Désolé pour l'écart entre les chapitres, mais le rythme de la fac s'est pas mal accéléré ces derniers temps.
Disclaimer : Shingeki no Kyojin est la propriété de Hajime Isayama.
Une attente
Christa s'épongea le front tout en jetant des coups d'œils furtifs. Constatant qu'il n'y avait personne d'autre , elle se permit une halte et s'assit sur une racine qui ressortait de la terre craquelée et desséchée. Le soleil n'était pas encore au zénith que son uniforme trempé de sueur lui collait déjà à la peau, la journée s'annonçait horriblement chaude.
Délicatement elle posa la machette qu'elle tenait dans ses mains à coté d'elle. Le tas de bois coupés qui s'entassait au pied d'un arbre lui semblait dérisoire en comparaison du travail qui lui restait à abattre. Elle aurait apprécié de l'aide, ne serait-ce que pour avoir un peu de compagnie, elle se sentait seule, isolée près du petit bois.
Au dessus d'elle, un faucon à queue rousse – qui était occupé à lisser ses plumes en se servant de son bec aiguisé – déplia brusquement ses ailes et s'envola, sûrement attiré par un rongeur infortuné.
Bon, il était temps de s'y remettre si elle voulait avoir fini avant le coucher du soleil. Son regard se posa sur ses mains calleuse, sur ses doigts entaillés, sur ses paumes recouvertes de cloques prêtes à éclater. Machinalement, elle suivit du bout de l'index une coupure à moitié guérie sur son bras qu'elle s'était faite à l'entraînement, quelques jours plus tôt. La petite blonde était pas mal fière de ses cicatrices, d'après Ymir, c'était ses insignes, c'était ce qui prouvait qu'elle devenait un véritable soldat. Même si paradoxalement, l'adolescente aux taches de rousseurs avait beaucoup moins de bleus et de blessure que la plupart de leurs camarade, Christa se rappela quand un éclat de lame lui avait entaillé la joue, elle avait cru que le visage de sa voisine de dortoir serait orné d'une balafre pendant un bon moment mais, en quelques jours à peine, toutes traces de l'incident s'étaient estompées. A l'époque elle avait mis ça sur le compte de cette nouvelle pommade qui venait d'être livrée au camp.
Sa machette s'abattit sur l'un des morceaux de bois, le scindant en deux. La petite blonde en posa un deuxième sur la souche et répéta un mouvement identique, un éclat lumineux se refléta sur le métal tranchant. Cette fois-ci la lame resta coincée, la jeune recrue appuya de toutes ses forces sur le manche. Après de longues secondes d'acharnement, le bout de bois finit par céder.
La chaleur était suffocante, Christa avala sa salive avec difficulté, sa gorge était sèche, elle avait soif. Quelqu'un de raisonnable, quelqu'un qui connaissait ses limites, n'aurait pas attendu d'être dans cet état pour s'abreuver, mais ce n'était pas son cas. Alors ignorant les appels de son corps, elle se contenta de refaire les mêmes gestes, encore et encore, sans vraiment y prêter attention.
Du coin de l'œil elle vit le faucon retourner sur sa branche, une souris tachée de sang dans le bec. Tant mieux, elle avait la sensation d'être un peu moins seule. Christa reprit son activité sous l'œil avisé du prédateur.
Subitement, elle eut une impression de faiblesse, elle lâcha la petite hache qui tomba à quelques centimètres de ses pieds. Le sol se mit à tanguer, elle s'éloigna de la souche en titubant. La tête lui tournait. Sa vision se troubla, elle perdit l'équilibre.
Christa sentit quelque chose de froid et d'humide sur son front. Péniblement, luttant contre son envie de se rendormir, elle parvint à entrouvrir les yeux. La plafond au dessus d'elle lui était inconnu, une forte odeur d'herbes et de médicaments flottait dans l'air et une douleur atroce lui donnait l'impression qu'on lui avait marqué l'intérieur de la boite crânienne au fer rouge.
Une voix, ou un cri plus exactement, la tira de sa torpeur. Avec précaution elle tourna la tête.
-Veux-tu arrêter de bouger !
-Je vous dis que ça va aller, que j'ai pas besoin de...Aie !
L'infirmière venait de planter son aiguille dans la paume d'un Eren surexcité – comme à son habitude – qui gesticulait sur sa chaise comme un ver de terre.
-Pas besoin ? On voit l'os.
Armin – qui était venu accompagné son camarade – prit la parole avec le ton calme qui le caractérisait la plupart du temps :
-Reste tranquille Eren, tu ne peux pas rester comme ça.
L'apprenti soldat serra les dents alors que le fil serpentait sous sa main guidé par la pointe aiguisée. Il ne put s'empêcher de grimacer et retira sa main dès que le dernier point fut posé.
L'esprit un peu moins embrouillé, Christa se redressa et constata qu'on l'avait dépouillé de sa veste et de son pantalon, cela n'empêchait pas cette sensation de chaleur qu'elle ressentait partout sur le corps. Le chiffon mouillé sur son front tomba sur le matelas.
Le bruit attira l'attention de la soigneuse.
-Tu es réveillée.
-Qu'est-ce que je fais là ? demanda-la petite blonde en regardant autour d'elle.
Certes, elle avait reconnu les lieux, mais sa présence ici lui était encore inconnu.
Les deux autres lui adressèrent un sourire amical. L'infirmière plongea de nouveau le morceau de tissu dans l'eau froide qui stagnait dans une cuvette, le recolla sur le visage de sa patiente et, dans un même mouvement, obligea celle-ci à se rallonger.
-Reste tranquille, tu as fait une insolation, tu es déshydratée et fiévreuse.
Cela expliquait cette impression d'avoir des tisons en train de flamber sous son sommier, toutefois elle avait autre chose à faire plutôt que rester ici les bras croisés.
-Mais...Je dois retourner couper du bois !
-Quelqu'un d'autre s'en est chargé.
Elle pensa un court instant demander « qui » puis préféra changer son angle d'attaque.
-J'avais dit à Ymir que j'irais lui donner un coup de main pour nettoyer l'écurie après avoir fini ma propre tâche.
-On peut aller lui expliquer si tu veux, je suis sûr qu'elle comprendra, proposa Armin en le regrettant aussitôt – moins il s'approchait de l'adolescente taciturne, mieux il se portait.
Christa fit une dernière tentative :
-Qu'est-ce que je vais faire si je dois rester là ?
-Armin n'a qu'a te prêter son livre ! s'exclama Eren content d'avoir trouvé une solution.
La petite blonde fit mine de se réjouir et le remercia pour son offre tandis qu'elle attrapait l'objet qu'on lui tendait.
L'infirmière décida de mettre fin à la conversation, elle poussa les deux garçons vers la sortie.
-Laissez-la maintenant, elle a besoin de repos...Et toi,je ne veux plus te voir avant un moment, ajouta-t-elle à l'intention d'Eren.
Depuis bientôt deux ans, il ne se passait pas une semaine sans qu'il se blesse.
Elle ferma la porte derrière eux et jeta un regard désapprobateur à la jeune fille qui faisait doucement tourner les pages.
-Tu ferais mieux de te reposer.
La petite blonde l'écouta d'une oreille en faisant glisser ses doigts sur la reliure, l'ouvrage sentait la poussière, les pages étaient jaunies et cornées.
Elle se remémora une figure plissée par les rides et une voix chevrotante.
Une petite fille avec un visage rose et enfantin se présenta devant une chaise en bois qui basculait d'avant en arrière, elle tenait dans ses mains un livre presque aussi gros qu'elle.
-Grand-mère, on peut continuer l'histoire de l'autre jour ?
Et pour faire céder la vielle femme, elle lui adressa un regard de chiot larmoyant et se força à rester impassible lorsque des mains fripées lui pincèrent les joues.
-Viens-là, redis-moi juste où l'on s'est arrêté, ma mémoire n'est plus ce qu'elle était.
-Quand la princesse s'est enfuit du château pour visiter le monde extérieur.
La fillette grimpa sur les genoux de son aïeul, ça sentait la naphtaline, et tenta de déchiffrer ces symboles étranges que les adultes appelaient « lettres ».
-D'accord...Donc la petite princesse, qui était sortie du château où elle vivait depuis son plus jeune âge, venait de se rendre compte qu'elle était perdue dans une forêt immense et terrifiante et que la nuit n'allait pas tarder à tomber.
Pendant les minutes qui suivirent, les objets qui remplissaient la pièce s'effacèrent pour laisser place à des paysages verdoyants, à des salles de réception somptueuses. La petite fille émerveillée fut un peu déçue lorsque la fin du récit arriva brusquement.
-Mais grand-mère, pourquoi est-ce qu'elle choisi le prince ? C'est le loup qui lui a sauvé la vie.
-Parce que c'est comme ça, les princesses vont avec les princes, pas avec les loups.
La fillette prit un air contrarié.
-N'empêche que je suis triste pour lui.
La vielle femme rigola.
-Il ne faut pas, c'est un animal fourbe, il avait sûrement l'intention de la dévorer.
-Comme un titan ? Personne n'a jamais apprivoisé de loup ou de titan ?
Malgré les explications de la doyenne, elle restait persuadée que le pauvre canidé ne méritait pas de rester seul.
Derrière le volume Christa entraperçu un visage orné de taches de rousseur.
-Ymir !
Son sourire retomba lorsqu'elle constata qu'il ne s'agissait pas de son amie, mais de Marco, un garçon assez sympathique qui traînait souvent avec Jean le rival d'Eren.
-Ah non désolé.
Malgré sa déception, elle s'obligea à faire bonne figure, même si elle savait que c'était peu probable, elle avait tout de même espéré une visite de la grande brune.
-Qu'est-ce qui t'amènes là Marco ?
-Jean a été convoqué pour faire sa visite médicale, et comme j'avais rien d'autre à faire , je l'ai accompagné...Le voilà d'ailleurs.
Venir pour passer le temps, c'était tout à fait le genre de chose que pourrait dire Ymir, en effet sa camarade trouvait régulièrement un prétexte pour expliquer sa présence à ses cotés, en particulier lorsqu'il y avait d'autres personnes présentes.
-Mince Marco, t'aurais pu me prévenir qu'il fallait pisser dans un bocal, si j'avais su je serais pas aller me soulager juste avant.
Le garçon avec les éphélides se contenta de sourire, dire qu'il avait un un air si innocent, Christa se dit qu'il ne fallait vraiment pas se fier à une première impression. Jean, contrarié, se tourna vers son compagnon.
-Rappel-moi pourquoi nous sommes amis ?
Le plus grand continua de sourire, son camarade lui jeta un regard blasé, puis se pencha vers la petite blonde.
-Bon Christa, ce n'est pas ce que ça m'enchante, mais je l'emmènes avec moi, comme ça tu pourras de nouveau être tranquille.
La petite déesse hocha la tête en feignant de trouver cela amusant, Ymir, elle, aurait vu tout de suite qu'elle mentait.
Elle était de nouveau seule, et elle s'ennuyait.
Certes, elle ne pouvait pas dire que le l'essai que lui avait prêté Armin était inintéressant mais elle préférait vraiment la compagnie des êtres humains à celle du papier.
Christa regarda l'horloge accroché au mur. Bon sang ! Les aiguilles avaient à peine bougé depuis la dernière fois qu'elle y avait lancé un coup d'œil.
Elle se sentait seule, l'infirmière était passé en coup de vent après le départ des deux garçons pour prendre sa température et ne s'était plus manifestée depuis.
Christa soupira et laissa sa tête retomber sur l'oreiller. Par Sina, qu'est-ce qu'elle trouvait le temps long, la petite déesse aurait donné cher pour avoir un peu de compagnie, pour voir quelqu'un, n'importe qui. Mais la salle restait désespérément vide et calme, bien trop calme, après deux ans passés dans la promiscuité elle n'était plus habituée à ce silence.
Par la vitre transparente, elle regarda le soleil déclinait lentement jusqu'à s'évanouir derrière l'horizon et les premiers points lumineux apparaître dans l'obscurité de la voûte céleste.
Automatiquement, son ventre gargouilla et les courbatures dans ses membres se réveillèrent, c'était une réflexe acquis au fil des mois, la tombée de la nuit signifiait le temps du repos et du relâchement. Les autres devaient être attablés à cette heure-ci, riant et plaisantant, ensemble.
La porte finit par se rouvrir une énième fois, au grand soulagement de la petite blonde.
-Sasha !
La jeune montagnarde se tenait sur le seuil, un plateau – qu'elle regardait avec envie – entre les mains.
-Christa, tu vas bien ? Parce que j'ai entendu Armin dire à...
L'idole de la 104ème section n'avait jamais été aussi heureuse d'entendre cet accent si prononcé, elle était prête à faire don de son repas à sa visiteuse pour la convaincre de rester. Sasha était certainement l'une des deux personnes qu'elle avait le plus envie de voir, d'ailleurs...
-Sasha, tu sais si Ymir a l'intention de passer ?
-Justement, j'étais en train de te dire que j'ai entendu Armin lui expliquer que tu avais fait un malaise.
-Et...
-Elle a répondu qu'elle n'avait pas de temps à perdre pour un imbécile qui ne connaissait pas ses propres limites.
En voyant l'air dépité de son amie, la voleuse de pommes de terre fut prise d'un élan de compassion.
-Mais je suis sûr qu'elle n'est pas vraiment fâchée contre toi, tenta-t-elle de réconforter sa cadette.
Celle-ci eut un sourire triste et se lança dans la contemplation de son assiette, finalement, elle n'avait plus si faim. Christa tendit son écuelle.
-Tu en veux, je ne pense pas à réussir à...
Comme elle s'y attendait, Sasha fit honneur à ce repas supplémentaire qu'on venait de lui offrir et ne releva pas la tête jusqu'à avoir fait disparaître la totalité de son contenu.
-Christa, tu ne peux pas savoir à quel point tu me sauves la vie, surtout que j'ai pas osé demander à Ymir de partager sa ration avec moi, vu qu'elle était super énervée aujourd'hui...
Prenant conscience de sa gaffe, Sasha s'arrêta net et essaya de se rattraper :
-Si tu tiens vraiment à la voir je peux tenter de te la ramener de force, je ne suis pas certaines de réussir mais...
Christa fit mine de réfléchir à la question, puis après de longues de réflexions, releva la tête et tapota le matelas en souriant légèrement.
-J'ai trouvé un autre moyen de te pardonner, restes discuter avec moi.
Soulagée de s'en tirer à si bon compte, Sasha prit place sans attendre à l'autre bout du lit. Hélas pour Christa, le temps sembla brusquement s'accélérer et déjà les cloches annonçant le couvre-feu se faisaient entendre. Sasha lui adressa un petit regard désolé tandis que l'infirmière revenait pour un dernier contrôle.
-Faut que j'y aille.
Et sur ses mots Sasha quitta les lieux. Sans le moindre enthousiasme Christa ouvrit la bouche pour y laisser entrer le thermomètre.
-Je vais te garder ici pour la nuit.
Approbation, hochement de tête, de toutes façons dire quelque chose n'y aurait rien changé.
Dès le départ de la soigneuse, Christa se laissa retomber en arrière, dormir devrait faire passer le temps plus vite et hâter la venue du lendemain.
Une chouette ulula dans le lointain.
Une gueule béante et grimaçante apparu de l'autre coté de la vitre rendue à moitié opaque par la terre et la poussière.
Grelottante, la fillette se terra contre le mur en serrant sa robe – bien trop légère pour lui tenir chaud – contre son corps frêle et tremblotant. Une ébauche de pleure naquit au fond de sa gorge, aussitôt le visage grotesque se tourna vers elle.
-Père...Mère...Aidez-moi.
Un éclair zébra le ciel, l'apparition s'estompa mais il lui restait toujours la faim, le froid, la peur et la solitude à combattre, surtout la peur et la solitude.
Une latte du parquet grinça.
Elle renifla et essuya une coulée de morve avec sa manche, qu'es-ce qu'on dirait si on la voyait faire ça...A peine eut-elle pensé cela qu'elle se rappela avoir été chassé du foyer familial. Qu'allait-elle faire désormais...
Elle était seule.
Christa se réveilla en sursaut, trempée de sueur, brûlante de fièvre, ses vêtements lui collaient à la peau. Elle se redressa, une main étrangère l'attrapa par l'épaule.
-Ne bouges pas ! lui ordonna une voix autoritaire.
On lui frotta vigoureusement la figure avec un chiffon trempé.
-Qu'est-ce que...
-Chut, murmura la voix qui s'était adoucie.
Et sentit un corps familier se rapprochait du sien, d'instinct elle s'y colla et ferma les yeux.
-Reste avec moi, murmura-t-elle, je t'attendais.
Elle n'était plus seule.
