7

Mauvais Rêves

Severus et les autres professeurs travaillèrent sur le mystère du miroir jusque tard dans la nuit. Cessant leurs recherches ils se dirigèrent vers leur chambre respective mais le professeur de Défense contre les Forces du Mal décida de faire un détour.

Rogue redescendit dans la salle du miroir et fixa l'objet. L'homme passa lentement ses doigts fins sur les ornements dorés du meuble magique. Il tinta plusieurs fois chaque boule précieuse en espérant qu'elle se retourne à nouveau pour faire réapparaître les pierres précieuses. Comme il s'y attendait, il ne se passa rien.

L'adulte recula et scruta le miroir en cherchant un détail qui lui aurait échappé mais il ne trouva rien. Il recula encore sans quitter la glace des yeux. La paroi lisse lui transmettait son reflet: il montrait une grande silhouette mince entièrement noire, une grande cape qui lui recouvrait les épaules retombant jusqu'à ses pieds et des mèches ébènes qui encadraient son visage pâle et tendu. Comment pouvait-on imaginer une personne sensible devant cette allure si désavantageuse voir parfois effrayante ? Il terrorisait même Neville. Le sorcier sourit à cette pensée. Comment Lys pouvait-elle adorer son père pour ce qu'il était ? N'était-elle jamais effrayée ?

Le miroir étira la silhouette du professeur et déforma lentement l'image. Les pupilles du sorcier suivaient toutes les distorsions du reflet. Tout doucement, le miroir transformait son image. Les rides de l'âge disparurent, les cheveux s'allongèrent, son visage s'adoucit, sa silhouette diminua et prit des courbes féminines. Le miroir afficha l'image de la fille du sorcier. Il admira son enfant. Plus elle grandissait plus elle lui ressemblait, mais ses yeux, c'étaient ceux de Lily Evans. Cette femme que Severus avait aimée de tous son être pendant des années et qui était morte. Morte dans ses bras, sous ses yeux, tuée par Lord Voldemort.

Lys jouait avec sa cuillère, la faisant frapper le bois de la table en rythme. La jeune fille soupirait depuis un moment. Elle s'était réveillée tôt et avait immédiatement remarqué la disparition d'Arkéonph. Où était-il encore allé ? L'adolescente s'impatientait mais n'avait pas peur pour lui. Après tout, il n'avait pas besoin d'elle et pouvait se débrouiller seul. La solitude ne gênait plus du tout Lys qui commençait même à l'apprécier.

Un brouhaha résonna à la gauche de la jeune fille. Elle arrêta de martyriser son couvert et jeta un coup d'œil vers la porte qui venait de s'ouvrir brutalement. Les professeurs entrèrent en groupe, marchant rapidement, dans la salle de repas. Ils furent suivit de tous les élèves qui s'installèrent à la table de leur maison respective. Lys ne chercha pas des yeux le trio d'Harry Potter et préféra porter toute son attention sur McGonagall qui allait commencer un discours. Le professeur demanda l'attention de chaque élève avec une grande pa-tience avant de commencer à parler d'une voix solennelle.

- Chers élèves de Poudlard, commença-t-elle, comme peut-être certains le savent déjà, un nouveau danger plane sur l'école.

Les élèves commencèrent à chuchoter entre eux et à s'inquiéter. Lys jeta un regard noir aux jeunes élèves de sa table qui la dévisagèrent.

- Silence, cria la directrice avant de reprendre son propos plus calmement. Puisque cette année, nous ne pourrons assurer les cours normalement, en raison de la reconstruction, avec l'accord de tous les professeurs ici présents, nous avons décidé de vous renvoyez chez vous.

Les élèves murmurèrent à nouveau mais le professeur Rogue leva la main sèchement effrayant les gamins qui se turent.

- Seuls les élèves majeurs où possédant une autorité parentale, expliqua-t-elle en appuyant sur le dernier mot, pourront revenir au château après les vacances d'automne et aider aux réparations.

Lys ne réfléchit pas longtemps, son père restait de toute façon. McGonagall leva ses deux bras et les plats du petit déjeuner apparurent sur les tables. Les enfants se jetèrent sur la nourriture sans attendre. Lys les dévisagea, se demandant si elle avait eu la même attitude quand elle était plus jeune. Le repas s'écoula lentement, laissant tout le temps dont Lys avait besoin pour mettre ses pensées au clair. La jeune fille toucha machinalement son bras et se souvint de la disparition d'Arkéonph, elle plongea discrètement dans les pensées du reptile. Les pupilles de la jeune fille devinrent soudain verticales comme à chaque fois qu'elle entrait en contact avec lui. L'adolescente voyait en effet à la place de l'animal. Elle entendait les mêmes bruits que lui et voyait les même images. Lys termina son voyage aussi vite qu'il avait commencé: le serpent se trouvait à la table des professeurs avec Severus Rogue.

L'adolescente finit son assiette en regardant les élèves de première année en face d'elle. Ils s'étaient retournés, ne bougeaient plus et regardaient ses yeux avec un air mêlant surprise et peur: tout ce que Lys aimait produire sur les plus jeunes. En étant crainte, la Porteuse avait toujours été tranquille. Lys fixa sévèrement les enfants.

- Faut-il que j'appelle Peeves pour que vous mangiez, les menaça Lys avec un ton froid.

Les enfants se remirent à manger en jetant quelques coups d'œil derrière eux, craignant l'arrivée du fantôme

Le repas fini, elle rejoignit le groupe de professeurs qui discutait du sort de l'école. Son serpent depuis la table rampa sur son bras puis elle quitta la grande salle.

- Tu leur a dit quoi ? questionna-t-elle.

- Ce qu'ils avaient besoin de savoir, risqua l'animal.

- C'est à dire ? continua l'adolescente sans s'impatienter le moins du monde.

- Tu ne lâches jamais l'affaire, se désola le reptile.

Lys esquissa un sourire et s'assit une fois de plus sur le rebord du pont de l'école. Elle regardait les tours où étaient logés les Gryffondors. La jeune fille voyait des élèves se poursuivre devant les fenêtres en riant. Elle soupira.

- Tu craches le morceau où je dois aller le chercher moi même, maugréa-t-elle.

- Ok, ça va, tu vas l'avoir ton renseignement, se défendit l'animal avant de se radoucir pour commencer son histoire.

Arkéonph raconta que les Rêves avaient étés créés pour maintenir un certain ordre et que l'on devenait Porteur à une seule condition: être un descendant du créateur de l'animal. Lui, le serpent d'argent et d'émeraude était la création de Siera Orfèvre. Cette femme faisait partie de la Guilde des Orfèvres comme les six autres créateurs des Rêves. Cet ordre était constitué de sept sorciers ne souhaitant qu'une seule chose: la paix entre eux pendant toutes les générations à venir. Malheureusement, certains de leurs descendants eurent une autre vision du futur. Quatre d'entre eux furent attirés par la magie noire et le pouvoir. Les siècles s'écoulèrent et les sept Rêves furent séparés par les mésententes de leurs Porteurs. Lys faisait partie des trois descendants restés fidèles aux aspirations bienveillantes des sept Orfèvres comme la nixe décédée. La princesse du peuple de l'eau, Porteuse au papillon de saphir était aussi une de ces trois descendants. Les quatre mauvais Rêves cherchaient à détruire les autres pour imposer leur loi. Lys était donc menacée.

Il lui expliqua encore que les Rêves avaient été ciselés dans de l'argent et que certaines parties de leur corps, leur sang, leurs yeux et leur cœur était forgés dans une pierre précieuse propre à chaque animal. Ce qui expliquait enfin à l'adolescente le corps argenté et émeraude de son serpent. Le seul moyen de tuer un Rêve était de le trancher en deux. Mais seule une lame ensorcelée était capable de fendre l'argent magique que les Orfèvres avaient forgé. Cette épée existait puisque le poisson Révilire était déjà mort entrainant sa Porteuse.

Puis Arkéonph insista sur ses dernières paroles: un Rêve peut vivre sans son Porteur mais ce dernier ne peut pas vivre sans l'animal magique.

- Si tu mourrais par exemple, demanda-t-elle. comment ça se passerait pour moi ?

- Tes cheveux perdraient leur couleur, ta peau de même et tes yeux deviendraient noirs. Tu aurais une impression d'étouffement et tout s'arrêterait, expliqua-t-il.

Le reptile s'attendait à voir sa Porteuse pâlir face à cette mort atroce mais aucun frisson ne se fit percevoir.

- Cela prend combien de temps, ajouta-t-elle.

- Quelques minutes, répondit-il, les minutes les plus longues de ta vie.

Encore une fois, Lys resta imperturbable devant la réponse d'Arkéonph.

- Les professeurs ont donc demandé aux élèves de partir pour s'organiser et faire face, comprit l'adolescente.