7.

- Visiteuse à ta porte, commandant, prévint Rahog, l'ordinateur centre du Starlight.

- Oui, la lieutenante Niks, pour son rapport quotidien. Fais-la patienter, le temps que je finisse d'enfiler mon uniforme !

- A tes ordres.

Alérian sécha ses cheveux, donna un dernier coup de brosse qui ne dompta guère sa crinière en bataille, et passa la tunique grise et or par-dessus ses pantalons immaculés et le fin pull à col roulé blanc qu'il avait tenu à garder, lui rappelant ses débuts dans la Flotte, petit caprice avalisé par un amiral à cinq étoiles !

- Entrez, lieutenante Niks.

Plus pimpante que jamais, maquillée parfaitement, et exhalant des senteurs florales, les mains manucurées, les ongles vernis de frais, Synovale fit son entrée.

- Au rapport du matin, commandant. Puis-je m'installer à cette table basse ?

- Faites. Je vous ai fait préparer du thé.

- Merci.

Beebop servit ledit thé, avant de rouler vers la sortie de l'appartement.

- Des indications particulières à me communiquer, lieutenante, que vous soyez venue au personne, au lieu de me transférer le fichier de la nuit, comme je le reçois moi aussi ?

- Non, rien, commandant. Mais quand je suis de garde, j'ai à rendre compte de tout, même quand il ne se passe rien. Et c'est à vous que j'ai à justifier de tout. Je vous ai apporté la puce mémoire, je me retire et je vous attends sur la passerelle.

- Je vous y rejoins dans quelques minutes. Prête pour l'escale de Pyvo, lieutenante ?

- Je n'ai rien de prévu. Je pense faire des excursions en montagnes, boire du lait chaud et me gaver de raclettes à l'hôtel au pied des sommets ! Et, si je ne m'abuse, vous fêterez votre anniversaire au cours de cette escale ?

- Oui, et heureusement, je serai d'abord en comité avec moi-même puis ma femme me rejoindra ! Je ne vous retiens pas, lieutenante.

Synovale exécuta un parfait salut et se retira, réfrénant ses marmonnements.

- Appel entrant, reprit Rahog.

- Important ?

- Oui, de votre beau-père.

- Envoie ! jeta Alérian, soudain paniqué !


- Commandant sur la passerelle, annonça Mukoff.

Alérian s'assit, alors que son écran central s'allumait.

- J'ai capté le message, commandant. Des inquiétudes ? s'inquiéta Menrod.

- Rien de grave. Mais ma femme ne peut pas me rejoindre sur la lune de Pyvo. Elle a trop de contractions, on ne peut la laisser voyager, même confortablement, dans ces conditions.

- Je suis désolé. Je dois donc vous laisser dans ces soucis, fit le colonel du Géroboar. Je file à mes coordonnées de mission.

- Tous mes vœux vous accompagnent.

- Merci, colonel.

La brève communication terminée, Synovale s'approcha du fauteuil de son commandant.

- Je suis désolée pour ces nouvelles, commandant.

- C'est la vie. Cela ne vous regarde pas, lieutenante Niks !

- Là, je m'excuse encore plus. Vous aurez le chalet pour votre anniversaire confidentiel, j'aurai mes excursions. Je ne m'immisce plus davantage là où je ne dois pas. Je reprends mon poste !

- Faites, lieutenante, jeta distraitement Alérian.


Le Starlight en orbite de Pyvo, la lune-satellite, l'équipage s'était dispersé pour profiter de la dernière semaine de congé avant les deux mois de fin de mission.

En dépit du désistement bien involontaire de son épouse, Alérian avait rejoint le chalet loué pour les vacances.

- J'avais eu tellement d'espoirs, de rêves à venir, soupira le jeune homme en s'installant auprès du feu allumé par un prévenant Beebop.

Un jappement le sortit de ses pensées.

- Vas te promener, Tahie ! lança-t-il en ouvrant la porte de la buanderie à la molosse.

Alérian revint dans la cuisine, préparant œufs et légumes pour l'omelette qu'il s'apprêtait à préparer en guise de repas d'anniversaire.

Le carillon se faisant entendre, et il ne pouvait s'agir de Tahie, Alérian alla ouvrir.

- Synovale…

- Ce soir est celui de votre anniversaire, commandant. Je ne vais pas m'incruster, je viens juste vous apporter une bonne bouteille à déguster ! fit la jeune femme en lui confiant le flacon de vin rouge.


L'Ordonnance Mukoff fit arrêter le taxi aux roues pourvues de crampons adhérant bien à la neige abondante, il se précipita vers la porte du chalet, agita le carillon.

- Commandant, fit-il quand Alérian ouvrit la porte.

Le jeune Jorien au teint violet sursauta à la vue de Synovale debout en haut des escaliers, drapée dans un drap qui révélait plus encore sa nudité, mais il se reprit.

- Ordonnance ? insista Alérian.

- Je suis désolé… Votre femme a accouché prématurément cette nuit, elle n'a pas survécu…