PDV KARA

Chapitre 7 – La Terre (2005) Tellement humain

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Tu étais sans doute l'être le plus puissant qui foulait cette planète, mais tu étais pourtant tellement terrifiée à cet instant.

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Parce que ton petit garçon, ton petit Kal faisait sa rentrée des classes.

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Tu étais terrifiée que quelque chose se passe mal, que Kal soit découvert et que tu sois obligée de fuir, que vous soyez obligée de fuir. Tu avais peur pour Kal, tellement. Et Kal essayait de te rassurer parce que c'était un bon garçon, parce que c'était ton doux prince. Mais tu avais quand même peur, terriblement et affreusement peur. Tu avais aussi peur que d'autres enfants soient méchants avec Kal et Adam, tu avais peur que la maîtresse soit désagréable alors même que tu avais méticuleusement regardé le curriculum vitae et le parcours de chaque personne qui travaillait à l'école presbytérienne de National City. Tu avais peur qu'il ne s'y plaise pas, qu'ils ne s'y plaisent pas... Tu avais peur de tout et de n'importe quoi, la partie rationnelle de ton cerveau avait visiblement décidée de déserter...

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Et voir que Cat était dans le même état que toi était à la fois amusant et rassurant.

C'était amusant parce que contrairement à toi, son Adam ne pouvait pas s'il ne faisait pas attention tuer d'un simple geste un camarade de classe, il ne pouvait pas carboniser un professeur qui l'embêterait… mais c'était peut-être pire pour Cat car Adam était si fragile, les petits humains étaient si fragiles.

C'était rassurant de savoir que tu n'étais pas particulièrement la seule mère à te sentir angoissée pour la première rentrée scolaire de son fils. Ça te rendait assez humaine si l'on peut dire, même si tu étais plus ou moins sûre que si tu avais été sur Krypton, Kal aurait à ses trousses une armée d'adulte en panique pour lui demander compulsivement s'il avait bien toutes ses affaires et s'il était prêt.

Sur Terre, Kal n'avait pas une flopée d'adulte mais il avait une mère angoissée, un frère de cœur surexcité et une Cat au bord de la crise de nerf, parce que c'était un comble que l'école ne soit pas déjà ouverte. Il était 6h33 du matin, l'école n'ouvrait qu'à 7h30 exceptionnellement pour la rentrée et les cours ne commençaient qu'à 8h…

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Tu essayais de te raisonner et de la raisonner : l'école était une des plus sûre de la ville, une des meilleures du pays, les enseignants étaient triés sur le volet et il y avait les sacrés. Les sacrés protégeraient Kal et Adam, car même si toi, tu t'étais exclue de la définition de la vie des sacrés pour des raisons d'éthique et un refus du complexe divin. Tu n'avais pas pu pousser ton éthique et ta morale à ne pas inclure ton fils. Ton fils serait protégé comme un autre être vivant intelligent et sensible sur cette planète, à égalité avec les humains car il était si humain en réalité. Tellement humain.

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Toi, tu avais tout fait pour te faire passer pour une humaine, pour te déguiser en humain, apparence et esprit. Tu avais presque obsessionnellement regardé, lu, vu, le plus de références culturelles humaines. Tu avais étudié leur histoire, leur culture, leur mode de pensée, leur fonctionnement biologique, tu étais la plus grande spécialiste de la Terre, de l'humain et de l'humanité de l'Univers, sans être prétentieuse. Tu avais un déguisement mental parfait, tu parlais parfaitement les langues les plus parlé et quelques langues mortes, tu comprenais parfaitement toutes leurs expressions idiomatiques des humains et grâce à Cat, ton déguisement physique, la mode, le maquillage étaient devenus plus faciles aussi, plus clairs, peut-être aussi parce que tu choisissais tes vêtements et ton maquillage, et donc ton apparence en général, en fonction de l'augmentation du rythme cardiaque de Cat quand elle te voyait. Tu étais assez satisfaite de ce système. Tu avais un déguisement d'humaine, tu le perfectionnais d'année en année, et sauf avec un scanner approfondi, on ne pouvait pas détecter ton inhumanité.

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Mais Kal c'était différent. Kal était différent de toi. Parce que Kal ne se rappelait pas de Krypton, il ne se rappelait pas d'Alura, de Zor, de Non, d'Astra, de Jor ou de Lara. Il ne se rappelait presque pas de son arrivée sur Terre, il ne se rappelait presque plus de la vie avant l'arrivée de Cat et d'Adam dans sa vie, dans votre vie.

Il y avait une part de toi qui souffrait de ça. Tu avais envie d'être égoïste, tu avais envie que ta civilisation revienne à la vie, tu avais envie que Kal soit un Kryptonnien et pas un humain. Mais, mais tu ne pouvais pas lui infliger le fardeau d'un monde mort, d'un monde calciné. Tu ne pouvais pas lui infliger la solitude que c'était d'être un des derniers membres d'une espèce. Tu ne pouvais pas, alors tu le regardais être un humain, un petit humain, si joyeux, si heureux. Avec ses expressions faciales que tu avais appris à mimer, ton peuple était si peu expressif. Avec ce besoin de contact tellement humain, ton peuple était si peu tactile.

Kal était un humain, si fortement que ça se sentait presque à son odeur. Car Kal sentait la Terre, il avait mangé respiré la Terre depuis son plus jeune âge… Alors Kal sentait bien plus l'humain et la Terre que toi. C'était une réflexion étrange que tu t'étais faîte, quand tu étais entrée dans ton appartement avec des pizzas alors que Cat, Kal et Adam finissaient de débattre sur le choix du film que vous alliez voir. Tu avais respiré, reniflé presque parce que les phéromones des humains quand ils étaient détendus, quand ils étaient heureux, étaient agréables pour ton odorat. Tu avais respiré et tu t'étais rendue compte avec un mélange de fascination scientifique et de stupéfaction personnelle, que Kal sentait presque comme Adam. L'organisme Kryptonnien de Kal mimait, imitait celui d'Adam, celui des humains.

Tu avais un peu paniquer et tu avais fait un check-up complet de Kal quelques jours plus tard, dans ton vaisseau, Kal avait boudé car il voulait aller faire du vélo avec Adam, mais il fallait que tu comprennes le phénomène d'assimilation et de mimétisme que tu avais sous les yeux. Tu avais regardé Kal, son organisme au complet. Et il était si différent du tien, ça t'avait affolé. Son cerveau utilisait des systèmes neuronaux qui étaient si proches de ceux des humains, son organisme s'adaptait à la Terre. Tu avais remarqué que les os de Kal étaient plus léger, moins denses que les tiens, parce que la gravité de la Terre était plus faible que celle de Krypton et qu'il ne mangeait pas tout à fait les mêmes aliments. Tu avais alors compris que les années de thérapies mutagènes - durant des siècles avant ta naissance, les Kryptonniens avaient amélioré leurs gènes- sur les génomes Kryptonniens, vous avaient rendus, vous les Kryptonniens en général, capable de vous adapter presque biologiquement à une nouvelle planète, sans que cela prenne des siècles de sélection naturelle. Tu avais regardé ton organisme. C'était moins visible mais c'était là. Poumons, systèmes digestifs, os, peau... Tout changeait, se modifiait avec une rapidité effrayante... Tu devenais une Terrienne, faute de vraiment te sentir humaine.

Et c'était édifiant.

Ton père aurait adoré ça, il aurait sans doute voulu faire des expériences. Il aurait sans doute demander à des ambassadeurs s'il pouvait faire des relevés, pour comprendre, mesurer... Astra aurait aimé voir l'application de la théorie d'un point de vue militaire, son esprit en aurait fait une immanquable atout pour l'armée de Krypton. Ton père et Astra auraient sans aucun doute demander de l'aide à Non et à Jor, leur demandant de construire des scanners particuliers ou des machines pouvant mimer un atmosphère différente ou autres...

Ta mère en aurait parlé au Conseil, pour que l'information soit passée et que les Kryptonniens si souvent sédentaires presque casaniers, aient envie de voyager plus et plus souvent. Peut-être que les tiens auraient pu plus voyager et plus loin...

Et Lara, Lara, si friande de métamorphoses linguistiques, aurait sans doute fait affirmé en riant qu'à moitié que la capacité unique de la langue Kryptonnienne à s'enrichir sans cesse s'était simplement transposer génétiquement, et que ça n'avait rien d'étonnant. La langue de ta planète te manquait terriblement. Il y avait bien sûr des enregistrements, tu avais même trouvé des enregistrements des cours de Lara, de discours d'Alura ou d'Astra, d'une conférence de Zor dans la banque de données du savoir universel de ta planète. Tu avais aussi, sur ton interface personnelle, des enregistrements de ta famille, de toi et d'Astra qui chantait, d'Alura qui chantait pour Kal. De Non, Jor et Zor en train de débattre, tu avais même un enregistrement de Lara en train de bercer Kal avec toute la famille autour.

Mais, les voir te rendait tellement furieuse. Tu étais tellement en colère contre ton peuple, tu les détestais d'avoir tué ta famille qui avait voulu les sauver. Tu étais tellement en colère que parfois tu avais envie de détruire quelque chose. Penser à ce qu'aurait pu faire ta famille décédée par la stupidité de quelques politiciens te mettait dans un état de colère telle que tu avais pris quelques jours de congé -officiellement pour ton travail, même si Cat n'avait pas semblé de croire et que Adam et Kal t'avaient embrassé comme si tu partais à la guerre quand tu étais partie et qu'ils t'avaient embrassé comme si ils ne t'avaient pas vu depuis des années, alors que ça ne faisait même pas 48 heurs... Tu étais retournée sur le vaisseau et tu t'étais entrainée -défoulée- sur des sacrés reprogrammés... Parfois, ça te faisait pleurer, juste pleurer, parce que ça avait été un tel gâchis, ton peuple était si avancé, si intelligent, si plein de sagesse, mais ça n'avait été qu'illusion. Ils avaient été stupides et suicidaires. Une race entière décimée, des innocents par milliers, tués, brûlés à cause de l'égo de quelques-uns…

Un véritable gâchis.

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Tu avais voulu que Kal parle plus ta langue mais ça ne l'intéressait pas, à quoi servait une langue morte en vérité… et si différente de celle qu'il utilise avec Adam et Cat. Ça t'avait fait tellement mal, parce que tu adorais ta langue, les sons si particuliers, si différents des langues humaines. Tu adorais ta langue parce qu'elle était magique, comme le disait Lara. Le Kryptonnien est un assemblage complexe de langues plus anciennes. Il y avait eu 30 langues qui avaient été transformé en langue planétaire. Le Kryptonnien était magique car des mots pouvaient être inventés tous les jours, les choses avaient des dizaines parfois des centaines de noms différents car on pouvait construire un mot avec comme base trois ou même quatre bases linguistiques… Comme le disait Lara, le Kryptonnien, la langue du foyer, était magique parce que c'était magique que tout le monde comprenne un mot qui venait tout juste de naître. Les enfants étaient les inventeurs de mot les plus assidus… Sur ta planète, une insulte était aussi un poème, et tu honorais et insultais d'autant plus ton ennemi en inventant une insulte fleurie pour lui seul. Tu aimais inventé des mots avec Lara, et tu aurais adoré que Kal en invente avec elle ou avec toi. Tu avais inventé ou permis l'invention d'une langue et de plusieurs mots sur Terre mais ce n'était pas pareil. Le langage était un tel art chez toi alors qu'ici, sur Terre, le langage n'était qu'une chose utile. La poésie et l'art des beaux mots étaient si peu développées. Et ceux qui avaient un tant soit peu de talent, comme la mère de Cat, le gaspillaient, ils n'essayaient pas d'innover, de faire évoluer la langue. Ils se contentaient de raconter des histoires, sans embellir la langue, sans l'assouplir, sans la sublimer.

C'est ce que tu avais tenté de dire à Kat Grant, même si tu aurais pu le lui dire avec plus de gentillesse, mais le regard de Cat sur toi avait été très agréable après ça. Tu avais cru voir une once de compréhension, une once dans les yeux de Kat alors qu'elle claquait la porte. Tu l'avais entendu aller dans sa chambre, prendre du papier et écrire frénétiquement, puis se relire puis froisser la page puis recommencer encore et encore... En trois heures, elle avait fait cela 58 fois... Tu avais peut-être réussi à redonner à Kat Grant l'envie de grandeur qui était le propre de sa fille.

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Bien sûr, vous étiez en avance, devant la EPNC, parce que Cat avait un besoin compulsif d'être à l'heure et parce que Kal et Adam étaient des boules d'électrons sous tension, qui l'avaient encouragée à partir un peu plus tôt. Donc, toi, Cat et Adam vous étiez dans le froid de septembre devant l'école avec une très estimable et ridicule avance d'une heure. Tu grognais parce que ce n'était pas la première fois que Cat ou Adam ou Kal te faisaient le coup. Pour visiter le musée de l'aviation, ils t'avaient fait partir à 5h du matin alors que le musée n'ouvrait qu'à 8h, et qu'il n'y avait qu'une petite heure de route, pour le zoo, c'est avec une heure et demi d'avance que vous étiez arrivée… ça te faisait doucement rire au début mais maintenant, ça t'embêtait et t'irritait un peu. Sérieusement, une heure d'avance. Toi et Kal, vous n'aviez pas froid mais Cat et Adam grelottait un peu. Le mois de septembre était très frais, et Cat n'avait qu'un manteau léger.

Tu la regardais se frotter les mains pour tenter de se réchauffer, ses joues étaient rouges et de la buée sortait de sa bouche. Tu hésitais à lui offrir ton manteau ou à la prendre doucement dans tes bras pour la réchauffer... Tu rougis presque à cette idée absurde, alors tu te contentas de la fixer, alors que les enfants venaient lui faire un câlin plus pour se réchauffer eux qu'elle... mais l'effet était quand même là. Tu les regardais tendrement.

Elle était très belle dans son blouson de cuir noir, son pantalon flattait ses courbes admirablement. Tu fronças les sourcils, depuis combien de temps tu regardais le corps… enfin les vêtements de Cat ainsi, en les appréciant, enfin en les admirant. Pour faire bonne mesure et pour ne pas te faire prendre par Cat en train de la fixer, tu regardas avec admiration tes... les enfants. Ils étaient magnifiques, en même temps, ils avaient avec l'aide et les conseils de Cat mis presque 3 heures à se décider sur le premier tenue d'école. Ils avaient sans surprise mis les mêmes vêtements mais dans des colories légèrement différentes. Et ils étaient retournés chez le coiffeur, Cat t'avait convaincu de venir avec eux, avec une légère caresse sur la joue qui t'avait fait frisonner et presque voler... Tu avais réussi à n'avoir qu'un simple entretien de ta coupe, alors que Cat avait changé de coupe, ça la rendait plus jeune, plus belle encore... Et les garçons avaient encore choisi la même coupe. Ils étaient beaux, très beaux même, mais pas autant que Cat, bien sûr.

Tu soupirais doucement tes pensées étaient tellement étranges ses temps-ci en présence de Cat... Tu fronças les yeux et après une courte hésitation, tu décidas d'aller chercher des boissons chaudes au Starbucks du coin sous les ovations des enfants.

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Après une heure d'attente, une boisson et une pâtisserie chacun, l'école ouvrit enfin. Cat entra comme si l'école lui appartenait, Adam et Kal la regardèrent avec admiration pendant que celle-ci parlait à leur future maitresse et ensuite les présenta. Martha Kent, qui insistait pour que Cat l'appelle Martha ne fut pas déçue d'être appelée tantôt Mandy, tantôt Mathilde… (Cat était irrécupérable, pensas-tu avec un sourire) les prit d'abord pour des faux-jumeaux, les garçons ne la détrompèrent pas le moins du monde et Cat non plus. Puis avec un sourire de chat non dissimulé, Cat te présenta comme la mère de Kal. La tête de l'institutrice fut extrêmement amusante. Et Cat, Cat, qui avait cessé de trop te toucher, mit sa main dans le bas de ton dos, pour expliquer à l'institutrice que Kal et Adam étaient jumeaux de cœur et qu'elle et toi étaient amies. Tu avais affreusement rougi au mot « amies » car Cat te caressait presque le dos.

Martha Kent vous avait regardé bouche bée, tu savais car tu avais fait des recherches sur tous les membres de l'équipe pédagogique et même sur tous les employés de cette école, qu'elle était une ancienne fermière du Texas dont l'époux était mort d'une crise cardiaque. Elle avait dû vendre et avait repris ses études. Elle avait grâce à son travail et à sa persévérance été recrutée par l'école presbytérienne de National City, la EPNC. C'était tout à fait impressionnant. Quand tu avais piraté le serveur de l'école, tu avais tout de suite voulu que ton fils soit dans sa classe, elle semblait douce, maternelle mais suffisamment stricte pour être institutrice. Elle était un bon modèle pour ton fils et pour Adam.

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Martha Kent vous regarda donc la bouche ouverte de surprise. Puis ses yeux tombèrent sur la main de Cat qui te touchait le dos. Puis elle fit un doux sourire, presque maternelle devant ton air gêné. Tu l'aimais vraiment bien cette femme. Et Cat semblait hautement satisfaite de son effet et sur Martha et sur toi. Les yeux de Kal et d'Adam étaient grands ouverts, ils observaient leur nouvelle classe avec des yeux avides. Tu les voyais bien se retenir de courir partout pour tout découvrir. Martha avait autorisé les enfants à se balader pour se familiariser avec les lieux avant l'arrivée de leurs camarades, puisqu'évidemment à part vous, il n'y avait personne. Alors que Cat et Martha s'engageaient dans un débat sur l'éducation des jeunes enfants, toi tu suivais anxieusement les mouvements de Kal dans la pièce. Et s'il commençait à voleter, ça faisait des mois que tu n'avais pas dû le rattraper en présence de Cat et Adam, mais tu avais quand même peur qu'il se laisse aller dans un environnement nouveau et excitant… s'il cassait quelque chose qu'un enfant humain n'aurait pas pu briser, s'il ne faisait pas attention et blessait un de ses camarades… Tu le regardais avec attention quand tu sentis des pairs d'yeux moqueurs et compréhensifs sur toi. Martha et Cat te fixaient, la première avait un sourire tendre sur les lèvres et l'autre avait un sourire amusé.

Tu rougis allègrement et Cat embrassa ta joue en te glissant quelques mots rassurants. Ça n'arrangea rien à la couleur de ton visage. Tu t'enfuis ensuite sans demander ton reste pour aller parler une dernière fois à Kal.

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Tu le lui redis à ton Kal. Tu l'avais tiré un peu à part, dans un coin de la classe, alors qu'Adam avait rejoint sa mère et tu lui rappelas les règles. Tu lui redis de ne pas s'envoler, de faire attention à ses camarades pour ne pas les blesser, de réfléchir avant de parler pour ne pas dire quelque chose d'étrange, de ne pas porter de chose trop lourde… De bien garder ses lunettes… Tu le lui avais déjà dit un millier de fois au moins, mais c'était important, primordial, vital. Il faisait une tête à mi-chemin entre l'ennui et le sérieux. Parce qu'il savait que c'était important mais il savait déjà tout ça. Il t'avait promis de faire attention. Et il n'avait envie que d'une chose, d'aller avec Cat et Adam et de parler avec Martha. Tu regardais ton fils trépigner d'impatience et regarder en biais vers les deux autres adultes et son frère de cœur.

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Si ton Kal avait été un Kryptonnien il n'aurait pas fait ça… il n'aurait pas regardé en biais vers quelqu'un d'autre. Faire cela pour ton peuple était un affront insultant. Et puis en vue de la complexité de ta langue, il fallait toujours une grande attention à l'interlocuteur pour véritablement comprendre ce qu'on te disait. Il regardait ailleurs et il faisait la moue et en se balançant d'un pied sur l'autre. Et ça aussi c'était une chose qu'un enfant Kryptonnien n'aurait pas fait, surtout pas l'héritier de la Maison El. Faire la moue et trépigner sur place comme ça. Si Kal avait été élevé comme l'héritier des El, il n'aurait pas fait la moue, il aurait eu un visage quasi impassible, pour faire honneur à sa Maison. Il aurait eu un regard impassible et droit, franc et honnête pour faire honneur à l'impartialité d'Alura, à la force d'Astra, à la célébrité de Lara et à l'intelligence de Non, Jor et Zor, pour faire honneur aux El. Mais Kal était un jeune humain, tellement similaire à Adam. Alors il faisait la moue et regardait de biais. Alors il parlait humain, enfin anglais et riait aux éclats, sans prêter attention au bruit qu'il faisait. Et surtout, il était terriblement tactile. Pour ton peuple, le contact était une chose non pas proscrite mais très rare. Vous étiez pudique, si l'on peut dire. Tu n'avais jamais vu ta mère et ton père s'embrasser, ni aucun de tes oncles et tantes faire plus que de se toucher doucement le bras ou de s'enlacer. La première fois que tu avais vu un couple s'embrasser tu avais été choqué. Le pire c'était que la sexualité n'était pas du tout du tout tabou, pas comme chez toi. Enfin c'était différent de chez toi. Un couple ne se choisissait pas, l'enfantement n'était pas laissé au hasard.

Quand tu avais demandé d'avoir un enfant, on t'avait fait un test et on t'avait donné une liste de partenaire viable possible. Mon Kar El, le géniteur de Kal, était un géniteur dit parfait. Son ADN et le tien s'accordait parfaitement. Il y avait 1003 géniteurs fertiles et parfaits pour toi sur ta planète. « Géniteur » ne voulait dire ni père, ni mari. Tu avais choisi ton Mon Kar El parce que il était le géniteur parfait de condition modeste, il avait donc droit d'avoir 3 enfants au maximum au cours de sa vie. Il avait été ravi contre les cadeaux habituelles pour une Maison comme la tienne de te permettre d'avoir un enfant avec lui. En vérité, si ta mère et ton père s'étaient trouvés, aimés et mariés puis avait découvert qu'ils étaient parfaitement accordés génétiquement, ça n'était que rarement le cas. Non et Alura n'étaient compatibles qu'à 79%, il était rare que le Conseil accepte la naissance d'un enfant à moins de 95% de concordance. Si de plus en plus, la mode des grossesses naturelles était revenue sur ta planète, la sélection génétique n'avait pas disparue pour autant. Tu n'avais jamais remis en question cela, quand tu étais sur Krypton. Il était normal de vouloir l'enfant le plus parfait possible, l'enfant qui vivrait le plus longtemps, qui serait le plus fort, le plus intelligent…

Mais tu étais arrivée sur Terre… Tu avais d'abord trouvé ça horrible, le nombre de grossesse non désiré, non mené à terme, ou mener à terme sans réel volonté des parents. Sur Krypton, un enfant était toujours tellement désiré du fait de la restriction des naissances. Tu avais été horrifié par le nombre d'enfant qui naissait sans qu'on les désire, par le nombre d'enfant qui naissait malade, le nombre d'enfant qui ne vivait pas dans des conditions minimales de survie… Sur Krypton faire des enfants était un acte réfléchi, voulu, désiré, sur Terre, il te semblait que des enfants naissaient avec autant d'attention que les humains portent à la mauvaise herbe.

Mais quand tu avais vu et lu, que leurs grands scientifiques et leurs grands poètes étaient parfois des individus à la santé mentale ou physique fragile, tu avais lentement changé d'avis. Sur Krypton, tout le monde était brillant, mais c'était normal. Sur Terre, les êtres brillants ne le devaient qu'à eux-mêmes. Ce n'était peut-être pas mieux, mais différent. Les deux fonctionnements valaient, se justifiaient.

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Tu aimais ton fils de tout ton cœur, ce fils si terrien, si humain mais parfois, parfois tu avais la nostalgie de ce qu'il aurait pu être sur Krypton. Tu avais la nostalgie des repas de famille entre les El, tu avais la nostalgie de ta famille, de l'air de ta planète… Parfois…

-Mama ? ça va ? Ton fils devait sans doute voir les larmes qui brillaient dans tes yeux. Il te touchait doucement le bras et serrait un peu pour montrer son soutien.

-Bien sûr que ça va mon Kal, tout va bien… Tu chassas les larmes… Je pensais juste… juste un peu trop… Ne t'inquiète pas. Tu repris avec plus de sérieux. Tu vas faire attention, n'est-ce pas ?

-Oui, Mama, je promets ! Je ferais attention, je promets. Hais-tm'el gratf'. Tu le regardes surpris. Tu ne l'avais pas entendu parler Kryptonnien depuis des mois. Tu lui souris doucement, tu ne relevas pas la faute, il avait plus dit « Je me promets à toi » que « Je te promets à toi », mais qu'importe.

-Jastar''sss. Tu lui murmures doucement contre son oreille. Ça aurait pu se traduire par Je t'aime mais pas tout à fait, c'était plus fort. C'était un terme que tu avais inventé très jeune avec Lara pour ta Maison, pour ta famille. C'était ta façon de dire j'aime, la façon de dire je t'aime des El. Kal te fit un gros câlin, si tu avais été humaine, il t'aurait brisé la colonne vertébrale… Il te répond doucement.

-Jastars. Tu grimaces intérieurement. Il n'arrive presque plus à faire certains sons allongés typiques de la racine linguistique Hesgasien. Mais sa gorge et ses cordes vocales tellement peu habitués à parler autre chose qu'anglais, ne savait sans doute plus naturellement faire ces sons.

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Tu étais avec Cat, dans le Starbucks, cette fois, avec un nouveau café pour toi et pour Cat. Elle n'avait visiblement pas envie d'aller à son travail. Il était 8h05, vous aviez quitté les enfants aux derniers moments, parce que toi et Cat étaient inquiètes, anxieuse. Mais d'autres mères, principalement des mères d'ailleurs, avaient eu du mal à quitter leur enfant, ne serait-ce pour quelques heures. Tu regardais ton café un moment, perdue dans tes pensées. Tu imaginais toute ta famille, car tu pensais bien que toute ta famille aurait accompagné Kal jusqu'à la porte de l'école. Le transporteur aurait été plein de monde et de bruit. Chacun aurait raconté à Kal son entrée à l'école et des anecdotes et des bêtises sur leur scolarité. Ça aurait été merveilleux. Tellement merveilleux.

-Kara ? Une main se posa sur ton bras, tu sentis sa chaleur particulière à travers ton vêtement, tu sursautas et te dégageas brusquement, rapidement.

Quand tu regardas Cat, tu vis ses yeux blessés à ton geste, à cause de ton geste. Tu aurais du, d'habitude c'est ce que tu faisais, lui faire un doux sourire d'excuse et battre des cils doucement, car faire cela adoucissait toujours Cat. Et souvent tu lui prenais la main pour t'excuser d'avoir reculer. Mais aujourd'hui, trop de souvenir, trop de tristesse, trop de nostalgie, juste trop d'émotion... Aujourd'hui, en cet instant, tu avais envie de lui crier que c'était à toi d'être blessée, outrée, à toi et pas à elle, tu avais envie de lui hurler de te laisser tranquille, de lui hurler de cesser de te toucher, de cesser de te regarder avec tellement de…, tellement trop d'am...

Il y avait une tempête, une telle tempête de souvenirs et de sentiments dans ta tête… Dans les yeux de Cat, l'émotion se transforma, de la douleur, son regard se teinta de peur, parce que la violence de ce qu'il se passait dans ta tête, devait de voir dans ton regard. Alors tu fermas les yeux et murmuras doucement.

-Je… je suis désolée. Tu essayas de calmer ton esprit, tu te concentras sur le présent. Sur le sentiment que tu avais eu ce matin au réveil, quand Cat, Adam et Kal étaient près de toi, heureux, en sécurité.

Lorsque tu ouvris à nouveau les yeux, peut-être des minutes plus tard, Cat était partie. Et merde, pensas-tu.

Ça te fit sourire tristement, tu jurais dans la langue des humains avec facilité maintenant. Lara et Astra n'étaient que rarement d'accords mais elles s'entendaient sur le fait que tu ne maitrisais vraiment une langue que lorsque tu pouvais insulter et jurer sans soucis avec.

Peut-être qu'après tout, tu devenais de plus en plus humaine toi aussi. Si spontanée, si prompt à réagir, à blesser, mais aussi à aimer... Tellement humaine parfois, stupide Kara Kryptel ! C'est ce que tu te dis en partant à la recherche de Cat.

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Voilà. La suite n'est pas écrite.

Soyez patients.

Merci de votre lecture.

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Info sur les publications des autres.

1/ La fin de Poisson Babel-UA-SuperCorp arrive Mercredi 6 comme prévu.

2/ J'essaye d'être régulière, une fois par semaine, sur Une Couronne de R et de B, pour l'instant ça se fait, j'ai quelques chapitres d'avance et j'arrive à me motiver et surtout à trouver l'inspiration.

3/ Une traduction d'une fiction Mirandy (Devil in Prada/Le diable s'habille en Prada) arrive également. Cf mon profil pour plus d'info.