triste de comprendre que c'était en partie de la faute de son égoïsme si il était mort. Et plus que tout, triste de douter de l'innocence de Cléo.


Adam entortillait nerveusement ses doigts, la tête basculée en arrière, son sang ne circulant plus dans ses jambes croisées depuis plus d'une heure. Il contemplait le plafond vouté du bureau de la directrice, admirant le travail fait par l'artiste ayant décoré les lieux un millénaire auparavant. Chaque forme semblait conduire à la représentation imagée d'une autre chose, mais il ne parvenait pas à retracer correctement l'histoire qu'avait voulu peindre le créateur. Le soir pourtant, dès qu'il était seul, il parvenait à reproduire des parties de ce qu'il voyait, juste en faisant travailler sa mémoire, puis l'image d'Emily se glissait dans son esprit et transformait toute chose en une autre.

« Adam, tu n'as pas répondu à ma question. »

L'adolescent reporta son attention sur le Psychomage Lawson qui lui souriait, comme conscient de l'agacer. Peut-être était-ce ce qu'il cherchait après tout, à le provoquer pour trouver une réaction violente et ainsi un fondement à ses accusations. Pourtant, Adam ne put y croire. Cet homme était étrangement gentil avec lui et s'intéressait apparemment à sa vie avant les agressions. Il se fichait de conduire les Aurors à explorer d'autres pistes ou même à trouver une résolution à l'affaire. Il était là pour Adam, pour l'aider, pour le soutenir… Ou du moins, Adam avait cette impression et espérait ne pas se tromper. Cela lui faisait un bien fou d'avoir un réel soutien, autre que celui de ses parents ou d'Emily, un soutien qui aurait un poids certain lors d'un procès si Corner se remettait à l'accuser. En réalité, il n'avait même pas été interrogé après le meurtre de Jeff, trois semaines plus tôt. Apparemment, personne n'avait pu trouver une raison valable, un mobile logique, une relation quelconque entre le fils Londubat et lui.

« Quelle était-elle ? s'enquit-il finalement en essayant de se concentrer sur cette séance.

- Emily Weasley. Arrives-tu à la toucher sans souffrir ou fait-elle partie de ces gens qui te font mal ? »

Adam hésita un instant. Emily était le sujet préféré du Psychomage. Il adorait l'évoquer, s'amusait des doutes d'Adam à son sujet, se plaisait à le troubler. Depuis trois semaines, il avait eu droit à une dizaine de questions au moins, éparpillés, sans queue ni tête, sans sens réel parfois. Du moins pour lui. Mais Lawson ne demandait jamais rien sans raison.

« Avant non, murmura finalement Adam, sans mentir.

- Avant quoi ?

- Avant… Quand on s'est rencontré, la première fois. Elle m'a pris la main et j'ai trouvé ça merveilleux, parce que je n'avais pas mal. A Poudlard, quand on s'est revu, je n'avais pas mal non plus. Enfin, elle me frôlait juste pendant les cours ou dans les couloirs, mais je ne ressentais pas le frisson habituel qui précédait la douleur. Mais au début de l'année, elle m'a touché et j'ai eu mal, plus mal que d'habitude même.

- Vraiment ? s'étonna Lawson en fronçant ses sourcils broussailleux. Et il y a une raison à cela ? Tu lui en voulais ou…

- Vous pensez sérieusement que la raison à la douleur que les rapports physiques provoquent chez moi est juste due à ce que je ressens pour les gens ? »

Le Psychomage haussa les épaules, puis secoua la tête et Adam comprit instantanément qu'il allait changer de sujet. Il avait appris à analyser Lawson, ce pendant même que Lawson l'analysait. Néanmoins, ils gardaient tous deux jalousement les secrets de leur étude.

« Parle-moi un peu de ta sœur… Tu évoques constamment tes parents, mais pas elle. Vous ne vous entendez pas ?

- C'est l'euphémisme de l'année, Elle me déteste. Je la déteste. C'est aussi simple que ça.

- Alors si c'était toi qui tuais tous ces gens… Tu aurais commencé par elle ? »

Adam se figea sur son siège. C'était la première fois qu'une telle phrase sortait de la bouche de son tout nouveau psy, qu'il osait sous-entendre qu'il aurait pu être coupable. Ce dernier aurait voulu être capable d'acquiescer sans hésiter, mais une foule de souvenirs lui revinrent à l'esprit sans qu'il ne puisse les arrêter : la Caly minuscule que sa mère avait ramenée de Saint-Mangouste, toute rose et sa remarque à lui : « Elle ressemble à une crevette. » ses premiers pas et lui qui la rattrapait après l'avoir poussé dès lors qu'il avait compris qu'elle se cognerait à la table basse et aurait vraiment mal ses crises de larmes quand elle n'arrivait pas à lire correctement un nouveau mot… Il lui en voulait, certes, de lui avoir volé l'attention de ses parents, d'être si parfaite et bien intégrée à leur famille alors que lui n'y parvenait pas. C'était de la jalousie pure et simple et il l'aurait admis sans aucune protestation si quelqu'un lui avait directement posé la question. Mais jamais il n'aurait osé lui faire du mal. Alors il secoua la tête :

« Non… Si j'éprouvais le désir de tuer des gens, je commencerais et terminerait probablement par moi.

- Quoi ?

- Soyons francs, si j'avais des pulsions meurtrières, mais que je conservais quand même mon propre caractère, je n'hésiterais pas une seule seconde à mettre fin à mes jours.

- Et sans ça ? Tu aurais d'autres raisons de le faire ? »

Étrangement, des milliers de réponses vinrent à l'esprit d'Adam. S'il était déclaré coupable sans l'être. S'il était coupable sans le savoir. Si Emily croyait qu'il était capable de tuer des gens. Si ses parents cessaient de croire en lui… Des milliers et des milliers de réponses. Il n'en formula qu'une seule :

« Si je ne parviens pas à dépasser la douleur que je ressens quand Emily me touche, oui. »


Trish Corner était une fille superficielle qui assumait parfaitement ce trait de caractère sans se soucier une seule seconde de ce que les autres pensaient d'elle. Elle se moquait que son père la trouve stupide, que sa mère lui en veuille toujours d'être la cause de ses vergetures obtenues pendant la grossesse… Elle se fichait que les filles de sa classe soient jalouses de son apparence digne d'un mannequin pour baguettes et que les garçons aient fait d'elle le personnage central de tous leurs fantasmes. Les attentions la flattaient et elle ne supportait pas d'être ignorée. Elle se fichait que quiconque la trouve trop ci ou trop ça tant qu'ils s'intéressaient à elle.

Cela, Bart l'avait compris avant même que quiconque ne songe à analyser la belle. Ils la prenaient tous pour une idiote, mais pas lui. Au fond, il aurait presque pu l'apprécier si elle n'avait pas été si empressée de le déshabiller. Maintenant qu'ils avaient fini et que leurs corps moites se décollaient l'un de l'autre, il sentait parfaitement qu'elle ne deviendrait jamais plus qu'un messager. Comme toujours, Bart couchait avec elle parce qu'elle pouvait lui servir. Chaque fille ayant partagé sa couche lui avait été utile d'une façon ou d'une autre. Et Trish, malgré son apparente perfection, n'échappait pas à cette règle.

« Tu penses à quoi ? demanda-t-elle soudainement en se penchant au-dessus de lui, lui offrant ainsi une vue merveilleuse sur sa petite poitrine.

- Je pensais que je recommencerais bien… Immédiatement.

- Alors allons-y ! s'esclaffa-t-elle en repoussant ses cheveux derrière ses épaules nues avec un sourire resplendissant.

- Je crois que ça va être dur…

- J'y compte bien. »

Le sous-entendu rappela à Bart qu'elle était plus maligne que les autres et il sourit, clairement amusé par la situation. Il posa sa main contre la peau de la cuisse de Trish en ayant l'impression étonnante d'être prêt à la combler une fois encore. Mais il ne l'avait pas conduite dans l'ancienne cabane du Garde-Chasse dans le seul but de prendre un peu de bon temps. Alors il secoua la tête et fit mine d'être angoissé, ce qu'elle remarqua très vite.

« Quelque chose te pose problème ?

- Oui… Je dois avouer que je suis un peu inquiet.

- A quel sujet ?

- Et bien… Tu sais, Cléo est un peu étrange ces derniers temps. Nous avons été élevés ensemble elle et moi, et il m'arrive de me dire qu'elle pourrait mal tourner.

- Mais qu'est-ce qui te fait penser ça ? siffla-t-elle avec un sourire qui en disait long, comme si elle était secrètement ravie d'entendre des ragots –et il l'espérait - de les colporter.

- J'ai eu l'impression qu'elle s'amusait à embêter la fille Potter. Et je suis sûre que ça finira par lui poser des problèmes. Mais tu connais les Poufsouffle, jamais Potter n'ira se plaindre, elle n'en aura pas le courage. Alors… J'ai peur que Cléo aille trop loin et que cette histoire se termine mal. »

Il conclut sa tirade par un soupir dépité, heureux d'être si bon menteur et Trish lâcha un petit hoquet de surprise, ses yeux brillants d'une lueur bien différente de celle habituelle. Apparemment, ce que venait de dire Bart menait son chemin dans les méandres de son cerveau. Puis, elle ouvrit grand la bouche une seconde –et Bart ne put retenir le souvenir salace qui s'infiltra dans son esprit- et s'exclama d'une voix très aigüe :

« Tu veux dire que tu penses que Cléo pourrait être responsable de la rupture de Potter et Londubat ? Tout le monde raconte qu'ils ont été vus en train de se disputer ! Je suis certaine que…

- Oui ? insista-t-il avec un petit sourire en coin. Vas-y, n'ai pas peur de ce que je pourrais penser… Je ne suis pas très objectif lorsqu'il s'agit de mes amis.

- Je suis sûre que le fils du professeur Londubat savait que Cléo embêtait la fille Potter. Il aurait voulu la dénoncer et Cléo aurait… Ouah ! Tu penses qu'elle en serait capable ? Tu penses vraiment qu'elle aurait pu tuer quelqu'un ? »

Bart fit la grimace et se redressa avec un air si triste, que même le psychomage Lawson aurait pu y croire. Puis il soupira encore et laissa apparaitre de fausses larmes aux coins de ses yeux.

« Qui sait de quoi Cléo est capable… »


Dans le monde réel, éviter quelqu'un pouvait s'avérer extrêmement simple, sauf au travail ou à la maison. A Poudlard, petit monde étriqué et solidaire, l'impossibilité de le faire devenait très rapidement étouffante comme si chaque couloir et chaque classe rapetissait. Violet en faisait l'expérience depuis quelques semaines déjà. A l'époque où elle voulait voir Cléo, elle ne la croisait jamais et devait se contenter de l'observer de loin dans la Grande Salle durant les repas. Désormais, elle la voyait partout : dans les couloirs, entre les cours, dans le hall… Elle finissait presque par se demander si Merlin ne s'était pas ligué contre elle avec toutes les forces de l'univers. Ou si Cléo ne s'arrangeait pas pour se trouver sur son passage –ce qui paraissait tout de même plus probable.

Encore une fois, elle se heurta à la Serpentard en sortant de la Grande Salle et se demanda comment cette dernière parvenait à constamment quitter les lieux en même temps qu'elle. Comme toujours depuis quelques semaines, elle se mit à avancer à un pas plus pressé sans prêter la moindre attention au regard de Cléo qui aurait fait n'importe quoi pour lui parler.

Les fois précédentes, la jeune Malefoy s'était contentée d'un soupir désabusé avant de tourner les talons elle aussi, la maudissant secrètement d'être aussi cruelle. Chacune d'elle comprenait les raisons qui avaient dû les séparer, mais aucune d'elle ne réagissait de la même manière. Cléo, quoi qu'il se soit passé pendant les heures précédant la mort de Jeffrey Londubat, ne pouvait éviter Violet éternellement. De plus, elle se faisait trop de soucis pour elle et ne parvenait simplement pas à rester éloignée, que la Poufsouffle le veuille ou non. Alors que Violet au contraire, s'estimant responsable du décès de Jeff, trouvait que –puisque toute cette histoire était de sa faute- elle méritait une punition. La pire qu'elle ait trouvée : rester éloignée de Cléo, ce qui était à la fois une punition et un bon moyen d'éviter les embrouilles.

Cléo, pourtant, ne l'entendait pas de cette oreille et finit par parvenir à ses fins en bloquant Violet dans un couloir. Elle aurait probablement pu agir comme un être humain normal en l'interpellant –une fois de plus- ou en utilisant la ruse. Non, elle se contenta d'agir comme une sorcière, las de toujours trop cogiter puisque cela ne menait jamais à rien. Elle eut néanmoins la mauvaise idée de lancer un sortilège un peu trop puissant et seules les jambes de Violet se figèrent. La Poufsouffle n'avait jamais eu la moindre notion d'équilibre et tomba face la première sur le sol en poussant un petit cri de peur.

Cléo murmura une insulte pour elle-même, jeta un coup d'œil alentour puis s'avança vers Violet qui tentait tant bien que mal de se redresser. Elle se laissa tomber par terre en déliant les nœuds invisibles qui s'entremêlaient autour des jambes de son amie, laquelle lui adressa un regard noir.

« Désolée… Je n'avais pas prévu de lier juste tes jambes. Ça devait juste te figer à la base.

- Ou tu aurais pu simplement me stupéfier comme tout le monde l'aurait fait ! répliqua Violet d'un ton acerbe, de toute évidence furieuse contre la Serpentard.

- Je n'y ai pas pensé. »

Une fois le contre-sort lancé, Violet fut capable de se mettre debout, aidée par Cléo, et elle massa son nez qui avait failli se briser lors de sa chute. Elle repoussa finalement Cléo, sans brusquerie pourtant, refusant de se montrer trop cruelle alors qu'elles étaient autant responsables l'une que l'autre.

« Qu'est-ce que tu veux ? cracha-t-elle finalement en croisant ses bras sur sa poitrine, seule barrière de protection décente à sa disposition.

- On ne s'est pas vues depuis longtemps, alors je me demandais si…

- Jeff est mort, Cléo, coupa violemment Violet en sentant qu'elle n'allait pas tarder à fondre en larmes, comme à chaque fois que le prénom de son ex-petit-ami apparaissait dans la conversation. Et on s'était disputé juste avant. A propos de toi. Et il était seul, à cause de nous. Alors… sérieusement, je n'ai aucune envie de te parler. C'est…

- Trop tôt ? chuchota Cléo avec espoir.

- Non. Indécent.

- Pour l'instant ? Ou pour toujours ? »

Violet poussa un soupir, mal à l'aise. Elle aurait voulu trouver une réponse correcte, quelque chose qui contenterait tout le monde, quelque chose de vrai aussi. Elle aurait voulu dire « Pour l'instant » parce que c'était ce que son corps tout entier désirait : dépasser ce moment. Mais tout ce qu'il se passait à Poudlard, tout ce qu'il arriverait si elle énonçait ces deux petits mots… Tout ça l'effrayait plus que la puissance de ses sentiments. Alors elle murmura la seule réponse valable, la plus correcte de toutes :

« Pour toujours. »


Harry haussa un sourcil railleur alors qu'Adam se ratatinait sur son siège en jurant par Merlin ce qui faillit faire rire son enseignant. Harry se demandait un peu comment il avait pu passer à côté des lacunes d'Adam pendant ses cours avant de se rappeler qu'en fait il n'en avait rien à faire. C'était ça la raison. Il trouvait ça assez drôle en fin de compte, d'être le seul à pouvoir permettre au garçon de finir par avoir de bonnes notes à ses ASPICS à la fin de l'année. Il tenait plus ou moins l'avenir du fils de gens avec lesquels il ne s'entendait pas entre ses mains. Il faillit se frapper la tête contre un mur en ayant une idée qui n'avait rien de professionnelle, puis reporta son attention sur le jeune homme.

« Bon… Donc…

- Je suis idiot, j'ai compris.

- Non ! s'exclama Harry très rapidement en se sentant totalement traitre de vouloir être gentil avec Adam alors que Ron imaginait sûrement des moyens de le tuer. Tu n'as juste pas vraiment suivi mes cours pendant ces… sept dernières années. Mais ça va aller ! »

La grimace qui conclut sa tirade prouva qu'il pensait totalement le contraire et Adam bascula en arrière, maintenant sa chaise en équilibre sur les deux pieds de fer. Il poussa un soupir dépité, comprenant qu'il n'y arriverait probablement jamais. Entre les cours, les leçons particulières avec Harry, les séances avec le Psychomage Lawson et les rondes avec Emily, il n'avait plus vraiment de temps à lui pour réviser ou quoi que ce soit d'autre. En réalité, il ne pouvait qu'à peine prendre le temps de réfléchir au tournant étrange que prenait sa vie dernièrement. Il n'avait pas adressé la parole à Cléo depuis des semaines alors qu'elle semblait avoir besoin d'un ami, n'avait pas vu le regard noir de sa sœur depuis plus longtemps encore et ne parlait quasiment plus à Garrett et Owen, lesquels paraissaient toujours assommés par la mort de Wilson.

Adam cessa de se tourmenter lorsqu'Harry posa un manuel devant lui : « La Défense Contre les Forces du Mal pour les Nuls ». Il ne sut pas s'il devait dire « Merci » ou lui coller son poing dans la figure pour oser se moquer ainsi de lui, puis –croisant le regard de l'enseignant- comprit que ça n'avait rien d'une blague. Alors il soupira à nouveau, réellement désespéré cette fois ci. Il n'arriverait jamais à accumuler autant d'informations avant la fin de l'année –et surtout pas avec tout ce qu'il se passait à Poudlard. Une idée stupide lui frôla alors l'esprit : et si les examens étaient annulés, comme après les problèmes de la Chambre des Secrets ? Pendant un instant, il en vint même à espérer qu'un nouveau cadavre soit découvert avant de se morigéner. C'était à cause de telles pensées qu'il était présumé coupable –même si personne n'était dans sa tête, évidemment.

« Vous pensez franchement que c'est nécessaire ? marmonna-t-il en observant le livre comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement.

- Franchement ? Oui ! Je ne veux pas être dur ou quoi que ce soit et… ça n'a rien à voir avec ta mère ou même Emily, mais je n'ai jamais vu un élève qui ait aussi peu écouté mes leçons. Suis-je vraiment un professeur si pitoyable ? »

Adam faillit éclater de rire avant de voir qu'Harry était sérieux et que cette idée l'angoissait de toute évidence. Il aurait pu acquiescer, par pure méchanceté pour tout ce passé commun qu'ils trainaient derrière eux, mais se refusa à jouer ce rôle. S'il n'avait pas suivi ses cours, la faute lui revenait quasi totalement.

« Non… J'étais juste trop préoccupé par l'idée que vous puissiez faire de ma vie un enfer pour écouter, voilà tout. »

Harry hocha la tête, comprenant apparemment ce qu'Adam voulait dire par là, puis ils décidèrent d'un commun accord de ne pas poursuivre davantage la discussion. Il se sentait parfois un peu idiot, mais prolonger une conversation et la rendre plus personnelle lui semblait être une mission impossible dès lors qu'il s'agissait d'Adam. Pourtant, il était connu pour être une oreille amicale parmi les élèves et il avait souvent eu à écouter les adolescents lui raconter leurs problèmes. Et malgré tout ce qui aurait pu l'unir à Adam, il ne parvenait simplement pas à discuter normalement avec lui plus de cinq minutes. Et s'il lui arrivait de le faire, une petite voix –très semblable à celle de Ron- lui ordonnait de se taire.

Il le regrettait un peu parfois, comme ce jour-là. Il savait parfaitement que sa nièce n'avait pas écouté son conseil et côtoyait Adam. Il ne les avait pas revus ensemble depuis le matin où Mimi Geignarde était apparue avec une funeste nouvelle, mais il remarquait encore quels regards échangeaient parfois les deux adolescents. Il mourrait d'envie de poser des questions à l'un d'eux, mais Emily ne se confierait jamais à lui –elle craindrait trop qu'il répété tout à Ron et il ne pouvait pas lui en vouloir. Quant à Adam, il n'était pas assez proche de lui pour énoncer une question comme « Alors, tu as embrassé ma nièce oui ou non ? » au détour d'une conversation sur les loups-garous ou les sortilèges impardonnables.

De plus, il avait bien d'autres soucis à résoudre que les histoires de cœur de sa nièce. Il était désormais rassuré par l'absence des Aurors qui semblaient sûr que –puisque le meurtrier n'avait tué personne en trois semaines après trois meurtres commis en huit jours- cette histoire était terminée. Ils interrogeaient encore des élèves de temps en temps, mais ne suivaient aucune piste sérieuse –en dehors d'Adam qui ne sortait pas du collimateur de Corner. Ils avaient enfin cessé de traiter sa fille comme une criminelle, mais lui s'inquiétait encore beaucoup pour elle.

Bien évidemment, il n'imaginait pas une seule seconde qu'elle ait pu être coupable d'un tel crime. Sa fille s'évanouissait à la vue du sang depuis sa plus tendre enfance et était du genre à crier comme une hystérique dès que Lowel ou Jake tuait un insecte. Elle n'aurait donc pas pu attaquer quelqu'un avec autant de violence. L'image de la dépouille de Jeff apparut un instant dans son crâne et il la chassa pour éviter la nausée qui l'avait submergé à la découverte du corps. Même pendant la guerre, les Mangemorts ne prenaient pas le temps d'être aussi sadiques.

Malgré sa conviction de l'innocence de Violet –il n'avait même pas envisagé une seconde sa culpabilité il savait pertinemment qu'elle lui cachait quelque chose. Ginny aussi l'avait senti et s'était permise de lui faire remarquer que leur fille avait toujours paru mystérieuse quant à sa relation avec Jeff. Il devait admettre qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Contrairement aux adolescentes normales, Violet ne s'était jamais mise à rougir devant un garçon, à accrocher des posters de beaux types célèbres sur les murs de sa chambre pour les reluquer, ni aucun autre comportement normal qu'il avait vu chez ses nièces. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle n'avait même jamais évoqué un béguin –sauf s'il comptait sa passion pour le personnage de la bande-dessinée « La Lanterne des Pitiponks » qui n'existait pas et n'était pas humains de toute manière.

Lorsqu'elle avait commencé à sortir avec Jeff, cela lui avait fait un choc, mais maintenant qu'il y repensait, elle avait toujours été très évasive concernant leur relation. Malgré les mois qu'ils avaient passés ensemble, Harry ne l'avait jamais entendu dire qu'elle était amoureuse ou quoi que ce soit, alors qu'il était persuadé qu'elle se confierait à lui. Elle lui disait toujours tout… mais pas à ce sujet. Il passa nerveusement sa main dans sa tignasse. Il se sentait de plus en plus dépassé par les événements. Violet lui cachait quelque chose. Il savait que c'était important et que ça aurait pu avoir un lien avec l'affaire qui l'empêchait de dormir. Mais il ne parvenait pas à lier sa fille à toute cette histoire.

« Professeur ? »

Il releva brusquement la tête pour croiser le regard moqueur d'Adam, qui semblait attendre quelque chose de lui. En voyant l'heure qu'affichait sa montre, il comprit de quoi il s'agissait et secoua la tête pour chasser toutes ces interrogations qui menaçaient de le rendre fou. Cela ne fonctionna qu'à moitié, assez cependant pour qu'il parvienne à parler sans faire ressentir sa frustration.

« Lis les premiers chapitres pour le prochain cours, d'accord ? Note tes questions quand tu ne comprends pas et n'hésites pas à demander de l'aide à… tes camarades.

- A Emily, vous voulez dire ? rétorqua Adam avec un demi-sourire.

- Oui, à elle. Ou à quelqu'un d'autre. Evite d'interroger Garrett McLaggen néanmoins… Il sèche mes cours depuis trop longtemps.

- Bien, Professeur… Alors, à la semaine prochaine. »

Adam rassembla ses affaires et Harry en profita pour l'observer, remarquant quelques changements quasi imperceptibles dans son apparence : il avait coupé ses cheveux d'un petit centimètre, n'avait plus quatre couches de poudre à dessin sur ses doigts et avait même apporté une touche de couleur à sa tenue. Habituellement habillé de noir des pieds à la tête, il portait un jean bleu cette fois. Ça devait être la couleur la plus claire de son armoire. Il adressa une sorte de mouvement évasif de la main à Harry –qui prit ça pour un « au revoir » - avant de quitter la classe.

Harry resta sans bouger pendant quelques secondes, analysant parfaitement le pourquoi des modifications qu'avait apportées Adam à son physique. Emily en était forcément la cause. Puis il regretta amèrement de ne pas être capable d'autant de lucidité dès qu'il s'agissait de Violet. Il alla ensuite s'écrouler sur le fauteuil, derrière son bureau, et jeta un coup d'œil aux copies qui l'attendaient. Il aurait préféré passer du temps avec ses enfants, mais ne pouvait pas réellement abandonner ses responsabilités pour le faire. Il songea un instant à Lowel, qui lui avait rendu un devoir bâclé la semaine précédente en notant à la fin « Pas pu réviser. Trop de morts. ». Il avait eu envie de l'envoyer jusqu'au terrain de Quidditch avec un coup de pied aux fesses. Puis son esprit se détourna pour passer de son premier fils au second qui s'adaptait assez bien à la vie de Serpentard autant qu'il puisse en juger. Il n'arrivait plus en retard en cours au moins, et n'avait plus l'air de se faire massacrer à tout bout de champ, ce qui demeurait une incroyable victoire.

Avec un sourire, il bascula légèrement en arrière, jusqu'à sentir le tableau contre sa tête et se rassura comme il pouvait : Violet était peut-être cachotière, Lowel pouvait parfois être une vraie mine à problème, mais Jake s'en sortait lui ! Un enfant sur trois bien dans sa peau, c'était déjà pas mal. Et au moins, ils étaient encore en vie.

Un bruit attira brusquement son attention, l'empêchant de s'auto-congratuler pour cette fausse réussite et il observa la porte qui s'ouvrit doucement pour laisser apparaitre une étudiante. Il mit quelques secondes à la replacer dans son esprit, remarqua le blason des Serpentard, puis se souvint qu'il s'agissait de la fille de Corner. Hélas, il ne se remémora pas son prénom. Quelque chose comme Tina et qui sonnait comme « pitch ». Elle s'avança vers lui avec un air penaud et il chercha à se rappeler des devoirs qu'il avait donnés aux étudiants de sa classe.

« Bonjour, professeur. Je suis désolée de vous importuner, mais…

- Vous n'arrivez pas à répondre aux deux simples questions sur les Sortilèges imprononcés qu'il faut faire pour lundi ?

- Quoi ? Ah si bien sûr ! C'était facile. En fait, je voulais m'entretenir avec vous d'un sujet plus… personnel. »

Harry haussa un sourcil en la regardant des pieds à la tête. Il lista les problèmes auxquels les étudiants se confrontaient habituellement et raya mentalement chaque possibilité une à une : elle était trop mignonne pour avoir des problèmes avec les garçons, trop maligne pour avoir des problèmes en classe, et bien trop manipulatrice pour se faire du souci avec quoi que ce soit en réalité. Il lui fit signe de s'asseoir, mais elle refusa d'un signe de tête avant de sourire, comme la gagnante d'un jeu télévisé avant de murmurer avec circonspection :

« C'est un problème qui vous concerne plus que moi en réalité…

- Vraiment ? s'étonna Harry avec une grimace en ayant brusquement le sentiment d'être le pire des imbéciles. Et puis-je savoir comment je pourrais avoir un problème sans être moi-même au courant ?

- En fait… Ce n'est pas de vous dont il s'agit. Je suis là pour vous parler de votre fille. »


Adam entra dans la bibliothèque, le pas lourd, totalement abattu par la somme incalculable de devoirs qu'il accumulait. D'ordinaire, il parvenait à suivre le rythme. Il en faisait un peu tous les soirs, piquait les réponses de Garrett, Owen ou Wilson quand il prenait du retard, ou recopiait bêtement les réponses d'un livre. Mais désormais, il n'avait même plus le temps de faire ça. Il se trouva une table vide et posa sa pile de manuels dessus, marquant de fait son territoire, avant de s'écrouler sur une chaise en maugréant un gros mot.

Il eut immédiatement du mal à se concentrer et décida de prendre quelques minutes avant de se plonger dans le travail. Il remarqua sa sœur dans un coin de la salle en compagnie de sa clique de clones intellos, et elle lui adressa un regard noir –qui étrangement, lui avait beaucoup manqué. Puis il aperçut Garrett et Owen qui étaient apparemment occupés à préparer des antisèches –sûrement pour le devoir d'Histoire de la Magie. Mais il ne parvint pas à trouver grand intérêt à la bibliothèque avant de voir Emily qui cherchait un livre parmi les étagères de Métamorphoses. Comme toujours, Kaithlyn était avec elle à déblatérer il-ne-savait-quoi à toute vitesse. Il put voir le sourire en coin d'Emily, celui qu'elle arborait dès qu'elle pensait à autre chose et n'écoutait pas un traitre mot de ce que disaient les gens. Il le reconnaissait aisément pour l'avoir vu l'utiliser avec certains enseignants.

Lorsqu'elle se tourna vers Kaithlyn dans un dernier effort pour suivre ce qu'elle racontait, elle le remarqua et son petit sourire se transforma en un grand. Kaithlyn fit volteface et leva les yeux au ciel avant de s'éloigner en direction d'une table remplie de Serdaigle en pleine réflexion. Emily parut hésiter quelques secondes, comme si elle redoutait encore les racontars, mais –en voyant qu'il ne la lâchait pas des yeux- elle récupéra le livre dont elle avait besoin et s'avança vers lui. Il eut brusquement l'impression que quelqu'un avait figé la pièce car toutes les conversations s'interrompirent à mesure qu'Emily se rapprochait de lui. Lorsqu'elle fut enfin devant sa table, tous les regards étaient rivés sur eux. Il remarqua que les joues de la jeune fille étaient rouges vives et regretta de lui faire subir pareille torture. Mais elle lui souriait toujours et s'installa près de lui sans se soucier une seule seconde des bouleversements que cela engendrerait.

« Salut, émirent-ils d'une même voix qui se brisa un instant sur la dernière syllabe, la faisant disparaitre alors qu'ils se noyaient dans leur malaise.

- Comment s'est passé le cours avec mon oncle ? demanda-t-elle après un court silence en comprenant qu'il n'ajouterait rien.

- Il m'a fait comprendre que j'étais un nul, mais je suis presque persuadé que c'est pour mon bien ! »

Emily esquissa un sourire et il ne parvint pas à déterminer sa signification : se moquait-elle de lui ou était-elle plutôt compatissante ? Il ne put lui poser la question, car elle se pencha un peu par-dessus la table, lui offrant ainsi involontairement une vue plongeante sur son décolleté. Elle n'avait certes presque pas de poitrine, mais cela suffit grandement à plonger Adam dans un état d'excitation totale. Il ferma les yeux une seconde pour se calmer alors qu'elle murmurait :

« Tu crois qu'ils vont se lasser de nous dévisager un jour ? »

Il secoua la tête sans ouvrir les yeux, conscient que le faire relèverait de la torture. Elle colla son dos à sa chaise en le fixant et comprit brusquement ce qui le troublait en voyant le regard que Kaithlyn lui décrochait depuis sa table. Elle reboutonna maladroitement le dernier bouton de sa chemise, prête à s'étrangler s'il le fallait et envoya valser son pied contre le genou d'Adam qui ouvrit les yeux en retenant un grognement de douleur. Lisant le malaise dans ses yeux et sa chemise boutonnée jusqu'en haut, il se douta qu'elle savait ce qu'il se passait dans son crâne et se maudit de n'être qu'un adolescent influencé par des hormones.

« Excuses-moi, marmonna-t-il à demi-mots alors qu'elle haussait les épaules.

- T'inquiète. Je comprends. On se voit toujours ce soir ? J'ai entendu dire que les Serpentard prévoyaient une fête et il faut absolument que je les surprenne en flagrant délit ! ajouta-t-elle avec un immense sourire enthousiaste.

- Alors il vaut mieux que je t'accompagne. Autrement, tu deviendras leur sacrifice sur l'autel consacré à Lord Voldemort.

- Ils font vraiment ce genre de trucs ? s'exclama-t-elle en un cri.

- Oui, et ils boivent du sang et organisent des orgies, lança Adam avec un ricanement. Bien évidemment que non ! Ils vont juste boire et certains finiront légèrement éméchés. Mais je préfère néanmoins t'accompagner, comme d'habitude !

- Tu parles de l'habitude que je ne connaissais pas de me suivre ou de la nouvelle habitude qui du fait de la nouveauté n'en est pas une de te promener avec moi ? » badina-t-elle sans s'en rendre compte.

Les lèvres d'Adam formèrent instantanément un sourire alors qu'il prenait conscience de l'incroyable situation qui était la sienne. Emily et lui discutaient –et même flirtaient- au beau milieu de la bibliothèque et en plein jour cette fois. Quelques mois plus tôt, il n'aurait jamais cru ça possible. Mais tout se déroulait exactement comme il l'avait toujours rêvé, et tout ça grâce à un psychopathe meurtrier qui rodait encore. Sans ces meurtres, Adam savait qu'ils en seraient encore à se frôler en cours de Potions. Néanmoins, il devait admettre qu'il avait encore des doutes concernant les sentiments d'Emily à son égard. Il lui semblait parfois que tout était parfaitement clair, mais dans les faits, ils ne restaient que deux jeunes qui se baladaient côte à côte dans les couloirs en pleine nuit. Ils se tenaient parfois la main, sans être allé au-delà de ce contact.

Instinctivement, le regard d'Adam glissa sur la bouche d'Emily et il scruta ses lèvres, la supérieure parfaitement dessinée, puis l'inférieure qui se retroussait légèrement quand elle les gardait jointes. Il se demanda ce que ça lui ferait de l'embrasser puisque son seul et unique baiser datait de ses quatre ans. C'était avec elle évidemment, mais ils étaient alors des enfants et s'étaient contentés d'un simple bisou. Il se doutait que l'embrasser réellement désormais serait bien différent. Mais saurait-il s'y prendre correctement ? Il sentit ses mains trembler à l'idée de rater ce moment et Emily pencha la tête sur le côté sans cesser de le fixer, une question simple se lisant dans ses yeux. Elle la formula une seconde plus tard, si tendrement qu'il mourut d'envie de se précipiter sur elle pour la serrer dans ses bras.

« Comment te sens-tu ? Tu n'as pas l'air d'aller bien…

- Je… Je pensais à autre chose, c'est tout. »

Elle faillit rétorquer : « Une chose en rapport avec ma bouche ? » mais ne le fit pas, consciente qu'elle le mettrait mal à l'aise. Au fond d'elle-même, une petite voix lui susurrait de provoquer les choses, d'agir puisque lui ne le faisait pas. Mais elle s'en sentait encore incapable pour le moment, bloquée par une angoisse qu'elle-même ne comprenait pas. Elle s'efforça à chasser ses craintes futiles pour désigner la pile de livres qu'il avait toujours sur lui ces derniers temps et avec un sourire, lança d'une voix légèrement supérieure :

« Je suis persuadée que tu aurais bien besoin d'un coup de main ! »


Lorsque Violet glissa sa main contre le battant de la porte du bureau du Professeur McGonagall, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, menaçant d'exploser. Sans savoir exactement pourquoi, le pressentiment qui l'oppressait depuis qu'un étudiant de dernière année lui avait demandé de rejoindre la Directrice ne la quittait pas. Malgré les petites bourdes commises au long des années, elle n'avait jamais été ainsi convoquée. Et pour une fois qu'elle n'avait rien fait…

Tremblante, elle frappa deux coups secs contre la porte, et la voix de Minerva, légèrement teintée de colère, lui parvint. Son angoisse la percuta avec une force insoupçonnable, mais elle s'efforça de la chasser. Elle se demanda si Alice avait finalement craché le morceau au sujet de Cléo, ou si quiconque avait pu découvrir les raisons de sa rupture avec Jeff. Ou peut-être que cela ne la concernait pas directement. Peut-être qu'il s'agissait d'une erreur. Brusquement, sa vision se troubla à mesure que d'autres idées s'imposaient à son esprit. Peut-être que le meurtrier avait encore frappé et que l'un des membres de sa famille était… Elle se refusa à envisager cette éventualité et comprit qu'elle devait ouvrir la porte pour en avoir le cœur net. Elle songea un instant que rien ne pouvait être pire que les angoisses projetées dans son imaginaire.

Mais quand elle poussa le battant, elle comprit qu'elle avait eu tout faux.

Son père était installé dans un coin de la pièce en compagnie de Théodore Nott qui n'avait pas l'air de savoir ce qu'il fichait là. Le professeur McGonagall était assise derrière son bureau, l'air plus épuisée que jamais, comme si tout le poids du monde s'était brusquement abattu sur ses épaules. De l'autre côté de la salle, les trois Aurors chargés de l'enquête attendaient, comme frétillants d'impatience et Violet put lire un désir de vengeance pure sur les traits d'Alice. Mais pire que tout, ce fut la présence de trois autres personnes qui firent comprendre à Violet que la situation était bien plus grave que ce qu'elle aurait jamais pu imaginer.

Cléo était assise là, devant le bureau de la directrice, ses cheveux blonds formant un rideau devant son visage baissé. Ses deux parents l'encerclaient, assis d'un côté chacun, leur habituel air hautain s'étant transformé en un mélange d'abattement et rage. Violet recula d'un pas lorsque le regard de Drago la fusilla et Harry vint immédiatement se poser près d'elle alors que les mécaniques de son cerveau partaient à la recherche d'une explication rationnelle à cette scène.

« Que… Qu'est-ce qu'il se passe ? parvint-elle à articuler alors que son père refermait la porte.

- Asseyez-vous, Miss Potter. »

Que le Professeur McGonagall l'appelle par son nom de famille lui tordit l'estomac, et elle fut soulagée de pouvoir s'installer. Ses jambes ne l'auraient pas portée très longtemps. La directrice la scruta longuement, ouvrit la bouche plusieurs fois, mais se retrouvait de toute évidence dépassée par les événements, ce qui plongea Violet dans un précipice de confusions. Puis, Mickael Corner apparut, aussi froid que d'ordinaire, avec le même sourire un peu prétentieux qu'elle lui connaissait depuis l'enfance.

« Bonsoir Violet. Désolé de t'avoir dérangée et d'interrompre ton repas, mais nous avions quelques questions à te poser…

- A quel sujet ? »

Elle eut l'impression que sa voix n'était plus vraiment la sienne, que ce n'était pas elle qui parlait. Elle aurait voulu tourner la tête et voir Cléo, sentir qu'elle allait bien, mais n'osait pas la regarder, de peur que quelqu'un intercepte cet échange. Elle se sentit comme une criminelle et se demanda pourquoi. Pouvait-on réellement l'enfermer parce que –par sa faute- son ex-petit-ami s'était retrouvé seul un dimanche soir ? Probablement pas.

« Une étudiante est allée voir ton père en fin d'après-midi pour lui raconter une histoire que j'ai trouvé… Particulièrement savoureuse. »

Une petite voix se mit à chantonner « Il sait pour Cléo et toi ! Il sait que tu l'as embrassée ce jour-là ! Il sait tout ! » et elle la fit taire en se concentrant sur la voix bien réelle de l'Auror.

« Il paraitrait que plusieurs personnes t'auraient vu en compagnie de Cléo depuis le début de l'année scolaire. L'Auror Londubat, ici présente, me l'a confirmé… Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet ? (Il ne lui laissa pas le temps de dire un mot, mais elle avait la gorge trop sèche pour parler de toute manière.) Je vais te dire ce qu'il se passe. Et si tu as peur des répercutions éventuelles, nous tenons à t'assurer que nous serons là pour te protéger. »

Violet sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. En quoi le fait qu'elle ait embrassée Cléo était-il un crime ? Et de quoi aurait-elle pu avoir peur ? Son père ne paraissait pas furieux après elle au fond… Elle eut l'impression que tout son cerveau se retournait, comme si quelqu'un s'était amusé à le vider de son contenu pour la laisser là, stupide et incapable de se défendre. Elle était prête à dire qu'elle n'avait plus vue Cléo depuis, que toute cette histoire était finie, que la punition imposé par la mort de Jeff était largement suffisante. Mais là encore, aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres.

« Nous savons ce qu'il se passe, Violet. Nous sommes tous au courant de la rivalité Potter-Malefoy, qui existait bien avant ta naissance et nous comprenons que tout ce qui est arrivé te dépasse… Tu avais probablement trop peur pour en parler, mais nous sommes là désormais. Et puisque nous savons tout, il est inutile de mentir. Cléo te harcèle, c'est bien ça ?

- Quoi ? bégaya-t-elle sous le coup de la surprise, pas assez fort cependant pour que quiconque l'entende.

- Et Jeff l'a compris. Il a essayé de te persuader de la dénoncer, mais tu n'en as pas eu le courage. Nous comprenons qu'il soit dur d'admettre que sa mort est en partie ta faute, que tu aurais pu l'éviter en parlant franchement à un adulte. Mais la faute ne t'incombe pas. Cléo Malefoy est responsable, et tu ne dois pas l'oublier…»

Elle n'eut pas le temps de dire un mot que Drago Malefoy s'était levé de son siège, lequel valsa et alla s'écraser contre un mur sous la force dont il fit preuve.

« Elle n'a rien dit, Corner ! Tu ne lui laisses même pas le temps de rétablir la vérité ! Tu ne fais que répéter ce qu'une petite idiote a dit à cet incapable de Potter, et il n'est pas question qu'une simple rumeur accuse ma fille de triple meurtre ! »

Il se tourna alors vers Violet qui sentit tous les muscles se crisper. Il sembla un instant sur le point de la frapper, puis elle vit des larmes apparaitre aux coins de ses yeux et comprit. Il n'était pas furieux contre elle, il attendait juste qu'elle dise quelque chose, qu'elle le rassure, qu'elle efface le doute qui s'était sournoisement insinué en lui, qu'elle disculpe sa fille. Le regard de Violet glissa instinctivement sur Cléo qui avait relevé la tête et la fixait. Derrière le masque de froideur et de rage qu'elle dévoilait au monde, Violet parvint à voir les fissures : la peur, la peine et l'incompréhension. Et l'attente.

Violet sut qu'elle devait dire quelque chose, n'importe quoi pour prouver que Cléo n'était pas coupable, qu'elle n'aurait jamais pu tuer Jeff. Elle l'en avait cru capable pendant un court instant, puis avait compris que non. Cléo n'aurait jamais pu faire une chose pareille, ne serait-ce que pour elle, car elle savait ce qui la liait à Jeff. Même si ça n'était pas de l'amour, elle n'avait souhaité sa mort à aucun moment.

Mais rien ne vint. Elle s'imagina dire que tout ça n'était que mensonges. Puis les questions qui suivraient… Alice demanderait pourquoi elle passait du temps avec Cléo dans ce cas. Tout le monde attendrait sa réponse et elle n'en trouverait aucune. Pas un seul mensonge n'aurait pu être valable en pareille situation.

Elle lut la détresse dans les orbes grisés de la Serpentard et sut que cette dernière avait compris qu'elle ne pouvait la défendre. Elle détourna alors les yeux et Violet se demanda si la colère dépassait la déception, ou si c'était plutôt le contraire. En voyant une larme glisser le long de la joue de Cléo, elle eut sa réponse, celle qu'elle redoutait. Jamais elle ne lui pardonnerait.

Elle resta figée pourtant, incapable de dire quoi que ce soit et de se débarrasser de ce problème. Elle aurait voulu pouvoir trouver un mensonge valable, plus acceptable que la vérité, mais ne possédait pas le don de sa cousine en la matière.

Puis, brusquement, la paume de l'Auror Corner se posa par-dessus la sienne sur son genou et elle remarqua qu'il s'était rapproché d'elle, trop pour qu'elle se sente à son aise.

« Je comprends que tu ais peur, Violet, mais il ne faut pas. Il suffit juste que tu acquiesces, ou dises…

- Assez ! hurla Drago en le bousculant, ce qui obligea les deux autres Aurors à sortir leur baguette de leur fourreau. Tu cherches à l'influencer et tu en es parfaitement conscient ! »

Corner se releva tant bien que mal, son orgueil ayant apparemment plus souffert que son derrière. Un sourire amusé tordit ses lèvres et Violet se sentit brusquement très naïve : en quoi la situation prêtait-elle à la rigolade ? Elle avait constamment l'impression que cet homme-là voulait juste trouver un coupable idéal, sans pour autant punir le vrai. Adam était la cible parfaite au départ, bien qu'elle n'ait pas idée des raisons poussant les Aurors à le voir comme un délinquant. Pour Cléo, la raison était bien plus simple. Qui irait défendre une Malefoy ? « Pas toi de toute évidence ! » répondit une petite voix agaçante dans un coin de son esprit, qui fut interrompu par la voix glaçante de Corner :

« Je n'ai pas besoin de son témoignage, Malefoy. Après tout, ta fille a été vue en compagnie de Miss Potter ici présente et leur discussion semblait houleuse. De plus, Miss Potter semble terrorisée ! Les preuves sont là…

- Quelles preuves ? rétorqua Drago. Tu te bases sur des rumeurs pour faire ton travail, maintenant ? Cette gamine (Il pointa brusquement Violet du doigt.) n'a absolument rien dit !

- Mais qui se tait consent. » conclut Corner en haussant les épaules.

Violet ne put que lui donner raison. Après tout, pourquoi aurait-il cru autre chose ? Si elle n'avait pas eu à cacher ses sentiments pour Cléo, elle l'aurait protégée sans hésiter tant cette histoire était invraisemblable. Mais les Aurors et les professeurs n'avaient aucune raison de douter des allégations d'une étudiante trop curieuse, puis qu'elle-même ne les démentait pas. Elle finit par baisser les yeux, non sans croiser ceux de Drago qui semblèrent la supplier de protéger sa fille. Elle resta muette une fois de plus, Elle perçut les bruits autour d'elle, les chaises qu'on bousculait, les sanglots d'Astoria, puis Corner qui lança un peu trop joyeusement à l'adresse de Théodore Nott :

« Ce n'est pas ton fils, tu devrais être rassuré ! »

Elle vit le visage de son professeur de Potions, mais celui-ci n'avait pas l'air soulagé du tout, puis les bras de son père l'encerclèrent et elle se laissa aller à son étreinte, même si elle savait pertinemment qu'elle ne la méritait pas.

« Où l'emmènent-ils ? » sanglota-t-elle sans pouvoir s'en empêcher.

Elle redoutait tant la réponse qu'elle aurait préféré ne jamais entendre la réponse, mais les pas s'éloignaient peu à peu d'elle et son désir de connaitre la vérité dépassait sa peur.

« Là où elle ne pourra plus faire de mal à qui que ce soit. »


Note : Uhm... Comment se faire détester par le monde entier, par Bewitch_Tales : Prenez un personnage principal & faite le faire une grosse gaffe qui le rend détestable. Ensuite, coupez le chapitre au moment où le lecteur hait ce personnage à un point inimaginable. Puis... Attendez les coups de feu ! u_u'

Petites Questions : 1. Qui sera la prochaine victime ? ; 2. Avez-vous changer d'avis concernant vos personnages préférés/détestés depuis tout ce temps [l'auteur n'est pas un personnage, merci.] ? ; 3. D'autres possibilités de coupables à vos yeux ? ; 4. Souhaitez-vous étriper Violet Potter -plus que moi ? :P ; 5. Que pensez-vous de la relation Emily-Adam & de son avancement ? ; 6. Avez-vous aimé ce chapitre ?

Pour la Suite : Puisque les prochains chapitres sont corrigés -pas tous, il faut que je les envoie à mon correcteur préféré :P- je vais tâcher d'aller le plus vite possible... Suite aux chapitres trop longs, j'ai dû recouper un peu tout & il y a donc 14 mumuches en tout -en comptant l'prologue & l'épilogue. :) au lieu des 1o prévus à la base. Je tenterais de poster toutes les semaines/deux semaines selon ma vie extérieure. :) & n'hésitez à virtuellement me donner des coups de pieds aux fesses si vous voyez que je tarde trop... -pas la peine de le faire dans moins de 24h heures. :P

*Quelques trucs en plus sur mes projets & autres [Genre, mon pseudo sur Pottermore :D] sur ma page de profil... si vous avez des questions, n'hésitez pô.*

! Des tas de bisous !

B_T