Chapitre 6

I know we'll make it anywhere
Away from here

Musique conseillée

Disintegration – Jimmy Eat World

Je me sentais tiraillée, entre mes deux mondes, entre mes deux faiblesses, et pour la première fois de ma vie, je ne contrôlais plus rien, ni mes mains qui parcouraient sa peau nue, ni mes sens qui répondait avec avidité à son souffle au lendemain de nos abandons, celui de Caroline dans la noirceur d'un univers qui n'était pas le sien, et les nôtre, abandon d'un mensonge qui survivait, abandon d'une mélodie qui n'était plus la nôtre, et je souriais doucement, oubliant la douleur qui irradiait ma peau, qui embrasait ma peau violacée, violence diffuse du sang qui s'installe.

Une main remonta le long de ma hanche découverte, et je mourrais dans ses murmures, je dormais dans ses nouvelles notes qui nous entouraient, qui se jouaient dans la pénombre de l'aube naissante, de la brûlure de ce soleil qui privait Caroline de sa vie, et la douleur de son absence à venir me torturait, brisait mes entrailles, nouvel adieu dans cette salve de départ sans retour, de ces au revoir qui se prolongent, qui deviennent des fantômes, des adieux pour toujours dans mon monde et dans le leur. Je cherchais sa peau, j'enfouissais ma tête dans son cou, embrassant sa douceur, occultant l'image de Stefan mettant un point final à nos certitudes, tuant l'innocence qui vivait en Caroline, fermant ses yeux sur l'humanité pour un tout autre destin, une toute autre finalité, et le craquement terrifiant de ses os me rappelait mon prochain moment dans les limbes, à la recherche d'une résurrection qui ne verrait peut être jamais le jour.

-Elle n'est pas perdue pour nous. Katherine ne l'aura pas, fit-il et je laissais sa voix entrer dans mes pensés.

-Elle ne verra plus jamais la lumière, c'est fini…

-Chut, murmura t-il à mon oreille et il essuya les larmes qui s'écoulaient sur mes joues blêmes. Rien ne s'achève, c'est juste une autre dimension, de nouveaux renoncements, une acceptation difficile, mais ce ne sera jamais la fin, Elena. Et, la mort me semble presque acceptable avec toi.

-Je n'irais nulle part, fis-je et l'écho d'une autre promesse se rappelait à moi. Je n'irais plus le sauver, je n'irais pas affronter son regard et pardonner son geste, je n'irais pas absoudre cette mort qu'il nous impose, cet abandon, cette trahison.

-Nous venons de la commettre, répliqua t-il et je détournais les yeux. Nous venons d'écrire ce mot dans notre histoire. Trahison.

-Non ! Hier, il a brisé le cou de ma meilleure amie, il a bu son sang, et il nous a défié, nous, sa famille…

-T'aimer est une trahison, Elena.

-Pas encore…Ne me le dis pas, chuchotais-je et il embrassa mon front.

-Je bouleverse nos acquis, à la fin de cette journée, demain ou dans les jours à venir, je combattrais cette mer de mensonge qui nous a emportés.

-J'ai confiance en toi. Maintenant, je le sais, il n'y a plus de doute, plus d'hésitation, mais ne me le dis pas encore…Ils doivent être les derniers, je veux les entendre indéfiniment dans mon ailleurs, qu'il soit éternel ou non.

Son regard se brouilla, et je portai sa main à mon visage, un sourire triste accroché aux lèvres et le temps nous manquera, Katherine saura jouer les bonnes cartes et elle avait déjà entamé sa marche macabre vers nous, emportant dans son sillage des bribes de mon existences, mes souvenirs, mes amis, mes amants comme un interminable carnage pour cette âme dont elle me disputait l'appartenance. Soudain, j'entendis le battant de ma porte trembler et la voix de Jenna s'interposa dans ce silence entre Damon et moi, où les yeux dans les yeux nous affrontions notre avenir si instable de mots encore imprononçables. Je le repoussais doucement pour enfiler un peignoir et je me dirigeais vers la porte avant de l'entre bailler doucement pour le cacher à la vue de ma tante, essoufflée, son sac à la main.

-Tu es en retard ! Je m'en vais, m'annonça t-elle et j'allais refermer la porte avec un sourire polie quand elle se retourna soudain. Au fait Caroline t'attend dans le salon.

-Caroline ? Mais tu l'as laissé entrer ?

-Et bien oui. Pourquoi ? Je n'aurais pas dû ? Hier, elle n'était pas ton amie ? Mais avec tout ce qui se passe dans ta vie ces derniers temps je devrais me méfier. Et avec Damon ?

-Nous en reparlerons plus tard, éludais-je et elle haussa les épaules.

-Mystérieuse Elena ta vie est plus passionnante que la mienne conclut-elle en descendant les escaliers pour quitter la maison.

Je restais immobile sur le seuil et j'entendis le bruit distinct de talons claquant sur le parquet je posais une main tremblante sur la blessure de mon âme, celle qui vivait dans mon cou et qui se mourrait sur mes lèvres, je sentis le bras de Damon entourer ma taille, et je me laissais aller contre son corps, je n'étais pas prête à l'affronter, je n'étais pas prête à voir ses yeux s'obscurcirent, à voir le sang entrer dans sa vie, elle restait dans mon cœur, comme dans ma vie, une simple humaine dont le regard s'illuminait, elle restait la simple humaine de mes souvenirs, et cette brutale malédiction me l'avait arrachée, tout se bousculait, tout s'enfuyait, et les murmures de la toute nouvelle morte vivante nous parvenait, elle s'impatientait…

-Et bien ? Je vous attends, entendis-je depuis le rez de chaussée.

-Une minute Barbie, répliqua t-il et il referma un instant la porte de ma chambre, cherchant mon regard perdu dans le vide.

-Elle est entrée et c'est fini, comment lutter contre cela je...

-Je suis là, tu m'entends, je serais toujours là.

-Je viens de la perdre, qui me dit que je ne te perdrais pas ? Qui me dit que Katherine n'a pas prévu une vengeance à la hauteur de toutes nos trahisons ?

-Et même si c'était le cas, je te prendrais la main et nous irions lui faire face ensemble. Caroline est ton amie, et votre histoire n'est pas morte avec elle, elle te reconnaîtra, et au fond d'elle-même les souvenirs referont surface, des sortes de réminiscences pour ne pas la perdre, cette humanité si fragile qui s'envole à la première goutte de sang

-Pas moi je ne la reconnaîtrais pas, conclus-je et je me détournais.

Et je quittais la douceur de son regard, j'inspirais profondément avant d'ouvrir la porte et de m'aventurer hors de ma chambre, la main de Damon dans la mienne, je descendais les escaliers pour trouver Caroline, nonchalante sur le canapé, les jambes croisés, les lèvres brillantes et entre-ouvertes, elle nous regardait, ajoutant à la brûlure de son regard un sentiment grandissant d'impuissance, ce sentiment qui me glaçait le sang, qui rendait mes mains moites, et mon corps tremblant. Elle se leva alors, et se présenta à nous, elle avait fermé tous les rideaux, et aucune lumière ne filtrait, la pénombre nous envahissait, le soleil se mourrait au dehors facilitant sa danse, et mon cœur s'emballait, pulsation sourde qui se reflétait dans mon silence, dans le notre.

-Tu n'as pas peur de moi ? Demanda t-elle et je restais muette. Tu devrais.

-Que veux-tu Barbie ? S'exclama Damon en la défiant du regard. Une petite tasse de thé et des gâteaux ? Je suis désolé, je ne joue pas les grands frères.

-Je ne suis qu'une humaine, Katherine n'a pas besoin de constituer une armée de vampire contre moi.

-Tu es l'humaine la mieux protégée, Elena. Et je suis venue discuter avec toi comme au bon vieux temps, quand le monde des ténèbres nous était inconnu. Assieds-toi Damon. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Mais au lieu de cela, il lâcha ma main et se jeta sur Caroline qui n'eut pas le temps de le repousser, il la bouscula contre le mur, et leurs canines saillantes brillèrent soudain dans la pénombre, il entoura son cou si frêle et je ne les séparais pas la force pour la lutte me manquait rien n'aurait pu me préparer à cela, une longue mélodie funèbre dans mon monde jadis si idyllique.

-Ne t'approche plus jamais de cette maison où tu le regretteras ! Et Katherine a peut être besoin de sous fifres mais je ne te laisserais jamais faire. Je préfère te tuer ici, maintenant, et en finir une bonne fois pour toutes.

-Vraiment Damon ? Siffla t-elle alors que l'air lui manquait. Katherine n'a aucun plan contre vous, elle s'amuse, elle s'amuse de vous voir si torturés, de vous voir vous battre entre vous, faire couler le sang et mourir d'amour. N'est ce pas ? Ne serais-tu pas prêt à prendre le pieu à la place d'Elena ? Je le savais. Katherine le savait, et vous êtes sa plus grande force, votre faiblesse la sert.

-Tu es venue nous faire des confidences ?

-Je suis venue vous faire passer un message. C'est aujourd'hui.

-Aujourd'hui ?

-C'est aujourd'hui que la mort vous rattrape, murmura t-elle, et elle se dégagea vivement de lui, le repoussant avec une force qui m'arracha un cri. Tu n'es pas aussi fort que dans mon souvenir Damon. Et je me souviens de tout. Mon existence humaine même manipulée est une mine de souvenir.

-Et alors ? Tu t'amuseras toi aussi, enfin si je t'en laisse le temps. Rien n'est tout blanc ou tout noir, tu as mis les pieds dans un autre monde Caroline. Ici, tu es une morte vivante comme moi, tu n'as plus de cœur, et ton âme se meurt de ne plus avoir de paradis à convoiter. Malgré la force, malgré l'éternité, n'oublie jamais que tu n'existes plus. Tu n'as plus d'ancrage dans ce monde, et ceux que tu aimes, que tu aimeras, mourront un jour, c'est la dure loi de l'humanité. En la quittant, Katherine t'a malheureusement condamné à une non-existence solitaire. Et je suis désolé pour toi, je suis désolé que ce soit toi ma prochaine victime, conclut-il en serrant les poings.

-Tu n'en auras pas l'occasion, Damon. C'est aujourd'hui.

-Elle gagne du temps, criais-je soudain, et la porte d'entrée claqua violemment dans mon dos.

Le courant d'air me propulsa à terre et ils prirent position, comme un peloton d'exécution, leurs canines apparentes, leurs membres tendus contre nous, Damon m'aida à me relever, et Katherine entraîna Stefan et Caroline entre mes murs, bousculant mon fragile équilibre, la scène que j'avais tant de fois imaginé se jouait à présent, il n'y avait plus d'échappatoire, aucune issue finale autre que sa mort ou la mienne, nous étions piégés, nous étions à leur merci, ils ne nous avaient laissé qu'une seule et unique nuit ensemble, une seule et unique nuit avant de tout bouleverser, de nous propulser dans ce cauchemar que j'aurais voulu éviter, et je fis rouler la bague d'immortalité à mon doigt, je sentais sa brûlure, sa présence lancinante comme seule renaissance.

Elle portait mes trais avec violence, et ce côté sombre m'habitait, je savais qu'il vivait en moi quoi qu'il arrive, ce côté perverti de l'âme qu'elle me disputait, et nos yeux se noyaient, nos yeux se perdaient dans cet ailleurs, cet enfer qu'elle recréerait sous nos pieds, emportant dans la bataille ceux que j'aimais le plus, nous perdant dans un dédale qui ne nous était pas destiné, et le monde avait changé, mon monde avait changé, j'avais franchi la ligne, j'étais passée de l'autre côté, j'avais goûté à ce sentiment qui naviguait depuis longtemps entre nous, sans pouvoir y mettre les mots, sans pouvoir en prononcer le sens et je pouvais presque sourire à la voir m'affronter ainsi sur mon propre terrain, entourée par mes anges gardiens, dans cette place qu'elle voulait tant reprendre, cette place dans ce monde, auprès d'eux, mes deux côtés, mes deux faiblesses par amour.

Et il me semblait assister à l'apocalypse, il me semblait tomber dans des flammes crépitantes, frôler des courants d'air, tomber entre des mains bienfaisantes et d'autres beaucoup moins, je voyais leurs visages se tordre, leurs corps se tendrent, et j'étais là, banale humaine au milieu de cette bataille d'êtres extraordinaires qui voulait sauver ma vie ou y mettre un terme, et je restais au milieu, je restais au centre de leurs jeux, au centre de leurs mots, de toute la rancœur qui vivait dans leurs cendres, de temps en temps, la main de Damon frôlait ma joue, étreignait ma taille, mais il avait aussitôt disparu, il ne restait pas à mes côtés, il se rendait dans l'autre camp pour y chercher mon âme, et rien ne pouvait plus ressembler à l'enfer que ces corps enchevêtrés, les uns dans les autres, ces griffures, ces blessures, ce sang qui s'écoulait alors que j'étais saine et sauve, dans leur brûlure, dans leur souffrance, unique pion de l'échiquier, vouée à choisir entre la vie et la mort dans très peu de temps.

Et bientôt, elle frôla mon cou, Damon ne fut pas assez rapide, Stefan fut plus présent, enfonçant ses crocs brillants dans la peau de son frère, et je croisais le regard affolé de Damon, je sentais le désespoir, la colère dans ses prunelles, et je me laissais faire, je laissais Katherine engouffrer ses ongles dans ma chair, je la laissais chercher mes yeux et avancer dans la bataille, je la laissais gagner du terrain sur mon âme, la nôtre sans destinataire.

-A quoi joues-tu Elena ? Stefan et ensuite Damon. Tu me ressembles bien plus qu'il n'y parait.

-Je ne les ai pas trompés et je ne serais jamais comme toi.

-Bien sûr que si. Trahison sur trahison hier Stefan, aujourd'hui Damon mais je vais t'épargner le choix définitif je vais t'épargner une vie de mensonge et d'hésitation.

Damon se jeta sur elle, arrachant ses doigts à mon cou douloureux, et je tombais à genoux, face à face avec Caroline qui laissait le sang couler sur son menton sans l'essuyer, flamme vivace dans cette immortalité qu'elle portait avec grâce, et pourtant l'espace d'un instant, l'humanité joua dans ses reflets, l'humanité qu'elle semblait avoir délaissé la poussait à caresser ma joue, des larmes brillantes au coin des yeux, oubliant un instant Katherine et cette guerre intime contre le monde, contre la fatalité, contre cette vie qu'elle avait perdue, et Damon pu enfin la repousser, il la plaqua contre le mur, et je criais, je criais si fort que Stefan s'arrêta pour m'observer, le mur s'effondrait, elle les perdait, ses marionnettes si bien manipulées, et la vérité se faisait jour, les souvenirs remontaient, la douleur de l'instant, de cette mémoire qui défaille, de ce monde qui change, Stefan abandonna ses armes invisibles et il vint lui aussi m'affronter, cherchant pourquoi sa main et la mienne n'était plus lié, cherchant pourquoi je criais après son frère ennemi au lieu de courir dans ses bras, et le nouveau courant d'air qui nous frôla mit un terme à cette réminiscence Bonnie pénétra dans la pièce suivit par Jeremy qui arma son fusil, et tira à plusieurs reprises sur Katherine, la blessant, l'affaiblissant, jusqu'à ce qu'elle lâche Damon et qu'il traverse la pièce pour m'emporter dans un coin, les yeux dans les yeux, le moment était arrivé, ce moment où il devait mettre un terme à ma vie pour la renaissance, et je relevais son menton, j'affrontais la douceur de son image, ce côté du miroir qui m'avait attiré, que j'avais aimé, cette main que j'avais prise, ces bras dans lesquels je me réfugiais et il n'y avait plus que cela, mon monde lui appartenait, il tournait autour de son âme, de son amour, de son éternité…

Le cri retentit, un cri terrifiant, de douleur insurmontable, et je pouvais voir Katherine s'écrouler, alors que Stefan et Caroline tombaient lentement à genoux, les yeux dans le vide, les mains sur la tête, fuyant une réalité qu'ils venaient de retrouver, l'emprise de Katherine se mourrait, mais le sang qui vivait sur leurs mains demeurait, comme ce dernier moment avant l'inévitable, ce dernier moment où je les oubliais pour mon immensité, occultant ces pleurs qui pourtant me brisaient le coeur; mon histoire se jouait dans ses yeux, leur intensité m'engloutissait, et je pouvais lui confier ma renaissance sans hésitation, mettre fin à la marche funèbre qui nous emportait maintenant, nous étions libres…

-Je vais agir vite, mais avant cela, je voulais que tu le saches, je voulais que tu l'entendes.

-Non attends…

-Je t'aime. Je t'aime aujourd'hui, demain, et jusqu'à la fin de ta vie, jusqu'à ce que la mort t'arrache à moi, et il n'y a plus rien à dire, je ne regrette rien, et ce choix tu le feras, je t'en donnerais l'occasion, mais je veux que tu vives, avec ou sans moi.

-C'est toi…et tu le sais.

-Alors, je t'attends, murmura t-il et ses mains caressèrent mon visage.

Il embrassa ma main, et les yeux dans les yeux je fuyais la damnation qui s'amorçait en nous, je laissais ses doigts glisser le long de mes épaules, et la dernière effluve m'effleura, le feu brûlait en moi, mon cœur tambourinait contre mes côtes, et bientôt il toucha la naissance de ma gorge, remontant vers ma nuque, les yeux brillants de larme il mit un terme à mon existence, une seule et unique seconde où ses lèvres murmuraient dans le silence entre la conscience et l'inconscience, où la lumière se perdait dans mon univers, une seule seconde pour rencontrer le néant et le dernier battement, la dernière pulsation, le souffle ultime de la vie qui s'enfuit…


« J'ai pris le risque. J'ai pris le risque d'aimer une personne qui pouvait me quitter, composer avec la tristesse et le silence de son absence, avancer dans cet univers qui ne nous était plus destiné j'ai pris le risque de tomber dans le néant, de rester à terre une éternité durant, et je ne le regrette pas. Et je veux que tu te relèves, je veux que tu respires parce que tu en as le droit maintenant il n'y a plus de bataille à affronter, elle vient de mourir dans ses cendres, sous nos yeux dans son enfer coordonné, il n'y a plus rien, juste ce silence, ce silence de tes mots qui me manquent, de tes yeux qui restent clos et c'est insupportable, le temps s'étire, le temps s'enfuit, je porte ton corps, et j'attends ton cœur je t'attends… »

La lumière est un leurre, et je la fuis. Je peux sentir les mains qui m'étreignent, les voix qui s'installent, mais il n'y a que la sienne qui m'éveille, il n'y a que ses mots pour rejoindre mon silence et je serre sa main dans la mienne, je pourrais le voir sourire, entendre son rire, ses lèvres se posent sur mon front, la chaleur m'envahit, mon cœur s'emballe, mon corps tressaille, et mon monde se reconstruit, sur des cendres, sur des renoncements, et je n'ai plus peur d'ouvrir les yeux, de rechercher son regard et d'achever notre histoire je n'ai plus peur de murmurer dans la mort que ma vie n'est plus un crime, et j'ai soudain le sentiment d'une renaissance éternelle…

Et ce fut notre dernier moment, je relevais la tête pour la voir s'éparpiller, pour la voir mourir et répandre ses poussières dans ce monde qui était à présent le mien, mon reflet se mourrait et je respirais, j'entendais les battements sourd de mon cœur, j'étreignais les mains de Damon, je cherchais la douceur de ses bras, de ses lèvres contre ma joue, et j'assistais à ce spectacle, à cette fin qu'il me semblait avoir écrite moi-même, dans l'ombre jusqu'à maintenant, me donnant enfin le droit d'être libre, nous donnant enfin une vraie voix au chapitre, une vraie destinée à dessiner ensemble, à composer jusqu'au dernier credo, celui que je redoutais et que j'attendais, dans l'errance où dans mes probables paradis artificiels.

Et je penchais la tête pour voir Caroline recroquevillée dans un coin, la tête dans ses mains, les larmes brillantes sur sa peau diaphane, et Bonnie restait debout à ses côtés sans la toucher, comme si le fossé était à présent infranchissable et dans un sens c'était le cas. Damon m'aida à me relever et je croisais le regard affligé de Stefan, ses yeux fuyait bien vite mon immensité et je me rapprochais de lui, les mains le long du corps, dans une sorte d'abandon, marchant sur les restes de Katherine qui jonchaient le sol, habillant si bien ma renaissance que cela me semblait presque impossible que la bataille s'achève ainsi j'étais victorieuse, j'avais pu entre voir cet autre monde que les humains cherchent tant à pénétrer, et les bras de Damon pouvaient continuer à m'enserrer, je n'avais plus peur d'errer, je n'avais plus peur de lui confier un jour mon univers sans merveilles.

-Je ne sais pas…Je ne sais pas ce que j'ai fait, entendis-je dans le silence, et bientôt il se mit à sangloter, je voulais le prendre dans mes bras mais je restais immobile face à sa détresse. Caroline est…Maintenant c'est trop tard.

-Katherine vous a manipulé, murmurais-je la voix cassée et les mains de Damon s'accrochèrent à mes épaules. Elle a fait de vous ses marionnettes, et tu…Tu as brisé le cou de Caroline, tu as mis fin à sa vie…

-Je me souviens de tout, comme une sorte de rêve, de cauchemar, tout ce sang, toute cette douleur, et toi…Tu avais disparu de mon univers, tu n'étais plus là, dit-il et il leva enfin les yeux vers son frère en comprenant ce que sa danse macabre avait changé dans notre vie.

Damon s'éloigna, et il rejoignit Caroline repoussant Bonnie et Jeremy pour s'agenouiller face à elle, elle fuyait ses mains, elle fuyait son regard mais il attrapa son visage entre ses mains, cherchant au fond de son cœur une consolation pour cette fin de vie que Katherine avait provoqué, pour cette éternité bien trop longue face à la mort de toutes les personnes importantes, de toutes les essences qui nous parcouraient, et je la vis hocher la tête, elle sanglotait dans ses bras, violente acceptation de sa propre disparition, de ses prochains renoncements, de tous ces deuils à venir qui me glaçaient le sang et Stefan ne bougea pas, il ne les quittait pas des yeux, la nouvelle immortelle et son frère, celui que j'avais choisi, avant la mort, pour la rédemption, pour toujours, et je tremblais, mon cœur se serra à la vue des larmes qui inondait son visage blême.

Trahison.

Il gardait ses mains crispés le long de son corps, et le sanglot qui secouait son corps me bouleversa, il lança un regard désespéré à sa nouvelle compagne dans la damnation, et j'inspirais profondément, chassant cette dernière image que j'avais de lui, cette brisure, ce chuchotement dans la nuit, cette irrévocable réalité.

-Certaines trahisons sont insurmontables, finis-je par dire, et il secoua la tête. Cette fois ci, je dois prononcer ces mots, Stefan, je t'ai trahi, je ne le pensais pas au départ, mais c'est vrai. Je me suis détournée de toi, et je t'ai menti je me suis menti à moi-même pendant longtemps et pendant que tu résidais dans ton monde hors de portée j'ai franchi la ligne, l'autre coté du miroir que j'avais toujours aimé sans le savoir. Je suis désolée je te demande pardon pour tout, pour avoir fuis, pour avoir faillie, mais il était temps. Je devais affronter mon double et mes sentiments, et je l'aime.

-Je le sais, fit-il et sa main se souleva pour caresser ma joue, retombant aussi sec le long de son corps. Je le vois, et il t'a protégé de Katherine, il a réussi la où j'ai échoué je suis désolé pour ce carnage, pour cette bataille, pour tout. Je suis désolé pour Caroline. Je…Je ne peux rien dire de plus, j'ai le sentiment que Katherine a volé ma vie, ou ce qu'il en restait, c'est fini.

-J'ai fuis avec lui, et j'ai découvert ce qui me manquait tant, et ce n'était pas toi, pendant tout ce temps, ce n'était pas ta présence, tu ne me manquais plus. Je t'ai regardé être le jouet de Katherine et je voulais te sauver, pas pour retomber dans tes bras mais pour tout ce que nous avions partagé ensemble et je ne peux plus revenir en arrière, je sais que tu dois avoir le sentiment de vivre un mauvais rêve, mais depuis notre dernier je t'aime, j'en ai prononcé un autre, j'en ai entendu un autre, et mon monde s'en est retrouvé bouleversé. C'est fini, rien n'est plus comme avant, les mots ont tout changé, et je l'ai rencontré à mi chemin pour toujours…

Je pouvais voir ses lèvres trembler et j'attrapais une de ses mains pour les porter à mon visage, sur la pointe des pieds je déposais un baiser au coin de ses lèvres, l'abandonnant au milieu de la pièce face aux cendres de Katherine, dans ce nouveau monde où il n'étreignait plus ma main, ce nouveau monde de la conscience où tous ses actes avaient une répercussion, où ses absences avait changé la donne et la vague de douleur qui vivait dans ses prunelles ne me quittera jamais, je vivrais toujours avec cette image, il eut un sourire triste et s'en fut, laissant dans son sillage un courant d'air glacial et définitif.

C'était une fin, une finalité pour nous tous, que nous soyons liés ou non, que l'amour ou la haine nous définisse, les cendres de Katherine sont comme un linceul, et dans cette nouvelle vie pleine de promesse, j'oubliais le sang pour tracer mes propres mots…


Merci encore pour toutes vos reviews si passionnées; l'épilogue est à suivre directement et il clôturera cette fiction.

Jenny; le site bloque les adresses web externes, je n'ai donc pas pu voir ton mail malgré toutes tes tentatives :-(

Le mot de la fin vous attends.