Avec l'aide de Ron, Harry réussit à caler toutes ses affaires dans sa grosse valise, puis ils revinrent dans le jardin. Un buffet y était dressé pour ceux qui habitaient loin, mais personne ne mangeait beaucoup. De loin, Harry aperçut Mr Lovegood. Il avait l'air assez fatigué, mais marchait d'un pas alerte. Il évita soigneusement de croiser le regard de Harry et s'éloigna vers chez lui.

Il passa l'après-midi à se promener dans la campagne en compagnie de Ron, Hermione, Ginny, car Remus et Tonks voulaient discuter tranquillement avec Mr et Mme Weasley, et les autres membres de l'Ordre du Phénix qui étaient présents. Dans la soirée, il se rendit dans la cuisine pour faire ses adieux à la famille Weasley. Quand il se trouva devant Ginny, il la serra contre lui aussi fort qu'il pouvait se le permettre sans risquer de lui faire mal, et lui murmura à l'oreille :

-Au revoir, ma douce…Dès la fin de nos études, je viendrai te chercher pour t'épouser, c'est promis…Et d'ici là, je passerai sûrement au Terrier pour quelques jours.

Alors, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il vit une grosse larme rouler sur sa joue et se perdre au creux de son cou.

Il sortit dans la cour, où l'attendaient Tonks et Lupin. Il ne les avait jamais vu si beaux et si heureux, même si Tonks portait encore ses cheveux noirs. Lupin la serrait contre lui, un bras passé autour de sa taille, avec un large sourire. Harry aurait bien aimé prendre Teddy dans ses bras pour commencer son devoir de parrain, mais il dormait dans les bras de sa mère, les poings serrés calés sous son menton.

-C'est bon, tu n'as rien oublié ? lui demanda Lupin. Alors, on y va !

Il fit un geste de la main aux Weasley, qui les regardaient par la fenêtre de la cuisine, puis posa sa main libre sur l'épaule de Harry, et tout devint flou autour d'eux.

Quand Harry sentit à nouveau la terre ferme sous ses pieds, il se retrouva en pleine campagne : une rivière gazouillait non loin, des champs s'étendaient à perte de vue, les derniers oiseaux du soir s'envoyaient leurs ultimes roulades. A sa droite se dressait une délicieuse petite maison qui disparaissait presque derrière d'immenses buissons en fleurs.

Ils s'engagèrent sur une allée sableuse serpentant parmi les fleurs. Harry eut l'impression que les grandes hampes colorées s'inclinaient à leur passage en faisant entendre une douce musique.

-Ce sont des berlupins, murmura Tonks derrière lui (il nota au passage qu'elle avait à nouveau les cheveux roses). C'est le père de Remus qui les a créés quand il habitait ici avec sa famille.

Tandis qu'elle disait cela, elle frôla une plante, qui prit aussitôt la couleur de ses cheveux.

-Vous habitiez ici, Remus? s'étonna Harry.

-Oui, c'est là que j'ai grandi, répondit Lupin en frappant de sa baguette la clenche de la porte, qui émit un cliquetis. Ton père, Peter et Sirius sont souvent venus ici pendant les vacances. Entre, Harry, sois le bienvenue !

Il ouvrit la porte et s'effaça sur le seuil pour les laisser dans un hall spacieux et clair. Harry crut rêver quand une petite forme accourut et s'inclina profondément devant eux.

-Bonsoir, Harry Potter, monsieur ! couina-t-elle d'une petite voix suraiguë. Winky vous souhaite la bienvenue ! Bonsoir, maîtresse ! Winky voit que le jeune maître dort, elle va vite finir de préparer son lit ! Bonsoir, maître, fit-elle enfin en se tournant vers Lupin avec une expression de quasi-adoration. Le maître désire-t-il du thé avant le dîner ?

-Merci, Winky, ça ira, répondit Lupin en souriant. Pourrais-tu juste allumer le feu dans la chambre du premier étage ?

Harry remarqua qu'il avait l'air assez gêné, comme s'il n'était pas habitué à se faire servir ainsi.

-Winky finit le lit du jeune maître et y court ! s'exclama l'elfe en souriant jusqu'aux oreilles.

L'air tout heureux, faisant quasiment des cabrioles, elle disparut dans une pièce au fond du hall.

-Elle met de l'ambiance, hein ? fit Tonks, pas gênée du tout.

Lupin ouvrit une autre porte, derrière laquelle s'échappaient de délicieuses odeurs. Il revint avec un biberon qu'il donna à Tonks et déposa doucement un baiser sur le front de Teddy. Tonks s'éclipsa à son tour vers le fond du hall.

-Qu'est-ce Winky fait chez vous ? demanda Harry à Lupin, qui l'aidait à monter sa valise au premier étage.

Lupin eut un petit rire.

-Elle est persuadée que je lui ai sauvé la vie dans la bataille. Il paraît que je l'ai écartée alors qu'une statue allait lui tomber dessus, mais je pense l'avoir simplement bousculée en passant… Elle est allée voir Tonks pendant que je dormais, disant qu'elle était désormais attachée à notre famille jusqu'à sa mort. Elle a dit aussi qu'elle servait les Croupton avant d'être renvoyée, mais que cette honte était oubliée puisqu'elle était à nouveau dévouée à des sorciers. Je me demande comment réagira Hermione en apprenant ça… Voilà ta chambre, dit-il en ouvrant une porte. Les Maraudeurs s'y sont jadis donnés à cœur joie jusqu'à des heures nocturnes impossibles.

Des centaines de livres s'étalaient le long des murs, mais la vaste chambre ressemblait à tout sauf à une bibliothèque austère : un peu partout étaient posés une guitare, un balai, un jeu d'échec et de nombreux autres objets dont Harry se promit de découvrir l'usage. Un feu ronflait chaleureusement dans la haute cheminée et faisait scintiller les étoiles collées au plafond qui se déplaçaient lentement.

-La maison est grande, tu as le premier étage pour toi tout seul, alors profites-en ! continua Lupin. La salle de bain est deux portes plus loin sur la gauche. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis sûr que Winky se fera une joie de te rendre service.

Pendant qu'il faisait sa valise, Harry avait réfléchi au meilleur moyen de remercier Lupin et Tonks de l'accueillir. Mais à présent, tout ce qu'il avait pu trouver lui semblait futile ; il se jeta dans les bras de Lupin.

-Oh, Remus, si vous saviez… comme je suis heureux d'être ici…

Lupin ne répondit rien, mais se racla consciencieusement la gorge. Quand Harry s'écarta de lui, il murmura :

-Ton père aurait été fier de toi…J'espère de tout mon cœur que Teddy te ressemblera…

Puis il se ressaisit, fit un large sourire et lui ébouriffa les cheveux d'une violente caresse.

-Allons dîner.