Albafica et Manigoldo traversaient la Maison des Poissons lorsqu'une fillette de 2 ans peut-être, tenant un bâton à la main, se planta devant eux. Menaçant le Poissons de son arme improvisée, elle cria : « C'est toi, la rose empoisonnée ? Z'ai pas peur de ton poison, moi ! Capibulle ! Capibulle ! », cria-t-elle en courant vers lui, brandissant son épée de fortune.

Manigoldo la saisit par le col, juste avant qu'elle ne percute Albafica.

« Tu devrais pourtant. T'es à qui, toi ? », dit-il en la soulevant à la hauteur de ses yeux pour mieux la détailler. La fillette se débattait, essayait de lui donner des coups de pieds et des coups de bâton.

« Mani, tiens-la un peu convenablement. Ce n'est pas un chiot », le gronda Albafica. « Nan, suis pas un chiot, ze suis un sevalier d'or ». Manigoldo éclata de rire devant l'affirmation de la petite fille. « Ah oui? Et le chevalier d'or de quoi? Du moucheron? Des jambes-trop-courtes? », dit-il, hilare.

« Suis pas le sevalier du mouche-thon. Toi t'es un méchant crabe d'abord!

Et tu sais ce qu'il va te faire le méchant crabe si tu continues? », dit-il feignant un petit air sadique en attrapant son petit bout de bois.

« Nan, mais z'ai pas peur de toi, crustacé ! »

Mani était écroulé de rire face à l'effronterie de l'enfant et s'amusait à la taquiner encore plus. Le Saint des Poissons, quant à lui, était hypnotisé par cette fillette. Il ne l'avait jamais vue auparavant, il en était sûr. Pourtant, il avait l'impression de la connaître. Son regard, peut-être ? Ces yeux vifs, bleu océan. Cette détermination quand elle avait brandi ce bout de bois telle une épée… Capibulle… C'est cela. Elle avait crié Capibulle… Ce mot avait une consonance familière. Puis, il comprit et planta là Mani et sa visiteuse, qui se débattait pour essayer de se défaire de la poigne de son prétendu tortionnaire à carapace. Albafica se rua à l'entrée de son Temple. Serait-il possible ? Lorsqu'il arriva sur la terrasse, ce fut pour découvrir El Cid soutenant une jeune femme qui portait dans ses bras un nouveau-né.

« Cid ! Il me semblait bien qu'elle avait ton regard. » Le Chevalier du Capricorne s'approcha du Poisson, souriant. « Albafica. Tu as bien grandi depuis ce jour où tu as obtenu ton armure ».

Le bleuté sentait son cœur battre si fort. Son ami. Son ami d'enfance était de retour. Sa surprise redoubla lorsque El Cid le serra dans ses bras.

« Cid, le poison...

Tu sais bien que je n'en ai jamais eu peur, de ton poison.

C'est ce que dit aussi ta fille. »

On toussa dans leur dos. Manigoldo tenant toujours l'enfant apparut sur la terrasse.

« Eh, la Chèvre ! C'est à toi cette mioche ? » dit-il en lui tendant la petite qui le tapait et grondait pour qu'il la lâche. Elle alla se blottir dans les bras de son père en boudant, lui tira la langue.

« Toujours aussi aimable, le Crustacé ! Je te présente Médée, ma fille. Miné», dit El Cid en passant son bras autour de l'épaule de la jeune femme, « et notre dernier-né Persée. Ta maison était vide. Tu habites avec Albafica, maintenant ? Votre voyage à Venise vous aurait rapproché à ce point ? »

Une jeune voix se fit entendre : « Il dort avec moi, si c'est ce que demande ce personnage aux sous-entendus graveleux. »

Manigoldo devint blême, se retourna vers Gioca qui s'avançait vers eux, lentement sous le poids de sa grossesse.

« Mais, enfin, ma petite flamme ! Ne t'énerve pas comme ça. Ce n'est pas bon pour toi, tu sais. Tu vas nous faire un excité. »

El Cid éclata de rire. Ce n'était pas tous les jours qu'on se trouvait face à un Mani si attentionné. Son rire redoubla quand Manigoldo essaya de justifier sa prévenance, contaminant Miné et Gioca. Seul Albafica ne participait pas à la liesse générale. Il avait l'air tendu, guettant quelque chose, ce qui n'échappa pas au Capricorne.

« Albafica ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu peux venir Agasha. Tu ne risques rien, tu sais. »

Tous les yeux se fixèrent sur la silhouette menue au ventre également rebondi qui vint se blottir dans les bras du Chevalier empoisonné. El Cid écarquilla les yeux :

« Je… Comment ?

Agasha a reçu un antidote à mon poison ».

Il caressa doucement ses cheveux, y posa un baiser. Un cri de femme s'éleva du Palais du Grand-Pope.

« Yuzuriha! Le Bélier va être papa, on dirait ! », s'esclaffa Manigoldo.

« Ça fait un peu peur », trembla Agasha.

Mine s'approcha un peu, lui prit la main.

« Ce n'est rien d'autre qu'un moment. Ce qui compte est après. »

Les regards des Capricorne et Poisson se croisèrent, des sourires se répondirent. Si ces deux-là pouvaient s'entendre, ils en seraient ravis.