Chapitre 06

Tu devrais sourire plus souvent


Il souriait à s'en faire mal aux joues, les yeux brillants joyeusement. Lily fut surprise à cette vision, n'ayant pas l'habitude d'un tel comportement venant de son ami d'enfance. Et pourtant, loin d'en être figée, elle y répondit avec émotion. Elle ne savait pas ce qui lui était arrivé mais peu importait, tant qu'il était heureux.

Elle s'approcha, se postant à moins d'un mètre de lui, son visage face au sien. Elle prit en coupe son visage entre ses mains et plongea son regard dans le sien, faisant faner progressivement le sourire de Severus qui ne savait pas comme réagir.

Qu'allait-elle faire ?

Elle fronçait les sourcils d'une façon si intense. Et lorsqu'il ne s'y attendit pas, elle ramena son visage au sien mais pas pour ce que vous pourriez penser. Elle lui donna un coup de tête sur le front, assommant quelque peu le professeur de potion.

Elle n'avait pas lâché son visage après son coup, mais riait maintenant sans retenu. Elle rapprocha de nouveau son visage du sien mais posa cette fois-ci son front sur la bosse, délicatement. Il pouvait sentir la peau douce de la jeune fille contre la sienne qui se réchauffait au contact si délicat. Il ferma les yeux un instant, profitant du moment. C'était leur moment.

« – Tu devrais sourire plus souvent Sevy, tu es vraiment beau quand tu souris, lui confia-t-elle dans un murmure qui fit brûler le visage du concerné.

Elle poussa un rire en constatant sa réaction, lâchant son visage pour lui faire une pichenette sur le front.

– Vraiment un cas désespéré hein ? Mais, qu'est-ce que c'est que ces vêtements ? s'étonna-t-elle soudainement en prenant les dits vêtements, les examinant.

– Ce n'est rien, répondit-il un peu abruptement en lui arrachant presque le tissu des mains.

Geste qu'il réalisa et qu'il regretta au moment même où il le fit. Les mauvaises habitudes qui ne se perdaient pas, même devant elle, son miracle. Il releva un regard horrifié sur la rousse qui, à sa grande surprise, ne s'en formalisa pas, se permettant même un sourire moqueur. Avait-il oublié combien elle était parfaite ?

– Très bien, je vais accepter ce secret mais en contre-partie, tu viens avec moi à la soirée de Slughorn et, ce n'est pas négociable, rajouta-t-elle en voyant l'air contrarié qu'il afficha.

Il hocha finalement la tête, piégé. Ce n'était pourtant pas le sentiment qu'il ressentait. Il était plutôt comblé, et heureux de ce chantage si « cruel » de la part de sa meilleure amie.

– Marché conclu ! Tu devras faire un effort pour tes vêtements Severus. Je ne veux pas des vêtements difformes. Mets-toi à ton avantage ! »

Et elle partit sur ces bonnes paroles, en sifflotant. On pouvait voir une aura brillante s'échapper sur son passage. Il en avait presque oublié combien c'était agréable et… irréaliste d'être en compagnie de Lily Evans. Il sourit de nouveau franchement. Son cœur était sur le point de le lâcher. Il mit une main sur sa poitrine et fila en direction de son dortoir. Si il avait réussi à éviter les explications avec son amie, il n'en serait pas pareil avec des professeurs ou d'autres élèves. Mais à cet instant il s'en fichait. Il avait retrouvé celle qui comptait le plus pour lui.


Deux jours étaient passés depuis son arrivée dans cette époque et il constatait que certaines choses ne lui avaient pas du tout manqué. Comment dire que d'apercevoir, même de loin, le groupe des Maraudeurs au complet, dans leur plus grande forme, aux sourires si fiers et arrogants, lui donnait la nausée. Non décidément, ce n'était pas de trop 16 ans d'espionnage pour pouvoir garder un visage impassible devant eux. Il se contrôlait et il savait que ça les faisait enrager. Bien leur en fasse. Il n'était plus le faible adolescent qui subissait leurs sévices douloureusement. Non, il était bien plus fort et expérimenté que eux. Il ne pouvait empêcher son être de crier vengeance. Oh oui, il se ferait un plaisir de changer la donne. Ils ne réalisaient pas à qui ils tentaient de s'en prendre.

Il lui fallut une retenue à toute épreuve pour ne pas plonger dans un rire sinistre digne des plus grands méchants de films. Mais il se retint, ricanant d'anticipation dans son coin. Ils ne s'étaient pas encore directement attaqués à lui mais cela ne saurait tarder. Oh oui, il attendait tellement ça.

Il se servit un verre de jus de citrouille sous le regard de son ami Lucius, qu'il apprenait à redécouvrir sous ses traits d'adolescent. Celui-ci était plus grand que lui et foncièrement plus musclé. Il avait des cheveux impeccablement bien coiffés, coupés courts au niveau de sa nuque et retombant sur la droite dans une mèche soyeuse. Il avait un regard toujours aussi arrogant mais pourtant si emplie de malice. Si significatif d'un adolescent et son énergie débordante. Avec le recul qu'il avait, Severus savait au fond de lui que son ami ne méritait pas le destin qui l'attendait. Il était un garçon intelligent, doté d'un charisme exceptionnel et n'était pas homme à courber l'échine devant un autre. Il se promit de tout faire pour changer le futur du blond, ne souhaitant plus le voir si détruit, une bouteille d'alcool à la main, à lui avouer ô combien il regrettait ses choix de jeunesse.

Car oui, Rogue avait longtemps été le confident du sang pur, qui avait plus d'une fois cédé sous la pression, se laissant aller aux méandres de l'alcool afin de délier sa langue. Il ressentait toujours une pointe à la poitrine en le voyant ainsi. Il ferait tout pour ne pas que cela arrive. Il échangea donc un sourire avec lui, ignorant son sourcil se soulevant sous la surprise. Oui, il le sauverait lui aussi de ce funeste destin.

Il ne vit pas le directeur se lever, lançant un Sonorus sur sa voix afin qu'elle puisse porter dans la grande salle.

« – Mes chers enfants, j'espère que votre année se passe bien et j'ose espérer que les premiers années ont été bien accueilli par le reste des élèves. Il est important de savoir que dans les temps troubles que nous traversons, la solidarité et l'entraide envers chacun, est notre salut. Ne laissez pas les ténèbres vous enlever votre innocence et votre courage. Vous êtes tous des élèves de cette école et vous vous devez de tous vous entraider, peu importe vos déboires ou vos conflits. Traitez-vous les uns les autres comme une famille unie et indestructible, proclama Albus d'une voix déterminée.

Ces dernières paroles eurent le don de provoquer de nombreux murmures désapprobateurs, notamment dans la table des Gryffondors et Serpentard qui ne s'imaginaient pas s'entraider. Autant mourir, pensèrent-ils dans un même ensemble. Severus eut un rictus en constatant les mentalités l'entourant et comprit parfaitement le fond de leurs pensées. Si ils savaient réellement la portée de leur propos. Mourir, n'était pas une chose à prendre à la légère, surtout dans une stupide histoire de rivalité.

– Mais je suis persuadé que vous en êtes conscients tous autant que vous êtes, reprit-il imperturbable. Avant de vous laisser reprendre votre repas, j'ai le plaisir de vous annoncer le transfert d'une élève qui rentrera directement en 7e année, déclara-t-il en déclenchant une nouvelle vague de murmures, mais cette fois-ci, emprunte de curiosité. Je sais que ce n'est pas quelque chose d'habituelle mais sachez que la guerre sait remuer les habitudes. Je vous serai gré de ne pas chambouler cette élève qui a déjà traversé assez de troubles et vous demande d'accueillir chaleureusement Miss Tolstoï, finit-il sous le bruit des grandes portes qui s'ouvrirent. »

Ils tournèrent dans un même ensemble la tête vers les portes et virent une jeune femme s'avancer vers le tabouret qui venait d'apparaître avec le choixpeau. Beaucoup d'élèves réagirent à ce nom, connaissant la célébrité de cette grande famille russe. Avaient-ils bien entendus ? N'était-elle pas éteinte ? Ils admirèrent la nouvelle élève qui présentait de longs cheveux noirs lisses, lui arrivant au milieu de son dos. Ils brillaient et semblaient si doux, se dirent-ils. Ceux qui étaient assez proches virent ses yeux d'un gris métallique, si magnifiques. Elle avait une démarche noble, presque féline aux yeux de certains, qui n'arrivaient pas à détourner leur regard d'elle.

Severus le premier en recracha presque son jus de citrouille . Était-ce vraiment cette Miss-je-sais-tout qu'il supportait dans ses cours depuis six ans ?

« – Magnifique…. » souffla Lucius, le regard perdu dans l'observation de la nouvelle.

Ce murmure étonna d'autant plus le maître des potions. Il savait pertinemment qu'aucune fille n'avait réussi à lui arracher de tels propos, les trouvant toutes fades et insipides à côté de lui. Et en une seule apparition, éloignée, il fallait le préciser, elle lui faisait dire ce mot presque sacré. Severus se rembrunit, se disant qu'elle n'était pas la meilleure amie de Potter pour rien. Elle avait le don de ne jamais rien faire comme tout le monde, tout comme le Survivant. Ils attiraient les ennuis comme des mouches. L'idée maintenant de devoir surveiller son ancienne élève afin de protéger sa vertu de tous ces adolescents en chaleurs, ne l'enchanta pas plus que cela.

Elle s'assit sur le tabouret et le choixpeau lui fut posé sur le haut de la tête par le professeur Mcgonagall qui lui fit un sourire poli. Un long silence suivit. Les élèves attendaient avec impatience le résultat. Tous souhaitaient qu'elle se retrouve dans leur propre maison. Et finalement le résultat tomba.

« SERPENTARD ! » cria le choixpeau sous les acclamations des Serpentards qui avaient l'impression d'avoir gagné la coupe.

Lucius le premier, poussa un hurlement approbateur sous les yeux exorbités de son ami. Où avait-il mis son éducation de sang pur froid, devant se tenir droit en toutes circonstances? Le blond ne semblait pas s'en préoccuper, étant même le premier à se lever pour accueillir sa camarade, lui baisant la main sous les regards scandalisés des autres sang purs qui souhaitaient également tenter leur chance. Et pourtant, en un geste, Lucius avait établi une évidence douloureuse pour eux : elle serait à lui. Ils cédèrent de mauvaise grâce, ne souhaitant pas se mettre le blond à dos.

La proie en question fit un sourire charmant à Malfoy et le laissa l'entraîner à sa suite vers Severus qui affichait une expression fermée.

« – Severus, je te présente Miss Tolstoï, chantonna-t-il dans son rôle de gentleman.

– Appelez-moi Yulia s'il-vous-plaît. Nous allons passer le reste de notre scolarité ensemble, autant nous mettre à l'aise tout de suite. Ne penses-tu pas Severus ? Demanda-t-elle avec un sourire flamboyant.

– Oui, tu as raison, lâcha-t-il, les dents serrées.

– Tu as tout à fait raison ma chère. Appelle-moi Lucius, précisa le sang pur avec joie.

– Je ne manquerais pas de le faire, répondit-elle charmante. »

Le jeune Malfoy était aux anges. Venait-il de trouver son âme sœur ? Sa joie semblait s'exprimer tout autour de lui. Le brun ne serait même pas étonné de voir des petits cœurs graviter vers son ami. Un Malfoy subissant un coup de foudre semblait vraiment perdre toute retenue. Il ne manquait plus que cela.

Le reste du repas continua ainsi, le Serpentard la bombardant de questions sur ses goûts, activités et préférences. Elle ne s'énervait jamais. Restant calme et polie. Répondant à chaque question avec précision, au plus grand plaisir de l'enquêteur. L'ancien professeur n'avait pas pu résister à deux trois regards vers le ciel, dépité devant son comportement. Et cela continua ainsi même une fois la table quittée, en direction de leur cours.

Ils passèrent tout juste les portes, qu'ils furent stoppés par nulle autre que les Maraudeurs. Ce fait redonna de l'énergie à Severus, prêt à en découdre. Lucius fronça les sourcils, peu enchanté à l'idée que ces malotrus s'approchent de sa merveille. Pas un instant impressionnés, James et Sirius firent la queue pour faire tout deux un baise-main à la jeune fille qui accepta l'attention posément. Le blond tenta de la ramener vers lui, trouvant leur dite attention bien trop prononcée et pourtant, il fut stoppé par la fameuse Yulia qui, d'un regard, lui fit comprendre que ce n'était pas nécessaire.

« – A qui ai-je l'honneur? Demanda-t-elle.

– James Potter.

– Sirius Black. Voici également Remus Lupin et Peter Pettigrew, énonça le brun avec fierté.

Le lycanthrope fit un sourire cordiale et Peter se ratatina littéralement sur place sous le regard métallique de la jeune fille.

– Enchantée.

– C'est nous qui sommes enchantés. Mais si désolés que tu te retrouves chez ces fourbes serpents, déclara d'un ton mauvais James, en désignant ses deux compagnons.

Severus l'ignora et Lucius lui attribua un regard polaire. Yulia s'approcha, tournant autour des garçons qui furent quelque peu désarçonnés par son comportement.

– Hmmm... Des Gryffondors à ce que je vois, commença-t-elle en pointant leur blason. Vous aimez sortir vos griffes, continua-t-elle en mettant son visage à quelques centimètres de celui de Sirius qui s'offusqua presque de sa proximité soudaine. Vous aimez rugir et montrer votre force, souffla-t-elle à présent dans le cou du brun à lunette qui n'en menait pas large, votre courage, continua-t-elle en dérivant sensuellement vers Remus qui ne put s'empêcher de renifler son doux parfum, fermant à demi ses yeux en signe d'appréciation. Vous aimez prouver votre courage, murmura-t-elle en faisant face à Peter, qui se rétracta naturellement sur lui-même sous un sourire presque mauvais de la Miss.

Elle semblait danser autour d'eux. Elle faisait ça avec une telle sensualité, une telle souplesse.

– Mais voyez-vous, je déteste les chatons qui se prennent pour des lions, avoua-t-elle tout en claquant sèchement les dents devant le visage de James qui blêmit soudainement sous le bruit sec. Je préfère largement les serpents. » conclut-elle en se séparant d'eux pour retourner auprès de ses camarades de maisons qui ne savaient pas eux non plus comment réagir.

Les Gryffondors étaient figés, tremblant de….désir. Elle leur attribuait un regard si intense. Elle attrapa souplement le bras des deux Serpentards et s'éloigna sans un mot de plus pour les lions qui étaient semblable à des statues. Severus leur attribua son plus beau sourire mesquin, leur faisant clairement comprendre leur place par rapport à la sienne.

Les deux garçons ne firent aucun commentaire, ne sachant pas par quoi commencer. Extraordinaire, prodigieux, époustouflant, bandant ? Tellement d'adjectifs qu'ils pouvaient attribuer à cette scène inédite. Lucius raffermit son bras contre celui de Yulia. Oui, elle était parfaite.


La nuit tombée, Severus regardait le feu gronder dans la cheminée de la salle commune, assis dans un fauteuil confortable. Il sentit la jeune fille se poser à côté de lui, naturellement.

« – Je ne m'attendais pas à une scène pareille Miss Granger, débuta-t-il, en provoquant un petit rire de la principale concernée.

– Laissez tomber le Miss Granger. On est dans la même galère et on risquerait de se faire entendre.

– Comme si je n'avais pas remarqué le sort d'intimité que vous avez lancé, Miss Tolstoï, répondit-t-il acerbe.

– Yulia suffira Severus.

– Je ne vous permets pas de m'appeler ainsi en dehors des nos rôles.

– Oh mais je ne vous ai pas demandé votre avis, répondit-elle simplement, imperturbable.

Severus accusa le coup, sachant pertinemment qu'elle était têtue, voire plus que lui. Il s'enterra donc dans un silence, vexé.

– Harry avait prévu de les remettre à leur place, avoua-t-elle.

– Plaît-il ?

– Les Maraudeurs. Harry s'était donné en objectif de les faire redescendre de leur petit nuage d'arrogance et leur faire payer ce qu'ils vous ont fait.

Cette révélation troubla le maître de potion qui ne s'y attendait pas du tout. Surtout de la part du fils de son ennemi. Ainsi, il voulait le venger.

– Je ne fais que répondre aux attentes de mon meilleur ami, continua-t-elle avec un sourire triste.

Oui, il n'était plus en mesure de le faire lui-même. Il devina presque des larmes au bord de ses yeux, mais elle se refusait à les laisser couler. Elle les avait déjà assez pleuré ces deux derniers jours. Le mieux qu'elle pouvait faire à présent était de remplir sa mission en leur mémoire. Que leur mort ainsi que de toutes les victimes de Voldemort n'aient pas été vaines.

– C'est une charmante attention de votre part, mais sachez que je saurai me débrouiller avec ces crétins.

– Encore une fois, je ne vous demande pas votre avis, rectifia-t-elle, d'une voix pleine d'évidence.

Il tourna son visage contrarié vers Hermione qui ne se démonta pas. Non, elle ferait ce qu'elle voudrait, que cela lui plaise ou non. Il devrait se le rentrer dans le crâne. Il soupira. Elle ne serait pas de trop pour leur en faire voir de toutes les couleurs. Il observa discrètement l'ancienne Gryffondor. Il ne savait pas si c'était ces changements physiques ou ce rôle de sang pur qu'elle s'était attribué qui la rendait si...attrayante, mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était encore plus intéressante que ce qu'il s'était imaginé.

Elle vit rapidement son inspection et ne retint pas son sourire moqueur.

– On me matte maintenant Severus, demanda-t-elle en plongeant son regard gris dans le sien noir comme la nuit.

– Ne prenez pas vos rêves pour une réalité ! » cracha-t-il en détournant le regard, dissimulant tant qu'il put le rougissement brûlant ses chaires.

Mais qu'est-ce qui lui prenait enfin ! Il venait de détourner le regard et par Merlin de rougir devant son élève. Enfin, elle n'était plus son élève mais elle restait techniquement Miss Granger et…. Par Salazar il allait devenir fou. Ces Gryffondors avaient vraiment le don de le faire sortir de ses gonds et faire de sa vie un enfer.

Il se releva précipitamment en lâchant un bonne nuit rapide à Hermione avant de partir rejoindre son lit. La jeune fille posa la main sur sa bouche, camouflant un rire qu'elle se permit pendant quelques minutes. Elle remarqua la carte posée discrètement à côté d'elle. Elle s'en saisit et la rangea dans sa robe. La tension relâchée, elle s'avachit sur le fauteuil, la tête jetée en arrière, reposant sur un coussin. Ces moments là, elle aurait tellement souhaité les partager avec eux, pensa-t-elle en regardant une photo de ses amis qui lui souriaient. Elle était seule...Tel était maintenant son monde, et elle allait devoir l'accepter. Elle ferma les yeux et repensa à tout ce qui lui était arrivé depuis qu'elle avait franchi le portail.

Flash-back

Elle avait à son doigt la chevalière de la famille, un poids qui lui semblait énorme à porter. Elle avait du mal à concevoir les responsabilités qui lui tombaient sur les épaules à ce moment là. Certes, Henriette lui avait longtemps rabattu les oreilles sur le fait qu'elle hériterait de toute sa fortune, sa mère souhaitant uniquement continuer à tenir son cabinet de dentiste avec son mari. Mais maintenant qu'elle était devant le fait accompli, les espoirs d'une grande famille sur elle, elle se sentait presque indigne.

Qu'était-elle pour représenter toutes ces personnes ? Elle qui n'était qu'une….née-moldu...pensa-t-elle amèrement. Mais était-elle maintenant uniquement une née-moldu ?

« – Tu es ma descendante, déclara Matvei, la coupant dans ses sombres réflexions.

Elle redressa le regard vers le portrait, surprise. Avait-il compris ce à quoi elle pensait ? De toute évidence. Elle étira un petit sourire, touchée par l'attention.

– N'aies pas peur du monde qui s'ouvre à toi. Je sais que tu seras capable de faire tout ce à quoi tu aspires. Tu es une Tolstoï, tu es ma descendante et le sang de chercheurs impétueux coulent dans tes veines. Sois-en fière et rends-nous fiers par ta brillance et intelligence. Sois aussi belle et aussi rusée que Yelena. Je sais que tu en seras capable, confia-t-il sans ciller.

Cette déclaration de confiance bomba la poitrine de la Gryffondor. Il n'était pas temps de douter mais d'agir. Elle le remercia d'un sourire et se plaça devant un miroir, s'observant tout en donnant quelques coups d'œil à son ancêtre. Elle ne dégageait pas la même aura de noblesse que lui. Elle devait impressionner et marquer les esprits sur son passage. Elle pointa sa baguette sur ses cheveux et ils se mirent à pousser, chatouillant à présent le milieu de son dos, se raidissant progressivement tout en se fonçant jusqu'à en devenir noir.

– Tu n'as pas besoin d'artifices pour me rendre fier, s'insurgea-t-il.

– Je ne peux pas me permettre de garder cette identité. Mon apparence appartient à Hermione Granger. Il me faut maintenant tenir le rôle de Yulia Tolstoï et des changements physiques sont nécessaires, répondit-elle, ne relevant pas le fait qu'elle était une nouvelle fois touchée par ses propos.

Il l'avait totalement accepté telle qu'elle était.

Elle modifia la couleur de ses yeux, s'étonnant du sentiment troublant qui prit possession d'elle. Elle se sentait déjà différente, si… aristocrate. A son étonnement, ce n'était pas pour lui déplaire. Tout enfant, au fond d'elle, rêvait un jour de devenir une sorte de princesse. Autant apprécier la situation à fond.

Elle se tourna vers Matvei qui lui attribua un regard réjouit.

– Tu es parfaite, la félicita-t-il.

– Merci. »

Sur ce dernier mot, elle prit sa bourse brodée et l'attacha à sa ceinture. Elle avait des achats à faire en vue de la rentrée et surtout, elle devait être présentable pour rencontrer Dumbledore, son arrière arrière grand-père… Elle transplana au Chemin de Traverse et se dirigea rapidement vers les magasins de vêtements. Elle ne passa pas inaperçu, les vendeuses au radar qui comprenaient rapidement le rang de la jeune fille. Oui, malgré ses vêtements simples, on savait ce qu'elle était.

Elle fut servie comme une princesse, augmentant le nombres de sacs qui la suivaient magiquement. Elle portait déjà une de ses tenues, qui la mettait, il fallait l'avouer, vraiment bien en valeur. Alors qu'elle passait une allée, dans la bonne intention de se diriger vers la librairie, elle sentit un de ses sacs maintenu sur place, l'empêchant de faire un pas de plus.

Elle se retourna, prête à en découvre avec le malotru qui osait la déranger lorsqu'elle tomba dans un regard bleu cyan la figeant un bref instant. Par Merlin, elle ne s'y était pas attendu. Se tenait face à elle, un homme devant avoir la bonne trentaine, aux cheveux bruns légèrement ondulés, coiffés en arrière, dégageant son visage légèrement carré, aux mâchoires saillantes. Il avait une peau couleur miel qui paraissait douce et très bien entretenue. Il fallait être stupide pour ne pas comprendre ce à quoi elle avait à faire. C'était assurément un aristocrate, maintenant restait à savoir qui.

Elle le darda d'un regard hautain. C'était sa première altercation avec ce monde qu'elle devait dompter. Elle se devait de rentrer dans son rôle.

« – Vous êtes bien chargée ma Lady, voudriez-vous que je vous décharge de ces fardeaux tout en vous proposant de partager, avec ma charmante compagnie, un verre ?

C'était osé. Ce fut sa première pensée. Il ne se prenait vraiment pas pour un bouseux, ça c'était sûr. Elle dirigea sa main vers la baguette qui retenait ses paquets, la déviant de sa trajectoire.

– Je vous prierai tout d'abord de laisser mes achats à ma charge. Le sort n'est en rien fatiguant et c'est même insultant que vous pensiez que j'ai besoin d'aide pour un sort si simple, déclara-t-elle posée.

L'homme sourit, intrigué. Il s'était attendu à ce qu'elle fonde devant lui, touchée par son attention. Mais il n'en était rien.

– Et je trouve osé de votre part de penser que je partagerai un verre avec, aussi charmant soit-il, un Lord qui ne s'est même pas présenté, reprit-elle.

Alors ça… Elle ne le reconnaissait pas… Ce fait le surprit d'autant plus. Qui pouvait-elle être ? Il fallait avouer qu'il avait été tout de suite charmé par ce petit bout de femme qui vaquait à ses occupations. Il n'avait pas résisté à l'envie de passer le temps avec elle. Mais peut-être serait-elle plus qu'un simple passe-temps, se fit-il soudainement la réflexion en plongeant son regard dans celui acier de la jeune fille.

Il se pencha avec souplesse, attrapa sa main, et posa délicatement ses lèvres sur ces doigts si fins, tout en gardant le contact visuel avec celle-ci. Lorsqu'il sentit sous son toucher, une bague qu'il reconnaissait aisément comme une chevalière. Il rompit un bref instant le contact visuel et porta son attention sur la bague. Ces armoiries… Était-ce possible ?! Un sourire. Oui sa journée allait vraiment être intéressante. Il se redressa, tout en gardant la main gracieuse dans la sienne.

– Orion Black, pour vous servir, se présenta-t-il d'une voix rauque.

Il lui fallut tout son sang froid pour ne pas tressaillir. Non pas pour ce ton charmeur, mais surtout sur ce que cela impliquait : c'était le père de Sirius.

Elle retira souplement sa main, tout en lui souriant.

– Enchantée My Lord, répondit-elle, avant de partir simplement, choquant Orion, qui ne s'y attendait pas du tout.

Il perdit un peu de sa superbe en la suivant précipitamment. Il se posta devant elle, souhaitant l'empêcher d'aller plus loin. Allait-elle vraiment partir ainsi, sans même se présenter ?! Son nom n'avait-il pas attisée sa convoitise ? Il ne s'était jamais fait refoulé de cette manière !

– Vous ne m'avez pas donné votre nom, souffla-t-il, se remettant droit et reprenant son souffle sous le rythme effréné de son cœur.

– Il ne me semble pas vous avoir dit que je vous le donnerais, émit-elle avec évidence. Maintenant, si vous le permettez, je suis occupée, somma-t-elle indirectement qu'il se pousse.

Décidément, jamais il n'avait été traité ainsi par une femme. Elles, qui habituellement, gravitaient autour de lui telles des abeilles avec du miel. Fait d'autant plus accentué depuis la mort de son épouse. Il était un Lord magnifique, et célibataire. Aucune femme, aussi folle soit-elle, ne pouvait pas concevoir de laisser cette chance lui filer sous les doigts. Et il le savait. Alors pourquoi, elle, ne semblait pas s'en soucier ?

– Permettez-moi de vous accompagner. Je suis seul en cette belle journée et je souhaiterai la partager avec vous. J'ai moi-même des achats à faire, nous pourrions nous tenir compagnie, proposa-t-il, n'en démordant pas.

Hermione se retint de lever les yeux au ciel. Mais qu'est-ce qu'il pouvait être têtu. Ne comprenait-il pas qu'elle ne souhaitait pas être avec lui ? Ces bonnes manières lui faisait réellement perdre patience, bon sang.

Elle se rapprocha soudainement de lui, agrippant fermement sa chemise, d'une poigne qu'elle avait souhaité moins soutenue, mais tant pis. Elle planta ses yeux dans les siens, sans hésitation. D'un regard extérieur, cette scène pouvait laisser penser que la jeune fille donnait un doux baiser à son prétendant. Mais il en était tout autre, surtout aux yeux du Lord, qui ne sut pas comment réagir.

– Vous allez m'écouter car je ne vous le dirais pas une autre fois avant de vous faire goûter de ma baguette. Je suis occupée et cela ne requiert pas la présence de votre charmante personne. Je vous conseille de vous faire à l'idée de passer le reste de la journée, sans moi, le menaça-t-elle d'une voix sombre.

Son souffle s'abattait dans son cou, finissant dans ses oreilles qui lui donnaient des sensations grisantes. Jamais une femme ne lui avait fait autant d'effet. Il avait la main en suspens, hésitant à la mettre sur la taille de cette inconnue pour de l'empêcher de lui filer sous les doigts, la collant à son torse afin de pouvoir toucher cette peau de porcelaine. Mais il se retint, sous ce regard froid. Elle ne semblait pas plaisanter lorsqu'elle émettait l'idée de lui faire goûter à sa baguette. Il n'avait pas peur, par Merlin, il était un fin combattant. Mais il ne souhaitait pas provoquer un duel avec cette si sensuelle créature. Aussi, il relâcha ses muscles, tel un pantin.

– Très bien, belle inconnue. Je saurais patienter jusqu'à notre prochaine rencontre. » lui souffla-t-il à son tour dans son cou fin. Elle retint un frisson. Malgré ce rôle qu'elle se donnait, elle n'avait pas l'habitude d'être en contact avec des hommes si beaux. Elle lâcha finalement son vêtement, s'éloignant définitivement de lui sans un dernier regard pour le Lord qui la regardait partir, pantelant.

Hermione franchit la porte de la librairie et reprit difficilement son souffle qu'elle avait coupé sans s'en rendre compte. Cette scène était si intense et osée. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris mais au moins, elle était arrivée à ses fins. Il l'avait laissé partir. Elle continua ses achats et inspecta l'heure. Elle avait rendez-vous avec Dumbledore dans une heure. Elle transplana une première fois au manoir, déposant ses affaires et une seconde fois à Pré-au-lard, marchant jusqu'aux portes du château. Le directeur l'attendait, de son éternel regard pétillant.

Elle eut le cœur serré, si heureuse de le revoir, vivant.

Elle fit une révérence, qu'il répondit en faisant tout autant et elle le suivit dans les dédales de couloirs de l'école. Ils arrivèrent jusqu'à la gargouille gardant l'entrée du bureau.

« – Caramel au chocolat, lui souffla-t-il afin qu'elle ne s'ouvre »

Il était vraiment le même. Il lui indiqua un fauteuil face au bureau, l'invitant à prendre place.

« – Je dois vous avouer, Miss Tolstoï, que j'ai été surpris de recevoir votre lettre. Je pensais, pardonnez-moi ces propos, que votre famille s'était éteinte.

– Rassurez-vous, c'est un fait méconnu. Je suis l'héritière de Yelena Tolstoï.

Ce nom eut le don de faire perdre le sourire au directeur, qui afficha une expression sombre.

– Yelena Tolstoï est morte sans avoir d'enfant, articula-t-il d'une voix froide.

Elle avait touché un point sensible.

– Elle a eu un enfant avant de mourir, lui exposa-t-elle.

– Vous mentez ! Perdit-il patience, en se redressant de son fauteuil qui tomba au sol.

Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Tellement de douleur transparaissait dans ses traits. Elle écarquilla les yeux. Il souffrait.

– Je ne suis pas venu vous blesser, mais pour vous aider. Voldemort est une menace à éradiquer.

Le sorcier se figea, pris de court. Mais que disait-elle ? Elle prétendait être l'enfant de Yelena et maintenant qu'elle pourrait l'aider à défaire le mage noir. Il fronça les sourcils et attribua un regard meurtrier à cette impertinente.

– Je vous prierai de cesser les mensonges. Je n'ai pas de patience pour vos propos insensés.

– Laissez-moi vous raconter mon histoire, et vous jugerez si mes propos sont insensés, répondit-elle, imperturbable.

Il eut comme premier réflexe de rejeter sa proposition mais il se rétracta en rencontrant son regard déterminé. Elle ne semblait pas lui mentir. Mais il savait par expérience, que les mots pouvaient le tromper. Tom en était un parfait exemple.

– Je vous laisserai confirmer mes propos en fouillant parmi mes souvenirs, proposa-t-elle, finissant de le convaincre de la laisser lui raconter son histoire.

Elle lui parla de la prophétie qui ne tarderait pas à être prononcée, de l'histoire de Harry, des conséquences de beaucoup d'actions, des erreurs à éviter. Elle lui parla de sa situation, de la découverte de son héritage, le faisant écarquiller les yeux. Elle lui raconta tout ce qu'elle savait. Elle n'avait plus rien à perdre. Cela ne pouvait pas être pire que ce qu'elle avait connu.

Albus vira en différentes expressions graves pour finalement regarder l'être lui faisant face comme un miracle. Beaucoup d'informations étaient arrivées à lui mais une en particulier retenait son attention : c'était sa petite fille, à lui et Yelena.

Son cœur chavirait de bonheur. Elle avait donné naissance à leur enfant, une fille. Fille qui, si il comprenait bien, avait grandi avec des moldus et avait donné une femme merveilleuse. Il la regardait avec tellement d'émotion. Et il fit un geste qu'il ne s'était plus permis. Sans lui demander son avis, il la prit dans ses bras. Nul besoin de vérifier quoi que ce soit. Trop d'évidences, trop de coïncidences. Il sentait de nouveau son cœur battre, autrement que pour le combat contre le mal, mais comme un parent retrouvant ses proches.

Hermione n'en menait pas large, n'ayant pas anticipé cette attitude. Elle s'était attendu à ce qu'il se jette dans ses souvenirs pour confirmer ces propos irréalistes. Mais non. Au lieu de cela, il la prenait dans ses bras, tremblant quelque peu. Comment ne pas être ébranlée en voyant ce puissant sorcier si respecté être secoué par l'émotion ? Elle se logea dans ces bras réconfortants, en appréciant la chaleur. Pourrait-elle trouver une famille dans cette époque ?

Fin flash-back

Après cet épisode, Albus s'était repris et ils avaient pendant de longues heures discuté de plans de batailles, d'échecs à ne pas essuyer. Le soir, elle avait laissé ses larmes ravager ses joues de nostalgie, étant envahie par les images de ses amis mourant devant ses yeux. Elle ne pourrait jamais oublier ce regard carmin brûler de haine.

Elle ferma les yeux, toujours avachie sur le fauteuil, et ne remarqua pas Severus qui l'observait, curieusement et compatissant. Elle restait une enfant malgré tout. Il ferma les yeux, se berçant de la respiration de Hermione qui s'endormait dans la salle commune sous l'œil bienveillant du brun.