Le soir même, alors que chacun se fond dans les draps accueillants de leurs lits respectifs - Merlin ayant volontiers céder le sien à Jesse en lui assurant qu'il avait une couche où dormir - nul se doute vraiment qu'une routine se met lentement en place.

Si au début, Gaius reprenait la jeune femme quand il la voyait faire une quelconque corvée, il a préféré rendre les armes, conscient que plus il lui interdisait, plus elle désobéissait, prolongeant même son travail dans le seul but d'avoir le dernier mot.

Merlin aussi se faisait houspiller quand il cherchait à l'aider, la future mère ayant vite apprit à utiliser la bonne intonation quand elle soupirait simplement :

« Merlin... »

Ayant fait la connaissance de Gwen, il n'est pas non plus rare de les voir ensemble, discutant plus ou moins rapidement au coin d'un couloir ou devant une étale du marché, Arthur lui ayant assuré de lui trouver une place de servante après son accouchement. Pour l'heure, elle seconde Gaius pour le ménage et les repas, tout en apprenant sous sa tutelle, les bases de lecture et d'écriture que sa condition lui a toujours refusé.

Par ailleurs, Guenièvre avait été l'une des premières personnes à qui la châtaine ait confié le souhait de quérir une famille pour son bébé, ayant compté sur une partie de sa future solde afin de payer ceux qui recueilleraient le fruit de ses entrailles.

Et si sa nouvelle amie avait respecté sa promesse de rester discrète, les recherches de Jesse n'étaient toutefois pas passées inaperçues, ce qui avaient expliqué en partie la réaction du prince quand il était venu la trouver dans le laboratoire de celui qui avait fini par devenir son tuteur, à peine quelques jours après son installation.

« Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu comptais abandonner ton bébé ? » Lui avait-il lancé en guise de préambule sitôt rentré dans la pièce.

Surprise par le timbre employé quand il ne s'était toujours adressé à elle qu'avec douceur, la jeune femme avait légèrement froncé les sourcils.

« Parce que je ne l'ai pas jugé nécessaire, avait-elle cependant répondu.

- Tu aurais pourtant dû, que je ne l'apprenne pas par une rumeur de couloir. »

Teinté d'une colère que Jesse n'avait pas comprise, la réplique l'avait d'abord laissé muette avant de lui faire serrer les dents, consciente malgré tout de la différence de rang entre Arthur et elle.

« Sauf votre respect Altesse, avait-elle par la suite conclu d'une voix qu'elle avait espéré neutre. Ce qui ce rapporte à ma grossesse ne concerne personne d'autre que moi. »

Quelque chose avait voilé une seconde les iris bleutées du prince avant que sa colère ne s'apaise qu'à moitié.

« Bien-sûr. »

Il avait ensuite prit congé, et tous deux n'avaient plus abordés le sujet sans savoir pourquoi il était si épineux d'un côté comme de l'autre.

Quant à son ventre, il s'est davantage arrondi à mesure que son huitième mois a fini par aboutir et malgré les cauchemars qui peuplent toujours ses nuits, Jesse suit le cour de ce temps qui ne cessant de défiler, consolide un peu plus chaque jour cet équilibre bancal qu'elle a eut tant de mal à retrouver.

Tout en lui permettant également de prendre ses repères et ses habitudes, comme de porter elle-même tous les soirs, le remède prescris à Dame Morgane par son tuteur. Ou un plateau contenant le repas du jeune prince, quand Merlin est occupé à une autre tâche qui lui fait prendre du retard pour le reste.

[ ... ]

Soupirant doucement, Arthur resserre inconsciemment la prise de son bras sur la taille mince du jeune homme qu'il tient blottit contre lui, ses lèvres se posant naturellement à la base de la nuque offerte alors que les pulpes de ses doigts flattent la peau sensible qui se trouve être celle du ventre plat du jeune sorcier. Toujours endormi, ce dernier ne bronche pas sous les attouchements indécents dont il est la victime pourtant consentante.

Presque tendrement, le prince se dégage et l'incite à rouler malgré lui sur le dos, l'admirant un instant dans son sommeil. Puis il se place sur lui et veillant à ne pas l'écraser de son poids, embrasse chastement ses lèvres, dont un bleu a déjà fleuri juste au coin gauche de l'inférieure.

Cadeau de Jesse quand cette dernière s'étant endormie à table la veille au soir, il l'avait portée au lit. Elle avait choisit le moment où il s'était penché afin de la poser correctement sur le matelas pour se débattre sans prévenir dans son sommeil, et envoyer dans un geste maladroit de défense ses poings droit devant elle.

Le coup les avait surprit tous deux, réveillant la jeune femme dans le même temps.

Merlin gémit dans sa semi-conscience alors que la bouche tendre de son prince butine maintenant la peau tiède de sa gorge. Il s'étire lentement sous lui tandis qu'il reprend pied avec la réalité, accueillant avec délice cette chaleur familière qui embrase ses sens.

Puis prenant appui sur son coude, il incite le blond à basculer à son tour sur le dos, prenant ensuite place sur son corps souple. Peau contre peau, souffle contre souffle, ils débutent alors un long-va-vient qui se résume plus à une friction de leur deux érections, brûlante et électrisante. C'est presque trop peu mais ce seul contact suffit à les amener à l'apogée de ce plaisir qu'ils ne cessent de chercher l'un en l'autre.

Indifférent à la sensation poisseuse du sperme qu'il sent coller leurs bassins, le fils d'Hunith se recouche sur son amant, calant sa tête dans le creux de son cou, apaisé et repus.

« Tu es lourd, se moque gentiment le blond, alors que la paume de sa main gauche passe et repasse en une lente caresse le long de son flanc.

- Pas vrai... »

C'est plus un marmonnement à peine audible qu'autre chose mais le prince le perçoit pourtant très bien, s'en amusant tout autant. Il attrape cependant un pan du drap et glisse tout bas :

« Lève-toi juste un peu. »

Avec difficultés, il faut bien l'avouer, Merlin s'exécute, laissant le soin à son amant de les essuyer sommairement avant de reprendre sa position initiale. Il ne reste que quelques heures avant celle du réveil officiel et il compte bien en profiter.

[ ... ]

En ce nouveau début de soirée, alors que le mois de Juin a déjà débuté, Arthur travaille derrière une pile de parchemin noircis d'encre quand un coup est frappé au battant de la porte de sa chambre.

« Entrez. »

Apparaissant sur le seuil, la mine fatiguée mais souriante, Jesse s'exécute avant d'avancer dans la pièce.

Et se figer d'un seul mouvement la seconde suivante, tandis que ses mains lâchent malgré elle le plateau qui s'écrase au sol dans un fracas de vaisselle brisé.

« Jesse ? » Bondit aussitôt Arthur de sa chaise qu'il fait même tomber dans la manœuvre.

Ses yeux verts plus brillants que jamais quand il la rejoint de quelques pas, l'interpellée lèvre vers lui un visage peint en un masque de terreur pure alors même qu'elle lui confirme ce qu'il craint avoir deviné :

« Le bébé arrive. »