Attaque frontale
-C'est inadmissible ! rugit l'un des membres du conseil
-C'est votre point de vue, déclara calmement Neville. Peut-on au moins savoir pourquoi, à la place de vous entendre hurler comment un putois qu'on vient d'attaquer ?
La remarque eut l'effet de calmer radicalement le contestataire sous les rires discrets de ses collègues. Bien que cela amuse également Neville, intérieurement, ce dernier était franchement énervé. En quoi sa proposition était-elle inadmissible ? Il commençait vraiment à en avoir marre des marionnettes de Dumbledore !
-Oui, expliquez-nous en quoi c'est impossible de créer des orphelinats Sorciers ? susurra Neville
-Vous dites que nous ne savons pas nous occuper de nos orphelins ! cracha le Sorcier
-Tout le monde peut être débordé, commenta Neville.
-Mais nous sommes tous liés ! assura le Sorcier. Nous pouvons nous occuper de nos cousins !
-Certes, concéda Neville. Nous allons donc faire un petit sondage. Combien d'entre vous ont été orphelin avant leur majorité ?
Une bonne partie de la salle leva la main, à la plus grande consternation du conseil qui ne s'attendait pas à ce qu'ils soient aussi nombreux.
-Bien, fit Neville. Combien d'entre vous ont été recueilli par leur famille de sang ?
Près des trois quarts gardèrent la main levée, ce qui ragaillardit le Sorcier opposé à Neville.
-Combien ont compris pendant ou après leur séjour que s'il était là, c'était uniquement pour le prestige ou bien l'argent que vous apportiez ? Et non pour votre bien-être ?
Quasiment toutes les mains restèrent levées, ce qui surprit le Sorcier.
-Mais … protesta le Sorcier. Vos familles vous aimaient …
-On voit que vous n'êtes pas orphelin, déclara Susan Bones, qui avait pourtant baissé la main à la dernière question. Tout Sorcier recueilli après le décès de ses parents est confié à ses nouveaux tuteurs avec une pension somme toute assez confortable du Ministère pour ne pas qu'il ne devienne une charge trop lourde à supporter dans le budget de la famille. Mais ça, c'est sans compter la pension que les familles des enfants recueillis donnent pour qu'on s'en occupe. Personnellement, j'ai eu l'occasion de jeter un coup d'œil sur certaines de ces sommes, notamment celles données aux Sang Pur et je peux vous assurer que votre fortune était faite tout le temps que l'orphelin était sous votre toit. Et comme les Sang Pur deviennent de plus en plus cupides … je vous laisse deviner la suite.
-La pension ferait tourner la tête à n'importe qui, continua Neville. Alors que versée à un orphelinat, de tels abus passeraient moins aux oubliettes, au nom du prestige.
-Et pourquoi créerons-nous un tel endroit ? siffla le Sorcier. Ça n'existe pas dans le monde entier !
-Et quand avez-vous arrêté de regarder votre nombril pour être sûr de ce que vous avancez ? ricana Neville
-Comment osez-vous ! rugit le Sorcier
-J'ose tout simplement ! claqua Neville, levant pour la première fois la voix. Nous sommes l'un des derniers pays magiques au monde à ne pas avoir une telle institution ! L'un des derniers ! Et la plupart de nos puissants voisins sont outrés de voir que nous ne pensons pas à protéger la nouvelle génération en lui inculquant une éducation de qualité alors que leurs parents ne sont plus là pour le faire !
-Vous mentez ! cracha le Sorcier
-Vous tenez tellement à ce que je fasse venir tous les ambassadeurs de tous les pays ici pour qu'ils vous prouvent le contraire ? haussa un sourcil Neville. Pour que tous les dirigeants du monde entier apprennent que vous refusez de créer une telle institution parce que vous êtes un froussard ? Personnellement, je ne crois pas que le pays se remettrait d'une telle honte.
La salle explosa en murmures. Nombreux d'entre eux avaient des contacts avec d'autres pays et le sentiment unanime était que l'Angleterre était un pays sur lequel on ne pouvait pas vraiment compter, encore plus avec cette guerre civile où quasiment rien n'était fait pour limiter les dégâts. Alors apprendre qu'ils refusaient de créer un orphelinat … L'estime qu'on avait d'eux allait descendre encore plus.
-J'ai personnellement posé la question à mes collègues à la Confédération Internationale des Sorciers, intervint quelqu'un.
Albus Dumbledore, président du Magenmagot, se redressa en prenant la parole.
-Aucun n'a été capable de me dire où ils étaient pour que je puisse visiter les endroits en question, assura Albus.
-Avez-vous posé les bonnes questions ? pointa Neville. Parce que si vous aviez poussé vos investigations dans le bon sens, vous auriez su que si personne ne savait où ces orphelinats se situaient, c'était parce qu'ils étaient automatiquement sous Fidelitas car Voldemort a eu la fâcheuse manie ces dernières années de les attaquer en clamant qu'il n'y avait que des Nés Moldus dedans qu'il fallait éradiquer. Or, à chaque fois, des héritiers Sang Pur voire des lords mineurs s'y trouvaient. Vous ne trouvez pas que ça fait tâche pour quelqu'un qui prône le retour des droits des Sang Pur ?
Tous ceux qui adhéraient à l'idéologie de Voldemort blanchirent.
-Rien de tel n'a été dit dans la Gazette, assura Dumbledore.
-Evidemment, puisque ce qui se passe à l'étranger ne l'intéresse pas, renifla Neville.
-Pourquoi vouloir créer un tel endroit maintenant ? demanda Dumbledore
-Je n'ai jamais parlé de le créer maintenant, corrigea Neville. Je veux en ordonner la création. Ce n'est pas pareil.
-En quoi ? s'étonna Dumbledore
-Parce que toutes les lois de notre pays l'interdisent, déclara Neville.
-Vraiment ? fit faussement Dumbledore
-Il dit vrai, intervint Amelia Bones. Toutes nos lois ont été écrites de telle manière à ce que toute institution telle qu'écoles autres qu'Hogwarts ou orphelinats soit impossible. J'ai personnellement vérifié et ne dites surtout pas que vous n'étiez pas au courant puisqu'elles ont toutes été votées sous votre mandat et surtout, avec votre accord !
Dumbledore se renfrogna. Il était embêté que sa petite manœuvre ait pu être découverte aussi vite et surtout qu'on ait pu faire le lien avec lui.
-Sûrement un malentendu, balaya Dumbledore.
-Nous allons dire ça, fit Neville.
Mais personne n'était dupe et avait compris avec la remarque de Neville que ça avait été intentionnel. Dans quel but ? Personne ne savait.
-Que comptez-vous faire avec cette institution ? demanda Dumbledore
-Bien que ce ne soit pas le sujet d'aujourd'hui, sachez que je prépare un dossier que tous pourront consulter et pour que nous puissions en discuter tous ensemble, déclara Neville. Nous devrions maintenant passer au vote, non ?
-Mais … protesta Dumbledore.
Mais les membres du Magenmagot tiraient déjà leurs baguettes pour voter tandis que le greffier changeait le tableau pour le vote. Le vieux Sorcier fusilla du regard Neville qui lui renvoya un sourire narquois.
Et tout le conseil accepta qu'un orphelinat Sorcier soit créé en Angleterre.
§§§§§
-J'aime Neville, sourit Hermione en refermant la lettre qu'elle venait de recevoir.
-Une bonne nouvelle ? demanda Anastasia
-Neville a réussi à imposer la création d'un orphelinat Sorcier en Angleterre, annonça Hermione.
-Ce n'est pas trop tôt, grommela Anastasia qui s'acharnait sur un dossier.
Le maître Spirituel était venu rendre visite à la jeune femme dans sa maison en Angleterre. Au fil des années, les deux femmes étaient devenues très proches, comme Hermione squattait allègrement le domaine des Romanov et ces dernières années chez Anastasia plus particulièrement.
Hermione se leva, posa la lettre sur la table à manger avant de se couler dans les bras de son aînée et de l'embrasser tendrement.
Toutes les deux étaient en couple depuis maintenant deux ans. Bien qu'ayant presque douze ans de différence, il était dur de résister à une Hermione de vingt ans qui savait parfaitement ce qu'elle voulait, en l'occurrence, une Anastasia Romanov qui ne savait plus où se mettre, à la plus grande hilarité de Vladimir, de Nolan et de Lorelei ainsi que d'Harry, de Neville et de Draco. Et depuis, toutes les deux étaient parfaitement satisfaites de la vie. Sauf que …
-Kenji est revenu me parler, avoua lourdement Anastasia.
-Vraiment ? fit doucereusement Hermione
-Ne t'inquiète pas, je l'ai remballé, assura Anastasia. Mais il n'a pas l'air de comprendre que c'est sérieux entre nous.
-Et pourtant, ça fait deux ans, siffla Hermione. Je sens que je vais devoir m'en occuper. Membre du clan Romanov ou pas, on ne touche à ma copine !
-Du calme, Hermione, sourit doucement Anastasia. Il ne posera pas un seul doigt sur moi.
-Il n'en aura pas le temps, promit Hermione. Et s'il le fait, qu'il se prépare à se séparer définitivement de ses bijoux de famille. Je ne partage pas.
Anastasia garda son sourire. Kenji était un maître de Métamorphoses recruté par le clan Romanov quelques années auparavant. Il était sous le charme d'Anastasia quand un jour, il l'avait croisé et depuis, il ne cessait d'essayer de la charmer. Seulement, tout le monde savait dans le clan qu'outre sa position de maître Spirituel personnel du seigneur Vladimir Romanov, le chef du clan, elle était également homosexuelle et l'assumait totalement. Et que depuis deux ans, elle n'était plus libre. Par contre, seul un petit groupe de confiance était au courant que l'heureuse élue était l'une des rares protégés Sorciers de Vladimir.
Mais Hermione n'allait plus rester longtemps anonyme si ce crétin continuait de tourner autour d'Anastasia.
-Tu n'as pas l'intention d'aller au domaine ? demanda Anastasia, prise d'un sombre pressentiment.
-J'ai encore quelques grimoires à consulter, déclara Hermione avec un sourire machiavélique.
-Est-ce que c'est réellement inutile de te demander de ne pas faire de vagues ? soupira Anastasia
-Je saurais me faire discrète, promit Hermione.
-Ne promets pas des choses que tu ne pourras pas tenir, gronda Anastasia.
-Mais … protesta Hermione.
-Je te connais, rappela Anastasia. Et je connais le reste du Gang. Je sais ce que vous êtes capables de faire tous ensemble. Mais je sais aussi que quand vous êtes seuls, vous pouvez vous montrer particulièrement vicieux. Donc ne me dis surtout pas que tu seras discrète.
-Pardon, s'excusa Hermione.
-Je préfère, renifla Anastasia. Évite de me mentir, veux-tu ?
-Tout ce que tu veux, mon amour, sourit Hermione en allant butiner le cou de sa moitié.
-Hermione … gronda faussement Anastasia. Je dois terminer ce dossier …
-Vraiment ? taquina Hermione. Moi qui croyait que tu étais venue pour te détendre et comme j'étais toute disposée à réaliser tous tes désirs …
-Vil tentatrice … rit Anastasia. Laisse-moi dix minutes.
-Cinq et pas une de plus, imposa Hermione.
-On voit que tu sais ce que tu veux, capitula Anastasia.
§§§§§
Minerva fronça des sourcils quand les alarmes rugirent. Depuis quelques années, elle s'était aperçue qu'elle avait la main sur de plus en plus de prérogatives de directeur d'Hogwarts. Oh, Albus y avait toujours accès mais Minerva également.
La Sorcière se leva et dévoila le grand Miroir de Communication. L'image se brouilla avant de montrer l'un des murs du domaine de l'école où des Death Eaters tentaient vainement de briser les protections magiques.
Ils commencent à m'agacer, grogna Minerva. C'est la quatrième fois en un mois et demi. Et bien sûr, cet imbécile drogué au citron ne va même pas se lever !
Elle avait noté que lors du déclenchement des alarmes, Albus se déplaçait de moins en moins, voire débarquait quand tout était terminé. Elle avait d'abord pensé qu'il avait toute confiance dans les protections mais quand pour la première fois elles avaient cédé sans qu'il ne soit intervenu, Minerva en avait déduit que le directeur n'attendait qu'une invasion des Death Eaters.
Sauf qu'elle était là. Et elle n'avait pas l'intention de laisser passer une telle chose.
Depuis peu, elle avait installé de nouvelles alarmes et de nouvelles protections avec l'aide de Filius et de Severus. Ensuite, elle s'était mise à examiner de très près les protections de l'école et s'était mise à les restaurer petit à petit. Ainsi, elle avait découvert que ces dernières étaient très faibles et qu'une attaque de grande ampleur les anéantirait totalement.
Minerva prit une pincée de poudre de Cheminette et appela Severus puis Filius. Ces derniers arrivèrent rapidement.
-Encore une attaque ? soupira Severus
-Oui, confirma Minerva.
-Il va falloir que nous éjections Dumbledore de l'école, grinça Filius. Trop de choses dépendent de lui pour la protection des élèves.
-Je sais, fit Minerva alors qu'elle enclenchait un piège qui se referma sur les Death Eaters. Mais ce sera compliqué. Et puis, il est plus sûr de savoir où il est que dehors dans la nature.
-Ce n'est pas faux, concéda Severus qui accrocha une fiole à un hibou qui allait voler vers les envahisseurs et exploser au-dessus de leurs têtes. Mais au prix de la sécurité des élèves ?
-Il aura les mains en partie liées, rappela Filius qui tapa sur une réplique du domaine d'Hogwarts et qui lançait des sorts dessus pour qu'ils se répercutent sur les Death Eaters. Si les élèves sont blessés, les parents demanderont des comptes à Dumbledore avant nous. Et ça, je ne pense pas qu'il le veuille.
-Avons-nous des preuves pour le faire définitivement tomber ? demanda Minerva
-Elles sont minces, avoua Filius. Et elles ne feront pas le poids face à lui.
-Alors nous devrions le tuer, proposa Severus, amer.
-Si seulement, soupira Filius. Mais beaucoup de ses manœuvres ne seront jamais découvertes et on ne comprendra jamais son grand dessein pour l'arrêter définitivement.
-C'est fini, annonça Minerva en se redressant. Ils partent enfin.
-Bien, fit Filius. Il serait temps de prévoir des solutions pour évacuer les élèves. J'ai l'impression que les protections ne vont plus tenir très longtemps.
-Je l'ai remarqué aussi, déclara Minerva. Malgré les réparations que nous faisons, c'est trop peu pour tenir devant une attaque de masse.
-Mettons Pomona dans la confidence, proposa Filius. Sa maison sera aussi exposée. Et qui sait, elle aura peut-être d'excellentes idées.
-Soit, je lui dirai, fit Minerva. Mais je la mettrai sous sort de secret. Albus ne doit rien savoir de notre projet.
-Il en va de soi, déclarèrent Severus et Filius.
§§§§§
-Bonsoir, professeur Dumbledore.
-Bonsoir, Ron, répondit le vieil homme.
Dumbledore savait que Ron Weasley n'était pas vraiment le pion idéal mais il pouvait se rendre utile.
-J'aurais un travail pour toi, déclara Albus. Je voudrais que tu te rendes dans la maison des Granger.
-Encore ? se plaignit Ron. Je croyais qu'après avoir massacré ces chiens de Moldus, il n'y aurait plus rien à faire !
-C'était il y a six ans, rappela Albus. Mais je voudrais que tu y déposes cet artefact.
Il s'agissait d'une petite pierre grossièrement taillé enchâssé dans un médaillon et le tout au bout d'une chaîne.
-Il fait quoi, ce truc ? demanda Ron
-Il montre les plus grandes peurs de la personne qui y est exposée, répondit Albus. Et comme il s'agit de la maison où ses parents ont été tués …
-Mais qu'est-ce qui vous dit qu'elle reviendra là-bas ? demanda Ron
-L'un de mes espions m'a assuré qu'elle y vivait toujours, fit Albus.
-Et qu'est-ce que j'ai en échange ? grogna Ron
-Trois cents Galions seront versés sur ton compte, grommela Albus.
Ron ne jurait que par l'argent et bien que ça ait ses avantages, c'était très énervant. Particulièrement dans le cas du roux.
-Ce n'est pas beaucoup, fit Ron. La dernière fois que j'y suis allé, j'avais reçu beaucoup plus.
-Je te demande seulement d'y déposer un objet, s'irrita Albus. Pas plus, pas moins. Et je ne te conseille pas de faire de zèle. Ta visite doit rester secrète. Parce que si tu plonges, tu seras tout seul.
-Mais … protesta Ron.
-Je suis certain que tu n'aimerais pas ce que je ferais si tu venais à désobéir, menaça franchement Albus. Souviens-toi de ce qui s'est passé quand tu as violé Granger …
Le roux se tut, peureux. La mission était de tuer les parents devant la fille et de la torturer de façon à la laisser quasiment au bord de la mort. Mais Ron avait outrepassé ses droits et en avait profité pour assouvir ses pulsions avec Hermione Granger dont il était obsédé. Seulement, le directeur l'avait très mal pris et en guise de punition, avait coupé le roux et de sa magie et d'érection jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il ne devait faire que ce qu'il voulait et pas autre chose. Visiblement, il avait retenu la leçon.
-Oui, monsieur, souffla Ron.
-Bien, sourit machiavéliquement Albus. Tu as trois jours.
-Si peu ? sursauta Ron
-Parce que tu as autre chose à faire ? cingla Albus. Pourtant, il me semble que tu ne fais rien de tes dix doigts, à part baiser des putes à longueur de journée …
Ron rougit. Dès qu'il était énervé, le directeur lui rappelait tous ses défauts sans prendre de gants. Et ils étaient nombreux.
-J'attends que tu me confirmes que tu as bien exécuté ta mission avant de te verser l'argent, prévint Albus. N'essaie surtout pas de me rouler car je le saurais.
-Oui, monsieur, répondit Ron.
-Tu peux y aller, congédia Albus.
Le roux détala le plus vite possible. Le directeur soupira. Le dernier fils Weasley était parfait pour les basses besognes seulement s'il était soigneusement encadré. Il ne fallait surtout pas lui en demander plus car sinon, ses instincts les plus primaires revenaient à la surface, comme avec le viol d'Hermione Granger. Les manipulations qu'il avait faites sur son esprit intra utéro et durant toute son enfance avaient déréglé beaucoup de choses et il ne fallait vraiment pas qu'on puisse le soupçonner plus que de raison ou sinon, il ne voulait pas imaginer toutes les conséquences …
§§§§§
Augusta savourait une bonne tasse de thé.
-Livny !
-Maîtresse Augusta Longbottom Madame a appelé Livny ? s'inclina l'Elfe de maison
-Peux-tu me dire où se trouve mon fils ? demanda Augusta
-Maître Franck Longbottom promène dans le jardin d'hiver, répondit Livny. Les ordres de maîtresse Augusta Longbottom Madame ont été respectés. Un Elfe de maison est toujours aux côtés de maître Franck Longbottom Monsieur.
-Merci, Livny, fit Augusta.
L'Elfe de maison s'inclina avant de disparaître. Augusta laissa ses pensées vagabonder. Franck récupérait doucement de l'attaque des Lestranges mais aussi et surtout des années d'enfermement à Saint Mungo. L'ensorcellement avait été rapidement contré par les contacts de Juan mais les blessures psychiques prenaient beaucoup plus de temps. Son admiration pour Severus avait encore plus grandi si possible quand ce dernier lui avait proposé plusieurs cures pour son fils qu'ils avaient testé les uns après les autres. Certes, Franck était devenu un cobaye mais c'était mieux que de le laisser rester un légume toute sa vie. Au fur et à mesure des échecs comme des évolutions, le maître de Potions avait modifié ses breuvages pour obtenir un maximum d'efficacité. Aujourd'hui, Franck avait récupéré la plupart de ses facultés et pouvait se déplacer, manger seul, se laver … pleins de choses qu'il ne savait pas faire d'après les spécialistes de l'hôpital Sorcier.
Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était sa mémoire. Les spécialistes de Black Rose avaient établi que son esprit était réparé mais que sa mémoire était bloquée et qu'il se pouvait qu'il ne la retrouve jamais. Severus avait demandé conseil à Anastasia et cette dernière avait confirmé le diagnostic, ajoutant même qu'une manipulation de sa part comme de celle de Severus ne servirait à rien. Seulement, tous les deux gardaient espoir puisqu'ils savaient que Franck faisait régulièrement de violents cauchemars et les quelques bribes dont il se souvenait faisaient référence à des événements particuliers de la vie du Sorcier. Il savait qu'il avait eu un fils mais ne reconnaissait pas Neville en tant que tel.
C'était ce qui faisait le plus souffrir Augusta. Pour elle, Neville devait voir revivre son père mais ce dernier ne le reconnaissait pas comme son fils. Elle savait que le jeune homme avait longtemps fantasmé sur l'idée d'avoir un père, à défaut d'avoir une mère qui se comportait comme telle, et que sans l'arrivée d'Harry dans leurs vies, les événements qui s'étaient enchaînés ne se seraient pas déroulés et les Longbottom restants seraient restés dans le flou le plus total concernant ce qui se passait dans leur famille.
Elle se souvenait encore de ce qui s'était passé après que les grands pontes de St Mungo aient découvert que Franck n'était plus sous leur responsabilité. Augusta avait d'abord eu des lettres des Médicomages traitant habituellement son fils mais devant son refus de ne pas leur permettre de le voir, elle avait droit à leurs visites avec pour résultat les mêmes réponses. Frustrés de ne pas être considérés comme Merlin en personne dans leur domaine, ils avaient donc fait appel à leurs supérieurs ce qui avaient donné lieu à des situations cocasses.
Flash-Back
Augusta avait été très surprise de recevoir un courrier de la part du directeur de St Mungo, Leonard Yaxley. Bien que plusieurs membres de sa famille aient fait partie du mouvement Death Eaters, Leonard n'avait que très peu montré son intérêt pour Voldemort. Et c'était ce qui l'avait décidé à répondre favorablement à sa demande d'entretien à l'hôpital. Depuis maintenant trois mois, les Médicomages qui avaient suivi son fils suite à l'attaque des Lestranges le lendemain de Samain menaient une campagne d'harcèlement à son encontre et il n'était pas sûr que la vieille Sorcière garde son calme encore longtemps.
Après avoir convenu d'un rendez-vous par courrier, Augusta se rendit donc quelques jours plus tard au cœur de Londres pour rencontrer le directeur de St Mungo dans son bureau. Aussitôt qu'elle fut installée, Leonard Yaxley attaqua.
-Pourrais-je savoir pourquoi vous refusez de rendre notre patient à l'hôpital ? agressa Leonard
La moutarde monta rapidement au nez de la matriarche.
-Votre patient est mon fils, rappela sèchement Augusta. Et aux dernières nouvelles, il reste sous ma tutelle jusqu'à ce qu'il soit apte à reprendre sereinement sa vie. Si je l'ai confié à vos soins, c'est parce que votre hôpital m'avait promis de le soigner complètement, votre prédécesseur le premier. Or, depuis bientôt quatorze ans qu'il est là, je n'ai vu aucun progrès de quelque sorte.
-Mes Médicomages allaient avoir des résultats ! protesta Leonard
-Ah oui ? fit Augusta. Quand ? Quand mon petit-fils aurait lui-même des enfants ? Vous ne croyez pas qu'il aurait été beaucoup trop tard ? Mon fils aurait totalement manqué l'enfance de son propre fils !
-Mais … protesta Leonard. Arrêter ses soins sans nous prévenir aurait pu lui être fatal !
-Franck se porte comme un charme, merci de vous en soucier maintenant, fit Augusta. Contrairement à ce que vous pensez, j'ai à cœur la santé de mon fils et j'ai préféré tenté ma chance avec d'autres … « spécialistes ».
Elle ne tenait pas à lui révéler que suite à l'examen complet de Juan Locke, ce dernier avait découvert que le traitement que suivait Frank Longbottom était à peine plus efficace qu'un placebo, et encore. Pire, la Médicomagie de guerre ayant fait d'immenses bonds pendant les affrontements avec Grindelwald et Voldemort, des traitements avaient été mis en place pour lutter contre les effets nocifs de certains sorts, notamment le Doloris, avec des résultats probants à la clé.
Traitement dont Franck n'avait jamais été l'heureux bénéficiaire.
-Franck va désormais mieux, assura Augusta. Son âge mental a augmenté et il sait maintenant s'habiller tout seul. Tout cela en deux mois seulement.
Et Augusta ne mentait pas. Après avoir purgé son organisme de tout ce qui le parasitait, Franck avait commencé à panser ses blessures intérieures. Les progrès avaient été fulgurants à la plus grande joie de tout son entourage. Seulement, ce qu'elle ne disait pas, c'était que Franck n'avait encore rien pris comme potions de soins. Preuve que l'hôpital s'était vraiment fichu d'elle.
-Nous sommes les meilleurs ! gronda Leonard, vexé
-Je n'en suis pas si sûre, pointa Augusta. Sinon, mon fils serait de retour parmi nous depuis longtemps !
-Nous avons suivi les demandes de lady Longbottom ! déclara Leonard
La vieille Sorcière plissa le regard.
-JE suis lady Longbottom, claqua sèchement Augusta. Et mes ordres étaient que mon fils soit soigné au plus vite ! Pourquoi cela n'a-t-il pas été fait ?
Leonard sembla désarçonné.
-Je croyais que votre fils était lord Longbottom, fronça des sourcils Leonard.
-Il l'est, confirma Augusta. Mais devant votre lenteur, je le lui ai retiré.
-Mais alors, Alice Longbottom … fit Leonard.
-N'a jamais été lady Longbottom et ne le sera jamais, même moi morte ! cracha Augusta, la situation s'éclairant subitement. Vous avez suivi les ordres de cette petite garce ?
-Elle s'est présenté avec le sceau des Longbottom, se justifia Leonard.
Un frisson glacé raidit le dos de la matriarche.
-Que voulait-elle ? gronda Augusta
-Elle a choisi les Médicomages qui devaient suivre son mari, déballa Leonard.
En effet, l'aura sombre de lady Longbottom n'invitait aucunement au mensonge même par omission.
-Et l'infirmière ? pointa Augusta, se rappelant ce qu'elle avait entendu la dernière fois qu'elle avait mis les pieds à l'hôpital avant d'en retirer Franck.
-Aussi, confirma Leonard. Comme ce n'est pas une requête inhabituelle, mon prédécesseur a accepté.
-Répondez honnêtement, fit Augusta. Combien a-t-il accepté pour cette ineptie ?
Leonard soupira lourdement. Avant sa prise de fonction il y avait de cela maintenant environ huit ans, il avait auparavant suivi longuement le directeur encore en place pour comprendre l'ampleur de la tâche qui l'attendait. Le cas Longbottom l'avait interpellé pour plusieurs raisons. Tout d'abord par le bruit que l'attaque avait faite dans les médias, surtout parce qu'elle était survenue juste après la défaite de Vous Savez Qui, ensuite, par l'identité de la famille de l'homme, la réputation des Longbottom n'était plus à faire, et enfin, par les précautions qui entouraient désormais le lord. Il avait pressenti que ce cas n'allait lui apporter que des problèmes et en voyant lady Longbottom se dresser devant lui, ce jour était arrivé. Il ne tenait pas à avoir des problèmes avec elle et toute sa famille était d'accord avec lui. Sans hésitation, il fouilla dans les étagères derrière lui et en sortit un dossier qu'il dupliqua rapidement avant de le ranger.
-Voici ce qui concerne votre fils, annonça gravement Leonard. Je ne sais pas qui vous a donné ceci et vous ne connaissez pas la personne qui vous l'a remis. Ce n'est qu'à cette condition qu'il sera à vous.
-J'accepte, fit Augusta, curieuse.
Le dossier changea de main.
-A la lumière de ce que vous venez de me dire, tout prend son sens, déclara Leonard. Je vais annoncer à mes Médicomages que vous avez été inflexible, ce qui aurait été réellement le cas si la conversation avait pris la tournure normale. Je vous souhaite une bonne journée, milady.
-Merci, à vous aussi, fit Augusta en rangeant précieusement le dossier et en quittant le bâtiment Sorcier sans un regard en arrière.
Trois jours plus tard, Leonard Yaxley était le nouveau pensionnaire de l'aile des pathologies de longue durée.
Fin Flash-Back
Augusta se souvenait avoir remis ledit dossier à Juan Locke pour qu'il l'étudie. Les éléments qu'il contenait avaient été édifiants. Et elle avait été pas loin de marcher vers l'hôpital Sorcier pour le raser des fondations jusqu'au toit. Mais Juan l'avait efficacement calmée en arguant que les coupables paieront en temps et en heures. Cela n'était pas tombé dans l'oreille d'une sourde et une enquête minutieuse avait été diligentée pour comprendre jusqu'où pouvait aller cette machination. Tout comme les différentes enquêtes démarrées depuis que Severus avait trouvé et adopté Harry, la patte d'Albus Dumbledore était très visible et évidente et l'ampleur de son implication était vraiment considérable.
Soudain, l'atmosphère de la maison changea radicalement. Augusta se redressa, inquiète.
-Livny !
-Maitresse Augusta Longbottom Lady, la maison est attaquée ! pépia l'Elfe de maison
-Je m'en doutais, fit Augusta. Où se trouve Luna ?
-Dans le jardin d'hiver, Maitresse Augusta Longbottom Lady, répondit Livny.
-Va la chercher et ramène-la ici, ordonna Augusta. Tout de suite.
La minute suivante, la blonde se trouvait face à la matriarche.
-Death Eaters ? demanda confirmation Luna
-Qui d'autre ? renifla Augusta en agitant sa baguette pour mettre en place plusieurs protections. Si j'écoutais Neville, je devrais te mettre en sécurité sans même t'en parler. Mais je commence à te connaître …
-Je veux faire partie de votre famille, déclara fermement Luna. Si ça n'avait pas été le cas, j'aurais refusé d'épouser Neville. Je veux vous aider. Je subirai ses foudres plus tard. Mais je ne me le pardonnerai jamais de vous laisser en arrière.
-Tu sais te battre, déclara Augusta. Alors prouve-le-moi.
-Avec plaisir, sourit machiavéliquement Luna.
La jeune femme se redressa et laissa sa magie envahir le domaine. Depuis plusieurs années, elle avait découvert qu'elle possédait quelques aptitudes communes à Harry, dont celle de modeler sa magie pour qu'elle ait une consistance physique, mais pas au point du jeune homme. Cela lui permettait de jeter des sorts depuis des coins improbables mais également d'analyser son environnement comme personne. Sa limite maximale était d'environ deux cents mètres autour d'elle mais sous le coup de l'adrénaline, elle pouvait se répandre sur le double de cette surface. Mais aujourd'hui, ce ne serait pas le cas.
Sur les indications d'Augusta, Luna se concentra sur la partie du domaine actuellement sous les sorts des assaillants, laissant avec confiance la matriarche s'occuper de ses arrières. Elle identifia le nombre d'adversaires, leur puissance respective, les artefacts dont ils disposaient éventuellement, et foule de détails encore. Une fois sa petite promenade terminée, elle transmit tous les éléments qu'elle avait récoltés.
-On dirait l'artefact qui a servi à s'introduire dans la maison d'Hermione, fronça des sourcils Augusta en l'écoutant.
-Je ne pourrais pas vous le dire, s'excusa Luna. Je n'ai pas eu l'occasion d'en étudier.
-Ce n'est pas grave, balaya Augusta. Mais ils n'ont pas l'occasion de l'utiliser.
-Parce qu'il n'aura aucun effet ? sourit Luna
-Oh, il en aura, corrigea Augusta. Mais moins que chez Hermione car les protections étaient trop récentes. D'où l'attaque de ces crétins de Death Eaters.
-Il n'y a pas que des Death Eaters, annonça Luna.
-Que veux-tu dire ? fit Augusta
-J'ai eu la permission d'étudier les artefacts obligatoires pour les Aurors et certains en portent, assura Luna. C'est une opération conjointe.
-Dumbledore pourrait être de mèche avec Voldemort ? s'étonna Augusta
-C'est une éventualité qui n'a jamais quitté notre esprit, rappela Luna. On ne trouve juste pas le lien.
-Ce n'est pas grave, fit Augusta. Authentifie tous les artefacts sur un papier. Il nous faut des preuves de ce qu'ils ont en stock.
-Et pour eux ? demanda Luna
-Je pense qu'il est temps qu'il apprenne ce qui se passe quand on s'en prend à la famille Longbottom … ricana Augusta.
-J'en ai eu la preuve la dernière fois, fit une voix derrière elles.
Les deux Sorcières se retournèrent brusquement.
-Impossible … blanchit Augusta.
-Rien est impossible en magie, rétorqua doucereusement l'inconnu.
Et il leva sa baguette.
