Sentiments, peur et préparation


Le couple sursauta et Lisbon se serra un peu plus contre Jane. Depuis qu'ils étaient là elle était devenue ce qu'elle ne voulait jamais devenir, une femme faible et effrayée au moindre bruit. Depuis qu'elle avait vécu toutes ces tortures et ces humiliations elle ne se reconnaissait plus. Pourquoi devait-elle toujours se sentir mieux dans les bras de Jane? Pourquoi cherchait-elle toujours la sécurité contre lui? Ce n'était pas un homme de violence et elle le savait, mais elle savait aussi qu'il ne laisserait jamais rien lui arriver.

Jane resserra ses bras autours de sa patronne, la protégeant de son mieux même s'il savait qu'il ne pourrait pas faire grand-chose contre les trois hommes qui venaient d'entrer dans la cellule. Mais malgré son infériorité, il ne voulait pas se montrer faible et ses bras restèrent obstinément fermés autours de la jeune femme. Il la sentit se serrer contre lui et il eut un léger sourire, cela voulait dire qu'elle avait une totale confiance en lui, comme il avait une totale confiance en elle.

L'une des hommes s'approcha du couple et jeta un tas de tissus roulé en boule qui atterrit aux pieds de Jane. Celui-ci passa son regard du tissu à l'homme, puis de l'homme au tissu, cherchant à comprendre ce qu'il devait en faire. L'homme s'adressa alors à Lisbon.

-" Mets ça, je reviens dans dix minutes et si tu ne le porte pas ça risque de mal se passer."

Puis il tourna les talons, laissant de nouveau Jane et Lisbon seuls, les deux autres hommes l'ayant suivit.

Jane tendit le bras pour se saisir du tissu qu'il déplia devant lui, grimaçant à chacun de ses mouvements. Il vit alors qu'il s'agissait d'une robe, un peu trop légère et un peu trop décolleté à son gout. Il tourna les yeux vers Lisbon pour voir la même grimace.

-" Il est hors de question que je vous laisse porter ça," annonça alors le mentaliste.

Lisbon ne dit rien, encore un peu sous le choc de ce qu'elle avait devant les yeux. Elle n'était pas une adepte des robes, c'était un fait, mais il lui arrivait parfois d'en porter, notamment lors de la soirée du nouvel an, lorsque Jane et elle avaient échangés leur premier baiser. Mais c'était un tout autre style de robe, plus conventionnel, plus facile à porter. Ce qu'elle avait devant elle ressemblait plus à une tenue de streaptiseuse qu'autre chose. Elle ne s'était jamais imaginée porter ce genre de chose, mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix, elle le ferait, pour Jane.

Alors, sous le regard interrogatif de son collègue, elle attrapa la "robe" et s'éloigna un peu, histoire de se retrouver dans l'ombre et cachée à la vue du mentaliste. Elle voulait bien se changer mais elle ne voulait pas qu'il puisse la voir. Pas qu'elle avait honte de son corps, du moins pas jusqu'à présent, mais depuis leur séquestration, ses nombreuses cicatrices provoquées par des accidents lors d'interventions musclées, avaient été rejointes par d'autres. C'Était celles-ci qu'elle voulait à tout prix cacher à Jane, il s'en voulait déjà bien assez qu'elle soit obligée de subir tout ça pour lui alors s'il voyait le résultat, ce serait bien pire.

Une fois assez loin de Jane, Lisbon commença à défaire sa robe de mariée qu'elle portait toujours depuis leur arrivée, mais seule elle ne parvenait pas à l'ouvrir. Elle se contorsionnait dans tous les sens, tentant d'attraper le haut de la fermeture éclair, mais elle n'y arrivait pas. Elle réfléchit un instant, cherchant à savoir comment elle allait faire lorsqu'une idée lui traversa la tête, la faisant rougir d'anticipation. Elle se retourna, se mordit la lèvre inferieur avant d'appeler Jane.

-" Jane… je … vous pouvez venir s'il vous plait?" demanda-t-elle, hésitante.

-" Il y a un problème Lisbon?" S'inquiéta aussitôt le mentaliste.

-" Je… je n'arrive pas à ouvrir ma robe," lui répondit alors Lisbon.

-" Oh…" fut tout ce que lui répondit son collègue.

Elle l'entendit se déplacer jusqu'à elle et elle sentit ensuite des mains se poser sur son dos. Elle fut parcourue de frissons lorsque les doigts agiles de Jane firent glisser la fermeture de la robe dans son dos, effleurant au passage sa peau. Il allait lentement, comme s'il voulait profiter de ce moment. Elle se retenait de se retourner pour lui sauter dessus, pour l'embrasser avec tout l'amour et la passion que ces gestes faisaient naitre en elle.

Une fois la fermeture en bas de son dos, Lisbon sentit les lèvres de Jane venir remplacer ses doigts et elle céda, malgré toute la volonté du monde, elle ne pouvait pas résister plus longtemps. La jeune femme se retourna et captura les lèvres du mentaliste, l'embrassant à pleine bouche, laissant ses mains se perdre dans ses boucles blondes. Le baiser était loin d'être doux et tendre, il était sauvage et empli de passion, de toute la frustration des mois à se retenir et de l'interruption du dernier.

Jane laissa ses mains venir se perdre dans le dos à présent nu de la jeune femme dans ses bras, lui provoquant une nouvelle série de frissons, lui en provoquant à lui aussi. Il aimait pouvoir la tenir dans ses bras, pouvoir la toucher et lui faire savoir à quel point il l'aimait, même si ses gestes étaient ralentis par ses blessures.

Lisbon se recula à regret des lèvres de Jane pour venir poser son front contre son torse, lentement, délicatement, comme si elle avait peur de le casser. Ses bras lui entourèrent la taille et elle le sera fort contre elle. Elle pouvait sentir les battements du cœur de Jane contre son oreille et elle sourit. Elle était bien là, dans ses bras, à ne rien faire d'autre que de profiter de ce moment. Mais hélas, un coup à la porte lui rappela qu'elle n'avait pas beaucoup de temps et elle savait que ce ne serait pas après elle que ces hommes en auraient mais après son consultant. Alors, pour le protéger, elle se sépara définitivement de la chaleur de Jane pour finir de s'habiller. Une fois fait, elle se tourna vers lui, guettant sa réaction, et elle ne se fit pas attendre. Son regard devint sombre. La robe ne couvrait que le haut des cuisses de la jeune femme, on pouvait voir ses jambes mises à nues et les yeux de Jane ne les lâchaient pas. Mais il ne semblait pas vraiment aimer ce qu'il voyait, Lisbon pouvait le voir. Le regard du mentaliste était sombre de colère, pas dirigeait vers Lisbon mais vers ces hommes, ceux qui la forçaient à porter cette… chose.

Jane retira sa veste et vint la poser sur les épaules de la jeune femme, la couvrant au maximum. Elle le remercia d'un sourire, ne se sentant pas à l'aise ainsi.

La porte s'ouvrit, et le même homme que précédemment s'approcha de Lisbon, l'attrapa par le bras et l'emmena pendant que ses acolytes retenaient Jane qui se débattait pour retenir Lisbon avec lui.

-" Ne faites pas de bêtises Jane," lui dit alors Lisbon avant de disparaitre derrière la porte.

Jane se retrouva alors seule, dans la sombre cellule, en attente du retour de sa collègue. Il se surprit à prier qu'il ne lui arrive rien, qu'elle revienne entière et pas plus blessée qu'elle ne l'était déjà. Lui qui ne croyait pas en Dieu espéra de tout son cœur qu'il y avait quelqu'un la haut pour veiller sur elle.


Les équipes du CBI et du FBI étaient réunis dans l'open space, discutant, mettant au point le plan pour qu'Emily soit facilement remarquée par l'homme qui la conduirait ensuite à Felton. On pouvait sentir une certaine tension dans la pièce, tous savaient que ce plan comportait des risques, de très gros risques, pour l'agent Prentiss et tous avaient bien envi de trouver autre chose pour arrêter cet homme et libérer Lisbon, Jane et toutes les autres femmes, mais hélas il n'y en avait pas d'autre.

Hotch se tenait en retrait des autres, le visage sombre à l'idée de laisser Prentiss se jeter dans la gueule du loup. Bien qu'il sache qu'elle était un très bon agent, qu'elle savait se défendre et qu'elle avait de l'expérience dans ce genre de situation, c'était la première fois qu'elle allait s'infiltrer dans un plan aussi dangereux et cela ne le rassurait pas. Il avait peur que quelque chose se passe mal, qu'ils n'arrivent pas à temps pour la sortir de là, elle et les autres. Si jamais il lui arrivait quoi que ce soit, il ne se le pardonnerait jamais, il ne s'en remettrait pas non plus.

Emily s'éloigna doucement et discrètement du groupe pendant qu'ils discutaient de ce qu'ils feraient pendant qu'elle serait dans la place, et se dirigea vers Hotch. Depuis leur arrivée le matin, il était silencieux et elle n'aimait pas le voir ainsi. Elle savait qu'il n'aimait pas l'idée de l'envoyer là-bas, elle ne l'aimait pas plus mais c'était son travail, elle l'avait fait bien des fois avant aujourd'hui et elle continuerait de le faire encore après ça.

La jeune femme pris place sur le bureau, juste à coté de la chaise sur laquelle était installé Hotch et croisa les jambes. Elle fixait toujours son patron, attendant qu'il lui parle mais il ne semblait pas vouloir dire quoi que ce soit, il avait tout dit la veille au soir et ne comptait pas recommencer. Alors elle prit la parole.

-" Hotch, je sais que vous avez peur," lui dit-elle, "j'ai moi aussi très peur mais on ne doit pas laisser nos sentiments prendre le dessus sur notre travail."

-" Je le sais bien et ce n'est pas dans mes habitudes de me laisser gouverner par mes sentiments mais là…." les mots moururent sur ses lèvres mais le regard en disait long.

Emily le comprenait, parfois elle-même avait du mal à faire la part entre ses sentiments et son travail, surtout lors d'affaires concernant des enfants. A chaque fois, elle sentait une partie de son cœur se fendre en voyant ce que les gens étaient capable de faire, c'était révoltant. Mais cette fois elle ne pouvait pas se laissé aller, des vies, beaucoup de vies, dont celles d'un agent du CBI et de son consultant, en dépendait.

La jeune femme tourna la tête vers ses collègues et elle leur fut reconnaissante de leur travail acharné pour qu'elle ne prenne pas trop de risques, même si une fois à l'intérieur elle allait être seule. Elle savoir qu'elle pouvait compter sur eux, quoi qu'il se passe là-bas, elle ne serait pas seule, ils ne seraient pas loin, prêt à intervenir au bon moment. Elle espérait juste que ce moment arriverait rapidement, avant qu'elle ne subisse les mêmes tortures que ces femmes, avant d'être vendue aux enchères, avant de mourir. Elle savait qu'elle courrait des risques en faisant ça, mais elle savait qu'elle avait à le faire. Mais plus elle y réfléchissait et plus elle se disait que c'était de la folie, que jamais elle ne ressortirait de là vivante, jamais elle n'aurait la chance de vivre la vie dont elle avait toujours rêvait. Mais c'était le meilleur choix à faire, le seul choix à faire.

Emily posa sa main sur l'épaule de Hotch, lui faisant comprendre qu'elle irait bien, que tout se passerait bien. Elle tentait par ce geste de le réconforter et de se rassurer elle-même. Puis, elle se leva et retourna auprès des autres, lançant toutefois un regard à Hotch.

-" Bon Emily tu va devenir Emily Raven, serveuse au petit café du coin," expliqua Rossi. "Nous savons que l'un des hommes de Felton aime y venir et c'est là que tu pourras entrer en scène, nous ne seront pas loin, sauf les agents Cho, Rigsby et Van Pelt, ils seraient trop reconnaissable."

-" On veillera sur toi princesse, tu ne risqueras rien," tenta de la rassurer Morgan. "Et puis, Garcia m'en voudra à mort s'il t'arrivais quoi que ce soit."

-" Ça je n'en doute pas," lui sourit-elle.

Van Pelt s'approcha ensuite d'elle, une petite boite dans les mains qu'elle ouvrit en arrivant en face, laissant alors voir une jolie paire de boucles d'oreilles.

-" Nous avons installé un micro et un émetteur dans chacune des boucles," précisa la rousse, " ainsi nous pourrons entendre tout ce qu'il se dira et nous pourrons vous localiser."

-" C'est fiable à combien de pourcent ce truc?" interrogea la brune.

Grossière erreur, elle sut qu'elle n'avait pas posé la bonne question au moment même où les mots avaient passé ses lèvres et tous ses collègues la regardèrent d'un air exaspéré. Reid au contraire, se redressa sur sa chaise et entreprit un monologue dont lui seul connaissait la signification.

-" Tu sais, un émetteur c'est comme un radar, il émet de puissantes ondes, produites par un oscillateur et transmises par une antenne. Bien que la puissance des ondes émises soit grande, l'amplitude du signal renvoyé est le plus souvent très petite.

Néanmoins, les signaux radio sont facilement détectables électroniquement et peuvent être amplifiés de nombreuses fois. Il existe différentes façons d'émettre ces ondes. Les plus utilisées sont:

* Les ondes pulsées, où le radar émet une impulsion et attend le retour.

* Le radar à émission continue, où l'on émet continuellement à partir d'une antenne et on reçoit à l'aide d'une seconde.

En analysant le signal réfléchi, il est possible de localiser et d'identifier l'objet responsable de la réflexion, ainsi que de calculer sa vitesse de déplacement grâce à l'effet Doppler. Le radar peut détecter des objets ayant une large gamme de propriétés réflectives, alors que les autres types de signaux, tels que le son ou la lumière visible, revenant de ces objets, seraient trop faibles pour être détectés. De plus, les ondes radio peuvent se propager avec une faible atténuation à travers l'air et divers obstacles, tels les nuages, le brouillard ou la fumée, qui absorbent ….."

-" Reid, c'est bon pas besoin d'en dire plus," l'interrompis Morgan en se frottant le front, désespérait du comportement universitaire de son collègue.

Les autres agents esquissèrent des sourires et la bonne ambiance, un peu plus détendu, emplis la pièce.

L'agent Rigsby s'approcha alors de Morgan et lui glissa à l'oreille.

-" Il est toujours comme ça?"

-" Malheureusement oui," répondit l'agent du FBI en soupirant.

-" Et comment vous faites pour le supporter?" interrogea-t-il alors, encore un peu surpris.

-" On s'y fait à la longue."

Les agents se réinstallèrent autours des bureaux, fignolant les derniers détails de la mission, tout leur esprit focalisé sur leur tache. Ils avaient du monde à secourir et ils ne devraient laisser passer aucune erreur. Ils passèrent le reste de la journée ainsi, penché sur les dossiers.

Lorsque le soir arriva, ils rentrèrent tous chez eux et à l'hôtel, et une fois encore Hotch se rendit dans la chambre d'Emily. Le lendemain elle entrerait en jeu et il avait quelque chose d'important à lui dire avant.


Jane attendait toujours, cela faisait des heures que Lisbon était partie, des heures qu'il tournait en rond dans cette cellule, à s'imaginer les pires scenarios. Mais alors qu'il frappait le mur de son pied, la porte s'ouvrit et une Lisbon livide entra dans la pièce. Il se précipita sur elle et la serra contre lui, se perdant dans sa chevelure brune. Mais la jeune femme le repoussa et se recroquevilla sur elle-même contre le mur. Jane sut alors qu'il était arrivé quelque chose de grave.


TBC…