Myriam fut surprise de voir Kirt Jamar, en armure de samouraï entrer en trombe dans l'infirmerie et aller voir directement le docteur. Elle était certaine qu'il allait revenir à la charge et elle n'avait pas envie de se chamailler. Il suivait le docteur en discutant. C'est lorsqu'ils s'approchèrent de la zone de quarantaine qu'elle entendit leur conversation.
- C'est illogique, dit le docteur Sermak. Vous mettriez votre vie en danger.
- Mais c'est possible.
- Hypothétiquement, oui, mais ça ne s'est jamais fait, pas sur une si longue période.
- Je croyais que vous étiez un chercheur, ça pourrait être une expérience intéressante pour vous.
- Je ne mets jamais en danger la vie de mes patients dans un but expérimental.
- C'est moi qui prend le risque, insista Kirt. C'est ma décision.
- C'est inexacte. Vous devez avoir l'approbation du commandeur White.
- Mais elle n'en veut pas!
- Tant qu'elle porte cet embryon, c'est elle qui décide.
Jamar se tourna alors vers Myriam et marcha droit vers elle.
- Commandeur, je voudrais...
- J'ai entendu la fin votre conversation et je crois comprendre de ce dont il est question, et la réponse est non.
Il prit une profonde respiration pour se calmer et la regarda fixement.
- C'est votre corps, je le comprends. Je ne veux pas vous obliger à faire ça. Si je prends l'embryon, vous en serez libérées, alors qu'est-ce que ça peut vous faire?
Elle n'osait imaginer qu'il se trouverait sur ce vaisseau un enfant qui serait d'elle, même si elle l'abandonnait à Kirt. Cette idée la mettait mal à l'aise.
- Je suis aussi votre supérieur et je ne tiens pas à ce que vous risquiez votre vie là-dedans. Nous avons besoin de vous.
- Et si je vous donnais ma démission.
Pourquoi était-ce si important pour lui? Elle ne le comprenait pas.
- Très bien, dit-elle alors. Mettre un enfant au monde et l'élever, ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. Je ne vous laisserai pas mon enfant à moins d'être certaine du sérieux de votre projet. Jusqu'à maintenant, votre idée me semble plutôt inconsidérée.
Elle pensait qu'il allait se mettre en colère, mais à la place, il lui sembla abattu. Elle comprit que la vraie raison, il aurait préféré la garder pour lui, mais elle ne lui donnait aucun choix, il devait tout lui dire.
- C'est quand j'ai su qu'il était humain avec un peu d'ADN tellarite. J'ai comprit qu'il était comme moi : un humain sans l'être complètement. Savez-vous que le niveau de sensibilité d'un enfant tellarite est beaucoup moins élevé que celui d'un enfant humain.
- Je l'ignorais.
- Les parents tellarites laissent normalement leurs enfants résoudre leurs conflits par eux-même, peu importe la nature ou l'ampleur du conflit. Et ça leur convient parfaitement. Je crois que ça développe leur caractère.
- Mais ça ne vous a pas aidés, comprit Myriam.
Kirt avant le regard brouillé, visiblement tourné vers le passé.
- Ils se planquaient en embuscade pour me battre. Ils ont faillit me tuer une fois. J'ai passé une semaine à l'hôpital. Mes parents n'ont jamais rien fait pour m'aider. Ils ne comprenaient pas pourquoi je n'arrivais pas à résoudre ce problème par moi-même. J'étais seul.
- Vous ne l'êtes plus aujourd'hui, Kirt. Nous sommes là.
- Ce n'est pas ça, commandeur. Moi, je ne suis plus démuni, je peux me défendre, mais pas lui : il est sans défense... et il est seul.
Elle le regarda avec étonnement.
- Vous savez qu'au stade où il en est, le cerveau n'est pas assez formé pour qu'on puisse parler d'une forme de vie consciente.
Il secoua la tête.
- J'ai besoin de le protéger, commandeur. Ne pouvez-vous pas le comprendre?
Oui, elle le comprenait maintenant. Même si elle n'aimait pas cette idée, elle ne voulait pas être celle qui détruirait ce qu'il cherchait à protéger au péril de sa vie.
- Très bien, dit-elle enfin, j'accepte de vous le laisser. J'espère que je ne le regretterai pas, ajouta-t-elle avec dépit.
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Léa était retournée sur la passerelle. Tom occupait le poste de premier officier en l'absence de Myriam. Une femme blonde occupait le poste de tacticien en l'absence de Kirt.
- Retournons à la station, direction 29e siècle, ordonna Léa. Alerte orange.
Les lumières oranges clignotaient alors que le vaisseau passait la fissure pour aboutir devant la station.
- Passez maintenant en alerte bleue pour arrimage à la station.
La manœuvre fut rapide et efficace. Satisfaite, Léa se leva de son fauteuil. Elle se tourna vers la tacticienne.
- Faites transférer le prisonnier sur la station. Je serai à l'infirmerie.
Elle quitta la passerelle et prit l'ascenseur. Quand elle entra dans l'infirmerie, elle marcha d'un pas rapide jusqu'à la zone de quarantaine. Ses deux officiers dormaient chacun sur leur bio-lit. Le docteur rangeait ses instruments.
- Comment vont-ils?
- Ils vont bien. L'intervention s'est bien passée. Le commandeur White ne porte aucun nano-robot, elle pourra quitter l'infirmerie dès demain.
- Et pour le lieutenant Jamar?
- Je dois terminer les tests sur l'embryon avant de lui permettre de quitter l'infirmerie. Sinon, il va bien aussi.
Quand elle avait su ce qu'il avait fait, elle était éberluée. Décidément, la vie dans Starfleet regorgeait de surprises plus étranges les unes que les autres. Avec ses muscles saillants et son attitude bourru, Kirt Jamar était sûrement l'être le plus typiquement masculin qu'elle connaissait et sûrement la dernière personne qu'elle imaginait devenir officiellement le premier homme enceint de l'histoire de la Fédération.
- Mais je suis curieuse : comment avez-vous pu rendre tout ça possible ?
- J'ai dû lui implanter un utérus artificiel. Cette technologie médicale n'est utilisée que dans des cas exceptionnels de grossesse atypique ou lors de transfert temporaire d'urgence d'embryon. Je ne peux pas garantir son efficacité dans ce cas précis.
- Mais pour l'instant, il va bien?
- Oui, mais il devra s'adapter aux changements. J'ai du lui injecter des hormones et il devra en recevoir tous le long de la grossesse. Ça pourrait affecter son caractère.
- J'ai presque hâte de voir ça, dit-elle en souriant. Quand pourra-t-il reprendre du service?
- Quand j'aurai terminé les tests, dans cinq jours. Cependant, il y aura des restrictions. Je doute que vous puissiez l'envoyer dans des missions de reconnaissances, même s'il est en bonne forme physique. Le risque est trop grand.
- Je vois, dit-elle, pensive. Je devrai discuter avec lui du choix de son remplaçant. Je reviendrai quand il sera réveillé.
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Les jours suivants furent occupés à tenter de prédire les actions des Krenims. Ils avaient à nouveau essayé d'interroger le prisonnier et, une fois de plus, sans résultats. Le peu d'information qu'ils avaient sur ces androïdes ne suffisaient pas. Les Krenims tentaient de modifier l'histoire à grande échelle : c'était tout ce qu'ils savaient. C'était la première fois qu'ils étaient détectés sur Terre. Le fait qu'ils ne venaient pas de cette région de l'espace les rendaient pratiquement imperméables à presque tous les changements qu'ils feraient au temps et ça les rendaient particulièrement dangereux.
Sur la station, les officiers du Hawking avaient aussi leurs quartiers, plus grands que sur le vaisseau et en attendant la prochaine mission, chacun travaillait sur des projets divers en lien avec des missions passées où à venir. Personne n'occupait officiellement la station, contrairement à une station régulière de Starfleet. Chaque équipage de chaque vaisseau s'y relayait. Une chaîne de commandement avait été établie entre les capitaines des différents vaisseaux au sommet de laquelle se trouvait Léa.
Un autre vaisseau occupait la station à ce moment là, le USS Centaurus. Le capitaine Kilgar était un ergonien du 27e siècle, une espèce qui s'était tardivement joint à la Fédération. Dès que le Hawking fut de retour, il demanda à repartir en mission, mais Léa lui ordonna de rester pour l'aider au sujet du problème épineux du krenim. L'équipage du Centaurus fut mis à contribution.
Léa avait l'impression que ces krenims préparaient quelque chose et c'est l'esprit préoccupé par cette nouvelle menace qu'elle se rendit au mess de la station déjeuner avec son premier officier.
Cependant, Myriam avait l'esprit occupé par des problème plus personnels. Elle avait beau le nier, c'était évident.
Depuis sa sortie de l'infirmerie, elle évitait le lieutenant Jamar et ne lui parlait que quand c'était absolument nécessaire. Elle ne semblait pas en colère contre lui, mais plutôt embarrassée par toute cette situation. Léa n'était pas du genre à se mêler des problèmes personnelles de ses officiers, mais elle craignait que cette histoire ne prenne des proportions trop importantes. Elle ne souhaitait pas devoir signer le transfert d'un des deux.
