Note : Hello à toutes et à tous ! Nouveau chapitre avec beaucoup de warning : mentions de la Shoah et des camps de concentration (rien de trop détaillé malgré tout), première fois, et mentions d'usage de drogue. Paradoxalement, le chapitre que j'ai préféré écrire. J'espère qu'il vous plaira également, et si vous aimez cette histoire, n'hésitez pas à mettre un commentaire après votre lecture, ça fait incroyablement plaisir d'avoir vos retours :)
Les deux chansons mentionnées sont Superstition de Stevie Wonder et T'amo e T'amero de Peppino Gagliardi, que je vous recommande chaudement.


C'est assez moche. C'est une grande construction en brique jaune au centre du Campus, à côté de la sculpture avec un taureau, mascotte de Bucknell. Warren lui offre un sourire ravi et Hank se force à le lui rendre. Ça n'a rien à voir avec la demeure Xavier mais ce n'est pas étonnant et Hank se dit qu'il faut qu'il arrête d'imaginer que sa vie va ressembler à ce qu'il vivait avant. Il suit son ami qui le guide jusqu'au sixième étage, les deux hommes traînant tous les sacs, puisque Linda a déjà dû rendre la voiture à son petit ami. La chambre où Hank est installé n'est pas très grande mais assez pour que la promiscuité forcée avec un autre étudiant ne soit pas trop gênante. Il ne connaît pas encore son colocataire mais Warren en parle avec beaucoup de superlatifs qui rassurent un peu Hank. Il lui montre la petite salle de bain, se penche par la fenêtre ouverte pour pointer du doigt les bâtiments où les cours reprendront lundi puis il l'emmène à travers Danville House pour lui faire découvrir les salles communes.

Ils croisent beaucoup d'étudiants qui connaissent Warren, puisqu'il fait parti de l'association des Élèves de Bucknell. Il en profite pour leur faire serrer la main d'Hank, en précisant à chaque fois qu'il est un homme brillant, ce qui fait rougir le nouveau à chaque fois. Il s'attend à voir des yeux se lever mais il n'a que des messages de bienvenue et certaines filles l'observent une seconde de plus que nécessaire. De très jolies filles. Ça aussi, ça fait rougir Hank.

La première journée sur le campus passe incroyablement vite. Il y a trop de choses à voir, beaucoup de papiers à remplir. Ils parcourent des kilomètres entre le bâtiment de la piscine couverte (qui surexcite Warren mais où Hank sait qu'il ne posera pas un seul de ses doigts de pieds disproportionnés) et ceux où la majorité des cours ont lieu. Mis à part les nouveaux bâtiments où les étudiants séjournent, l'architecture, d'inspiration néo-coloniale, est assez plaisante. Plusieurs fois, Hank se dit que telle bibliothèque ou tel chemin plairait à Charles. Il enregistre mentalement tout ce qu'il veut lui dire dans la lettre qu'il lui écrira ce soir, pour lui raconter son premier jour.

Il faudrait qu'il retrouve dans ses cartons l'appareil photo légué par Alex. Il pourrait prendre quelques clichés et les faire développer en ville, pour les envoyer au professeur. Peut-être que ça lui donnera envie à son tour de prendre en photo l'avancement des travaux de la demeure. Hank espère secrètement que ça sera le cas.

Le soir, quand il rentre dans sa chambre et qu'il rencontre pour la première fois Tonio, son colocataire, il a un petit pincement au cœur en se demandant s'ils arriveront à vivre sans s'être jamais rencontrés avant. Mais Tonio l'accueille en serrant sa main et en tapotant son épaule à la fois - et ça rappelle à Hank ce que lui avait dit Charles, sur les gens qui utilisent leurs deux mains pour saluer : Un homme qui, par exemple, encercle ta main des siennes quand il te salue, est quelqu'un d'ouvert, qui accueille et accepte, physiquement, ta venue. C'est précisément à l'image de tout ce qu'il a vécu aujourd'hui.

Hank McCoy fait désormais partie de la vie d'autres gens que de Charles Xavier.


Erik repousse le livre à côté de lui et passe sa main sur le draps, à la place encore tiède que Charles a quittée pour aller prendre sa douche. Tout ici sent le sexe et Erik aime cette odeur. Il se tourne sur son flanc gauche et regarde l'oreiller de son amant, écrasé et humide de la bave qui a coulé quand Charles l'a mordu pour contenir ses gémissements - puisque les deux plombiers sont encore dans la salle de bain du bout du couloir pour changer le lavabo. Erik préfère quand Charles ne retient pas sa voix, quand elle résonne autour d'eux et partout. C'est assez bestial mais ça l'excite. Ce n'était pas le cas il y a dix ans de ça.

Le rapport d'Erik face au sexe n'a jamais été très évident. Trop de choses rentrent en jeu lorsque deux personnes se donnent à l'autre, des éléments qu'Erik maîtrise mal. Premièrement, c'est le rapport au corps qui pose problème. Erik en a trop vu décharnés, humiliés, déshumanisés. Les choses ne sont pas pareilles après ça. C'est assez tard, qu'il a osé posé sa main sur lui, pour se caresser. Mais les premières fois ne lui ont apporté qu'un sentiment de honte de ne pouvoir y ressentir du plaisir. Les garçons de l'internat autour de lui en parlaient, c'était impudique mais excitant. Pour eux. Car pour Erik, c'était juste une autre façon d'être différent. Puis, les autres ont commencé à parler des filles, de leurs seins, de leurs corps nus contre les leurs et cette fois, Erik a compris qu'il y avait autre chose qui l'éloignait un peu plus du sexe : la confiance. Se déshabiller face à quelqu'un n'est pas seulement physique, c'est aussi mental. C'est du moins comme ça qu'Erik le voit. On ne montre pas que de la peau et qu'un sexe, on montre les cicatrices, le temps, les chiffres imprimés à l'encre indélébile sur la peau. Et ça renferme tellement de choses, que si peu de gens comprennent. Parce que les autres ne savent pas ce qu'il s'est passé dans les camps. Ou préfèrent ne pas l'accepter.

La première fois d'Erik n'est pas un souvenir qu'il pourra oublier un jour. Elle s'appelait Sarah et avait deux ans de moins que lui. Il avait dix-huit ans et l'avait rencontrée à une fête, organisée à l'internat des filles, pour le départ en retraite d'une des professeurs. Elle avait des longs cheveux cuivrés, la peau très claire et un corps si fin qu'on craignait de la toucher, de peur de la casser. Ils mangeaient à leur faim dans cette école où la moitié des élèves étaient orphelins, mais ceux qui avaient connu les camps n'arrivaient pas à retrouver un poids normal. Elle était très jolie et était juive et c'était pour ça qu'Erik l'avait choisie. Parce qu'elle était comme lui. Ils avaient parlé timidement toute la soirée, puis s'étaient proposés d'aller ensemble à une exposition le week-end suivant. Tout le long de leur rendez-vous, ses yeux remplis d'une tristesse qui semblait faire maintenant partie intégrante de son âme avaient caressés les tableaux abstraits. Erik, lui, n'avait pu regarder autre chose que son corps frêle, le mouvement de ses jambes balançant de droite à gauche le tissu fin de sa robe à fleurs. Il l'avait embrassée à la sortie du musée, sous un arbre qui les protégeait du soleil. Ça l'avait fait sourire.

Erik était persuadé qu'ils vivraient ça ensemble, une première fois qui les unirait dans quelque chose qui les dépassait. Il faisait très chaud ce jour là mais ils avaient gardé les fenêtres fermées pour que leurs amis, en bas dans le parc de la résidence des garçons, ne les entendent pas. Ils s'étaient déshabillés côte à côte et s'étaient glissés sous les draps. Erik, fasciné, avait légèrement gardé la couette relevée pour regarder ses seins discrets, les os de ses hanches visibles, son sexe qu'elle cachait légèrement en serrant les jambes. Quand il se serra contre elle, le silence religieux de la pièce se brisa, rempli d'une plainte aussi féminine que délicate qui ressembla à un souffle de libération. Déstabilisé, Erik avait tenté de se redresser mais elle l'avait rassuré en embrassant son menton et en l'entourant de ses bras fins. Elle était timide et aimait ça, comme lui, mais elle n'avait pas peur de le montrer, contrairement à Erik. Ses gestes étaient délicats, parfois maladroits, mais elle souriait. Erik le voyait, elle était heureuse de chacune de ces secondes de découverte. Quand Erik rentra en elle pour la première fois, elle arrêta un instant ses caresses dans son dos et ferma les yeux. Il colla leurs fronts et attendit. Quelques minutes. Puis elle lui demanda de continuer. Sa voix était très douce et elle n'hésitait pas à l'employer pour dire à Erik qu'elle aimait ça, qu'il était tendre avec elle, qu'il faisait ça bien. Erik était muet, l'esprit ailleurs, le corps mécanique. C'est par les hormones ou tout autre miracle chimique que leurs gestes s'intensifièrent, la voix de Sarah aussi. Erik pense l'avoir fait jouir, de la façon dont ses joues devinrent rouge et ses yeux se fermèrent quand elle se contracta autour de lui. Il avait atteint l'orgasme aussi, car, même sans éprouver un plaisir semblable à celui de Sarah, cela avait été bon.

Il n'avait pas attendu et s'était allongé à côté d'elle, dans le petit lit. Elle avait caressé son visage, son torse et l'embrassait tout du long, son visage illuminé par une grâce et un sourire qui rendirent Erik jaloux.

Parce qu'ils avaient traversés le même passé et les mêmes traumatismes, mais qu'elle avait réussit à aimer ce qu'il venait de faire. Pas Erik. Il avait ressenti un vide horrible en lui et s'était redressé pour s'asseoir, son visage tenu entre ses mains. Une envie de l'arracher et d'arracher tout ce qui s'était passé un jour devant ses yeux. Elle s'était collée à son dos, avait embrassé sa nuque et lui avait murmuré, en boucle, durant un temps qui ne peut être quantifié :

"Ça va aller."

Sarah était restée jusqu'à ce qu'Erik se calme et il l'avait raccompagné jusqu'à la porte. Ils s'étaient encore vu quelques fois, lors de visites en ville ou pour des exposés qu'ils décidèrent de faire ensemble. Mais ils ne se touchèrent plus et Erik ressentit réellement du soulagement lorsque Gerold Wilnow demanda à Sarah de se mettre en couple avec lui.

Les autres fois n'ont jamais été pareilles. Sarah avait une douceur si pure qu'Erik savait ne pas retrouver chez quelqu'un d'autre. Alors, quand il arriva à Berlin à ses vingt-deux ans, lors de son enquête pour retrouver Shaw, il s'arrêta dans la rue qu'on lui avait déconseillée et paya une femme aux cheveux frisés et longs à laquelle il ne demanda même pas son nom. Cela n'avait rien à voir avec Sarah et l'internat à Munich. Il faisait nuit, la chambre était sale et les murs pas assez fins pour retenir les gémissements des gens dans les pièces autour. Ils avaient baisé sur le lit, à peine déshabillés et pour la première fois, un sentiment de frustration avait commencé à bouillonner en lui. Il lui avait demandé de se taire, de ne pas faire de bruit en lui promettant de doubler ses billets si c'était le cas et avait jouit assez vite, sans vraiment s'en satisfaire. Mais Erik ne savait pas comment faire d'autre. Toujours le même rythme, les mêmes pulsions. Sans envie, juste un besoin indéfini et gangréneux.

Et Charles est arrivé et tout, absolument tout s'est cassé la gueule. Parce que Charles Xavier lui a souri, dès leur première rencontre et que personne avant n'avait regardé Erik comme ça. Erik détestait être touché autant que Charles aimait toucher, ce qui valut plusieurs fous rires au professeur qui avait fait sursauter l'Allemand de plusieurs centimètres lorsqu'il touchait son avant-bras pour retenir son attention. Puis ils se sont mis en tête de trouver d'autres mutants et le voyage à travers les Etats-Unis a eu raison des dernières barrières qu'Erik avait mises en place dans sa propre âme. Ils rentraient d'une journée où ils avaient réussi à recruter quatre personnes - ce qui n'était jamais arrivé avant -, ils avaient ri et s'étaient épuisés à parcourir Memphis du Nord au Sud puis de l'Est à l'Ouest. Ils étaient dans l'ascenseur de leur hôtel, Erik racontant à Charles l'article qu'il avait vu dans le lobby, sur la façon dont la construction du tramway avait amélioré la santé économique de la ville, quand Charles s'était approché et avait posé un baiser sur ses lèvres.

"Je suis désolé mais j'en avais extrêmement envie. Enfin, je suis désolé de l'avoir fait sans ton accord, mais je ne suis pas désolé d'en avoir eu envie.", avait simplement dit Charles en lui adressant un petit sourire.

Erik l'avait longuement regardé et n'était sorti de l'ascenseur que lorsque les portes s'apprêtèrent à se refermer automatiquement. Ils étaient rentrés dans la chambre sans un mot et s'étaient chacun assis sur leur lit, sans se regarder. Il avait fallu assez longtemps pour qu'Erik s'exprime enfin.

"Je ne pense pas que ce soit une bonne idée."

"Je pense que nous ne pouvons pas en être sûrs avant d'essayer."

"Je ne veux pas te faire de mal, Charles."

"Je ne suis pas en verre."

"Ne plaisante pas, je suis sérieux."

"Moi aussi."

"Tu ne sais pas comment ça marche. Avec moi."

"Laisse-moi voir, alors."

Erik avait tourné sa tête et Charles aussi. Ils s'étaient regardé et Charles avait ajouté :

"A moins que tu ne veuilles m'en parler, mais j'en doute."

Erik avait cligné des yeux que lorsque ceux-ci l'avaient brûlé d'être restés immobiles si longtemps. Il avait hoché la tête et Charles avait légèrement sourit, avant de poser son index et son majeur contre sa tempe.

Berlin, Madrid, Sao Paolo, Chicago. Des femmes. Un homme. Des ruelles. Des draps. La nuit. Pas un bruit. Pas un prénom. De la douleur. Seul.

"Erik…", avait soufflé Charles, les yeux rouges en se laissant tomber à même le sol. Il s'était approché à genoux face à l'Allemand et avait posé ses mains sur ses cuisses. "Ne te sens pas coupable, ne… Tu es unique, Erik, absolument unique. Laisse-moi te montrer ce que tu mérites. Je t'en prie. Fais moi confiance. Fais toi confiance."

Erik avait secoué la tête, le torse couvert par la main que Charles avait posée, pour l'inciter à s'allonger. Il était venu à califourchon sur lui, avait caressé son nez du sien et ils se regardaient en louchant quand Charles lui avait demandé :

"Je peux… ?"

La tête d'Erik avait dit non avec la même force que ses lèvres avaient dit oui. Charles lui avait sourit, il s'était penché pour l'embrasser et leurs langues se touchèrent pour la première fois et ce n'était pas que sa bouche qu'Erik avait ouvert. Charles était brillant, un de ses êtres qu'Erik ne pensait jamais rencontrer un jour. Il n'était pas seulement intelligent, il était également doux et gentil et c'est ça, c'est ça qu'Erik jalouse. Parce qu'il voit les autres, entièrement, totalement, et y discerne quand même du bien. En un coup d'œil sur un nouvelle connaissance, Erik décrète immédiatement qu'il ne l'apprécie pas. Qu'il ne lui fait pas confiance.

A Charles, il fait confiance. A lui seul. Parfois, Erik se dit que Charles aurait plu à sa mère. C'est sa pensée la plus triste du monde.

Charles l'avait embrassé, longtemps, puis l'avait déshabillé. Il caressait, léchait, dévorait du regard. Il n'y avait pas d'ongles pour griffer, pas de dents pour marquer la peau, mais Erik frissonnait quand même. Charles avait écarté les jambes de l'Allemand qui s'était redressé instantanément. Il avait attrapé le poignet fin pour l'écraser entre ses doigts.

"Non."

"J'ai compris.", avait souri Charles très tendrement, avant d'indiquer d'un signe de la tête que le sang ne parvenait plus à sa main.

Erik s'était excusé et Charles l'avait embrassé pour le rassurer. Il s'était allongé à son tour sur le dos et avait demandé, d'une voix délicate :

"Est-ce que tu veux me prendre ?"

Le bas-ventre d'Erik l'avait brûlé juste à entendre ces mots. Il avait hoché la tête, s'était allongé sur le corps nu et avait attrapé les poignets de Charles pour les forcer au-dessus de lui, mais Charles avait lentement évité son emprise pour poser ses doigts sur les épaules d'Erik. Un simple sourire. Un simple sourire et Erik n'insista pas. Charles ne le laisserait pas agir comme d'habitude.

Erik grogna plusieurs fois de frustration quand Charles lui demanda de ralentir les mouvements de ses doigts en lui qui le préparaient. Il serra la main à en détruire la lampe sur la table de chevet quand Charles lui demanda de rajouter de la vaseline quand il ne se sentait pas prêt. Au bout de ce qui parut une éternité, Charles hocha la tête et Erik lui écarta les cuisses, en essayant de contenir sa force, pour ne pas qu'un nouveau Doucement ne vienne le calmer. Erik pensait à Sarah. Il ne fermait pas les yeux une seconde pour tenter de la retirer de sa tête, mais même voir le corps viril sous lui ne l'aida pas.

"C'est normal. Tout va bien.", lui avait dit Charles.

Erik ne s'était même pas rendu compte qu'il pensait si fort et n'en voulait pas à Charles de lire en lui, parce qu'il respectait ses pouvoirs avec beaucoup d'allégeance. Quand il entra enfin en lui, le souvenir du corps frêle, des chiffres sur les poignets, de la voix légère laissa définitivement place à l'odeur de Charles, à la façon dont ses yeux bleus s'accrochaient à Erik. A sa voix.

"Erik... "

Ce n'était que son prénom, l'Allemand devait pouvoir supporter ça. Il avait fermé les yeux, son torse collé à celui de l'Anglais. Il retenait ses coups de reins pour le laisser s'habituer à sa présence. Les bras de Charles s'étaient enroulés autour de son corps et il avait murmuré, les lèvres à quelques millimètre de son oreille.

"C'est parfait, Erik. Tu es parfait."

"Ferme la.", avait-il gémit en retour.

Charles avait beau lui avoir fait vivre une heure de préliminaires, Erik ne pouvait pas en un claquement de doigts oublier ses pulsions. C'était mécanique, animal. Ils ne pouvaient pas parler. Ils ne pouvaient pas s'autoriser un tel degré d'intimité. Alors, Charles se tût et sa voix résonna.

Continue.

Erik avait ouvert grands les yeux, pour ne voir que les mèches brunes et l'oreiller.

Je l'ai fermée, comme tu me l'as demandé.

La voix était claire et l'humour sous-jacent. Erik s'enfonça en lui avec un peu moins de retenue.

Arrête. Tais-toi. Ne fais pas ça. Continue. Charles.

Il ne savait pas bien ce qu'il disait - ce qu'il pensait. Il était en Charles et sentait Charles en lui et quelque chose commença à être un peu trop. Il se contracta et rendit ses coups de reins plus secs, plus égoïstes.

Ne te cache pas.

Qu'est-ce que tu cherches ?

Toi.

Tu m'as. Littéralement en toi.

Ce n'est pas que du sexe, Erik.

Ça l'est.

C'est beaucoup plus que ça.

Erik s'était reculé en geignant. Il avait regardé Charles, comme lui, haletant, et l'avait retourné sans douceur. Il avait écarté ses fesses et s'était à nouveau enfoncé en lui sans attendre. Charles s'était cambré, ses doigts tirant sur les draps.

Erik… Laisse-moi juste…

Quoi ?

Laisse-moi te dire ce que je ressens.

Erik n'avait rien répondu. Il ne savait pas bien si Charles parlait de son propre corps ou des souvenirs qui agressaient Erik sans qu'il ne s'en rende compte. Il se tint aux hanches du professeur et le baisa longuement, avec des coups de rein profonds. Charles n'avait pas émis un son, sa bouche couverte par l'oreiller mais il ne resta pas silencieux pour autant.

Tellement bon, Erik. Toi. Juste toi. Tout ce que je sens en toi. Tes envies. Laisse-moi être là.

Jusqu'à quand ?

Je ne compte pas avoir envie de te quitter.

Tout se termine un jour.

Je ne veux pas.

Charles avait été un enfant pourri gâté, pas étonnant qu'il sortait ce genre de phrase. Mais Erik s'était surpris à le comprendre. Il s'allongea contre son corps et embrassa sa nuque et Charles comprit les mots qui se formaient en lui avant qu'il n'en ait conscience.

Toi aussi, tu ne veux pas que ça s'arrête. Toi. Moi.

Erik l'avait embrassé plus fort encore et l'avait couvert de ses bras. C'était sa seule réponse et elle confirmait à elle seule tous les doutes que Charles aurait pu avoir. Il fallut quelques jours à Erik pour comprendre qu'ils n'avaient pas seulement baisé ce soir là. Et chaque fois qui suivit, dans un autre hôtel ou dans la chambre de Charles à la demeure, les mots que Charles devait penser devinrent un peu plus forts, jusqu'à ce qu'il les sorte de leurs têtes à tous les deux. Erik le laissa lui parler, l'embrasser sans qu'ils ne couchent ensemble ensuite. Caresser ses cheveux s'il en avait envie.

La vie aurait été très différente, si Erik n'avait pas haï Shaw autant qu'il avait aimé Charles.


Hank s'est rarement senti aussi bien. Paradoxalement, il s'est rarement senti aussi fatigué. Mais c'est parce qu'il passe ses journées à apprendre, à découvrir et ça, c'est le meilleur sentiment au monde. Le matin, il se lève et sait que la journée sera remplie de pages par centaines, d'informations incroyables, de rencontres avec des professeurs aussi passionnés que lui. Même le sommeil importe peu, alors que, lorsqu'il quitte les salles de cours, c'est pour retrouver Warren, Dani et Stéphanie. Ils passent leurs soirées au bowling, ou à la cafétéria et parlent de génétique, d'ADN et ils adorent ça.

Hank n'a pas reçu de réponse à la dernière lettre qu'il a envoyée à Charles. Ça ne lui occupe pas autant l'esprit que le mois dernier.


"A quelle heure ça finit ?"

"Je ne sais pas, Erik. Vingt-deux heures ? La dernière fois, ça a fini à vingt-deux heures en tout cas."

Erik ferme la voiture à clé et rejoint Charles sur le trottoir. Il regarde la salle des fêtes où la lumière est allumée et où des hommes vieux entrent en parlant bruyamment avec des accents très chics.

"Je ne te propose pas de m'accompagner.", dit Charles plus qu'il ne le demande.

"Surtout pas. Je n'ai pas beaucoup de self-control avec les banquiers suisses. Ni avec les Suisses tout court, d'ailleurs."

"Ce sont des gens très diplomates, pourtant."

"Diplomates quand il s'agit de fermer sa gueule."

Charles sourit doucement et passe sa main sur le bras d'Erik. Charles lui a dit, ça ne l'enchante pas non plus d'aller à cette assemblée générale organisée par la banque, mais compte tenu de sa fortune dont il peine parfois à suivre l'expansion, c'est toujours bien d'être présent. Il a conseillé à Erik plusieurs restaurants ouverts le soir où il pourrait l'attendre, mais l'Allemand a choisi le plus près, celui à deux rues d'ici, même si ça se transforme en soirée dansante à vingt-et-une heure. Il préfère rester près de Charles et tant pis pour le bruit et la transpiration. Ils se saluent d'un signe de la tête et Charles disparaît dans l'immeuble en brique.

Erik vagabonde dans une librairie pour feuilleter les livres les plus récents. Ça ne parle que d'épanouissement personnel et de végétarisme. Toutes les photos des auteurs représentent des hommes aux cheveux longs alors Erik s'empresse de rejoindre le rayon Histoire. C'est étrange de découvrir dix ans du pays où il est pourtant confiné. Des salopards ont tué Malcolm X et il n'y a même pas un nom pour qu'Erik se décide à aller le venger. Il lit les débuts de la guerre au Viet Nam (sans les comprendre). Elvis s'est marié avec une gamine. Les noirs de tout le pays se révoltent pour clamer leurs problèmes d'intégration à la société et ça, Erik le comprend très bien.

Deux hommes ont marché sur la lune.

Erik referme le bouquin.


"Ils font une soirée bossa nova !", insiste Tonio en dansant grossièrement.

"Non, merci, je ne suis pas très soirées dansantes…" s'excuse Hank en se penchant à nouveau vers son bouquin.

Tonio peste tout haut et lui pique le livre avant de le ranger dans la bibliothèque.

"Allez, Hank, tu n'es jamais venu avec nous au Banana Time et crois moi tu vas adorer. T'es pas obligé de danser tu sais ! Avec Warren, on aime bien, parce que ça fait fondre les nanas, mais James et Kristie aiment pas danser non plus, tu pourras rester avec eux. Et puis, j'ai entendu qu'il y aurait Dani..."

Hank ne réagit pas au sous-entendu, soupire et attend encore quelques secondes avant de se laisser convaincre. C'est vrai, il n'est pas particulièrement fan de ce genre d'endroits, mais en même temps, il ne sait pas s'il peut juger puisque ça doit être la deuxième fois qu'il rentre dans une discothèque. Le son est assez élevé pour les obliger à parler plus fort, mais l'éclairage coloré et le vaste espace où sont installés des banquettes molles rendent l'ensemble plus supportable qu'à première vue. Hank suit Tonio jusqu'au fond de la pièce où ils retrouvent dans une alcôve une dizaine de personnes. Hank ne connait que Warren et Dani. Il les salue et serre la main des autres qui s'enchantent de les voir arriver (surtout Tonio, apparemment). Il s'installe et vérifie les boissons qui ont été commandées - ce n'est pas qu'il n'aime pas ramener quelqu'un ivre mort jusqu'à sa chambre mais il aimerait bien que tout ceci soit derrière lui, désormais. Ce qu'il découvre l'étonne agréablement. Quelque Coca, des bières, deux verres d'alcools forts. Peut-être que la soirée se passera mieux que prévue.

"Tu veux danser ?", demande Warren en se levant, mais Hank explose de rire et secoue la main pour refuser.

Son ami se lève, passe à côté des jambes contorsionnées et se lance sur la piste avec Tonio qui chante à tue-tête les paroles de la chanson. Hank le regarde faire en souriant et ne sent pas Dani qui s'est rapprochée pour murmurer à son oreille.

"Je suis contente que tu sois là."

L'éclairage est vert à présent. Ça cache ses joues rouges.


Erik relève la tête de son assiette et Charles lui sourit en s'approchant de la table où il est installé. Il prend place en soupirant assez fort pour couvrir la musique qui fait danser les humains sur la piste un peu plus bas.

"Comment ça s'est passé ?"

"C'était beaucoup trop long, mais ça s'est bien passé.", sourit Charles en lui adressant un clin d'œil, ce qu'Erik ne comprend pas bien.

Charles appuie son coude sur le dossier de sa chaise et se tourne pour regarder la piste. Il secoue la tête en rythme et finit par se pencher à nouveau par-dessus la table pour s'enthousiasmer :

"J'adore cette chanson."

Et ainsi plus proche d'Erik, son haleine n'est plus un secret. Ça étire les lèvres de l'Allemand.

"Tu as bu ?"

"Un peu.", confesse Charles en haussant une épaule, mais le geste ressemble plus à une convulsion, alors le un peu se transforme en beaucoup. "Tu sais comment ça se passe ce genre de réunion…"

"Pas vraiment non."

"... Il y a toujours un banquier pour te resservir un verre de vin, pour te faire signer d'autres contrats. Mais j'ai été fort. Je n'en ai signé que deux. Non ! Je retire ce que j'ai dis, j'adore cette chanson !"

Il parle fort pour que sa voix passe à travers la musique et c'est évident que le professeur est assez bourré, vu la manière dont il saute d'un sujet à l'autre. Erik se retient de soupirer tout haut (qu'est-ce que c'est que cette musique ?) mais Charles doit lire dans son esprit puisqu'il plaque lourdement ses mains à la table en se penchant en avant.

"Non ! Mais tu ne connais pas Stevie Wonder ! Erik, viens.", appelle-t-il en se levant, sa main entourant déjà le poignet de l'Allemand.

C'est une blague ?

"Charles.", prévient Erik puisque c'est évident qu'ils ne vont pas aller danser ensemble.

"Tu vas adorer, viens !", Charles rit maintenant en tirant sur le poignet immobile, les pieds glissant à moitié sur la moquette bordeaux.

Erik secoue la tête lentement et Charles finit par abandonner en lui tirant la langue. Ça énerve assez Erik, quand Charles se conduit comme un enfant, ça lui donne envie de lui mettre une gifle. Parce que son amant se sait irrésistible quand il feint l'innocence et Erik n'a pas envie qu'il joue de son charme, plus qu'il ne le fait déjà inconsciemment. Il regarde le corps s'éloigner de lui, un œil l'observant d'abord par-dessus l'épaule musclée, avant que les hanches de Charles ne semblent se perdre dans la musique. Il avance en rythme, descend les quelques marches et rejoint la piste où une femme se tourne au même moment. Ils échangent un sourire et se rapprochent pour danser l'un en face de l'autre. La fourchette d'Erik bouge sans qu'il ne s'en rende compte.

Erik n'a jamais entendu ce Stevie Wonder avant mais ça semble rendre l'ensemble de la pièce tellement joyeux que les hanches se collent, les bras se tendent en l'air et les gestes se font plus suaves. Ça énerve Erik de voir tous ses ces gens si proches les uns des autres, ça l'énerve physiquement. Ça lui donne une impression de nausée à voir ces corps qui s'enchevêtrent à la vue de tous, sans plus aucune limite et le fait que ce soit Charles qui soit pressé contre une femme et le dos d'un homme immense n'aide vraiment pas ses nerfs. Il serre son poing et la fourchette se replie instantanément sur elle-même. Il traverse la salle du restaurant en quelques pas, descend les marches et pose le pieds sur le bois de la piste. Il pousse les épaules qui le gênent et attrape Charles par le coude pour retenir son attention.

"On devrait y aller."

Charles ouvre les lèvres, apparemment ravi de voir qu'Erik l'a rejoint mais il y a méprise puisque, une fois encore, ils ne vont pas danser ensemble. Il s'apprête à tirer son amant hors de cette endroit par la force s'il le faut, mais une nouvelle chanson commence et cette fois, il ne la connaît que trop bien. Et merde.

Charles lui adresse un énorme sourire et il doit lire dans les pensées qu'Erik ne se souvient plus du nom du chanteur, puisqu'il précise.

"Peppino Gagliardi... "

"Il n'est pas mort celui-là ?"

"Oh non. Et j'ai demandé à Logan, il est toujours vivant en 2014."

"Donc je vais encore me taper quarante ans de ce genre de musique ?"

"Tout dépend si tu veux encore te taper moi, pendant quarante ans."

Erik sourit et secoue la tête parce que Charles a réussi à le faire taire et que ce n'était pas gagné. Il se souvient des après-midi dans la véranda, il y a dix ans de ça, où Charles sortait son tourne-disque portatif pour écouter ce chanteur italien ringard. Il n'y a que Charles Xavier pour aimer ce genre de musique romantique, où on dit Je t'aime avec une simplicité monstrueuse. Le pire, c'est que ça l'émeut. Quand le professeur écoute Gagliardi, il secoue la tête, les yeux fermés et peut-être s'imagine-t-il sur une vespa à Rome, toujours est-il qu'Erik, lui, s'imagine détruire le 45 tours entre ses mains. Parce qu'il y a un espoir insouciant dans ces chansons et qu'Erik trouve ça dégueulasse de vouloir faire croire que la vie se passe vraiment comme ça.

Il veut faire un pas en arrière pour inciter Charles à le suivre, mais des mains se sont déjà posées sur ses hanches. Le message d'Erik est clair dans son regard.

Non.

Il le hurle mentalement, mais ça fait sourire son amant. Le reste des gens autour d'eux semblent oublié, du moins pour Charles dont les gestes se font lascifs. Il ondule des épaules et bien vite du bassin. Ses doigts s'entremêlent à ceux d'Erik.

"Arrête. Pas ici."

"Ne sois pas si coincé, Erik, il n'y a pas qu'à San Francisco qu'on peut se le permettre, tu sais."

Erik ne comprend pas bien le rapport entre la Californie et le fait que Charles veuille danser avec lui face à autant de gens. Mais Charles sourit et quand Charles sourit, le peu de bon sens auquel Erik arrive à se raccrocher, la plupart du temps, fond avec une simplicité assez dangereuse. Au pire, se dit l'Allemand, Charles effacera leurs mémoires à tous. Il rend son sourire et les armes et tangue d'un pied sur l'autre, et fait tourner Charles en tenant sa main au-dessus de sa tête. Il déteste Gagliardi mais il a déjà accepté plus d'une fois de danser avec Charles, en privé. Ça a été souvent une introduction au sexe et ce n'est pas quelque chose qui semble avoir changé : voir Charles si libre, si épanoui face à lui, bouger son corps dont il a retrouvé tout le contrôle, a quelque chose d'envoûtant. Il ferme parfois les yeux, mais quand il les ouvre, il n'y a qu'Erik qu'il regarde. Il colle leur paumes et leurs bassins une ultime fois avant de rapprocher sa bouche de son oreille.

"J'ai envie de toi."

Erik retient un grognement puisqu'il sent l'érection de Charles contre sa jambe, et la façon dont il commence à descendre lentement contre celle-ci n'aide pas la sienne à se calmer. Il encercle le coude de son amant pour l'empêcher d'aller plus loin et calcule le temps de trajet jusqu'à la demeure - au moins une demi-heure et Erik n'a pas envie d'attendre aussi longtemps. Ils peuvent se garer sur un parking à l'extérieur de la ville et faire ça rapidement dans la voiture, mais Charles mérite mieux. A moins qu'ils ne s'arrêtent dans un hôtel, mais il faut que les murs soient épais car il est hors de question que quelqu'un d'autre n'entende la voix de Charles quand il prend du plaisir.

"Ici."


"Avec le séquençage de l'ADN," poursuit Hank, en s'aidant de ses mains pour appuyer ses propos qu'il sait mangés par la musique autour d'eux "disons qu'on pourrait déterminer l'ordre d'enchaînement des nucléotides."

"Je ne comprends pas, par le fragment de Klenow ?"

"Idéalement, même sans.", s'enchante Hank puisque ça étonne Dani à un tel point qu'elle explose de rire.

Elle se calme en buvant son coca et le repose avant de mettre sa main sur la cuisse du jeune homme.

"Hank, tu ne peux pas savoir le plaisir que c'est de parler génome humain."

"Plaisir partagé."

Elle lui sourit et ses yeux se plient légèrement. Elle a attaché ses cheveux noirs en une queue de cheval qui ne tient pas très bien, mais ça libère quand même ses épaules. Elle a une robe grise à paillette qui contraste avec le costume bleu sombre d'Hank mais ça ne semble pas la décourager puisqu'elle propose.

"Est-ce que tu veux danser avec moi ?"

"Par respect pour ta personne, je suis dans l'obligation de refuser."

"Je ne sais pas danser non plus."

"Pourquoi tu veux qu'on y aille, alors ?"

"Pour avoir une excuse de me tenir contre toi."

Le cœur d'Hank loupe un battement. Ca n'était pas prévu, que la plus belle fille de la promo, lui face des avances comme ça. Elle est beaucoup trop belle et trop intelligente pour lui, et même si Warren danse comme un Dieu et que James lui fait de l'œil depuis le début de la soirée, c'est à Hank qu'elle propose ça. Il déglutit, ça fait rebondir sa pomme d'Adam, puis il hoche la tête sans arriver à répondre autrement. Elle se lève, passe devant lui (il oublie une seconde trop tard de baisser les yeux pour ne pas admirer ses fesses) et prend la main qu'elle lui tend.

Ils s'approchent ensemble des autres danseurs et Warren et Tonio se réjouissent de les voir arriver. Mais ils ne restent pas avec eux et vont un peu plus loin. Elle pose ses bras autour des épaules d'Hank qui maîtrise sa timidité en posant ses doigts sur ses hanches. Il ne danse pas très bien, elle oui, bien sûr, c'est une fille et tout ce qu'elle fait est gracieux. Mais elle lui sourit. Et Hank se dit qu'elle a de très jolies lèvres.


Erik cligne des yeux et recule sa tête pour regarder celle de Charles, et plus particulièrement sa bouche qui a osé sortir un tel mot. Charles semble ravi de l'effet de surprise puisqu'il hoche une fois la tête et ne bouge plus, droit au milieu de la piste de danse, alors que les gestes flous des humains l'entourent à les étouffer.

Putain de toi.

Erik tire sur le coude et les attire loin de la piste. Ils passent rapidement à côté de leur table, où Charles récupère sa veste dans des gestes empressés. Erik frappe chaque porte des toilettes pour hommes pour vérifier qu'ils sont seuls et pousse dans la dernière cabine Charles qui a l'air surexcité, l'impatience et l'alcool rendant ses gestes fébriles et son regard fou. Il attend à peine qu'Erik ait fermé le loquet pour le pousser contre la porte et l'embrasser. Ses mouvements sont maladroits, ça fait mal au menton d'Erik qu'il a cogné sans maîtriser sa force. Ça devrait l'énerver, mais ça l'excite de voir l'état presque animal dans lequel est Charles. Ils s'embrassent comme si c'est la première fois, comme si la langue d'Erik se doit d'envahir celle du plus jeune pour le marquer de sa présence, aujourd'hui et pour toujours. Mais ça ne suffit pas pour exprimer toute cette force moite et obscène qui le bouffe de l'intérieur. Alors les dents d'Erik se referment sur les lèvres offertes à en faire gémir Charles dans un bruit qu'on ne pourrait différencier de l'envie ou du désespoir.

"Tu sais ce dont j'ai envie… ?", halète Charles sans essayer de murmurer.

Erik secoue la tête.

Dis-moi.

Et il le pense parce qu'il veut que Charles lui parle comme ça. Ils ne discutent plus par la pensée quand ils baisent, comme ils faisaient avant, et ça lui manque. Il y a quelque chose de fort à sentir la voix de Charles en lui, pas dans l'espace infini où leurs corps avancent en se rencontrant trop rarement. Mais Charles continue de sourire, le regard rendu trouble par l'alcool et ne poursuit pas. Il baisse la cuvette des toilettes, force Erik à s'asseoir et prend place à califourchon sur lui. Il l'embrasse furtivement et attrape dans sa veste à même le sol une boîte, avant de la montrer à Erik.

Le sérum.

Erik redresse le visage et regarde son amant, perdu entre le plaisir et quelque chose qu'Erik n'avait encore jamais vu avant.

"Tu as mal… ? Je te l'ai faite à 15h…"

"Non, non, mais c'est tellement mieux une fois que tu me l'as faite. Tout est tellement plus bon et je n'ai pas à penser à mon dos, à la position, à tout le reste…"

Erik devrait demander précisément ce qu'est le reste, mais Charles a déjà retiré la seringue de la boîte pour la forcer entre ses mains. Il déboutonne le bouton de sa manche gauche qu'il replie sans attendre. Charles n'a jamais eu deux traitement en moins de 24h et c'est peut-être l'alcool qui lui donne cette envie. Erik ne sait pas quoi penser, quoi faire. Tout est sur pause soudainement. Contre son érection, il sent le corps de Charles qui ondule ; dans sa main, la seringue froide.

"S'il te plait, Erik, fais ça pour moi…", murmure Charles en embrassant ses lèvres rapidement, sa langue les caressant pour l'inciter à réagir.

Erik n'est pas constitué pour refuser les supplications de Charles Xavier. Il tire sur le poignet gauche pour tendre son bras et plante l'aiguille dans la veine voyante et c'est la première fois qu'il le fait en utilisant sa main et pas sa pensée. C'est quelque part plus charnel et ça crée en lui une sensation abyssale, qu'il ne peut discerner entre l'ouverture et le vide. Charles rejette la tête en arrière et sourit de façon si belle et pure, que ça semble être la solution à un problème que l'Allemand n'avait pas vu avant. Erik se rappelle de son corps dansant, évoluant avec une légèreté obsédante, mais c'est maintenant que le sérum envahit son corps que Charles semble réellement heureux. Erik le hait pour ça. Il ne lui donne pas tout et repose la seringue dans sa boîte avant d'attraper entre ses mains le visage qu'il impose face au sien. C'est lui qui doit combler Charles. Lui qui doit le faire ressentir ce qu'il veut ressentir. Alors il envahit sa bouche de sa langue et déboutonne sa chemise sans douceur. Charles le laisse faire, la tête tanguant de droite à gauche sans qu'il semble vouloir la contrôler. Erik se penche vers le torse nu et mordille sa peau, sous sa clavicule, même s'il n'y a pas assez de chaire et qu'il sent les os, et Charles demande :

"Est-ce que tu en veux ?"

Ça, ce n'était pas prévu. Erik se recule pour le regarder et Charles sent sa confusion puisqu'il se laisse glisser à terre entre ses genoux. Ce petit con sait comment lui parler.

"Tu vas voir, c'est tellement bon. C'est plus fort et… Et on pourra vivre ça ensemble. Je veux qu'on vive ça ensemble. Fais moi confiance."

Ses yeux ne quittent pas ceux d'Erik tandis que ses mains cherchent à tâtons la seringue. Il la trouve et la présente à Erik qui regarde le liquide, il en reste un peu moins de la moitié. Un coup d'œil au visage de Charles et Erik se décide. Parce qu'ils seront ensemble.

Il reprend la seringue en main et la regarde. Elle a l'air différente, maintenant qu'elle lui est destinée. L'aiguille parait plus épaisse. Le liquide plus incertain. Mais Erik a grandi dans un sentiment de peur et d'incertitude et jamais ses instincts de survie ne l'empêchent d'agir. Alors il inspire longuement et presse l'aiguille contre son propre bras. Charles a posé ses mains sur ses genoux et il embrasse ses cuisses par-dessus son jean, son visage à quelques centimètre du bras où il regarde la pointe s'enfoncer. Il dit des choses comme Magnifique, Erik, Parfait, Magnifique, mais Erik ne sait pas bien s'il les entend ou les imagine. Tout est flou.

Il fait chaud mais il ne comprend pas comment il peut sentir ce qui l'entoure alors qu'il se sent si loin de tout ça. Ce sont les mains de Charles qui le maintiennent à la réalité et l'inspiration qu'il prend après avoir vidé le sérum dans sa veine semble être la première de toute sa vie. Il respire par le nez et trouve ses gestes lourds, avant qu'il ne réalise qu'ils sont en fait plus forts. Et tout, tout est plus fort. Le carrelage autour d'eux est blanc. La porte verte. La musique au-dessus d'eux oppressante. Et Charles, Charles est là, à genoux face à lui, il lui sourit. Erik l'attrape par la nuque et le rapproche pour coller leurs fronts ensemble.

"Suce moi.", ordonne-t-il, la voix rauque. "Suce moi et parle moi comme avant. Mentalement."

Charles ferme les yeux et tente de l'embrasser mais Erik l'en empêche.

"Fais le.", il supplie, parce qu'ainsi ça ne sera plus seulement baiser qui les réunira, ça sera tout.

Charles arrive à se retirer de son emprise et se redresse, un sourire insolent aux lèvres. Il déboutonne le pantalon d'Erik, le sien qu'il retire et revient s'installer à califourchon sur lui. Erik est perdu contre sa bouche, dans la sensation que sa langue fond contre celle de son amant, moite et chaude. Il le laisse se préparer, se fiche du bruit qu'ils font, de leurs rythme cardiaques excités par le tremblement des basses de la musique qui leur parvient. Il laisse Charles faire quand il prend son membre en main avant de s'asseoir sur lui. Erik embrasse son cou, mord son épaule. Caresse son dos. Le sent serré et offert. A lui.

Pas un autre son que le souffle de Charles. Rien d'autre à protéger que la sensation de sa cage thoracique qui se gonfle contre la sienne. Aimer et vivre. Enfin.


"Tu es sûr que tu vas retrouver le chemin jusqu'à ta chambre ?"

"Je n'ai bu qu'une bière.", sourit Hank, penché vers la voiture décapotable où sont installés ses cinq amis.

"Sait-on jamais.", rajoute Warren en lui faisant un clin d'œil.

Ils rient tous et Hank les salue d'une main en les regardant partir. La voiture a un peu de mal à démarrer, il en profite pour laisser son regard sur le visage de Dani, apaisé et charmeur, jusqu'à ce qu'ils s'éloignent. Hank met les mains dans sa poche, regarde la voiture tourner à la première intersection et sourit. Il monte lentement dans sa résidence et se surprend à fredonner l'air de Louis Prima qui était diffusé quand ils sont partis. Il est épuisé mais il n'a étrangement pas envie de dormir. Tonio est encore en discothèque et rentrera très certainement avec Stephanie pour dormir chez elle. Il ferme la porte derrière lui et se déshabille entièrement avant de rentrer dans un bas de pyjama qu'il a laissé traîné sur son lit. Seul, pas besoin de mettre des chaussettes pour cacher ses pieds. Il s'allonge sur son lit en poussant un profond soupir et sourit, sourit encore. Parce que dans sa tête, il y a les blagues de Tonio, la façon dont Stephanie imite Mrs. Mendosa et les hanches de Dani, contre son corps. Ils ont dansé ensemble le temps de trois chansons, ce qu'il faut pour que Hank ait envie de la revoir, vite. Demain, ils se l'ont promis. Parce qu'elle semble avoir quelque chose qu'Hank recherche.

Il ferme les yeux et pense à eux, à ses cours, à cette vie qui l'épanouit. Et pour la première fois, lorsqu'il s'endort, pas une fois le nom de Charles ne traverse son esprit.