7.
- Vous n'avez rien entendu ? interrompit un des gardes de Pernilla Velknis.
- Oui, il m'a semblé, approuvèrent Jilen Gorkom et Kéren Brondlir. Je doute que l'on fasse sauter des bouchons de champagne dans les appartements.
- Je n'ai effectivement pas les idées assez larges que pour laisser mon équipage boire à mes succès, approuva Quendal. Gorkom, cette sigipste n'était certainement pas seule.
- Seule ou pas, pas plus d'une ou deux personnes auraient pu se dissimuler sur ce yacht, remarqua Pernilla. Nos gardes en viendront à bout.
Quendal se leva, l'air soucieux.
- Il serait préférable que nous demeurions ici sur le pont. Nous avons une bonne vue sur le reste du yacht et nos gardes nous protègent. Si l'on veut s'approcher de nous, nous aurons le temps de réagir. Ce ne peut être réellement grave et d'ailleurs nous sommes sur le point d'atteindre l'île-entrepôt.
Des commandos plongeurs venaient à la rescousse de l'équipe infiltrée à l'intérieur de la Sirène des Mers. Prenant les gardes des Maîtres à revers, ils purent facilement et sans trop de casse, neutraliser ceux qui se trouvaient dans les divers appartements, la salle de conférence et les deux en poste dans la salle des communications. Sous prétexte d'aider, les policiers-matelots de la Sirène se plaçaient dans les lignes de mire pour dérouter le temps d'un éclair ou tiraient tout bonnement sur les gardes qu'ils étaient censés épauler.
Il ne restait plus qu'à s'approcher des Maîtres. Des plongeurs se dirigèrent vers l'avant pendant que les commandos progressaient par bâbord et tribord pour les encercler.
Toujours cachée dans la chambre afin que les Maîtres ne puissent soupçonner la mise en scène de son exécution et donc se retourner contre son partenaire de mission, Sharlène Krobille, yeux rivés sur les écrans de télévision intérieure, dirigeait de la voix les équipes d'intervention.
Dissimulés sur un quai, derrière une grue de déchargement, Ayvanère et Soreyn avaient vu la Sirène des Mers accoster.
- Tu sais que tu es redoutable quand tu te bats par amour, Ayvi ? Pirater les communications de Davriskol avec la Marina demandait un instinct génial et du talent technique hors pair ! Dès lors, sa destination n'était plus un mystère et nous pouvions l'y précéder avec cet hélico de location ! Mais je ne vois vraiment pas ce que nous allons pouvoir faire ? On ne peut pas approcher Davriskol et lui demander gentiment qui il est en réalité et, surtout, de nous le prouver !
- Attendons de voir… Je me demande bien pourquoi ils tardent à débarquer !
- Mais d'où sortent-ils, glapit Quendal en tournant un regard enflammé vers Gorkom, jouant jusqu'au bout son rôle d'hôte outré par le grabuge. Cette sigipste, elle vous a bien roulé. Elle est venue avec une armée. Ces commandos sont en train de massacrer vos hommes et les miens !
- Un hélico, cria Pernilla en désigna le fin appareil qui fonçait au ras des vagues.
- Protégez-moi, protégez-moi, ordonnèrent les trois trafiquants à leurs gardes.
Postés autour de leurs patrons, les gardes accueillirent les commandos à coups de rafales de pistolet-mitrailleur. Les trois Maîtres bondirent sous la table tandis que les balles dévastaient les tables du buffet et le mobilier du pont.
- A la vedette, avertit soudain Quendal. Elle peut filer à deux cents à l'heure et on a une autonomie d'une semaine. Vite, on peut encore fuir et se faire repêcher en mer.
- Oui, j'ai des contacts dans les îles, fit Pernilla. Il suffirait d'arriver l'îlot de Vi, à moins de quatre heures de navigation.
- Comment atteindre la navette ? interrogea Jilen. Ces commandos nous coupent la route
- J'y vais, déclara Quendal en se redressant et en contournant la table.
Comme il s'approchait de la rambarde et se penchait vers le hors-bord fixé un peu en dessous, un commando le prit pour cible. Pour éviter ses tirs, Quendal plongea dans l'eau, entre le yacht et le canot.
Menottés et gardés par trois commandos, les Maîtres de Barenk ne représentaient plus une menace. Le premier hélicoptère dépêché par le Centre Policier de Vi approchait, frôlant les vagues. Il se stabilisa au-dessus du pont avant et les prisonniers de marque y furent embarqués.
Quelques détonations retentirent encore, en provenance de la salle des Communications : les dernières balles des protecteurs des Maîtres.
Hors de vue des trafiquants d'armes qui se trouvaient sur le pont opposé du yacht, Ayvanère et Soreyn virent Quendal qui finissait de grimper à l'échelle scellée au quai, s'ébrouer, à quelques mètres seulement d'eux.
Par réflexe, Ayvanère sortit son arme, le mettant en joue, le doigt sur la gâchette.
Frottant de la manche son visage ruisselant d'eau de mer, Quendal fit alors apparaître une balafre zébrant sa joue gauche.
- Aldéran !
