VII

Tentative

Note de l'auteur : Chapitre 7, où Jim s'énerve, où Spock fait ce qu'il peut et où Pavel ne sait plus quoi faire. Bonne lecture!


Nous nous matérialisâmes directement à côté du bâtiment, dans une ruelle. Comme convenu, Spock, Bones et moi étions au rendez-vous. Dans l'immense hall, le guichet solitaire était vide. Ce qui me sembla étrange. Nous décidâmes, en premier lieu, de simplement patienter sur le long canapé qui meublait sobrement l'un des murs. Mais très vite, je commençai à perdre patience.

« Tu es sûr de tes calculs pour le décalage horaire ? » Demandai-je à Spock, à tout hasard, même si cela m'étonnerait beaucoup.

« Affirmatif. Je les ai refaits deux fois, mentalement, depuis que nous attendons ici et il n'y a pas d'erreur. » M'assura-t-il.

Je soupirai de lassitude.

« Bon. On ne va pas passer la journée assis là. Ils ont dû oublier ou le message n'est pas passé. Allons-y directement. » Décidai-je, en me dirigeant vers la seule porte, en dehors de l'entrée.

« Jim, on ne devrait peut-être pas… » Commença Leonard, mais j'avais déjà ouvert le battant.

Il donnait sur un couloir sans fenêtre qui bifurquait immédiatement vers la droite. Au fond, se trouvait un deuxième accès. Mon compagnon et mon ami m'avaient rejoint, et entrèrent dans la nouvelle pièce avec moi. C'était un petit bureau, aux murs recouverts d'étagères remplies de dossiers. Contre le mur de droite, se trouvait une table. Au dessus de celle-ci, une vitre qui donnait sur le hall. Je pris alors conscience que nous étions dans le guichet.

« Cela n'a aucun sens ! » M'exclamai-je. « Je suis pourtant sûr de n'avoir rien raté. Il ne semble y avoir aucun escalier, ni passage vers les étages. L'immeuble entier ne peut pas abriter uniquement ce secrétariat. »

« Cela ne paraît pas logique, en effet. La seule explication est que ce bâtiment est un leurre. » Suggéra Spock.

« Dans quel but ? » Se demanda Bones.

« Nous occuper, détourner notre attention, je ne vois que ça. Ou alors, nous avons mal saisi le rôle de ce monsieur Rickman. » Répondit mon compagnon.

« Qu'est-ce qu'on aurait bien pu comprendre de travers ? Si le Mayor n'office pas ici, à quoi sert cet endroit ? »

« C'est le bureau des doléances. Que faites-vous ici ? » Intervint une voix inconnue.

Un homme venait d'entrer et il était visiblement contrarié.

« Nous avions rendez-vous, monsieur… »

« Malcolm Goldstein. Vous deviez voir qui ? »

« Le Mayor. Votre collègue, Arthur Rickman, nous a dit de revenir aujourd'hui. » Lui expliquai-je.

« Ah. » Répondit-il, manifestement gêné. « Il n'est pas là non plus, cet après-midi. Essayez demain. »

« Écoutez, on ne va pas s'amuser à repasser tous les jours, jusqu'à tomber sur lui. Où peut-on le trouver, en dehors d'ici ? De toute manière, quelles sont ses fonctions ? Il n'y a que cette pièce ! Ce n'est tout de même pas là qu'il travaille, si ? » Commençai-je à m'énerver.

« Je n'ai pas à répondre à vos questions. Je vais vous demander de partir, messieurs. » Dit-il d'un ton ferme, avant de nous pousser vers la sortie.

J'allais protester, mais Bones m'agrippa le bras et me traîna dehors. Une fois dans la rue, j'explosai littéralement.

« C'est quoi leur problème ? Tout le monde a l'air excessivement heureux, mais dès qu'on essaye d'en savoir plus, on se fait immanquablement rembarrer ! Ils n'aiment pas les étrangers ? C'est pour ça qu'ils n'ont toujours pas entrepris l'exploration spatiale ? Ils veulent rester entre eux ? Non parce que si c'est ça, on s'en va hein ! On remonte dans notre vaisseau et on… »

« Jim. » Me coupa Spock, en posant une main apaisante sur mon épaule.

« Pardon. Je suis épuisé. » Soupirai-je, en me pinçant l'arête du nez.

« J'avoue que moi aussi. » Ajouta Leonard, d'une voix pleine de lassitude.

« Ces rêves n'ont rien de normal, Bones. Je me tue à te le dire depuis qu'on est en orbite autour… »

Je relevais subitement la tête.

« C'est ça ! Tout a commencé depuis que nous sommes là. Je suis sûr que ça a un rapport avec cette planète. » M'exclamai-je.

« Les gens n'ont pourtant pas l'air fatigué. » Remarqua mon ami.

« Peut-être que cela n'agit que sur le cerveau humain. Il semble que je sois immunisé également. La coïncidence est tout de même étrange. » Suggéra mon compagnon.

« C'est possible. Après tout, nous ne savons rien de cette espèce. Et les Vulcains rêvent rarement, il me semble. » Approuva McCoy.

« C'est exact. Notre subconscient ne s'exprime pas par ce biais. » Confirma Spock. « Écoute, Jim. S'ils ne souhaitent pas mettre en place et entretenir des relations avec d'autres peuples, c'est leur droit. Nous n'avons rien constaté de répréhensible. »

« Tu voudrais qu'on s'en aille, tout simplement ? »

« On ne peut les obliger. »

Je soupirai de dépit.

« Restons encore un peu. Tentons une dernière prise de contact demain et si ça ne fonctionne pas, nous partirons. » Décidai-je. « Rentrons. » Dis-je, avant de demander qu'on nous téléporte.

Je tournais en rond depuis un moment, déchiré entre la raison et le pressentiment qui me collait au corps depuis des jours. C'était une de ces situations où j'en venais à douter de ma santé mentale, où tout le monde semblait penser que tout allait bien, sauf moi. Bien évidemment, Spock se préoccupait de mon état et prenait au sérieux mes intuitions, en règle générale. Mais là, il n'y avait rien de condamnable sur quoi s'appuyer. Même moi, je m'en rendais bien compte. Mais, je n'y pouvais rien, quelque chose me tracassait. Peut-être étais-je trop pessimiste, parfois.

L'après-midi passa à une vitesse folle, sur la passerelle. J'étais perdu dans mes pensées, la moitié du temps. Le soir venu, je touchai à peine à mon dîner. Mon compagnon ne vit pas ça d'un bon œil et fort heureusement, Bones n'était pas dans le coin. Je n'avais qu'une envie, dormir, jusqu'à la fin des temps. Si cette planète était responsable de cet état, alors en effet, il valait peut-être mieux que l'on parte. Mais, je ne pouvais m'y résoudre si facilement. Spock et moi décidâmes d'aller nous coucher rapidement, puisque je tenais à peine debout. Une bonne partie de l'équipage était dans un état similaire, m'avait appris Léonard. Beaucoup l'avaient consulté pour cette raison et il déplorait de ne pouvoir rien faire pour eux. Quand l'esprit refusait de trouver le repos, il n'y avait pas de remède. Certains faisaient également d'étranges rêves, comme nous. Parfois partagés, parfois non. Dans tous les cas, nous avions décidé de faire en sorte que cela ne s'ébruite pas trop sur le vaisseau. Si ces cauchemars étaient animés par les angoisses de chacun, nous devions faire en sorte que l'équipage reste le plus serein possible. Bones demanda donc aux patients concernés, de garder ça pour eux.

Je me laissai tomber sur notre lit, en soupirant de lassitude, après une longue douche. Spock rabattit le drap sur nos peaux encore humides, avant que je ne m'endorme sur son épaule.

USS Enterprise, baie d'observation du pont G, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.

J'étais dans la baie d'observation. Je savais qu'il était très tard, mais le sommeil m'avait quitté. J'avais donc trouvé refuge ici, incapable de me rendormir. Cette mission était loin d'être suffisamment trépidante pour me faire oublier ma solitude. J'avais mis un certain temps à comprendre que ce n'était pas Miria qui me manquait, mais bien le simple fait de ne pas être seul. Je n'y pensais pas vraiment, avant. Je n'avais jamais rien connu d'autre que l'isolement, depuis mon départ de ma Russie natale. Il y avait mes amis, bien sûr, mais ce n'était pas la même chose. Cet équipage représentait ma famille, mais cela ne me suffisait plus. Quand je regardais le Capitaine et monsieur Spock, j'avais envie de vivre la même chose. Trouver quelqu'un qui me comprenne.

La planète étrange tournait tranquillement sur elle-même, de l'autre côté de la vitre. Son mouvement m'hypnotisa et je piquai du nez sur le banc, quand le bruit de la porte me réveilla en sursaut. Je me retournai vers l'individu et reconnu Hikaru, dans l'ombre. Il s'avança vers moi et s'assit à ma droite.

« Tu ne dors pas non plus ? » Lui demandai-je.

« Il faut croire que non. » Répondit-il. « Tu penses encore à ta Klingonne ? » Dit-il, sur un ton étrange.

« Pas vraiment. » Affirmai-je, honnêtement.

« Elle ne te manque pas ? » S'étonna-t-il.

« Oui et non. Je n'étais pas amoureux d'elle, tu sais. »

Il resta silencieux un moment, avant de se tourner vers moi. Il m'observa longuement, sembla hésiter à dire ou faire quelque chose. J'allais l'interroger, quand il approcha son visage du mien. Beaucoup trop près. Il suspendit son geste à quelques millimètres de ma bouche, incertain de ma réaction, avant de combler l'espace qui nous séparait. Ses lèvres étaient étonnamment douces et je fermai les yeux sous la caresse. Sa langue chercha la mienne, la trouva et m'emporta dans un baiser maladroit mais enivrant. Sa main passa sous mon t-shirt, frôla la peau sensible de mes côtes, et je me réveillai en sursaut, encore assit sur le banc.

Mon cœur tambourinait furieusement dans ma poitrine. Mon souffle était court, mon front en sueur. Ce n'était qu'un rêve. Cela semblait pourtant tellement réel. Je pouvais encore sentir la chaleur de son étreinte. Pourquoi lui ? Je ne l'avais jamais regardé de cette façon. En réalité, je ne l'avais jamais fait tout court. Avec personne. Pour la simple raison qu'on s'intéressait rarement à moi. J'étais l'éternel mignon petit Chekov. L'infirmière Chapel me pinçait presque les joues, quand je consultais le Docteur McCoy.

La porte s'ouvrit. Pour de vrai, cette fois.

« Pavel ? » M'appela la voix d'Hikaru.

Que faisait-il là ? Mon rêve était-il prémonitoire ? Il semblait savoir que j'étais là, ce qui me parut étrange, vu que je n'avais prévenu personne. Je ne me sentis pas capable de le regarder en face. Pas après ça. Je me cachai donc prestement dans un coin sombre. Mon ami dit mon nom une deuxième fois, avant de soupirer bruyamment et de sortir enfin. Je repris ma respiration, que je n'avais pas conscience d'avoir retenue, et attendis un instant, avant de me mettre en route vers ma chambre.

J'ouvris la porte silencieusement, pour ne pas réveiller Hendorff, avec qui je partageais mes quartiers et me glissai discrètement dans mon lit, après m'être débarrassé de mon uniforme, pour ne garder que mon boxer. Je savais que je me rendormirai difficilement, mais au moins, Hikaru ne viendrait pas me chercher ici.

Le réveil fut difficile. Mais je faisais partie de l'équipe alpha, ce matin-là, et je devais me dépêcher si je voulais arriver à l'heure sur la passerelle. Aucun rêve n'était revenu me hanter, mais j'avais néanmoins l'impression de ne pas avoir dormi. C'est donc d'un pas lourd, que je me traînai dans le turbolift, après m'être douché et habillé. Je débarquai sur le pont, où l'ambiance était calme, voire même apathique, et me dirigeai vers le poste de pilotage. La plupart des gens présents ne semblaient pas dans un meilleur état que moi. Y compris Hikaru, déjà installé dans son siège. J'avais presque oublié que nous étions du même quart. Je ne pouvais cependant pas me dérober à mes responsabilités et me résignai alors à m'asseoir à côté de lui, sans dire un mot.

« Salut. » Dit-il, avec un sourire timide. « Je t'ai cherché hier soir. J'ai fait un rêve complètement dingue et tu y étais. » Lança-t-il, sur un ton teinté d'humour.

Sa phrase me laissa sans voix. Ce pourrait-il que… ? Ça n'avait aucun sens !

« Pavel ? Ça va ? On dirait que tu vas faire un malaise ? Tu veux que je fasse appeler McCoy ? » Demanda-t-il, en posant une main sur mon bras.

Son toucher me brûla, même à travers le tissu de mon t-shirt. Je me reculai un peu brusquement et il sembla blessé par mon geste. L'expression sur son visage me fit mal, mais il était trop tard pour me rattraper.

« Oui. » Répondis-je. « Je vais aller à l'infirmerie, je pense. Je ne me sens pas bien » Répondis-je, en me levant précipitamment. « Capitaine ? J'ai besoin d'aller consulter le Docteur McCoy. » Dis-je à Kirk.

Il me lança un regard inquiet et quelque peu cerné. Mais, il ne fit aucun commentaire, comme si ma requête ne le surprenait pas. Il m'autorisa à quitter mon poste et je repris l'ascenseur. Je savais qu'il me serait impossible d'éviter mon ami éternellement, mais pour le moment, je n'étais pas en état de faire face à la situation.