Chapitre 7

Après être allés récupérer ses quelques affaires chez Élinor, ils transplanèrent tous les deux jusqu'à l'Impasse du Tisseur.

Ils parcoururent rapidement les quelques mètres qui les séparaient de la maison, gravirent les marches du perron et, lorsque Severus posa sa main sur la poignée de la porte, la jeune femme lui saisit vivement le bras et ils se retrouvèrent à nouveau devant son cottage.

Élinor envoya aussitôt son Patronus avertir ses supérieurs et collègues Aurors et elle pénétra rapidement dans la maison suivie de Rogue.

Severus, qui se demandait pourquoi la jeune femme avait agi de la sorte, fut troublé par son Patronus : il avait la forme d'une biche. Mais pas n'importe quelle biche ; celle-là était identique en tous points à la sienne... Même celle de Lily n'était pas exactement similaire à la sienne, il y avait d'infimes différences entre les deux.

Encore estomaqué par ce brusque changement de décor et par l'apparition du Patronus, Severus s'assit dans un fauteuil et attendit les explications d'Élinor en silence. Il avait été si près du but, si près de retrouver sa maison et son paisible quotidien…

Élinor vint s'affaler à côté de lui quelques instants plus tard et déclara :

« Votre maison a été piégée par les deux Mangemorts toujours en fuite. Si vous aviez franchi le seuil de cette porte, vous seriez mort à l'heure qu'il est. Ils vous attendaient à l'intérieur, Merlin sait depuis combien de temps…

- Comment… Comment avez-vous su ? demanda-t-il en fronçant les sourcils, perplexe.

- Des traces de magie résiduelles sur la porte. Et j'ai aperçu quelqu'un bouger à travers la fenêtre, expliqua-t-elle.

- Vous arrivez à percevoir des traces de magie résiduelles ? répéta-t-il, étonné, en se tournant vers elle.

- Je ne suis pas devenue Auror pour rien…

- Non, manifestement… »

Rogue était impressionné, peu de sorciers arrivait à déceler ce genre de marques laissées par la magie, ce n'était pas un don très répandu. En plus, il n'avait même pas remarqué qu'il y avait quelqu'un chez lui… Décidément ! Quel piètre espion il faisait à côté d'elle…

« J'ai prévenu tous les Aurors. Ils doivent tous être à la poursuite de ces deux Mangemorts à présent. Espérons qu'ils parviendront à les attraper… En attendant, je pense que vous allez être obligé de prolonger vos "vacances" chez moi.

- Pardon ? interrogea-t-il en manquant de s'étrangler.

- Je ne peux pas vous laisser rentrer chez vous ou aller ailleurs alors que deux dangereux Mangemorts sont encore dans la nature et ont manifestement décidé de vous tuer. Je suis vraiment navrée pour vous, je sais à quel point vous vous réjouissiez d'être enfin chez vous… »

Severus examina son visage et vit qu'elle était sincère, il n'y avait pas une once de moquerie dans sa voix ni dans ses propos.

« Qui sont les deux Mangemorts toujours en fuite ? demanda-t-il alors.

- Rodolphus Lestrange et Walden Macnair.

- Deux crétins…

- Peut-être mais ils n'en sont pas moins dangereux, répliqua-t-elle, soucieuse.

- Je sais, oui… » concéda-t-il en hochant la tête.

Élinor s'apprêtait à changer de sujet mais le professeur Rogue la prit de vitesse :

« Votre Patronus a toujours eu cette forme ?

- Oui, ça a toujours été une biche, depuis que j'ai appris le sortilège du Patronus à Poudlard. Pourquoi cette question ? demanda-t-elle, étonnée par ce brusque changement.

- Pour rien… éluda-t-il. Pour parler d'autre chose que de Mangemorts en fuite qui veulent ma peau », ajouta-t-il en plaisantant.

Élinor se mit à rire puis lui proposa une tasse de thé pour essayer de le détendre un peu. Il accepta volontiers, il avait bien besoin de ça, il lui aurait même fallu quelque chose de plus fort comme par exemple du Whisky Pur Feu…

Elle revint au salon une dizaine de minutes plus tard avec une tasse de thé et un verre rempli d'un liquide ambré. Elle lui proposa les deux breuvages et Severus choisit le verre de whisky.

« Je me suis dit que vous auriez besoin de quelque chose de légèrement plus fort que du thé, déclara-t-elle en souriant.

- En effet, c'est exactement ce qu'il me fallait », approuva-t-il en levant son verre devant ses yeux.

Severus ne put s'empêcher de penser que cette femme lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il n'avait besoin de rien dire mais elle savait ce qu'il voulait.

C'était très déroutant… et agréable en même temps… Mais le pire c'était qu'il commençait à s'habituer à toutes ces gentilles petites attentions…

Il ne devait pas, non, il ne pouvait pas s'y habituer car bientôt il se retrouverait à nouveau tout seul. Il devait s'efforcer de reconstruire sa barrière qui l'isolait du reste du monde et qu'elle avait réussi à abattre petit à petit. Il ne pouvait pas la laisser continuer.

Élinor perçut son changement d'humeur et vit qu'il réfléchissait intensément et se battait contre ses propres pensées. Elle jugea qu'il valait mieux le laisser seul et lui annonça qu'elle allait préparer le souper.

Le professeur Rogue soupira en constatant qu'elle avait encore vu juste : il désirait réfléchir au calme sans personne auprès de lui.

Elle mit intentionnellement bien plus de temps qu'il ne fallait pour préparer le repas et l'appela enfin vers vingt heures.

Severus s'assit face à elle sans prononcer un seul mot.

Après vingt minutes passées ainsi en silence, Élinor rompit la glace :

« J'ai cuisiné votre plat préféré… Ça vous a plu ?

- Oui, merci.

- … Les Aurors nous préviendront dès qu'il y aura du nouveau. »

Pas de réponse. Il fixait son assiette vide.

« Ils ne mettront certainement pas longtemps à les attraper », ajouta-t-elle alors.

Toujours pas de réponse. Severus se leva pour se rendre dans sa chambre.

Élinor fut un peu perturbée par sa réaction, elle ne comprenait pas ce qui avait bien pu lui passer par la tête pour qu'il agisse de la sorte mais elle comptait bien le découvrir.

Elle alla donc dans la cuisine chercher le gâteau au chocolat qu'elle avait prévu pour le dessert et monta les escaliers.

Arrivée devant la porte de sa chambre, elle frappa et n'attendit pas sa réponse pour entrer.

Lorsqu'elle pénétra dans la pièce, elle le vit assis sur son lit, la tête entre les mains. Elle s'approcha de lui et il leva lentement les yeux vers elle.

« J'avais préparé un gâteau au chocolat pour le dessert mais vous êtes parti avant, alors… tenta-t-elle de lui expliquer, avant de s'interrompre. Quelque chose ne va pas ? Vous avez mal à la tête ? Je peux aller vous chercher une potion anti-migraine si vous voulez, il y en a dans la salle de bain, ajouta-t-elle, préoccupée.

- Non, ça ira, merci, refusa-t-il poliment.

- Vous ne voulez pas un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lui présentant son assiette.

- Non. »

Son gâteau avait l'air vraiment délicieux mais tout ce qu'il voulait c'était qu'elle sorte de sa chambre et qu'elle le laisse en paix.

Il pensait qu'il ne méritait pas toutes ces attentions et il souhaitait se réhabituer immédiatement à sa vie de célibataire grincheux et taciturne.

Mais, manifestement, c'était peine perdue car Élinor n'en avait pas encore fini avec lui, elle avait déposé son gâteau sur la commode et reprit :

« Est-ce que j'ai fait ou dit quelque chose qui ne vous a pas plu ?

- Non ce n'est pas vous… Enfin si… C'est plutôt ma situation qui me contrarie, répondit-il, irrité.

- Professeur Rogue, je suis vraiment désolée, je sais à quel point vous teniez à rentrer chez vous. Mais je vous garantis que dès que tout cela sera réglé, vous retrouverez votre maison et vos habitudes, lui promit-elle.

- Pfff…

- … Je fais ce que je peux pour essayer de vous rendre la vie agréable ici, mais apparemment je n'y arrive pas très bien… »

Elle avait l'air extrêmement triste… Severus s'en voulait de lui infliger ça. Peut-être valait-il mieux lui dire clairement ce qui le préoccupait.

« Si, justement, vous y parvenez trop bien… déclara-t-il.

- Je ne comprends pas, dit-elle, interloquée.

- Vous cuisinez mes plats favoris, vous anticipez mes moindres désirs, vous me laisser bougonner seul quand j'en ai besoin, vous essayez de me distraire ou de me faire rire quand il le faut, vous avez même été chez moi chercher les souvenirs qui me réconforteraient. Vous vous occupez trop bien de moi… expliqua-t-il alors, avant de soupirer.

- C'est cela qui vous embête ? Pourquoi ? interrogea-t-elle, surprise.

- Parce que quand je serai seul à nouveau, je saurais qu'il me manque quelque chose, que je passe à côté de tas de bons moments en m'isolant ainsi des autres.

- Mais, professeur, nous pouvons rester amis. Je viendrai vous voir, si vous le souhaitez et si vous me le permettez, répliqua-t-elle aussitôt sur le ton de l'évidence.

- Quoi ?

- Professeur, je vous ai déjà dit que je vous appréciais beaucoup. Je ne vais pas vous abandonner lorsque vous serez rentré chez vous. On m'a confié la mission de vous protéger tant que les Mangemorts seront en fuite, mais je ne suis pas une machine et vous n'êtes pas un vulgaire colis. Durant ces quelques mois que vous avez passés ici, nous avons appris à nous connaître mieux et je pensais même que nous étions devenus amis… Mais je me suis peut-être trompée…

- Vous me considérez comme un ami ? demanda-t-il, les yeux ronds, presque choqué par ses propos.

- Bien sûr. »

Elle avait dit ça avec un tel aplomb que cela surprit Severus.

Il ne savait pas quoi faire ou quoi dire. Il n'avait jamais eu qu'une seule amie et il l'avait perdue…

Il l'observa des pieds à la tête et se demanda pourquoi une femme aussi jolie et intelligente qu'elle voudrait de lui, l'homme au teint cireux, aux cheveux graisseux et au nez crochu, comme ami.

Leurs yeux se croisèrent enfin et Élinor comprit ce que signifiait son silence.

« Vous accordez bien trop d'importance aux apparences… dit-elle en s'accroupissant devant lui et en posant ses mains sur les siennes. Je vous apprécie comme vous êtes et je serais très heureuse, si vous acceptiez de me considérer comme une amie. »

Il n'en croyait toujours pas ses oreilles mais il acquiesça.

« Bon, très bien. Alors maintenant vous voulez bien redescendre avec moi pour que nous puissions goûter à ce gâteau ? dit-elle en se relevant et en posant ses mains sur ses hanches.

- D'accord. Mais avant j'aimerais vous demander quelque chose, répondit-il, énigmatique.

- Oui. Quoi ? demanda-t-elle, étonnée.

- J'aimerais que vous m'appeliez Severus, déclara-t-il.

- Je le ferais avec plaisir si, vous, vous m'appelez Élinor, répliqua-t-elle aussitôt.

- Comme vous voudrez, Élinor.

- Merci, Severus », dit-elle en souriant.


Merci d'avoir lu! J'espère que ça vous a plu! ;-)

Merci à Athina et à Manon pour leurs reviews! Et pour répondre à Athina : Le suspense c'est ma vie!^^ L'art de terminer un chapitre pour donner envie à ses lecteurs de lire la suite, c'est quelque chose qu'il faut cultiver savamment^^ ;-)

A la prochaine!

Bisous ;-)