Titre : Improbable n'est pas sorcier.
Auteur : Suzan
Note : Je m'excuse platement d'avoir torturé les personnages de Joanne Kathleen Rowling.
Avertissement : Ce texte mets en évidence de relations homosexuelles, il serait donc préférable au jeune public et aux homophobes de s'abstenir.
EDIT DU 16/06/16 :
Bonjour à tous ! Bienvenue dans ce septième chapitre !
Désolée de l'attente pour ce nouveau chapitre, qui pour me faire pardonner est relativement long. J'ai complètement refondu l'intrigue de cette histoire pour qu'elle corresponde mieux à l'idée que je me faisais de l'histoire au fur et à mesure de son évolution. Ce n'est pas toujours évident et c'est un travail de longue haleine.
Je ne vous retarde pas plus dans votre découverte,
Bonne lecture !
Réponses aux reviews anonymes :
sheego : Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira autant que le 6ème chapitre.
nounou : Merci pour ton soutien !
Malifica : Merci pour tes commentaires sur les précédents chapitres ! Tu as tout à fait raison pour la citation, la familles Addams est une valeur sûre selon moi.
Kisis : J'espère que le prochain chapitre ne tardera pas trop pour que tu puisses tous les relire d'un coup =°)
CHAPITRE 7 : QUATRIÈME JOUR
Les rétines de Severus Rogue brûlaient. L'incompréhension et le déni y régnaient en maître. A tel point qu'il avait décidé de ne plus jamais cligner des yeux. Ainsi peut être cette funeste soirée ne serait qu'une plaisanterie de mauvais goût. Cependant le sérieux avec lequel Lucius épluchait chaque point du contrat prénuptial des Potter lui paraissait suspect.
Il tourna la tête pour y voir un Drago endormi, pelotonné dans le fauteuil empire aux broderies argentés, le feu de l'âtre projetant des reflets sur son visage détendu. Lucius posa finalement sa plume sur son pupitre afin d'obtenir l'attention du maître des potions.
- Severus, il va falloir se rendre à l'évidence, insista Lord Malefoy avec bon sens.
- Je m'y refuse. Totalement, rétorqua le sorcier d'un air buté.
- Enfin, tu sais quel dégât ton obstination peut avoir sur le jeune Potter… Il est ridicule que tu t'entêtes dans ton déni. Tu es un aristocrate, doublé d'un Serpentard, reprend-toi et analyse la situation.
Lucius se leva pour déboucher un flacon d'un excellent cognac. Il en versa deux verres avant d'en tendre un à son ami désorienté. Severus finit par soupirer avant d'en boire une gorgée, acceptant par là l'existence de cette maudite soirée d'anniversaire. Il ne savait pas comment faire. Pour la première fois depuis plus de trente ans, il ne savait pas comment aborder un sujet qui, il le sentait, était risqué. Quelque part bien plus risqué que d'être au service de deux fous mégalomanes.
- Je ne vois rien de catastrophique, assura Lord Malefoy en prenant place sur le fauteuil jouxtant la cheminée. Lord Potter est issue d'une famille honorable qui politiquement possède de nombreux atouts et un certain prestige. Ils sont également fortunés. L'héritier n'est pas laid et nous pourrions aller jusqu'à dire qu'il bénéficie d'un certain charme, s'avança prudemment Lucius.
Le maître des potions lui lança un regard acéré.
- Je ne suis pas un jeune homme à marier, Lucius. J'entrevois parfaitement les avantages et les inconvénients d'une telle union. Nous avons été éduqués à cela, formés à cela. La famille Potter est plus ancienne que la famille Prince, il aura l'avantage même s'il est le demandeur de l'union. Et nous savons tous les deux que rien de bon ne peut sortir de la tête d'un Potter.
- Tu oublies une chose Severus, Harry Potter est un veela. Et comme tout veela, il souhaitera ton bonheur, répondit son ami en faisant tourner le liquide ambré dans son verre.
- Que Salazar t'entende Lucius, soupira Lord Prince en tendant son verre.
Les deux amis trinquèrent et Severus Rogue dut enfin se rendre à la raison. Il épouserait cette catastrophe ambulante que pouvait être Harold James Potter. Autant y être préparé.
Harry se réveilla avec l'impression confuse de nager dans le brouillard. Il mit quelques secondes à se rappeler où il était et pourquoi son cerveau était martelé par une cavalcade de centaures en panique. Il avait peu dormi la veille et demandé à Dobby de le réveiller de bonne heure afin de ne pas se mettre en retard pour les essayages de son parrain.
Aujourd'hui était un grand jour pour Sirius : le choix des tenues de cérémonie. Elles avaient été commandées le jour même de la signature du contrat de fiançailles au tailleur de la famille Black. Les essayages des modèles devaient avoir lieu dans la matinée avant la signature du contrat définitif entre les familles Malefoy et Black au Manoir Prince. Ils en profiteraient pour régler les derniers préparatifs avec le coordinateur engagé par Lucius avant de passer aux négociations pour… sa propre union. Harry déglutit avec difficulté. Essayant d'enrayer cette dernière pensée, il sortit du lit et réalisa ses ablutions.
Le jeune sorcier était d'autant plus mal à l'aise qu'une partie de lui – une énorme partie de lui – était ravie de la tournure des évènements. Le veela avait trouvé son compagnon d'âme et se réjouissait frénétiquement de leur union prochaine. Le fait que le compagnon en question soit Severus Rogue, alias Lord Prince, alias l'homme qui avait fait de sa vie un enfer personnel durant sept ans grâce à des humiliations diverses, n'avait pas l'air de le contrarier outre mesure. Son esprit balançait entre un certain déni, une allégresse, une envie de tout casser et un rire franc et hystérique.
De guerre lasse, le dernier héritier des Potter descendit prendre son petit déjeuner.
Sirius méditait devant le portique que venait de lui présenter son tailleur italien, M. Bartoldi. D'un geste, il demanda un surplus de lumière pour scruter la coupe d'un modèle vert pâle. Lord Black pinça les lèvres. Qui portait du vert pâle le jour de son mariage ? Dans une teinte entre le vert sapin et un très frais vert anis ?
- La liste des coloris de la cérémonie vous a-t-elle été transmise ? Emit Lord Black d'un ton dubitatif.
- En effet, rétorqua le tailleur sur un ton professionnel, cependant le vert prédomine largement la saison et nous avons pensé qu'une robe d'une telle couleur vous permettrait d'être au centre de l'attention.
L'équipe de communication de la famille Black, choisie et engagée pour l'événement, hocha la tête comme un seul homme. Groupé sur l'un des côtés de la boutique, ils attendaient que le Lord en titre choisisse sa robe de cérémonie avant de pouvoir enfin communiquer à toute la presse people le fameux modèle.
- M. Bartoldi, veuillez me rappeler un élément…
- Oui mi Lord ?
- Qui se marie déjà lors de cette cérémonie ?
Les sourires fleurirent sur le visage de Remus et Harry, à deux doigts de pouffer devant une assemblée si sérieuse.
- Vous, mi Lord, répondit le tailleur d'une voix moins assurée.
- C'est bien ce que je pensais. Avec ou sans vert, je serai donc le centre de l'attention.
- Oui, mi Lord.
- Très bien. Avez-vous donc une tenue dans les coloris demandés qui ne soit pas complètement farfelues ?
La styliste et la directrice de la communication se retournèrent vers le pauvre tailleur. M. Bartoldi passa dans la réserve de sa boutique pendant que Sirius se pinçait l'arête du nez sous le sourire de son filleul et de son meilleur ami.
- Allons Sirius, je ne vois pas ce que tu reproches au vert… Entama Remus, d'un air malicieux. Après tout n'est-ce pas la couleur de l'ancienne maison de ton fiancé ?
- Remus, par pitié, pas aujourd'hui. La cérémonie a lieu demain et pour le moment la robe de cérémonie bleue nuit aux surpiqures argent que j'avais imaginé n'est pas encore cousue… Mon équipe de communication a l'air d'être complètement…
- Perdue ? A la ramasse ? Aussi doué que Neville devant un chaudron ? Proposa Lord Potter d'une voix égale.
- Les trois pourraient convenir, grimaça le futur marié.
- Ne t'inquiète pas, le rassura Remus en posant la main sur son épaule, nous trouverons de quoi te vêtir. Après tout, il nous reste…
La fin de sa phrase fut interrompue par l'arrivée d'un second portique poussé cette fois-ci par la styliste. Les yeux des trois amis s'écarquillèrent face à tant… d'exubérance.
- … Quelques heures avant de devoir nous rendre au Manoir Prince, finit-il sur un ton peu assuré.
Sirius inspira profondément et décida de prendre les choses en main. Il se demanda une énième fois pourquoi il avait embauché une équipe complète alors que visiblement leurs compétences réunies n'allaient pas beaucoup plus loin que celles de Severus Rogue en relations humaines. Son père avait tendance à marteler souvent qu'on n'était jamais mieux servi que par soi-même. En son for intérieur, Sirius commença à approuver la véracité de ces propos mais étant donné que les évènements s'enchainaient à une vitesse ahurissante, il ne pouvait se permettre de consacrer plus de temps à la préparation de son mariage.
Il convoqua tout le monde autour d'une table et finit par croquer un dessin de la robe qu'il avait imaginé. Simple. Sobre. Sans fioriture. Et surtout, aucune crinoline.
Les trois anciens Gryffondors se tenaient devant la grille du Manoir Prince. Tous les trois penchèrent légèrement la tête sur le côté en tentant de comprendre comment cet édifice pour le moins original avait pu voir le jour. Harry découvrit ainsi une facette particulièrement inattendue de la famille de son futur fiancé. Il s'était imaginé le manoir construit dans un style gothique, légèrement lugubre comme l'était le Square Grimmaurd lors de sa première visite.
Le Manoir Prince était une grande bâtisse avec différentes architectures, comme si chaque héritier de la famille avait décidé de marquer son époque en ajoutant une aile à l'édifice familial. Le tout offrait un mélange hétéroclite mais plein de charme. Le terrain autour donnait également cette impression, typiquement à l'anglaise avec de magnifiques rosiers, hortensias et rhododendrons dans une composition des plus splendides.
Sirius était peu impressionné par le panorama qui s'offrait à lui. Il connaissait fort bien les architectures délurées des Manoirs familiaux plongés dans la campagne anglaise pour y avoir passé une grande partie de son enfance. Sa préoccupation principale était d'évaluer les différentes stratégies pour que chacun épouse son promis sans y laisser trop de plumes.
Malgré les créatures magiques face à eux, Sirius était un homme relativement pragmatique en bien des circonstances. Avant que la partie Veela de leurs compagnons ne les gagnent proprement à leur cause, un temps d'adaptation serait nécessaire. Un bon contrat de mariage pourrait parfaitement assurer la transition, de son point de vue. De plus, une réorganisation de leurs alliances politiques se profilait à l'horizon, il souhaitait plus que tout faire pencher la balance en faveur des valeurs qu'Harry et lui défendaient. Il faudrait donc user de beaucoup de persuasion.
Remus se contenta d'expirer doucement. Le stress d'Harry et Sirius le rendait nerveux, particulièrement à l'approche de la pleine lune. Il tenta de se relaxer lorsqu'un petit elfe en uniforme apparut devant eux, ouvrant la lourde grille ouvragée d'un claquement de doigts avant de s'incliner et de les guider dans la demeure principale.
Le Manoir Prince était presque aussi hétéroclite à l'intérieur qu'à l'extérieur, néanmoins la juxtaposition de couleurs pastel n'était pas le pire choix de coloris qu'Harry n'ait jamais vu. Lord Prince, Lord Malefoy et Maître Malefoy les attendaient dans le hall, vêtus de robes reprenant les emblèmes de leurs maisons. Ils les accueillirent aussi chaleureusement que d'anciens ennemis nouvellement alliés pouvaient le faire. Un elfe les débarrassa avant de les mener dans un salon d'apparat où l'on mènerait les négociations.
- Par quelle affaire débutons-nous ? S'enquit leur hôte d'une voix égale alors que tous avaient pris place de chaque côté de la table en acajou massif.
- Je propose que nous signions les documents relatifs au mariage de Lord Black et de Maître Drago puisque les négociations ont déjà été menées, répondit Lord Potter d'une voix atone, heureux au fond de lui d'être si prêt de son compagnon et désespéré de l'être autant.
Tous acquiescèrent et Lord Prince fit apparaître une copie du contrat de mariage définitif entre les familles Black et Malefoy. Il le transmit à l'intermédiaire, Lord Potter, pour une relecture attentive et collective. Harry essaya de ne pas prendre garde à la paume chaude qui lui tendait les papiers et assura d'une voix égale la lecture des articles composant le contrat. Tous les points vus lors de la négociation avaient été modifiés ou enlevés.
- Une dernière clause me paraît souhaitable au vu de la tournure de la situation, émit doucement Lord Black à la fin de la lecture.
Les Malefoy se tendirent, se demandant quelle exigence supplémentaire Sirius Black pouvait bien avoir. Ils n'étaient pas en position de négocier véritablement malgré les annonces récentes.
- Nous avons soigneusement évité de parler de politique lors de nos dernières entrevues, explicita Sirius. Les annonces de votre union avec Remus Lupin ainsi que de celle de Lord Potter et de Lord Prince me font revoir mes positions à ce sujet.
- Je comprends, susurra Lord Malefoy. Un pacte de non agression ne paraît plus envisageable aujourd'hui. Nous représentons à nous six, trois des plus grandes familles aristocratiques de la société sorcière anglaise. Nous serons considérés par nos unions comme un clan à part entière. Quels agendas, quelles valeurs défendrons-nous ? Quelle maison aura la prédominance ?
- En effet, poursuivit Sirius en hochant la tête. Selon les anciennes alliances, la maison Prince est associée à la maison Malefoy. La maison Malefoy est affiliée à la maison Black depuis votre mariage avec Narcissa.
- Ce mariage a été dissout, rappela Lord Malefoy, le Ministère de la magie peut en apporter la preuve formelle. Les clauses s'y rapportant sont donc déclarées nulles et non avenues.
Une certaine tension était palpable dans la salle à manger. Les deux Lord en fonction se faisait face, chacun plaçant systématiquement un argument à la suite de l'autre. Remus et Harry n'étaient pas habitués à une telle férocité de la part de Sirius, particulièrement dans les négociations. Harry comprenait pourquoi il avait attendu la signature pour évoquer les problèmes politiques que posaient les prochains mariages. Ce serait la dernière fois où ils seraient en position de force.
Les trois unions regroupaient plusieurs puissantes familles, ce qui serait peu problématique si les maisons en question n'avaient pas un gros passif de querelles sur tous les plans, et particulièrement en politique. La maison des Potter et des Black avaient crée une alliance à la suite de l'accession au titre de Lord d'Harry et Sirius. Le nouvel Lord Black avait un agenda politique très différent de celui de sa famille et avait noué de nouvelles alliances et relations. Le mariage de Sirius et Drago était inévitable mais en dehors des questions de succession, il posait un problème d'alliance politique. Problème de plus en plus complexe en rajoutant les unions Prince-Potter et Malefoy-Lupin.
Un pacte de non-agression politique aurait pu régler l'affaire si le mariage entre Drago et Sirius était resté unique. Aujourd'hui ce n'était plus possible, un clan se formerait autour de ses trois grandes maisons et il était inenvisageable qu'ils ne soient pas unis sur certains sujets. Après une heure d'argumentation entre Lord Malefoy et Lord Black, la discussion était au point mort ; les négociations pour les mariages bloqués. Drago commençait à avoir une sueur froide dans le dos. Le cerveau analytique de Severus cherchait à tout prix une échappatoire à une subordination des maisons à la maison Black sans en voir aucune. Remus avait suivi les débats et ne savait comment faire pencher la balance de leur côté – il avait encore bien trop peu confiance en les trois hommes face à lui pour céder. Harry commençait sérieusement à avoir mal à la tête, aucun bon compromis ne semblait possible. Alors que chacun reprenait son souffle en sirotant une tasse de thé chaud que Lord Prince avait demandé, une idée lumineuse germa dans l'esprit de Lord Potter.
- Et si nous envisagions différemment la situation, commença prudemment Harry tandis que tous les regards se tournaient vers lui. Si nous allions plus loin que le pacte de non agression ou l'affiliation d'une maison à une autre. Nous allons forcément représenter une menace pour les autres familles, aucun autre clan politique n'a trois maisons majeures, ayant un siège dans chaque institution importante du monde sorcier. Nous pourrions décider de nous servir de cet avantage en créant un conciliabule régulier définissant des objectifs communs.
- Pardon ? Hoqueta Lord Prince, testant cette idée dans son esprit de stratège.
- Soyons honnêtes, répondit Harry, nous ne tomberons pas d'accord aujourd'hui sur le contenu d'un agenda politique. Il nous faudra certainement quelques années et plus de confiance dans les autres que nous n'en possédons actuellement. Et personne n'acceptera le joug d'une autre maison dans la direction des affaires.
Les cinq sorciers acquiescèrent.
- Je propose donc une solution intermédiaire. Une réunion hebdomadaire ordinaire pour débattre avant les grandes réunions du bien fondé de nos votes et de nos actions. Nous pourrions également en organiser des extraordinaires en fonction de l'actualité et des besoins. Cela nous permettra d'apprendre à mieux connaître les agendas des autres maisons ainsi que leurs manières de fonctionner tout en nous permettant de rester forts sur la scène politique.
- Ou à défaut, pas totalement dissonants et donc faibles ou facilement manipulables, continua Lord Prince d'une voix rêveuse. Cette solution est la pire que nous ayons à l'exception de toutes les autres.
Harry sourit en reconnaissant la citation célèbre de Churchill, grand politicien moldu, dont Hermione avait dévoré la biographie durant la guerre et appliquer certaines de ces stratégies dans l'organisation de la résistance. Il savait que Severus Rogue avait eu un pied dans le monde moldu par son père, il ne savait pas que cette culture avait pu l'intéresser à ce point. En portant son thé à ses lèvres, il vit chaque sorcier examiner la solution qu'il proposait.
Lord Malefoy proposa plusieurs conditions restrictives que Sirius refusa ou contourna en en proposant d'autres. Le débat autour de la table devient plus animé et Maître Malefoy fut mis à contribution bien malgré lui. Ces échanges houleux auguraient bien de leurs futures relations, selon Remus. Il en était merveilleusement satisfait. Un dialogue – même orageux - était noué.
Deux heures de discussions passionnées plus tard, une plume à papote rédigeait sous la dictée de Lord Malefoy l'accord qui allait régir leurs vies politiques et de représentations sociales pour les années à venir. Et enfin, après plusieurs heures de débat, ils purent passer à autre chose.
Les contrats de mariage avaient été signés en six exemplaires. Soit douze contrats de cent cinquante trois pages chacun. Les relectures du contrat Lupin-Malefoy avaient été les moins longues, bien que Remus eut un léger malaise en évoquant les visites conjugales obligatoires. Les témoins finirent d'apporter le dernier paraphe à l'ultime page. Deux exemplaires se volatilisèrent pour rejoindre les archives du Ministère. Lord Malefoy classa soigneusement son contrat ainsi que celui de son fils dans un coffre fort familial prévu à cet effet, tandis que les exemplaires de Remus et Sirius rejoignaient le leur au Square Grimmaurd. Cette pause nécessaire fit le plus grand bien aux participants.
Chacun était épuisé et les négociations pour le mariage d'Harry Potter n'avaient pas encore commencé. Severus demanda à Archie d'apporter des sandwichs et des boissons revigorantes pour les heures de travail qu'ils restaient encore. En se massant discrètement les tempes, il espéra que ce tordu de Potter n'envisageait pas de lui faire payer mornilles sonnantes et trébuchantes chaque remarque sarcastique qu'il avait pu émettre durant les sept années passées en sa compagnie où il ne répondait plus de rien.
Avant de rejoindre la salle à manger d'apparat, Lord Prince passa dans le solarium puis sur la terrasse. Celle-ci offrait un point de vue magnifique sur toute la propriété. Il sentit plus qu'il ne vit Lord Potter s'approcher et se poster à ses côtés pour contempler les jardins. Le corps de Severus se tendit, submergé par les hormones veelas. Déstabilisé, il essaya de combattre leurs effets pour retrouver le peu de santé mentale qu'il possédait encore.
- Que signifie votre devise Lord Prince ? S'enquit doucement Harry, se disant qu'une telle question pourrait passer pour une tentative de conciliation. Je l'ai aperçu sur le linteau de la porte-fenêtre.
- « Nous aimons nous repaître de ceux qui aimeraient nous soumettre » répondit simplement Severus sans détourner son regard du paysage. J'avoue qu'elle n'est pas du meilleur effet en terme de communication, principalement depuis la guerre. Je pensais la changer, mais je n'ai aucune envie d'affronter des discussions sans fin avec des portraits grincheux.
- Je vous comprends. Nous avons nous même dû user de toute notre puissance lorsqu'il a fallu décrocher Walburga Black de son mur. Il est incroyable de voir comment certains portraits attachent une telle importance à vous pourrir la vie... Déclara Harry avec un sourire.
Il eut l'immense satisfaction de voir Severus changer d'expression. Il savait qu'il était jaugé depuis son entrée dans le territoire de la famille Prince et bien que sa famille soit la plus puissante des deux, il n'arrivait absolument pas en terrain conquis. Il était le demandeur de l'union. Un mariage entre leurs deux familles poserait de nombreuses problématiques notamment parce qu'ils en étaient les derniers représentants mâles ; et il ne parlait que de l'aspect dynastique, politique et familial.
L'aspect personnel serait le plus dur à gérer, notamment à cause du combat qui faisait rage dans son corps dès qu'il était en présence de Lord Prince. Cela cesserait-il un jour ? Harry n'avait jamais été vraiment réfléchi, néanmoins la guerre lui avait inculqué quelques notions de survie. Tourner autour du pot avant de foncer pouvait parfois avoir de bons côtés. Ecouter Hermione c'était s'assurer de ne pas se tromper et généralement de survivre. Les responsabilités de la vie de Lord avaient fini de le rendre adulte. Enormément de personnes dépendaient de sa famille, de la bonne santé de ses affaires. Harry était bien trop altruiste pour ne pas avoir conscience de tout cela. Avant toutes relations, il devait comprendre le fonctionnement de Severus Rogue et lui montrer qu'il n'était plus un enfant de douze ans apeuré qui préférait se sacrifier car cela signifiait être aimé.
Laissant Lord Prince à sa contemplation, il rejoignit le salon d'apparat et se prépara aux prochaines négociations.
Lorsque chacun se fut installé, Lucius en sa qualité d'intermédiaire, prit la parole d'une voix forte.
- Quel contrat de mariage régira cette union ?
- Le contrat de la famille Potter, répondit Sirius, sur un ton mortellement sérieux. Nous avons déjà rempli une première ébauche pour la négociation.
Il tendit à l'intermédiaire de la maison Prince un exemplaire du contrat rédigé. Lord Malefoy s'en empara et attaqua la lecture approfondie des articles. Il déposa ses lunettes sur la table avant de résumer :
- C'est un contrat prénuptial standard de la famille Potter. Chaque membre du couple devient le consort de la famille de l'autre membre. Chacun est autorisé à exercer le métier de son choix, tant que celui-ci ne nuit pas à la réputation des deux familles. Lord Potter continuera à bénéficier de leçons d'étiquette sorcière pour perfectionner ses connaissances.
- En effet, confirma Lord Black, les tenues sont prises en charge par la maison Potter ainsi que les alliances. En cas d'adoption, l'héritier sera désigné par ses parents lors de son dix-septième anniversaire et quand à l'héritage de la fortune des deux familles, elles reviendront à chaque héritier de la lignée ou à un seul héritier des deux lignées.
- S'il n'y a pas d'héritier prévu, je propose de doter l'un des enfants de la famille Malefoy, émit Severus.
Harry sentit une boule grossir dans sa gorge. Les enfants… Il espérait pouvoir constituer la famille qu'il avait toujours voulu, même si le cadre n'était pas tel qu'il l'avait imaginé. Sirius interrompit la proposition en révélant :
- Le contrat expose clairement que l'héritier, s'il n'est pas issu du couple génétiquement, doit être adopté par lui afin qu'il perpétue les noms des familles.
Severus ne put qu'acquiescer en hochant la tête. Il ne se voyait absolument pas père d'un enfant, adopté de surcroît avec Harry Potter. Cette clause non négociable du contrat prénuptial et de mariage des Potter pouvait être contournée de six façons, il s'en était assuré. Son assurance s'ébranla doucement en voyant le regard lumineux d'Harry Potter à l'évocation d'une famille. Severus grimaça intérieurement. Il était trop vieux et trop épuisé pour ce genre de choses.
Les différents points furent passés en revue les uns après les autres avant la signature finale du contrat prénuptial des familles Prince et Potter. Chacun poussa ou retint un soupir de soulagement. L'heure du souper était passée depuis plus d'une heure et l'après-midi avait été une longue succession des débats juridiques et politiques.
Les sorciers se levèrent pour se saluer et discuter des derniers préparatifs pour la cérémonie du lendemain, Lord Potter en profita pour se placer près de Lord Prince. Il fit apparaître un boitier devant le regard suspicieux de son ancien professeur.
- Je souhaitais vous remettre ceci, déclara doucement Harry en tendant le coffret à son homologue. Ces colliers appartiennent à la famille Potter, plus particulièrement à leurs descendants veelas. Lord Black est allé les chercher à Gringotts dès qu'il a eu connaissance de mon état. Ils sont facilement dissimulables et préviennent le Veela de tout danger. C'est un cadeau traditionnel de ma famille lors des fiançailles. Accepteriez-vous de porter celui-ci ?
Severus déglutit péniblement. Il prit le coffret sans chercher à l'ouvrir, retint une remarque acerbe, jaugea son interlocuteur, expira une fois de plus que nécessaire.
- J'accepte.
Sirius but une gorgée de son meilleur cognac. Il était tard. Remus et Harry dormaient depuis quelques heures tandis que lui, la veille de son mariage, tournait en rond dans la bibliothèque. Quelque chose clochait. Il ne savait pas quoi, il ne savait pas comment, mais son instinct tout entier lui disait qu'on tentait de lui cacher quelque chose.
Les documents qu'il avait demandé au Ministère pour justifier la dissolution du mariage entre Narcissa et Lucius Malefoy étaient pourtant en règle. Il avait bien entendu interrogé et fait vérifier les différents arguments. Il comprenait pourquoi Lucius avait fait appel à Lord Prewett mais cela paraissait bien trop lisse pour être honnête. Lucius Malefoy était retors, la légalité n'était qu'un écran de fumée. Il voulait absolument savoir quelles étaient les causes exactes de l'annulation de ce mariage, deux décennies après sa proclamation. On ne se séparait pas de sa femme vingt ans après seulement parce qu'on n'avait été trompé sur son arbre généalogique ! Narcissa avait fourni l'héritier règlementaire, pourquoi faire des remous en proclamant une annulation ?
Il ne lui restait plus qu'une solution. Il s'assit à son bureau, plaça un parchemin sur le sous main et commença à rédiger une missive pleine d'instructions. Il la scella de son sceau privé avant de la confier à un hibou au pelage gris, qu'il utilisait pour les affaires nécessitant de la discrétion.
Enfin, il put aller se coucher.
Qu'avez-pensé de ce chapitre ? Des questions sur la politique sorcière (rires) ? A votre avis Sirius découvrira-t-il le pot aux roses ? Et si oui, comment ?
J'attends avec impatience vos commentaires - j'espère ne pas avoir laisser trop de fautes lors de ma relecture. A bientôt pour un huitième chapitre d'INPS et le mariage de Drago et Sirius !
