Titre : Hex, l'autre sorcière
Auteur : Ô, Dieux ! Soyez loués mille fois, c'est moi, Catyline ! J'ai réussi à reprendre la plume et n'ait point été réduite à la sous-location de cette page ! Aucune rédacteur n'a eut à récupérer mon œuvre ! J'AI VAINCU ! (ce qui fait tout de même beaucoup pour une seule femme)
Disclaimer : Hex : la Malédiction appartient à Brian Grant et à sa société de production. Arrangez-vous avec eux. Par contre, Azel Nox est à moi, aucune preview là-dessus. De toute façon, je n'ai jamais vu que les 2 premiers épisodes de cette série.
Rating : K+. Sans doute. Peut-être. Si vous avez des réclamations, envoyez-les moi.
Résumé : Une fois de plus, Azel Nox fait une apparition brutale dans la vie de Cassandra Hugues. Et voilà que le séduisant Azazel lui-même impose à sa protégée de lui obéir ! Comment donc Cassandra relèvera-t-elle ce nouveau défi
Chapitre sept: Mystères
Cassie déglutit avec difficulté. Dans le soudain silence du grenier, le bruit lui parut emplir tout l'espace.
Les yeux d'Azel brillaient comme deux phares. Elle se mordillait la lèvre inférieure et ses joues pâles se marbraient d'une rougeur malsaine.
« Je… » commança Cassie, avant d'avaler une nouvelle fois sa salive, « je… suis…euh…Je ferais de mon mieux. »
Azel eut un claquement de langue impatient.
« Faire de son mieux, ça n'est pas suffisant ! Tu devras être au top ! Tout le temps ! Sinon… »
La sorcière s'interrompit une seconde et fixa son élève. Une moue indéchiffrable traversa son visage. Cassandra sentit la peur lui tenailler le ventre.
« Mais on verra ça plus tard, » reprenait déjà Azel « si on y arrive. Et plus on s'y mettra tôt, plus vite on trouvera les limites de ton pouvoir. Je te l'embarque, Zaz. » conclut la jeune fille en se tournant vers le démon. Azazel esquissa un geste d'approbation, tandis qu'Azel rouvrait en grand la porte du grenier.
« Eh bien ? Qu'attends-tu ? » lança-t-elle à Cassandra.
Cette dernière jeta une œillade interrogatrice à son protecteur. Mais Azel l'attrapa par l'épaule et la poussa sans ménagement vers la sortie. En se tordant le cou, Cassandra n'eut que le temps de cueillir un fragment du sourire d'Azazel, avant que la porte ne se referme une fois de plus en claquant.
Parvenue manu militari dans le salon de musique, Cassie échappa enfin à la poigne d'Azel. Elle se retourna, une réplique acerbe au bord des lèvres. Mais elle se contint au dernier moment. Les recommandations d'Azazel étaient encore bien présentes à l'esprit de Cassandra. Elle commençait à intégrer le fait que la route vers le séduisant démon passerait par sa monstrueuse acolyte. Jusqu'à nouvel ordre.
Azel semblait suivre les pensées de la jeune fille, car elle eut un petit rire suffisant. Puis elle se jeta dans le premier fauteuil à sa portée. Cassandra réalisa brusquement que cette sorcière n'était qu'une adolescente, plus jeune qu'elle-même. Elle eut un pressentiment désagréable et haussa les épaules pour s'en débarrasser.
« Alors ? » attaqua Azel sur un ton de femme d'affaire. « Qu'as-tu donc appris ? »
« C'est-à-dire… »
Cassie s'interrompit brutalement, rougissante : sans y penser, elle s'était redressée et avait croisé ses mains derrière son dos, comme quand, petite, elle récitait ses leçons. Elle se força à se décontracter et tâcha de reprendre son discours sans faire attention à l'air goguenard d'Azel.
« J'ai appris… » chevrota-t-elle un peu, « euh… j'ai appris à confectionner un philtre… »
« Peuh ! » l'interrompit Azel en se relevant brusquement, « Ca n'a aucune importance ! » s'exclama-t-elle en prenant la pièce à témoin. « Le comment est à la portée du premier imbécile venu. Inventer une recette, encore… Et même la réaliser, oui, c'est quelque chose de signifiant, bien sûr, même si une personne dépourvue de pouvoir peut y parvenir ! Bien qu'on ne puisse nier l'empathie nécessaire à ce type d'entreprise… Et qu'en définitive… »
Abasourdie par ce discours sans queue ni tête, Cassandra observait son adversaire avec des yeux ronds. Azel avait peu à peu cessé d'arpenter le salon et sa voix avait décru jusqu'à ce qu'elle parût se parler à elle-même. Elle se tut quelques secondes, comme à l'écoute. Mais elle redressa bientôt la tête, et son regard brillait d'un feu renouvelé.
« Mais ce n'est pas le propos. Nous n'avons pas le temps ! L'essence de la sorcellerie se situe bien ailleurs. »
« C'est-à-dire… » commença Cassie. « Comment… »
« Pas comment, je t'ai dit ! » rugit Azel. « Pourquoi ! Voilà la vraie question ! »
« Je ne… » argua Cassie.
« Mais ça n'est pas non plus le sujet ! Tes bases doivent partir d'ailleurs. » continua Azel.
« …comprends pas ! » cria Cassandra.
Azel se tut et soupira. Cassie éprouva fugitivement la peur d'être à nouveau battue.
« C'est parce qu'avec toi » dit Azel en fixant le plancher, « on doit tout prendre à l'envers. Assieds-toi, » fit-elle en désignant un fauteuil à son élève, « je vais t'expliquer. »
Heureusement surprise de cette soudaine amabilité, Cassandra s'exécuta mécaniquement. Azel, pour sa part, se percha sur un tabouret haut qui traînait à côté du piano.
« Vois-tu, » commença-t-elle, toujours sans un regard pour Cassie, « ce qu'il te faut maîtriser d'urgence, ce ne sont pas les principes pratiques de la magie. Concocter des potions, lancer des sorts, proférer des incantations » dit-elle en caressant la courbe de l'instrument de musique, « tout ça ne représente que l'accessoire, le décorum de la sorcellerie. Bien sûr, » ajouta-t-elle plus vivement en braquant soudain son regard sur Cassandra, « toutes ces manipulations sont nécessaires, elles sont le biais par lequel s'exerce nos volontés. Sans cela, on ne peut rien faire, du moins, les sorciers enseignent qu'ils ne peuvent rien faire de grand, sans la bonne formule ou la bonne potion. Mais en tant que détenteur d'un pouvoir, » continua Azel sur un ton plus grave, « ce qui importe réellement, c'est la puissance. Seulement et uniquement la puissance. »
Azel laissa passer un blanc, tandis qu'elle tenait Cassandra comme punaisée à son siège par l'acuité de son regard.
« La puissance s'acquiert, se modèle et se développe. » reprit la sorcière en s'adressant au plafond. « Inutile de nous embourber dans l'historique des causes et des fondements de l'apparition de la magie. Tu sais que la sorcellerie vient des Néphélims, c'est plus que suffisant. Sur le deuxième point, » enchaîna-t-elle tout en s'absorbant dans le spectacle de son pied gauche qui décrivait des huits dans l'air, « si tu ne t'en doutes pas, apprends donc que la façon dont on se sert d'un pouvoir influe sur… eh bien, son possesseur, les directions dans lesquelles il se développe, ses capacités à s'appliquer à un autre domaine que ceux qui lui sont habituels. Toi, tu es une sorcière 'généraliste'. Reste-le. » asséna Azel en captant une fois de plus le regard de Cassandra, dans une étreinte d'une brutalité inattendue. « C'est la configuration la plus utile. Quand on ne fait que lire des rêves ou manipuler les désirs des autres, on est généralement très bon, mais on ne sait rien faire d'autre. Autant être moins perfectionniste, mais plus adaptable. »
Azel s'interrompit une nouvelle fois. Elle sifflota quelques notes sans suite, à l'attention de la fenêtre.
« C'est… C'est tout ? » interrogea timidement Cassandra.
« Non ! » répondit Azel avec un mouvement d'humeur. Elle se tourna franchement vers son élève. Mais ses yeux n'exprimaient plus que la réflexion. « Il reste le petit trois : développer la puissance qu'on t'a confiée. Le plus dur. » Les jeunes filles soupirèrent de concert. Azel se redressa vivement, sans pouvoir tout à fait cacher la gêne de cette complicité inattendue. Elle reprit rapidement.
« Il y a deux manières : soit en apprendre plus sur le vecteur de sa puissance, soit améliorer la perception que l'on en a. La première manière ne me concerne pas, » continua-t-elle à tout allure, « tu régleras ça avec Azazel. »
« Mais… » interrompit Cassandra.
« Pas de 'mais' quand j'enseigne ! » s'exclama Azel, les yeux soudain flamboyants. « Azazel ne veut rien t'apprendre pour l'instant, c'est son droit le plus strict. Il se peut fort bien qu'il ne change jamais d'avis. Tu dépens de lui, tu n'auras pas voix au chapitre, c'est comme ça, c'est tout. Il serait temps que tu arrêtes de la ramener ! » s'emporta soudain Azel. « Mais, » reprit-elle plus doucement, « il est aussi possible que ton Néphélim change d'avis. Dans tous les cas, » reprit-elle à voix basse, « je n'ai rien à voir là-dedans. C'est une affaire strictement entre lui et toi. » asséna-t-elle plus lourdement.
Cassandra regardait Azel, roide et tendue. Azel regardait Cassandra, toute son attitude mettant au défi l'élève de faire une seule remarque… Dans le silence qui s'installait, Cassandra prit son courage à deux mains et se lança à l'eau.
« Alors… et la deuxième manière ? »
Azel se détendit d'un seul coup, un sourire satisfait s'affichant aussitôt sur ses lèvres. Elle reprit de plus belle ses explications.
« Développer son pouvoir en le ressentant plus profondément, plus intensément. Pour cela, il faut entraîner une partie de son esprit à penser en permanence à cette puissance, chercher à toujours la sentir, au fond de soi et autour de soi, mais il faut aussi, dans un premier temps, réussir à bien l'identifier et surtout, comprendre comment ça marche. »
« On fait quand même les 'comment' ? » demanda Cassie, sourcils froncés, perdue.
« Ce ne sont pas les mêmes. » expliqua Azel avec condescendance. « Là, on parle des lois de la sorcelleries. D'où ma première question, on y revient enfin : qu'as-tu appris ? »
Complètement absorbée par sa démonstration, Azel avait changé d'attitude envers Cassandra. Elle la regardait maintenant de l'air gourmand et fier d'un professeur dont l'élève favori va donner la bonne réponse à un jury difficile.
« Euh… » hasarda Cassandra. Elle était douloureusement consciente d'ignorer le premier mot de ladite réponse.
« Ah ! » ragea Azel avec un grand mouvement de bras vers les cieux, « comment peut-on être aussi lente ! »
Cassie fut mortifiée, mais l'autre enchaîna aussitôt.
« Je reprends : la première loi de la sorcellerie, c'est QUE TOUT A UN PRIX ! Je te l'ai pourtant déjà dit ! Fais un peu attention ! »
Cassandra tenta un sourire penaud, qui sembla radoucir la harpie.
« Reprenons ! Petit un : tu as appris que la sorcellerie pouvait te donner ce que tu désirais. Vrai ? » lança-t-elle à Cassie.
« Vrai ! » approuva celle-ci en hochant la tête avec virulence.
« Petit deux : tu as appris que les contingences liées à l'assouvissement de ce désir pouvaient être plus désagréables que cet assouvissement. »
Cette fois-là, Cassandra prit une seconde avant d'acquiescer. Le temps de démêler le sens de la phrase.
« Euh… oui ! »
« Bon ! » s'exclama joyeusement Azel, sans paraître remarquer la défiance et l'obséquiosité apeurée de Cassandra. « Conclusion : tu as appris que tout acte de sorcellerie avait un prix. Et que tu n'était pas forcément prête à le payer. » acheva la sorcière, en coulant une œillade à Cassie. Mais Azel ne laissa pas à Cassie le temps de placer un commentaire.
« Et le Livre ? » reprit-elle aussitôt.
« Le Livre ? » répéta Cassie, interloquée.
« Eh bien oui, le Livre ! Le seul, l'unique ! Le Livre, quoi ! » vociféra Azel.
« Tu veux dire… le livre où il y avait le philtre ? » demanda Cassie, faisant brusquement le rapprochement.
« C'est cela, oui. » articula Azel d'une voix glacée. Cassandra réalisa soudain qu'elle n'aurait pas du tutoyer son professeur.
« Qu'as-tu appris au sujet du Livre ? » interrogea encore Azel, toute morgue revenue.
« Hum, eh bien, je crois… » commença Cassie avec lenteur, ressentant l'étrange impression de fouler un champs de mines, « que… c'est un livre très, euh, puissant… où on trouve… »
« Suffit ! » l'interrompit Azel en levant la main. « Comme d'habitude, » reprit-elle dans un soupir, « tu as été incapable de voir ce qui crevait les yeux. En même temps, » reprit-elle avec dédain, « c'est là-dessus que la leçon misait. Apprends donc, jeune fille, » déclara-t-elle en décochant un regard perçant à une Cassandra recroquevillée, « que le Livre est bien plus qu'un simple recueil de trucs et astuces. C'est » déclara-t-elle d'une voix solennelle, « la source d'un grand savoir qui a été investie d'une part de ce grand savoir. En d'autres termes et d'une manière plus prosaïque » continua la sorcière d'un ton légèrement dégoûté, « c'est un objet qui a une vie magique, certes limitée, mais qui lui est propre. Cela se voit principalement dans le fait qu'il s'ouvre de lui-même à la page que l'on recherche. »
Cassandra ouvrit une bouche de carpe hors de l'eau. Comme ça, le livre l'avait trompée ! Elle n'eut cependant pas le temps de se remettre de sa découverte, car Azel était déjà passée à autre chose.
« Et ton médaillon ? » demandait-elle.
« Hein ? » s'exclama Cassie. « Qu'est-ce que mon médaillon a à faire dans l'histoire ? »
« D'où vient-il ? » interrogea Azel, impénétrable.
« Mais… » Cassie porta la main à son bijou. Elle ne pouvait se défaire d'une vague répugnance à l'idée de renseigner la sorcière. « Il me vient de ma mère… Elle me l'a offert… Il y a quelques mois. J'y tiens beaucoup ! » ajouta-t-elle compulsivement, tandis que le souvenir d'Ella effleurait sa mémoire. Mais Azel n'avait pas l'air pressée de voler l'objet. Elle se contenta de hocher la tête et ajouta, sur un ton désinvolte : « Tu devrais éviter de l'enlever. »
« Pourquoi ? » demanda Cassie avec surprise.
« C'est un cadeau de ta mère, non ? Tout le monde sait que les bijoux de famille sont des talismans ! »
§§§
« Tu vois ! » s'exclama Thelma. « Je te l'avais bien dit ! »
Cassandra ronchonna pour la forme : « Je suis sûre que tu n'avais pas le moindre commencement de raison pour croire que ce pendentif possédait le moindre pouvoir… »
« Quoi ? » s'indigna Thelma. « Tu mets en doute ma bonne foi ? J'ai toujours su que les trucs de famille étaient sensés te protéger, tu peux me croire ! »
« Et pourquoi donc, je te prie ? » demanda Cassie, vexée.
« Eh bien, mais… Je n'en sais rien ! » s'emporta le fantôme, ouvrant grands les bras et les yeux comme s'il lui fallait expliquer les révolutions terrestres à une simplette sceptique. « C'est une évidence ! » ajouta-t-elle, en ponctuant son propos d'une tape destinée au bureau, mais qui s'égara malheureusement au travers du meuble.
Cassandra eut un reniflement hautain.
« C'est bien ce que je disais. Tu n'as aucune idée de ce que sont en réalité ces prétendus talismans de famille ! »
« Tu n'as qu'à me l'apprendre, alors ! » rétorqua Thelma.
« Je ne peux pas… » répondit Cassie. Elle baissa vivement le regard, mais trop tard pour dissimuler la rougeur de ses joues.
« Pourquoi diable ? » s'étonna Thelma, qui n'avait rien remarqué.
« Azel ne me l'a pas dit. » répondit Cassie d'une petite voix.
« Mais… » reprit son amie, éberluée. « Pourquoi tu ne lui a pas demandé ? »
« Je… » peina Cassie, fixant toujours les motifs du parquet, « Je… n'ai pas osé. »
Le fantôme de feu Thelma Bates, jeune fille gothique et décomplexée, se figea comme sous le choc d'une grossièreté inattendue. Puis les joues intangibles se gonflèrent d'air, les yeux translucides se fermèrent à demi et finalement, n'y tenant plus, la revenante éclata d'un rire strident qu'elle accompagna de toutes les manifestations d'hilarité connues.
Tandis que sa camarade s'empourprait de plus belle et se composait un visage aussi peu amène que possible, Thelma pointait sur elle un index moqueur en haletant : « Cassie… Mademoiselle Cassandra Hugues a… haha… a peur de poser une question à… hahahah… à l'un de ses professeurs ! »
§§§
Cassandra boudait encore son amie fantôme deux semaines plus tard. Après tout, qu'y avait-il eu de honteux à ce qu'elle soit effrayée par une fille qui avait failli lui casser un poignet et avait expédié en plein dans son estomac un énorme bouquin en guise de brique ? Mais la jeune sorcière devait reconnaître que, depuis qu'elle revoyait Azel Nox, l'ambiance s'était radicalement détendue. Bien sûr, la petite jeune fille hautaine qui avait terrorisé Cassie était toujours aussi intransigeante quant à la soumission de son élève. Cassandra ne devait en aucun cas lui couper la parole, remettre en cause son autorité ou celle d'Azazel, ou se montrer simplement inattentive. Mais, depuis qu'elle parlait moins, Cassie découvrait un autre versant de la personnalité d'Azel. Elle était prompte à la colère, agressive à la première ombre de menace, emportée à la moindre contrariété. Mais dès que la cause du conflit était supprimée, elle s'apaisait. Avec Azel, les orages étaient soudains, violents, complets : rien n'y échappait. Mais les nuages s'évanouissaient aussi vite qu'ils étaient apparus – pour peu que tout se fut couché à leur approche.
Cassandra avait bien entendu tout fait pour limiter ces crises. Moins pour obéir aux recommandations d'Azazel que pour sa propre sécurité ! Au début, elle en avait éprouvée de l'insatisfaction, encore peu certaine que sa formation de sorcière valut qu'elle abdiquât tout orgueil personnel face à Nox. Mais ce sentiment rebelle la quittait. Car quand elle ne criait pas, Azel était une oratrice étonnante. Passionnée, elle mettait dans chaque explication un feu qui touchait au cœur ; plus encore, elle faisait preuve d'une culture occulte qui paraissait sans limite et excitait la soif de connaissance de Cassie.
Peu à peu, Cassandra s'était enhardie, jusqu'à poser une question de fond à son précepteur. Cassandra avait attendue la réponse avec appréhension, songeant qu'Azel allait faire, une fois de plus, montre de son humeur de dogue. Elle avait été heureusement surprise : Azel lui avait répondu avec une joie enfantine. Elle s'était lancée dans un long développement circonstancié.
Depuis, Cassandra apprenait à profiter de l'inextinguible besoin qu'avait Azel d'expliquer les choses. Les 'séances', que les deux jeunes filles tenaient toujours dans le salon de musique, s'allongeaient parfois bien avant dans la nuit. Cassandra avait peine à maintenir son attention pendant la journée, durant les cours qu'elle continuait de partager avec les autres élèves.
Ces derniers lui apparaissaient de plus en plus comme des étrangers. Elle n'avait plus le temps de s'occuper des mises en boite de Gemma, qui ne lui pardonnait pas d'avoir séduit Thimothy, non plus que de répondre à l'arrogance de Leon. Même le beau Troy ne parvenait plus à l'intéresser.
Au contraire, Cassandra se surprenait à évoquer Azel à tout moment. Bien que plus accessible, Azel restait un mystère entier. D'où pouvait-elle venir, comment pénétrait-elle dans l'école, d'où lui venait sa formidable érudition ? Autant de questions qui tourmentaient Cassandra. Azel était pourtant une sorcière, un être tangible, comme Cassie elle-même ; mais ses déplacements semblaient aussi surnaturels que ceux d'Azazel. Et puis, elle n'était vraiment pas vieille, quinze ans à l'en croire ; mais elle semblait souvent bien plus âgée, ou au contraire beaucoup plus jeune.
Cette humeur lunatique inspirait encore une grande méfiance à Cassandra. Tantôt enthousiaste, Azel s'embarquait dans des démonstrations à n'en plus finir, prenant à témoin le sol ou le plafond ; l'instant suivant, elle rappelait sèchement à Cassandra la distance qui les séparait, étirant son corps dans des attitudes de grande dame et toisant son élève de haut. Un moment, un rayon de soleil se conjuguait à une pensée intime : elle éclatait de rire en balançant comme une gamine ses jambes, qui marquaient de bossellements noirs les pieds des grands tabourets. Quelques secondes plus tard, une remarque timide de Cassandra la plongeait dans des abîmes de réflexion d'où elle tirait des maximes graves sur la délicatesse des équilibres et la brièveté des choses mortelles.
Tant d'étrangeté et de contradictions apparentes fascinaient Cassandra. Mais l'énigme qui la tenait en haleine tenait à une observation plus immédiate : comme une fille si jeune pouvait-elle donner l'impression de pratiquer la sorcellerie depuis des années sans nombre ?
Cassie échafaudait les théories les plus ésotériques à ce sujet, un jour où elle vaguait dans le parc. En sortant de cours, elle n'avait pas entendu l'habituel mélodie du piano, qui l'appelait auprès d'Azel. Incertaine, elle était tout de même passée dans le salon de musique ; il était vide. Cassandra était donc ressortie, décidant au petit bonheur qu'un peu d'air frais lui ferait du bien. Quand elle avait relevé la tête, elle s'était aperçue que ses pas vagabonds l'avait conduite en vue du cimetière.
Elle ne s'en offusqua pas. Cela faisait quelques temps qu'elle s'habituait à l'agencement particulier qui affectait son environnement. Elle apprenait petit à petit à admettre ces enchaînements d'apparence hasardeuse, qu'elle aurait pu appeler Destin ou Fatalité et qu'Azel, elle, évoquait simplement sous le nom de 'Logique'. Ainsi, s'abandonnant à la nouvelle tournure qu'avait prise sa vie, Cassie ne rebroussa pas chemin, mais s'avança en direction de l'enclôt.
Elle se disait vaguement qu'elle irait se recueillir sur la tombe de Rachel MacBain. Mais en poussant la grille, elle s'aperçut que la place était déjà occupée. Azazel était plongé dans la contemplation d'un magnifique bouquet de roses rouges. Cassandra s'était légèrement raidie en découvrant le démon, mais continua néanmoins son chemin. Elle n'avait pas revu Azazel depuis la scène du grenier. Elle pensa confusément qu'elle voulait qu'il connût ses progrès, donna son aval aux relations qui s'étaient instaurées entre Azel et elle… A quelques pas du sépulcre, Cassandra se figea. Elle se rendait compte qu'elle attendait des félicitations de cet être manipulateur et cruel, meurtrier, qui chavirait sa raison par le seul charme de son sourire désabusé et de deux yeux vaguement concupiscents. Furieuse contre elle-même, Cassandra était sur le point de rebrousser chemin, quand l'autre se releva tout soudain. Avec une fluidité de geste qui rendait vraisemblable la vitesse surnaturelle de son déplacement, il vint se placer à sa hauteur. Surprise, Cassandra répara au plus vite sa moue des mauvais jours. Elle était toujours irritée contre le fameux regard. Mais Azazel ne la fixait pas. Il penchait son visage mâle vers la terre, bras ballants, sans un geste. Puis il pivota lentement de côté, comme pour laisser à Cassandra la place de continuer sa route. Une nouvelle fois étonnée, Cassandra jeta au démon un regard perçant. Mais l'attention de celui-ci était toujours ailleurs. Il semblait d'une humilité désarmante, le regard honteusement baissé. Cassie eut brusquement envie de le prendre dans ses bras. Mais, peut-être encore plus troublée que lorsqu'il affolait ses sens, elle ne put esquisser un geste vers le démon. Elle s'apprêta alors à passer son chemin.
Azazel se tourna tout d'une pièce et, avant qu'elle ait pu faire un pas, il l'avait saisie par les épaules et approchée tout contre lui. Les mains du démon, légères mais puissantes, glissaient le long des bras de Cassie. Son visage surplombant le sien descendait inexorablement. De vibrants frissons électriques parcoururent toute la jeune fille. Les yeux du démons se fixèrent sur elle. Cassie y lut un désenchantement amer. Elle s'abandonna.
Au dernier moment, le démon détourna brutalement la tête. Ses lèvres évitèrent celles de Cassie de quelques minuscules centimètres. Les mains relâchèrent leur pression. Incrédule et tremblante, Cassandra Hugues vit Azazel s'éloigner, franchir la grille et disparaître dans l'ombre du parc, aussi naturellement que s'il ne s'était jamais arrêté.
§§§
Le soir même, allongée dans son lit, Cassandra ne pouvait penser à autre chose. Une migraine féroce lui battait les tempes. Une envie d'eau glacée la tourmentait. Mais elle ne pouvait détacher son esprits de ces instants.
Convoquée dans la minute où Cassie avait regagné sa chambre, Thelma n'avait été d'aucun secours. Passablement estomaqué, le fantôme avait prudemment réservé son jugement, alléguant avec une mauvaise foi crasse qu'elle supportait mal l'évocation de son bourreau.
Cassandra n'avait pas été dupe, mais s'était tue. Elle se débattait donc seule avec le souvenir obsédant du démon, son affolante proximité, la tension de son corps et plus que tout, le désenchantement de son regard…
Il fallut à la sorcière de nombreuses heures pour sombrer dans une somnolence inquiète. Ce maigre repos était traversé d'angoisse, de sons étouffés, de présences invisibles… Battant derrière ses tempes fiévreuses, la jeune fille distinguait une rengaine, dont elle perdait le sens à force de répétition : « Ne le laisse pas faire… Ne le laisse pas faire… Ne le laisse pas faire… »
§§§
Azel reparut peu de temps après l'incident. Cassandra avait accordé peu d'importance à sa disparition. Elle fut néanmoins heureuse de la revoir. Malgré ses manières imprévisibles et la menace cachée qu'elles contenaient, cet étonnant professeur offrait de sécurisants point de repères, dans ce monde de la sorcellerie soudain devenu fou.
Cassandra ressentait l'envie de se confier à Azel. Elle avait bon espoir que l'autre lui donnerait l'explication logique du comportement aberrant d'Azazel. Mais elle fut prise d'une étrange retenue. Cédant à son instinct, elle garda son secret quelques jours de plus.
§§§
« … pas faire… »
Cassandra reconnut l'écho du lointain fond de son rêve. Il lui sembla distinguer comme un halo blanc, qui eut pu être la robe de Rachel MacBain. Mais alors qu'elle tentait un effort conscient pour se rapprocher, la sensation s'éloigna et Cassandra émergea du sommeil.
Un peu agacée, elle s'assit sur son lit : elle n'avait plus aucune envie de dormir. Elle n'avait plus vue l'ancienne propriétaire du château depuis longtemps et, maintenant plus habituée aux manifestations paranormales, elle aura voulu savoir pourquoi l'autre se manifestait à nouveau. Mais rien à faire. Elle se sentait d'attaque pour courir un marathon.
Abandonnant son lit dans un soupir, Cassandra gagna l'étagère où elle rangeait ses livres. Cependant, elle les abandonna presque dans l'instant : elle entendait un bruit léger, ressentait un appel, qui la firent quitter sa chambre.
Parvenue sur le palier de l'escalier d'honneur du hall, elle sut pourquoi elle était venue. Ce n'était non pas Rachel qui se tenait au bas de la rampe, mais Azazel. Prenant son temps, Cassandra Hugues descendit les marches l'une après l'autre. Elle se faisait l'effet d'une princesse rejoignant son cavalier. Elle tâcha d'en imiter la démarche et se concentra pour savourer ces moments d'attente. Elle sentait qu'à la fin de sa descente adviendrait quelque chose de définitif. Plus rien ne serait semblable.
Ralentissant encore sur les dernières marches, elle focalisa son attention sur le visage du démon. Cassandra se sentit prise d'une indéfinissable angoisse. Il était si pâle.
Mais, déjà, il refermait sur elle ses bras tendres et insistants. Elle se laissa aller un peu plus, s'appuyant contre son torse en un soupir qui était un début de râle. Azazel avait le regard grave. Il la sonda longuement. Mais, au fond de ses prunelles, brûlait légèrement le feu habituel de sa séduction. Il commença à incliner lentement son visage. Le regard ardent, perdu, Cassandra ne voyait plus que cette face si blanche. Trop blanche. Soudain, l'image d'un suaire se superposa brutalement à sa vision. Cassandra sursauta et se recula. Azazel eut un moment de flottement que la sorcière mit à profit pour écarter ses bras et remonter quelques marches.
Le démon lui fit un sourire impassible. Puis il se retourna et disparut, ombre parmi les ombres qui peuplaient le Grand Hall.
Cassandra se rendit compte des battements de son cœur. Elle eut l'impression que l'organe allait lui déchirer la poitrine. Insatisfaite et pourtant étrangement soulagée, elle resta un moment immobile. Puis le froid lui fit regagner le confort de sa chambre.
§§§
Bien que non conviée, Thelma était présente dans la chambre de Cassandra quand la jeune fille se jeta sous ses draps en grelottant.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » demanda-t-elle, alarmée. « Depuis quand tu cours les couloirs en pleine nuit ? Tu avais un rendez-vous galant ? » insinua le fantôme. « Je te préviens, si c'est cette andouille de Troy, je vais me fâcher… »
« Arrête donc tes bêtises ! » la coupa abruptement Cassandra. « J'ai entendu du bruit. Je suis allée voir. »
« Et alors ? » demanda Thelma. Elle avait l'air sincèrement préoccupé.
« Ce n'est rien. » soupira Cassie en glissant sa tête sous les couvertures.
« Comment ça ! » s'exclama Thelma. « Tu as couru à la mort dans un froid de gueux pour un chat perdu ou un papier volant ? »
« Zut, à la fin ! » cracha Cassandra en émergeant de la literie. « Tu ne peux donc pas me laisser tranquille ? »
« Oh, ça va ! » gronda Thelma en levant les épaules, dans un geste de colère. « Je m'inquiète, c'est tout. Il ne me reste pas grand-chose d'autre, si tu n'as pas remarqué ! »
« Excuse-moi. » marmonna Cassandra. « En fait, il y avait Azazel. »
Thelma eut une expression choquée et dégoutée.
« On dirait que tu es moins curieuse ? » remarqua Cassie avec un brin de cruauté. « En fait, » reprit-elle en revenant tout de suite à son ton bas et las, « il a fait mine de m'embrasser. »
« Comme… » avança timidement Thelma, « comme au… vers Rachel ? »
Le fantôme avait du mal à prononcer des mots comme 'tombe' ou 'cimetière'. Elle prétendait qu'ils lui rappelait trop cruellement ses frustrations sexuelles. Cassandra y repensa un instant, songeant combien elle pouvait se montrer égoïste avec cette amie généreuse – ô combien généreuse…
« Oui. » répondit Cassie. « Et non. Il ne s'est pas détourné. »
« Alors… » souffla Thelma.
« C'est moi. » coupa Cassie immédiatement. « Je… Je n'ai pas pu. Il est parti. »
Thelma se redressa, prit une inspiration gouailleuse, et stupéfia Cassandra.
« C'est bien la peine » commença-t-elle, les poings sur les hanches, « de subir autant d'emmerdements à propos de ce mec, si c'est pour ne même pas en profiter ! »
Salut à tous, amis lecteurs !
Pardonnez-moi de vous avoir abandonné si longtemps. Comme disait mes instructeurs militaires, 'les excuses, c'est comme les trous du cul : tout le monde en a', aussi je ne tenterai aucune justification malvenue. Je vous confierai seulement que mon métier m'occupe beaucoup et que, malheureusement, j'ai été obligé de réduire mes activités annexes. Cela risque de continuer jusqu'au mois de juillet ! Mais promis, je vais faire tout ce que je peux pour continuer ce récit.
A ce propos, je suis déçue : encore un chapitre où j'aurais voulu mettre plus de choses ! Mais il était déjà si long que j'ai préféré stopper là. Trouvez-vous le suspens assez haletant ?
En attendant, je vous embrasse tous. Merci à vous, qui êtes assez compréhensifs pour être venus lire ces lignes ! Et à très bientôt.
Catyline.
