Sale - 113 mots

Gilles était sale, couvert de terre et de crasse. Le combat de la veille, son séjour prolongé dans les geôles du shérif, puantes et immondes, et la façon dont les gardes l'avaient jeté aux porte du château, en plein de la terre, le lendemain de cette abominable nuit de torture, tout cela n'aidait pas beaucoup. Au milieu de la saleté, les hideuses stries rouges et sanguinolentes qui barraient sa poitrine et son dos ressortaient d'autant plus. Robin, le coeur retourné par cette vision, trempa une nouvelle fois le chiffon dans l'eau et continua de nettoyer les blessures de son frère. Il espérait de tout coeur qu'elles ne s'étaient pas infectées, avec tout ça.

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Sabotage - 127 mots

C'était une action de sabotage dument préparée et planifiée, plusieurs jours avant l'offensive. Robin savait qu'ils n'avaient pas le droit à l'échec, qu'ils devaient empêcher ces hommes de partir en campagne, que sinon c'était l'ensemble des habitants de la région qui allaient en pâtir. Mais surtout, s'il s'investit autant dans le détail, c'était parce que Gilles était le seul à pouvoir entrer dans la place forte, car il connaissait bien le propriétaire des lieux. Gilles s'infiltra et, dehors, Robin l'attendit. Il attendit des heures, il attendit toute la nuit, jusqu'au lever du jour, et Gilles ne réapparut pas. Il ne réapparut pas et à chaque seconde, le coeur de Robin coulait un peu plus dans sa poitrine. Gilles ne réapparaissait pas. Qu'avait-il pu se passer là-bas ?

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Hier - 126 mots

Aujourd'hui, Robin était libre, libre de cette abominable prison de Jérusalem. Il avait retrouvé l'extérieur, l'air frais sur sa peau, la possibilité d'aller où il voulait, quand il voulait, de faire tout ce qu'il désirait... Aujourd'hui il était libre et vivant, mais hier, hier il avait encore son ami d'enfance auprès de lui. Pierre était mort, et Robin ne cessait de se maudire pour n'avoir pas vu cet archer sur le toit, cette flèche qui avait fendu les airs pour se ficher dans le dos de son meilleur ami. Il lui semblait que hier avait été un meilleur jour, parce qu'il n'était pas si seul, si atrocement seul, et que les mauvais traitements de ses geôliers ne faisaient pas aussi mal que la perte qu'il endurait.

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Grognement - 137 mots

Maintenant que Gilles pouvait bénéficier de tout le confort que son nouveau statut de noble pouvait lui offrir, il avait bien l'intention d'en profiter tout son soûl. Et, plus particulièrement, du lit si doux, si chaud et si confortable. D'accord, c'était bizarre de ne plus dormir avec Robin après plus d'une année de cohabitation, mais, l'avantage, c'était qu'il ne le réveillait plus à toute heure du jour ou de la nuit.

"Gilles, lève-toi, j'ai besoin de toi pour...

Le jeune homme l'interrompit en poussant un grognement.

"Ne t'avise pas de me faire sortir du lit, compris ? J'ai suffisamment étudié toute la nuit pour mériter un peu de repos."

Robin aurait pu insister, mais en voyant le coup d'oeil mauvais que son frère lui lança de dessous sa tignasse blonde, il comprit qu'il ne valait mieux pas.

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Lame - 144 mots

Gilles avait toujours fait confiance à sa lame. Quelle que soit la situation, elle ne le trahirait pas. Qu'il en ait besoin pour se défendre contre des bandits, pour couper des morceaux de tissus et se faire des vêtements ou trancher les racines des arbres dont il se nourrissait quand il mourrait de faim. Un jour, sa lame avait failli à venger son honneur et l'humiliation cuisante dont Robin venait de le gratifier, lorsque la flèche avait été plus rapide qu'elle et s'était fichée dans sa main. Mais, aujourd'hui... Gilles repéra de loin le soldat qui bandait son arc et visait la tête de son frère, et il jeta sa lame, le coeur au bord des lèvres. Elle se ficha dans la gorge du soldat, qui s'écroula, mort. Pour la première fois, sa lame ne l'avait pas sauvé lui, elle avait sauvé son frère.

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Equilibre - 113 mots

L'enfant se tenait en équilibre sur le muret abandonné qui, vestige d'une autre époque, était mangé par le lierre et la mousse. Sa mère le tenait par la main pour l'empêcher de tomber et elle le couvait du regard, à la fois attendrie et triste. Il y avait tellement d'innocence, tellement de gaieté dans son enfant. Parfois, elle se disait qu'elle aurait dû être heureuse que la vie lui ait donné un fils aussi gentil et intelligent, un petit garçon en bonne santé. Elle l'était, heureuse, mais surtout triste. Ce petit moment d'innocence ne parvenait pas à gommer le fait que son enfant n'avait pas de père, et qu'elle, elle n'avait plus d'amant.

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Arythmie - 129 mots

La chaleur lourde et suffocante, ce goût de métal, de terre et de sang qui se déposait sur votre langue... Les geôles des armées maures de Jérusalem étaient pour les Chrétiens enfermés là comme une image de l'Enfer. Tout courageux et hardis qu'ils fussent, aucun ne pouvait rester de marbre dans cette prison cauchemardesque où la torture, la soif et la mort étaient omniprésentes. Robin observait leur nouvel environnement, et son regard glissa sur Pierre à côté de lui, qui haletait, blême, en se tenant la poitrine. Sa panique était en train de lui provoquer une arythmie cardiaque, et Robin, affolé, passa un bras dans son dos pour essayer de le calmer.

"Pierre, respire ! Tout va bien se passer, je ne les laisserai pas s'en prendre à toi."