Maelstrm : Bonjour ! Je commencer juste en disant que ça y est, j'ai épuisé ma réserve de chapitres avec le chapitre six. Du coup, à partir de maintenant, ce n'est que du nouveau, et ce ne sera plus aussi rapide. Navré ! Pour me faire pardonner, j'ai écris un assez long chapitre. Alors, je comprend tout à fait ce que tu ressens lorsque tu dis que tu ne vois pas l'intérêt d'écrire puisque tu connais déjà la fin et les subtilités de ton récit. Personnellement, ce qui me pousse à l'écrire tout de même, c'est de pouvoir faire partager des émotions et des moments à des lecteurs. Lorsque j'étais jeune, j'avais lu une fanfiction qui m'a énormément marqué, encore aujourd'hui j'en garde des souvenirs profonds. Je souhaite faire la même chose un jour, partager ce cadeau à quelqu'un et améliorer ma maîtrise de cet art ! Bon, suffit de papoter, la suite.
- Je suis rentré. dit nonchalamment Ike en retirant sa veste et en l'accrochant sur le porte-manteau d'un lancé mollasson.
Des pas lourds résonnèrent dans le plancher, s'approchant. Une tignasse rouge fit son apparition, directement en dessous se trouvait la mère du garçon.
- IKE! Seigneur Ike, nous étions morts d'inquiétudes. Veux tu bien me dire ce que tu faisais dehors sans rien nous dire ? Tu as treize ans pour l'amour de Dieu !
Le garçon resta surpris. Ils n'avaient rien appris pour Kyle et Firkle ? Dans le doute, il laissa s'échapper une rétorquade universelle.
- Oui, désolé.
Sheila se retourna et commença à avancer vers la cuisine. Elle s'adressa de nouveaux à son fils adoptif:
- Ton frère a eu un accident de vélo, tu iras le voir.
« Un accident de vélo ? Pourquoi Kyle mentirait... »
Le canadien retira ses souliers et se dirigea vers le salon, où le rouquin était assis sur le canapé, le visage couvert de pansements, quelques mouchoirs ensanglantés lui sortant du nez.
- Ike, assied toi. fit Kyle en se déplaçant vers sa gauche.
Le garçon obéit sans trop se poser de questions.
- Kyle... Pourquoi tu as dis que tu étais tombé à vélo ? Ah, heu... Je suis désolé, de t'avoir abandonné, mais je devais vraimen-
Le frère de Ike lui coupa la parole d'une voix chaude et calme.
- Ne t'inquiète pas, petit frère, je comprend tout.
Les yeux de l'adolescent s'illuminèrent.
- Vraiment ?
- Oui. Après que tu sois partis, les infirmiers de ton école m'ont rapidement examinés. J'avais le nez déplacé, mais ils s'en sont chargés sur place. Ça fait encore mal, ahah. Sinon, je n'ai que des ecchymoses et des griffures, mais je fais me sentir endolori encore longtemps. Directement après l'avis des infirmières, je me suis sauvé sans me faire remarquer. Après tout, je n'avais pas le droit d'être sur la propriété de l'école à la base.
Kyle marqua un moment de silence, on entendit le bruit de quelques assiettes en fond, laissant deviner que Sheila faisait de la vaisselle.
- Ike, écoute. Je comprend ta frustration et je comprend le calvaire que tu dois vivre au quotidien.
Le plus jeune fronça les sourcils
- Mais, je ne vi-
- Non, pas besoin de t'expliquer. Je te pardonne tout. Être le souffre-douleur de l'école, ça n'est jamais facile. Mais saches que tu n'as pas besoin d'exprimer ta frustration sur les autres. Ça ne fait que répandre le mal.
- Non, Kyle ! Tu ne compren-
- Ike, tiens toi loin de ce Firkle.
- Quoi ?
- Tu m'as bien compris. Ne lui parle plus, ne l'approche pas, et si il te cherche des noises, appelles moi. Fais moi confiance, j'ai déjà traîné avec le groupe de gothiques, et c'était de loin le plus sadique de la bande. Et il avait à peine cinq ans ! On racontes même qu'il a déjà poignardé d'autres enfants.
- Mais non, c'est mal le connaitre ! Je suis sur qu'au fond-
- IKE, ÉCOUTES MOI POUR UNE FOIS BORDEL.
Le plus grand avait haussé le ton, ce qui fit se taire l'adopté presque instantanément. Celui-ci frotta ses yeux, puis expira doucement, de manière saccadée.
- Tu ne vas plus lui parler, d'accord ?
- ...
- Hm ?
- D'accord.
- D'accord quoi ?
Ike serra les poings jusqu'à s'en rendre les jointures blanches.
- Je ne m'approcherais pas du gothique.
- Très bien, merci. Oh, et pour l'histoire du vélo, c'est pour ne pas inquiéter maman à ton sujet. Tu sais qu'elle est excessive, elle irait probablement tirer sur l'école à ta place.
Le garçon avait envie de lui crier qu'il n'avait aucune envie de faire un massacre, que tout cela était un malentendu, mais il se tût, mut par sa frustration. Il se redressa et sans adresser un seul regard à son frère adoptif, s'en alla directement dans sa chambre.
« Il n'écoute jamais rien. »
Le jeune se jetta à plat ventre sur son lit, épuisé. À peine fermait-il ses yeux qu'il était déjà dans l'étreinte de morphée.
Le chant des oiseaux matinaux réveillèrent Ike, la tête lui tournant.
« Une autre journée »
Il soupira en repensant à tout ce qui c'était passé la veille: Le sac de Firkle, son frère, l'attaque, le cimetière... Et dire qu'il y a quelques jours de cela, sa vie était basique, la même que n'importe qui. Se relevant de son lit, il s'avança vers son miroir pour s'examiner: Il portait le même t-shirt fripé que hier, les mêmes jeans, et avait la même coupe de cheveux ébouriffés. Il avait vraiment besoin d'une douche. Il laissa son pas lourd le porter, descendant les escaliers sans faire attention au boucan qu'il produisait: Il était toujours seul, le matin. Ce n'était pas pour le déplaire, au vu des récents événements. Il n'aurait pas supporté de voir Kyle et d'esquiver ses accusations. Les portes du garde-manger s'écartèrent, laissant apparaître une multitudes de boites de céréales. Ike prit bien son temps pour choisir celle qu'il mangerait ce matin-là. Comme si c'était une décision très importante qui allait influencer toute sa journée. Dans un certain sens, ça influence bien sa matinée.
Le garçon attrapa la plus grosse boite bleue et s'en versa un bol, puis y ajouta du lait. Satisfait, il s'assied seul à table pour déjeuner calmement. Ike n'était pas du genre énervé, il prenait son temps quand il le pouvait. Il analysa la cuisine ainsi que la salle à manger où il était: C'était typiquement classique des années deux milles. Une nappe en plastique décorait la table, accompagné d'un panier de fruits tout aussi contrefaits. Les murs étaient d'un jaune-verdâtre à en donner mal au coeur, et le comptoir était fait de granite polis. Ike ne put s'empêcher de trouver cet endroit très peu esthétique. Il se surprit même à le comparer à la cuisine en désordre de chez Firkle. Firkle... Après ce qu'il avait fait à Kyle hier, il était peu probable qu'on le voit à l'école aujourd'hui. Ni plus du tout, en fait.
Un bruit crissant retentit d'en haut des escaliers brutalement, faisant sursauter le jeune homme: Un bruit répétitif. Le coeur battant au rythme d'explosions, il se précipita à l'étage pour éteindre son réveil matin, chose qu'il avait négligé de faire.
« Ça m'apprendra à me lever à cause de stupides oiseaux! »
Le brun se dévêtit directement dans sa chambre, la porte grande ouverte et chercha rapidement parmi les tiroirs de sa commode quelque chose à porter pour la journée. On pouvait dire qu'il prenait ses aises, lorsqu'il était seul. Après quelques minutes de fouillis, il agrippa un chandail et un pantalon. En se dirigeant vers la salle de bain pour prendre une douche, il aperçut le canif qu'il avait dérobé à Firkle.
« Je vais lui rendre, ça lui prouvera que je n'ai pas de mauvaises intentions. »
L'eau froide lui fit un des plus grand bien, même si on était à peine en début de printemps.
Après un trajet en bus monotone, Ike arriva à son école. Il regardait partout aux alentours, dans l'espoir de voir Firkle. Mais le jeune ne se montrait nulle part. Durant la moitié de la journée, il le chercha en vain.
« Il n'est même pas venu au cours de français... Il doit sécher les cours. Pas surprenant, il doit être dans de beaux draps après l'agression. »
Ike en avait presque oublié qu'elle était dirigée contre lui, cette agression.
« Ressaisis toi, Brovfloski ! Tu dois le trouver. »
La cloche du midi sonna, libérant les étudiants de leurs cours plats. Ike se redressa avec en tête l'idée de quitter les terrains de l'école pour chercher le gothique dans la ville. Après tout, il avait de très bonnes notes sans ne jamais rien écouter en cours, il s'ennuyait sans arrêt ! Il pouvait bien se le permettre. Alors qu'il allait passer le pas de l'entrée des élèves, une main l'attrapa par l'épaule. Un brun très mince le retenait.
- Serest ?
- I...Ike ! C'est.. Heu.. Liam, il te cherchais, et m'a envoyé pour te...trouver !
- Ah ! Je vois. Désolé Serest, mais dis lui que je n'ai pas le temps. Une prochaine fois.
- Aah, d'accord... Je lui dirais...
Il porta ses doigts à sa bouche.
- Parfait, merci.
Ike pressa la cadence: il arpenta les rues les unes après les autres, défilant devant les commerces de la ville. Bon, sa meilleure chance, c'était d'aller directement chez le gothique. De toutes façons, son père n'était jamais chez lui selon ce qu'il avait raconté la veille, c'était parfait.
Il se mit à avancer plus lentement, profitant du soleil tiède de la journée. C'était assez rare d'avoir droit à un peu de soleil par ces périodes de l'année. Il ne réchauffait pas beaucoup, mais sa présence était tout de même agréable et fit sourire Ike qui avançait sur les dalles de trottoir sans toucher les lignes. Sans vraiment savoir pourquoi, il était heureux sur le chemin de chez Firkle. Il remarqua sur sa gauche, la benne à ordures derrière laquelle il s'était caché lorsqu'il avait suivit Firkle jusqu'à chez lui. Il se retint de lui envoyer la main comme à un vieil ami.
La vieille maison en ruine se profila à l'horizon et se rapprocha de lui à mesure qu'il trottait dans sa direction. Il n'y avait aucune voiture, comme il s'y attendait. Posant ses pieds sur le bois fendu peinturé d'un bleu-gris froid, il se demanda si il devrait frapper à la porte, cette fois. C'était définitivement plus polis. Le garçon toqua trois fois et attendis; pas de réponse. Il recommença et s'éclaircit la voix:
- Firkle ? Firkle, c'est Ike. Je... J'ai quelque chose pour toi. fit le canadien en fourrant sa main dans sa poche pour agripper le couteau.
Il l'appela à nouveau, sans résultat. Abandonnant les politesses, le brovfloski tourna la poignée et entra de lui même. La maison était dans un état encore plus déplorable que la dernière fois: Des assiettes traînaient au sol, la table du salon était renversée, la collections de bouteilles et de canettes étalée au sol. Il n'y avait que le cendrier qui avait été remis droit, sans pour autant que les mégots n'aient étés ramassés du sol. Ike appela Firkle vainement et constata que la maison était toujours aussi sombre que la dernière fois, puis aperçut l'interrupteur.
« Ah ! Bon, c'est le minimum... »
Il l'activa: mais rien ne se produit. La lumière devait avoir grillé depuis longtemps. Voyant qu'il avait tout son temps, le brun commença à fouiner un peu aux alentours. Le salon n'avait rien de bien intéressant, alors il ouvrit quelques armoires dans la cuisine. Deux ou trois outils de cuisines tels qu'une poêle et une casserole étaient rangée, tandis que le garde-manger était relativement vide. Du pain, des nouilles, quelques pots de confitures poussiéreux. Le garçon soupira en refermant les portes, puis se dirigea vers le petit couloir et s'attaqua aux portes: La première sur la droite ne semblait être qu'un placard. Celle de gauche s'ouvrit sur une chambre en désordre avec très peu de meubles. Des draps bruns mêlés, des vêtements traînant au sol, majoritairement des camisoles et des pantalons de type jogging. Une petite télévision traînait sur un meuble fait en hauteur, en diagonale au lit. Rien d'intéressant.
Ike fut surpris de voir que la deuxième et dernière porte sur la droite cachait une pièce complètement vide. Aucun lit, aucun meuble, même pas de placard. Une simple fenêtre à la vitre en mosaïque empêchant de voir le monde extérieur proprement laissant entrer une lumière poussiéreuse et immaculée sur le sol fait de planches de bois dures. Bien que c'était certainement une pièce inutile et simplement laissé de coté, Ike ne put s'empêcher de se dire qu'on aurait dit une salle de torture en refermant la porte. Il se retourna vers la porte qui descendait vers le sous-sol: comme la dernière fois, elle était ouverte.
En descendant, Ike éleva la voix une ultime fois, essayant de clairement se faire entendre:
- Firkle ? Je descend, okay ?
Pas de réponse. Ike retrouva rapidement le vieux fauteuil ainsi que la pile d'objets inutiles autour de la télévision. Il s'en approcha par curiosité et découvrit des pochettes de films en VHS maculant le sol. C'étaient tous des films d'horreurs d'une autre époque.
Le canadien se retourna et progressa vers la chambre du gothique. Il toqua deux fois, puis ouvrit, certain de ne pas recevoir de réponses de toutes façons.
« Je suis seul chez Firkle. Étrange. »
La pièce était noire et Ike du tâtonner le mur à sa droite une longue minute avant de trouver un interrupteur. Lorsqu'il l'activa, la lumière du plafond s'illumina, affichant une chambre surprenamment bien rangée lorsqu'on la comparait au reste de la maison.
La chambre était assez petite et comportait un lit double en plein milieu qui prenait presque toute la place à lui tout seul. Des draps rouges en velour reposaient sur un matelas noir qui lui même soutenait des oreillers de la même couleur. Les murs étaient peint de ténèbres, avec tout en haut des motifs blancs peint à la main rappelant un papier peint victorien. Il n'y avait presque pas de place pour se déplacer ni devant, ni sur les cotés du lit qui s'adossait au mur, mais le garçon y parvint tout de même. Sur la droite du lit se trouvait une longue commode assez petite.
Elle était ornée d'une tonne d'objets: un crâne humain ( En espérant que ce ne soit pas un vrai! ), un chandelier, des bougies, quelques coliers. Quelque chose attira l'attention du jeune garçon: Une photo encadrée sur laquelle apparaissait quatre individus. Ike prit le cadre dans ses mains et observa longuement.
Il s'agissait de quatres gothiques. Une fille un peu grosse, un grand bouclé, un autre avec des mèches rouges et un plus jeune. Ike reconnut Firkle sur le champ, mais pas les autres.
« Michael doit surement être sur cette photo... Si seulement je pouvais... »
Ike réfléchissait tout en bidouillant avec l'arrière du cadre pour en faire sortire la photo. À l'arrière, une très belle écriture fine énommait tous les noms des gens sur la photo. De droite à gauche: Henrietta, Michael, Firkle et Pete.
Ike retourna la photo rapidement pour l'observer à nouveaux et ses yeux se posèrent sur le grand bouclé. C'était donc lui, Michael ? Ses yeux étaient cernés de noir et abordaient des poches d'insomnie énormes. Il avait une cigarette dans la main et un long manteau, une boucle d'oreille ironiquement en forme de croix catholique sur l'oreille gauche. Il avait effectivement une tête de tueur. Ike replaça la photo sur le bureau et sortit de la pièce: Pas de Firkle dans les parages, malgré cette découverte.
Il remonta les marches deux par deux, pressé, puis sortis à l'extérieur. Alors qu'il déambulait de nouveau dans les rues isolées et peu fréquentées de south park depuis déjà une bonne vingtaine de minutes, son téléphone vibra une fois de puis.
Qu'est-ce que tu fous ?
Je cherche Firkle dans les rues. répondit Ike en oubliant que Liam lui avait interdit de mentionner le gothique.
Putain Iky, c'est juste un bizarroïde que tu ne connais même pas depuis une semaine, lâche le.
Ike ne répondit pas. Il posa un pied dans la forêt de la ville et eu comme un flash avant de se ressaisir:
« J'aurais pu laisser le canif dans sa chambre ! Non, non. De toutes façons, rien ne me dis qu'il y retournera bientôt. »
Tout de même, il était chiant ce Firkle, qu'est-ce qu'il faisait à se cacher comme ça ? Ce n'était pas comme si il était recherché. Quoi que, maintenant que Ike le mentionnait, c'était tout à fait possible au vu de la nature violente de ses actes de la veille. Probablement que la police le cherche et qu'il doit se cacher. La mémoire de son frère se faisant lacérer le visage par Firkle fit souffrir Ike: qu'allaient dire les amis de son frère ? Enfin, comme si ça l'intéressait.
Le garçon se promena dans les bois, regardant à droite puis à gauche sans arrêt, dévisageant les arbres les plus tordus. Certains donnaient même l'impression d'avoir des visages, avec leur écorce emmêlé .Une centaine d'arbres étranges vers le nord plus tard, Ike remarqua une forme étrange se décrire, assis en tailleur sur un rocher, une lueur jaunâtre se projetant sur le sol, mélange de terre froide et de neige. Avec le feuillage épais, c'était vrai que la forêt semblait aussi sombre le jour que la nuit, et cette source de lumière ne passait pas inaperçue. En s'approchant doucement, le cœur d'Ike s'accéléra. Étais-ce lui ? Ça ne pouvait être que lui. Assis sur un grand rocher, entouré de quelques bougies, à dessiner. Firkle. Après l'avoir cherché presque toute la journée, le retrouver ici, complètement perdu était une chance inestimable à ne pas gâcher.
Le gothique ne semblait pas avoir détecté le garçon, très occupé par son oeuvre. C'est alors seulement qu'il haussait la voix d'un air qui se voulait détaché que Ike remarqua le sac de sport bleu déposé près du rocher.
- Salut.
L'anticonformiste tourna la tête d'un mouvement vif. Il considéra le canadien un moment avec un regard cruel et dédaigneux.
- Dégages. Je ne suis pas ton ami. Hier, j'était juste troublé.
- Je ne te veux rien de mal, Firkle ! D'ailleurs, tiens. s'exclama le brovfloski en plongeant sa main dans sa poche droite, pour en ressortir l'arme rétractés qu'il lança au ténébreux.
Ce dernier l'attrapa de sa main gauche passivement, descendit les yeux pour mieux l'observer, puis retourna sur le nouvel arrivant.
- Qu'est-ce que tu fais avec ça ?
Le coeur battant et les mains moites, Ike ignora sa question. Il devait absolument prouver qu'il n'était pas un enemis. Il pointa du doigt le sac bleu au sol.
- Je sais ce que tu compte faire avec ça, Firkle.
Ike entendit un clique métallique et vit le monde basculer alors qu'une force lourde le poussait en plein ventre. En moins d'une seconde, celui qui ressemblait à un maniaque était par dessus lui, lame de canif plaqué contre sa gorge. Le fou respirait rapidement, laissant s'échapper de grandes nappes de buées chaudes dans l'air, il avait les yeux grands ouverts et les pupilles rondes comme des billes. Il ne souriait pas.
« Il est malade, il est malade ! Il va me tuer ! Je vais mourir ici, perdu dans les bois avec ce psychopathe ! À l'aide ! Quelqu'un ! Je suis tellement con, personne ne va venir ici ! »
Surpris par l'attaque, Ike ne sut comment réagir. Son corps figea, mou. Que pouvait-il faire ? Rien, il s'était mis dans ce pétrin seul, en essayant de sauver Firkle. Si il était pour mourir ici et maintenant, ce serait de sa faute à lui seul, et il savait qu'il ne pouvait pas faire autrement que de l'accepter. Après tout, la vie de tous ses camarades de classes était assez importante pour qu'il risque la sienne. Ike décida de ne rien faire tandis que le métal froid menaçait de pénétrer sa chaire à chaque instant.
À califourchon, Firkle qui attendait un cri, une protection, n'importe quoi en fut troublé. Il fronça les sourcils en approchant son visage très près de sa victime. Il gueula à s'époumoner:
- TU ES COMPLÈTEMENT CON, BROVFLOSKI !? POURQUOI TU NE CRIES PAS ? HURLE ! DÉFENDS TOI ! TU ES LE PLUS STUPIDE DE TOUS LES CONFORMISTES, LE PIRE, TU ES SUICIDAIRE OU QUOI ? HURLE!
Le canadien ferma lentement les yeux et respira à grandes inspirations pour se détendre. Il avait les mains moites, le coeur prêt à se noyer dans son propre sang et tous les muscles plus raides que des fils électriques.
- Il n'y a que les plus braves qui approchent la mort pour l'accepter. Si tu me tues ici Firkle, je n'aurais rien à me reprocher: j'aurais au moins essayé.
L'instable sembla douter et Ike sentis un court instant le couteau s'éloigner légèrement de son coup.
- Essayer quoi ? questionna celui qui avait clairement pouvoir de vie ou de mort.
- De t'aider. De te sauver.
Firkle resta de marbre. Lentement, il retira son poid de sur Ike, s'éloignant à reculons.
- Tu es... vraiment déconcertant, Brovfloski.
Toujours couchés sur la terre humide, Ike rira nerveusement. Un rire forcé. Il avait rasé la mort, mais ça avait marché. Firkle semblait l'apprécier, ou du moins le tolérer. C'était un début. Le vent frisquet siffla entre les arbres qui s'étendaient vers le ciel, jouant une mélodie que plus personne ne prenait le temps d'apprécier. Ike murmura inaudiblement, les yeux grands ouverts:
- Apprécier la vie, c'est ça... C'est l'apprendre... C'est la prendre...
Le brun se redressa lentement, craignant d'en avoir la tête qui tourne. Il porta sa main à sa gorge, inspectant toute trace de coupure: Rien. Firkle était déjà de retour sur son rocher avec son cahier, comme si rien de tout cela ne s'était produit. Comme si Ike n'avait jamais été là.
- J'ai fouillé dans ton sac, hier. Tu avais laissé ton casier ouvert et... Je m'inquiétait. J'ai tout de suite compris.
Ike fit bien attention à ne pas avouer qu'il s'était introduit chez l'artiste à deux reprises, de peur de recevoir une réaction violente à nouveau. Firkle lui demanda alors d'une voix rèche pourquoi il ne l'avait pas simplement dénoncé.
- Parce que je ne te veux aucun mal, je veux t'aider.
- Ça ne te fais rien de savoir qu'à n'importe quel moment je peux tuer tous tes amis ?
- Je ferais tout ce que je peux pour te faire changer d'avis.
- Me faire changer d'avis ? Intéressant...
Il avait la voix d'un scientifique qui étudiant pour la première fois une espèce unique. Comme si chaque détail comptait, analysant méticuleusement le ton de la voix du brun, sa posture, son timbre. Comme si il était une bête de foire unique en son genre dont il estimait la valeur.
En silence, Firkle continua à dessiner pendant une bonne heure, l'air songeur. Ike était assis au sol, le fixant. Heureux d'avoir gagné la permission de rester à ses cotés.
« Il y a du progrès. Et si... »
- Je... Peux voir ce que tu dessines ?
Firkle releva les yeux et fis un air boudeur. Il hésita, puis en détournant le regard, lui leva son cahier.
Le dessin représentait un grand squelette très élancé, mince, abordant un long manteau de cuir noir. Il tournait le dos au spectateur, tête haute.
Tout excité, Ike se remémora les premières paroles du gothique. « Je ne dessine pas pour que tes petits yeux de conformistes puissent admirer mon art » ou quelque chose du genre. Cela signifiait-il qu'il ne le voyait plus comme un simple conformiste ? Le garçon en eut des chaleurs inexplicables. Poussé par cette émotion mielleuse, ille complimenta.
- C'est vraiment très beau.
Firkle lâcha un « merci » plat en se relevant. Il attrapa la ganse de son sac et sans dire un mot, s'en alla. L'artiste s'arrêta après quelques mètres, restant dos au Brofvloski.
- Viens au BloodyCoffin demain soir, c'est à la ville voisine. Je t'attendrais à l'entrée. Je pense qu'il y a de l'espoir pour toi.
Puis, il murmura quelque chose que Ike ne comprit pas tout à fait à propos de la noirceur.
- J'y serais !
Ike attendit que Firkle eut disparut au loin avant de prendre la direction opposé, le sourire aux lèvres.
« Il m'aime bien ! Il m'aime bien ! Je suis trop heureux, je en sais même pas pourquoi. Enfin si, je sais: parce que Firkle, celui qui n'aime personne, m'apprécie, moi !»
