AVERTISSEMENT : Ce chapitre est assez violent ! Ames sensibles s'abstenir… vous aurez été prévenus !

Autre chose : Pour vous éviter de vous embrouiller, j'ai mis la voix que Sanzo entend dans sa tête entre parenthèses.

Petite pensée pour Baka saru 54 qui passe le bac. Je te souhaite MERDE !

Bonne lecture !


Chapitre 7

Une chaise s'abattant sur le plancher dans un bruit assourdissant. Des froissements de tissu qui accompagnent le mouvement vif d'un bras. Un claquement vigoureux de peau contre peau. Une tête projetée sans ménagement sur le côté qui entraîne un corps dans sa chute, éclaboussant au passage sur les tuiles de Mah-jong répandues sur la table des gouttes de sang s'échappant d'une blessure récente qui venait de s'ouvrir à nouveau. Et un silence impérial pour accueillir dignement la violente scène.

C'est ce qui suivi les paroles effrontées du jeune yokai, qui était maintenant à terre, le visage ensanglanté, tout en maintenant un regard resté cynique sur l'homme qui venait de le blesser une seconde fois en l'espace d'une heure et qui se tenait à présent debout face à lui, la main qui venait de frapper recouverte de sang qu'elle laissait s'égoutter par le bout des doigts. Bien que ses yeux étaient cachés par les mèches blondes, le sérieux du moine transpirait par sa posture et les traits tendus de son visage.

« Si tu crois que je vais supporter ton insolence plus longtemps, et bien tu te trompes lourdement ! » Finit par siffler Sanzo entre ses dents serrées. Goku émit un faible sourire ironique tout en se penchant sur le côté pour cracher le sang qui s'était infiltré dans sa bouche. Il essuya ensuite d'un revers de main ses lèvres maculées de rouge et offrit un large sourire au blond avant de rétorquer de la manière la plus arrogante qu'il se trouva capable de faire :

- « Ah… je crois que j'ai mis Sanzo Sama en colère… » Il s'aida de ses avant-bras pour se mettre en position assise, puis releva les yeux fièrement sur le visage pâle de Sanzo, comme pour le défier d'oser dire le contraire : « C'est vrai, je m'excuse, je me suis mal exprimé… Ce que je voulais dire, c'est que Sanzo Sama était bien plus bruyant quand il m'a 'baisé'… »

Instantanément, une pulsion empreinte de colère s'empara de Sanzo qui s'apprêtait à se ruer sur le jeune homme, même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il allait lui faire. Il n'eut cependant pas le temps de s'abaisser qu'il sentit quelque chose heurter énergiquement sa mâchoire, l'éjectant au sol à son tour. Quelque peu sonné, il attendit un instant puis releva rapidement la tête sur son agresseur.

Gojyo qui était finalement sorti du choc que lui avait procuré le fait de voir Sanzo frapper Goku, surplombait maintenant le moine de toute sa hauteur, ses yeux habités de haine et de dégoût le fixaient, tandis que ses deux poings serrés le mettait en garde contre un nouveau geste hostile.

- « Espèce de pourriture ! Touche-le encore une fois et c'est à moi que tu auras à faire ! » Menaça-t-il d'une voix dangereusement basse. Une voix qu'il n'avait jamais utilisée contre le blond. Ce dernier, loin de craindre le métis, se releva aussitôt pour pointer le canon de son revolver sur son front.

- « Et toi, refais encore une fois ce que tu viens de faire et je t'expédie en enfer ! » Grogna-t-il tout en retirant le cran de sûreté afin de montrer qu'il ne plaisantait pas le moins du monde. Il massa ensuite avec sa main libre sa mâchoire malmenée avant d'essuyer le filet de sang qui coulait de ses lèvres. Gojyo continuait de dévisager Sanzo. Il était bien trop furieux pour prendre réellement conscience du fait que son cerveau pouvait exploser à tout moment. Il secoua d'un air écœuré la tête de gauche à droite et maugréa :

- « Sérieusement, tout le monde ici sait bien que tu es loin d'être un saint, mais je n'aurais jamais pensé ça de toi ! » Gojyo se souvenait de ce que lui avait dit Goku il y avait deux nuits de cela « … comme Sanzo l'a fait » et avec ce qu'il venait de dire, pour lui il n'y avait plus de doute possible. Il continua en haussant la voix. « Je ne trouve aucun autre mot pour te décrire. Oui, t'es une véritable pourriture ! Une pourriture déguisée en bonze qui a violé un gosse ! »

Le blond laissa échapper inconsciemment de ses doigts son Smith & Wesson et sentit ses jambes faiblir quelque peu en entendant l'accusation de Gojyo. Cependant, il se reprit très vite et balança son poing dans le visage du métis qui lui rendit aussitôt son coup en amenant de toutes ses forces son genou dans l'estomac de Sanzo qui s'écroula de nouveau au sol.

C'était la première fois depuis qu'il avait rencontré le bonze que Gojyo ressentait un besoin réel de lui faire mal et complètement submergé par sa colère, il empoigna fermement les cheveux de Sanzo pour lui relever la tête. Son poing se préparait à s'abattre une seconde fois sur le visage de ce dernier, lorsqu'il fut stoppé dans sa lancée par la voix d'Hakkaï qui résonna de manière grave dans la petite pièce, imposant ainsi un lourd silence.

- « Ca suffit maintenant ! » Doucement, Sanzo et Gojyo tournèrent la tête en direction de l'ancien humain, qui était resté figé sur sa chaise, le regard perdu dans l'ombre de sa frange depuis l'affirmation de Goku. Quelques secondes passèrent pendant lesquelles le métis relâcha sans grande précaution les cheveux à présent ébouriffés de Sanzo qui en profita pour ramasser son arme.

Hakkaï reprit la parole, mais cette fois sa voix était hésitante comme s'il ne voulait pas vraiment entendre la réponse de la question qu'il posait. « C'est vrai ?… Sanzo ? … Ce que Goku vient de dire… ?… Vous avez couché ensemble? » Avec son visage impassible, Sanzo détourna la tête et se releva avant de mener ses pas près de la fenêtre et de s'allumer une cigarette.

Une fois de plus, un silence chargé de tension s'appropria la petite chambre. Toutefois, Gojyo n'y voyait pas de cet œil. Ne supportant plus de voir le moine ignorer maintenant son meilleur ami, il se rapprocha de lui à grands pas et le prit par le col de son débardeur noir brusquement, l'obligeant à lui faire face.

- « Bien sûr que c'est vrai Hakkaï ! Tu sais très bien que Goku ne mentirait jamais comme ça ! Alors que cet espèce de bonze pourri que tu affectionnes tant oui ! » Les yeux améthystes fusillèrent automatiquement les rubis qui ne flanchèrent pas pour autant. Sanzo se dégagea d'un cou sec de la main qui l'agrippait fermement.

- « Me touche pas ! »

- « Gojyo… J'aimerais m'entretenir seul à seul avec Sanzo… » Le sérieux dans la voix d'Hakkaï interpella le demi-sang qui se retourna vers lui. Il savait que son ami était profondément perturbé par ce que tous venaient d'apprendre et il ne protesta pas.

- « Comme tu veux… Je t'attendrai en bas pour le dîner, » informa-t-il avant de se diriger vers Goku qui était toujours assis sur le plancher, son regard n'ayant pas une seule fois quitté le blond. Il aida le jeune yokai à se remettre sur ses pieds tout en lui parlant amicalement :

- « Allez, viens Goku. Je vais te soigner… » Goku se laissa guider vers la porte, mais alors qu'il allait finalement détourner les yeux de Sanzo, celui-ci le regarda d'un air sévère. Goku lui donna un sourire satisfait, comprenant qu'il avait obtenu ce qu'il voulait. Le moine se retourna alors vers la fenêtre et continua de fumer sa cigarette tout en écoutant s'éloigner les pas des deux jeunes hommes qui quittaient la pièce. De très longues minutes s'écoulèrent avant qu'Hakkaï se décide à interroger Sanzo.

- « Gojyo est sur les nerfs… comme nous tous. Cependant, je sais très bien que tu n'as pas violé Goku. Alors maintenant, je te demande d'être honnête envers moi et de me dire enfin ce qu'il y a entre toi et lui. » Sanzo écrasa son mégot dans le cendrier qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre, et se contenta d'en rallumer une aussitôt en guise de réponse. L'ancien humain attendit un instant, puis se leva pour se placer juste derrière le blond.

Il continua d'une voix attristée, montrant ainsi qu'il était blessé par l'attitude de ce dernier. « Tu n'as jamais vraiment eu l'intention de te mettre avec moi… c'est bien ça, Sanzo ? … Alors, pourquoi… pourquoi avoir agit comme ça avec moi ? » Comme Sanzo ne daignait toujours pas lui répondre, il demanda subitement : « Je sais que Goku n'est pas un menteur… alors ce que je voudrais savoir… c'est est-ce que ça s'est passé avant ou après que tu me fasses croire que tu tenais à moi plus qu'à un ami ? »

- « Je n'ai rien à te dire Hakkaï, alors sors d'ici, » finit par ordonner le moine sur un ton monotone.

- « Je crois qu'au contraire tu as beaucoup de choses à me dire, et là ma patience a vraiment atteint ses limites ! J'exige que tu me répondes sincèrement ! » Cria soudainement l'ancien humain tout en retournant brutalement Sanzo pour le regarder droit dans les yeux. Celui-ci, épuisé par les événements récents, mais aussi parce-qu'il savait qu'Hakkaï ne le laisserait pas en paix tant qu'il ne lui aurait rien confié, s'emporta brusquement :

- « Tu veux savoir ? Très bien ! OUI, j'ai couché avec lui et Dieu seul sait pourquoi ! Je lui ai dit que c'était une erreur, mais il n'a pas voulu comprendre ! Quant à toi, tu as raison, je n'ai jamais voulu qu'on soit ensemble ! Je ne peux même pas t'expliquer pourquoi je t'ai embrassé ! Moi-même je ne le comprends toujours pas ! Mais comme je te l'ai déjà dit, il n'y a rien entre toi et moi, comme il n'y a rien entre moi et Goku ! Satisfait ? Maintenant, si tu me le permets j'aimerais rester seul ! »

Il ôta rapidement les mains posées sur ses épaules et s'assit sur le rebord de la fenêtre pour se mettre à regarder l'extérieur, montrant ainsi que la conversation était terminée. Hakkaï demeura sans bouger quelques secondes, assimilant lentement les propos du blond. Ses bras tombèrent le long de son corps tel un signe de résignation. C'est avec un pincement au cœur qu'il tourna les talons.

Il savait que Sanzo venait de lui dire la vérité et que ce n'était plus la peine d'espérer que ses sentiments soient un jour retournés. Il saisit la poignée de la porte sans bruit et l'ouvrit. Cependant, avant de laisser le loisir à Sanzo de se retrouver seul face à lui-même, il dit doucement, sa voix déformée par la peine qui la caractérisait :

- « Une erreur tu dis ?… C'est étrange… Tu n'as pourtant jamais fait l'erreur de coucher avec moi… » Il ferma la porte derrière lui.

OOoooOO

Pendant ce temps, Gojyo avait ramené Goku dans sa chambre et l'avait fait asseoir sur son lit. Il recousait une seconde fois la blessure du jeune yokai en essayant de ne pas lui faire trop mal. Il réalisa cependant très vite que Goku semblait ne pas sentir l'aiguille s'insérer dans sa peau. Ses yeux étaient redevenus vides et il avait perdu son air railleur. Le métis finit ses soins et alors qu'il essuyait le sang qui avait coulé sur la joue de Goku, il soupira et dit avec mépris :

« Saleté de bonze corrompu ! Je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse te faire une chose pareille ! » Le yokai parut revenir à lui sur ces mots.

- « Tu te trompes Gojyo… Il ne m'a pas violé… » Gojyo le regarda d'un air incrédule, comme pour lui faire savoir qu'il ne comprenait pas.

- « Mais tu as dit… » Goku le coupa, ses yeux venant se poser sur le plancher.

- « J'ai dit qu'il m'avait baisé… il y a une différence… » Indigné et surtout parce-qu'il se sentait complètement déconcerté, Gojyo haussa la voix.

- « Comment ça une différence ? Ce n'est pas parce-que tu l'aimes que tu dois lui pardonner ce genre de chose… » Goku l'interrompit de nouveau.

- « J'étais consentant Gojyo… » Ce dernier se redressa et passa une main dans ses cheveux rouges.

- « … Je t'avoue que je ne comprends pas très bien là. » Goku s'allongea sur son lit et se tourna face au mur.

- « Il n'y a rien à comprendre… Lorsque ça s'est passé… je pensais qu'il m'aimait… et je me trompais… Ca, il me l'a bien fait savoir par la suite… » La voix de Goku s'était soudainement fragilisée et Gojyo se rendit compte que Goku sanglotait faiblement. Il posa sa main sur l'épaule de celui-ci comme pour le réconforter.

- Goku… » Le dénommé ne le laissa pas continuer.

- « J'ai besoin d'être seul… » Le métis hésita puis retira sa main. Il ne voulait pas brusquer Goku. Il ne put s'empêcher tout de même de le prévenir de peur qu'il ne fugue de nouveau.

- « Je veux bien te laisser. Mais je veux te voir en bas pour dîner dans trente minutes, sinon je viens te chercher ! » Il s'apprêtait à sortir quand ses yeux furent attirés par quelque chose qui paraissait briller sous l'effet de la lumière de la lampe de chevet. Il s'approcha de la petite table de nuit et ses yeux s'écarquillèrent à la vision de ce que le yokai avait déposé à côté.

Il attrapa l'objet vivement et agrippa fortement Goku pour qu'il se tourne vers lui tout en hurlant pratiquement : « C'était pour ça ? Tout à l'heure, quand tu as voulu me faire croire que tu prenais une douche… C'était pour ça ? » Goku avait réussi à garder sa tête sur le côté et résistait à la pression de Gojyo qui désignait la bouteille de sake qu'il tenait dans sa main.

Celui-ci réclamant une réponse immédiate fit glisser son autre main sous le menton de Goku pour l'obliger à tourner la tête dans sa direction. « Mais où est-ce que tu as trouvé ça ? Tu… » Il s'arrêta brusquement quand il vit finalement le visage de Goku. Un visage baigné de larmes… Un visage qui lui fit instantanément regretter d'avoir haussé le ton sur le jeune homme. Il délaissa le menton de Goku qui cacha aussitôt sa tête dans son coussin tout en bégayant :

- « … Seul… Gojyo… veux être… seul… » Encore une fois, le métis se sentit désemparé face à la détresse de son jeune compagnon. Il n'insista pas, voulant lui laisser du temps pour se calmer. Il se dirigea silencieusement vers la porte et dit calmement avant de sortir :

- « J'emporte ça avec moi… Te bourrer la gueule ne fera pas disparaître ton chagrin. Je te l'ai déjà dit, mais je te le redis encore. Si tu as besoin… tu sais que je suis là et que tu peux compter sur moi… Je t'attendrai dans la salle de restauration. A tout à l'heure… » Il quitta la pièce sur ces derniers mots.

OOoooOO

Une bonne balade aurait été la bien venue. Seulement, le temps ne s'y prêtant pas, Gojyo abandonna vite cette idée. Il descendit alors pour se rendre dans le bar de l'établissement avec l'intention de boire un verre pour se détendre un peu. Il se dirigeait vers le comptoir lorsqu'il aperçut Hakkaï assis à une table dans un coin de la pièce. Il s'approcha de son ami mais hésita à s'installer à ses côtés quand il nota la tristesse émanant du visage de ce dernier.

« Tu n'as sans doute pas envie d'avoir de la compagnie… alors… » Sans lever les yeux sur le demi-sang, l'ancien humain l'interrompit en essayant de dissimuler l'affliction contenue dans sa voix.

- « C'est bon, Gojyo. Tu ne me déranges pas du tout. Je t'en prie, assis-toi. » Le métis s'exécuta, déposant devant lui la bouteille de sake qu'il avait gardé avec lui. Un sourcil brun se leva.

- « Tu as commandé du sake ? »

- « Beh…. euh… oui, » répondit Gojyo avec un sourire quelque peu gêné. « Tu bois avec moi ? »

- « … » Hakkaï acquiesça d'un hochement de tête discret et laissa le métis aller chercher deux coupoles(1). Il burent en silence pendant plusieurs minutes, puis Hakkaï entama la discussion : « Comment va Goku ? » Gojyo renversa son dos sur sa chaise tandis que son regard glissait sur la bouteille de sake.

- « Sa blessure ne saigne plus… »

- « Ce n'est pas ce que je veux dire, Gojyo… » Corrigea Hakkaï tout en levant les yeux sur son compagnon. Gojyo tira longuement sur sa cigarette avant de répondre dans un nuage de fumée :

- « Bah… Je pense qu'il est totalement déboussolé… Il pleurait quand je l'ai laissé… » Le silence se rétablit pendant un moment entre les deux hommes, les laissant chacun seul avec leurs propres pensées. Finalement, Gojyo exprima son inquiétude à Hakkaï : « Tu sais, il y a quelque chose qui m'échappe chez lui. Lorsqu'il est en présence de Sanzo, il devient quelqu'un d'autre… J'ai même l'impression qu'il cherche à pousser à bout Sanzo… Et quand je me retrouve seul avec lui, il redevient Goku, notre Goku, celui que nous avons toujours connu, sensible et vulnérable… » Hakkaï ferma les paupières et dit tout bas sur un ton de regret :

- « Je ne sais pas exactement ce qu'il y a eu entre eux-deux, mais c'est clair qu'il en veut à Sanzo et il veut lui faire savoir… Comme il m'en veut à moi… parce-qu'il croit que je lui ai volé Sanzo… »

- « Je ne sais pas… Je crois qu'il y a autre chose mais… » Le métis s'arrêta de parler un instant, réalisant qu'il mettait certainement son ami mal à l'aise en parlant du moine. « Pardon Hakkaï, Tu ne souhaites sûrement pas parler de Sanzo… »

- « Ca va aller, Gojyo. Il m'a dit ce que je voulais savoir… Et tu sais, il n'a pas fait ce que tu crois qu'il a fait à Goku… »

- « Oui, je sais… Goku m'a expliqué… enfin… je n'ai pas tout compris, mais je sais que j'ai réagi excessivement. C'était plus fort que moi. Ca fait des semaines que je le regarde vous faire du mal et je ne le supporte plus. D'ailleurs maintenant, qu'advient-il de vous-deux ? » Les yeux toujours clos, Hakkaï baissa la tête d'un air abattu.

- « Gojyo… je n'ai pas très envie d'aborder le sujet pour l'instant… » Le métis n'insista pas. Après tout ce n'était pas ses affaires, même s'il ne tolérait pas de voir son ami déprimer ainsi. Ils restèrent tous d'eux silencieux l'espace de quelques minutes, puis Hakkaï annonça faiblement, prenant garde de ne pas croiser le regard du demi-sang : « Ecoute Gojyo… j'ai besoin de prendre mes distances quelques temps… alors j'ai réfléchi et dès demain je partirai… Je vous laisserai bien entendu Jeep pour qu'il vous ramène chez vous… » Une sorte de panique envahit instantanément Gojyo qui se leva subitement pour abattre les deux paumes de ses mains sur la table, renversant ainsi la bouteille de sake.

- « Minutes là ! Qu'est-ce que tu es en train de me raconter ? Il est hors de question que tu ne rentres pas avec nous ! Merde, qu'est-ce qu'il t'a dit ce sale bonze ! Je vais aller le trouver et l'assommer pour de bon ! »

- « Non Gojyo… Laisse… je… » Hakkaï s'interrompit alors que son regard tombait sur Goku qui venait de descendre et de prendre place à une table plus loin. Le métis tourna la tête et soupira, satisfait que le jeune yokai l'ait écouté.

- « Nous reparlerons de ça après le repas… » Avertit Gojyo avant d'aller rejoindre Goku. Hakkaï ne dit rien, se contentant de le suivre.

C'est dans une ambiance funèbre que les trois compagnons de voyage dînèrent. Ils ne s'échangèrent ni le moindre mot, ni même le moindre regard. Ils semblaient s'être déconnectés du monde, leurs baguettes venant trouver machinalement leurs bouches. Aucun d'entre eux ne fit de remarque sur le fait que le moine n'était pas descendu manger. Plutôt prévisible… C'était d'ailleurs sûrement mieux ainsi étant donné le chaos qu'il avait semé dans le groupe. Dès qu'il eut fini son assiette, Goku se leva de table pour quitter les lieux. Cependant, Gojyo le rattrapa aussitôt et le prit par le bras avant de le questionner d'un air suspicieux :

« Où vas-tu ? » Exaspéré par la surveillance constante du métis, Goku lui répondit d'un ton sec :

- « Me coucher, Gojyo ! Me coucher ! C'est trop te demander de me foutre un peu la paix ! Tu sembles l'oublier, mais je ne suis plus un enfant ! J'en ai vraiment plus qu'assez que tu sois continuellement sur mon dos ! » Suite à ses paroles crues, il sentit la main qui le retenait se desserrer pour s'éloigner. Il se retourna alors vers le demi-sang. L'expression de peine et de confusion se lisant dans les yeux de ce dernier lui fit subitement regretter ses propos et il tenta aussitôt de se faire pardonner. « Je suis désolé, Gojyo… Je n'aurais pas dû dire ça… Je suis très fatigué… et je ne sais plus très bien ce que je dis… Je vais dormir… »

Gojyo le laissa partir, mais se promit de faire des rondes pour vérifier que Goku resterait dans sa chambre cette nuit. Il ne pouvait en effet pas s'empêcher de vouloir veiller sur le jeune yokai. Pour le moment, il avait un autre souci en tête. Un souci tout aussi préoccupant. Il se rassit à la table qu'il partageait à présent avec Hakkaï et dit de manière décidée tout en plongeant son regard droit dans celui de son ami :

- « Maintenant que nous sommes tous les deux, j'aimerais qu'on revienne sur notre conversation de toute à l'heure ! »

OOOoooooOOO

Dehors, l'orage était à son apogée. Les puissants grondements de tonnerre résonnaient lourdement dans la petite ville dont les rues étaient à présent désertées. La nuit venait de tomber et l'obscurité était telle qu'on ne distinguait rien à quelques mètres. Seuls les éclairs furtifs, apparaissant sans prévenir de temps à autres permettaient de dévoiler des pavés inondés dégageant de la vapeur comme pour se libérer de la chaleur intense qu'ils avaient accumulée ces derniers jours, alors que le ciel continuait de pleurer avec acharnement, les grosses gouttes d'eau venant marteler violemment le sol et le toit des maisons étouffant ainsi tout autre bruit. Toute vie semblait s'être éteinte. La pluie… uniquement la pluie.

Un temps propice à laisser les prunelles améthystes se ternir de douleur tout en fixant sans réelle attention un paysage morbide et dévasté qui lors de ces instants de contemplation absente reflétaient sans le moindre doute l'état d'un cœur meurtri par des souvenirs tragiques récurrents. Cependant, ce soir là ne faisait pas honneur à l'habituel rituel.

En effet, même si Sanzo était seul dans sa chambre, même s'il était bien assis au bord de la fenêtre, même s'il fumait de manière lasse une cigarette coincée entre ses lèvres, même si son front était posé sur la vitre devenue froide sous l'effet de la pluie, même si ses yeux semblaient dénués de leur arrogance ordinaire… il ne regardait pas fixement l'extérieur, mais sa main.

Cette main qui avait envoyé Goku au sol après avoir claqué fortement contre sa joue. Il n'avait pas nettoyé le sang qui avait coulé dessus et qui maintenant avait séché. Il se contentait de l'observer comme cherchant une explication rationnelle à ce qui s'était passé un peu plus tôt. Bien sûr, ce n'était pas la première fois que Sanzo avait frappé le jeune yokai, mais c'était la toute première fois qu'il l'avait fait avec sa propre main, sans l'utilisation de son éventail… et quelque part, ceci le troublait.

Il savait qu'il avait perdu son sang froid face à Goku, et il l'avait fait à deux reprises en un laps de temps très réduit. Il savait aussi qu'il avait pas mal de sang sur ses mains… mais là, il s'agissait de celui de Goku… Jamais, non jamais depuis qu'il avait prit le jeune yokai avec lui, ses mains n'avaient été tachées de son sang. Les choses étaient définitivement en train de mal tourner… Là maintenant, il en prenait conscience.

(Les remords sont durs à porter, n'est ce pas ?… Enfin, ça tu le sais depuis bien longtemps… ) Les yeux de Sanzo s'agrandirent soudainement mais ne se détournèrent pas de l'objet de leur considération. Encore cette voix, cette voix qui revenait constamment le hanter et qui après réflexion lui semblait familière… (A quoi tu t'attendais après avoir agit avec lui comme ça… Hum, je parie à tout sauf à ça… La situation t'échappe et bientôt tu ne pourras plus rien y faire… )

« Ferme-là ! » Hurla pratiquement le moine dans le vide, tout en amenant ses mains à son crâne essayant en vain de chasser cette voix. (Quand même, je n'aurais jamais pensé que tu lèverais un jour la main sur Goku… ) « Ferme-là je te dis ! Il l'avait cherché… il … il… a dépassé les bornes ! » Sanzo secouait à présent fortement sa tête. Il ne voulait plus rien entendre. Cependant, la voix dans sa tête ne daignait pas lui accorder cette faveur.

(En disant la vérité ou ce qu'il croit l'être ? C'est toi-même qui lui as fait comprendre qu'il n'était rien pour toi, non ? Enfin, je ne pensais pas que tu serais stupide au point de penser que Goku allait oublier ce qui s'est passé entre vous… et stupide au point de ne pas réaliser ce qui est en train de se passer… ) « Ce n'est qu'un singe débile qui croit m'impressionner avec son insolence outrancière ! »

(T'impressionner tu dis ? Si ce n'était que ça… Voyons, tu sais bien qu'il cherche autre chose, sinon tu ne serais pas perturbé à ce point.) « Perturbé ! Qui est perturbé ? Je suis seulement en colère, terriblement en colère contre lui ! Pourquoi ne peut-il pas simplement… » (Cesser de t'aimer ? Oublier qu'un soir tu lui as enfin montré l'affection qu'il attendait de ta part ?)

Sanzo balança fortement son poing contre la vitre qui se brisa instantanément, laissant ainsi entrer l'eau dans la chambre. « PUTAIN MERDE ! Qui es-tu donc pour oser prétendre savoir ce que je pense ! Ce n'était pas de l'affection ! Ce n'était rien ! C'était quelque chose qui n'aurait jamais du se produire ! JAMAIS ! » (Mais que tu le veuilles ou non, cela s'est produit, et tu sais qu'il y a une raison à ça. Tu es fort pour mentir, surtout à toi-même, mais fais bien attention … sinon, tu risques de perdre bien plus que tu ne le penses…

« Tss, je n'ai strictement plus rien à perdre depuis des années ! » (Tu es navrant… Tu t'es peut-être juré il y a fort longtemps que tu ne t'attacherais plus jamais à personne… Cependant, il existe certaines choses qui sont indépendantes de notre volonté… comme l'attachement. ) « Sors de ma tête, qui que tu sois sors ! Je ne veux plus écouter ces conneries ! » Rugit Sanzo à bout de nerfs, tout en lançant le cendrier qui vola à travers la pièce pour exploser contre le mur, créant très vite un nuage de cendres qui se diffusa dans la chambre.

(A ce niveau là, ce n'est plus être borné, c'est être idiot ! Quoiqu'il en soit, j'aurais fait ce que j'ai pu pour te résonner. Tout ne dépend plus que de toi… Enfin, je dis ça, mais il est sûrement déjà trop tard… ) La voix s'évanouit sur ces derniers mots, laissant le blond se réapproprier entièrement son esprit. Il réalisa alors qu'il était trempé. Ayant été forcé de se battre à l'intérieur de sa propre tête, il n'avait pas pensé à se pousser de la fenêtre cassée.

Il s'éloigna finalement du bord pour s'asseoir à la table de la chambre. Les tuiles de Mah-jong tachetées de fines gouttes de sang étaient encore réparties dessus. Son regard s'attarda un instant sur elles, puis il prit sa tête entre ses mains. De l'affection ? Humph ! Je ne sais pas ce que tu veux Goku, mais cette situation ne peux plus durer ! Il faut absolument que ça s'arrête ou je vais finir par devenir dingue !

D'un mouvement résolu, Sanzo se leva et sortit de sa chambre. Alors qu'il longeait le couloir sombre de l'auberge, une sensation désagréable s'empara de lui. Je suis nerveux à l'idée de lui faire face ? Pourquoi ? Aurais-je peur de lui, moi ? Non, c'est autre chose… mais quoi ? Il remarqua soudainement qu'il était déjà parvenu devant la chambre de Goku.

Il s'arrêta et fixa longuement la porte qui le séparait de ce dernier. Il paraissait hésiter à entrer et ses doigts se mettaient à tapoter le tissu blanc qui recouvrait sa cuisse. Il se demandait ce qui allait bien pouvoir se passer une fois qu'il aurait posé le pied à l'intérieur de la pièce. Il pouvait déjà voir le sourire provoquant ainsi que le défi dans le regard du jeune yokai. Il n'aimait pas ce regard… Pour une raison qui lui échappait, il le mettait mal à l'aise.

Serait-ce parce-que je n'arrive plus à déchiffrer les émotions qui passent à travers ces yeux d'or ? Ou encore parce-que je ne les reconnais plus ? Et cette sorte de lueur qui apparaît à l'intérieur quand il me dévisage… Qu'est-ce que cela signifie ? Rahh… Je commence à avoir mal au crâne avec toutes ces questions. Il serra ses poings très fort, complètement exaspéré par le ridicule de cette situation.

Et puis merde ! Qu'ils aillent tous au diable, lui, Hakkaï et Gojyo ! Après tout, je n'ai pas besoin d'eux et encore moins de lui ! Je n'ai de compte à rendre à personne ! Il tourna les talons dans l'intention de retrouver le calme de sa chambre et de s'épargner des problèmes de plus pour la nuit, quand subitement une phrase revint faire écho dans sa tête, stoppant ainsi tous ses mouvements. … mais il est sûrement déjà trop tardsûrement déjà trop tard… trop tard…

Tout à coup, le doute indéfinissable qui l'envahit guida ses pas et il pénétra dans la chambre de Goku. La pièce était plongée dans le noir. Il s'avança un peu plus et distingua finalement sur l'unique lit une forme s'apparentant à un corps camouflé sous les draps. Le doute s'évanouit. C'était quoi ça ? Peu importe… Il m'a certainement entendu entrer maintenant.

Voulant se débarrasser le plus vite possible de cet entretien, il prit une chaise qui se tenait contre un mur et la plaça devant le lit. Il la retourna et s'assit à califourchon dessus, ses avant-bras venant se croiser sur le dossier. Il attendit une minute, puis expira fortement comme pour exprimer l'ennui profond qu'il ressentait de se retrouver là avant de finalement parler.

« Je suis sûr que tu ne dors pas, alors arrête de faire semblant. » Il s'étonna à l'écoute de sa propre voix. Elle n'était pas aussi froide qu'il avait eu l'intention de la rendre. Un silence lui répondit et il sentit aussitôt un agacement certain monter en lui. Il s'alluma une cigarette. La fenêtre n'était pas ouverte mais il se fichait pas mal de gêner le yokai ou non.

Il fuma lentement, appréciant la fumée qui se glissait dans ses poumons, pour la souffler ensuite patiemment par le nez et la bouche. Lorsqu'il parla à nouveau, sa voix était tout de suite plus sèche. « Et bien quoi ? Maintenant que je suis prêt à t'écouter, tu ne veux plus rien dire ! Je ne compte pas y passer la nuit, alors vide ton sac une bonne fois pour toute !" La pièce demeurait étrangement silencieuse…

Ne supportant plus de s'adresser à un mur, Sanzo quitta promptement sa chaise et écrasa son mégot sous sa botte, n'ayant que faire du tapis sur lequel il se tenait. La colère ayant rapidement remplacé l'agacement, il se mit à grogner : « Tu as perdu ta langue ou quoi ! Oh, regarde-moi quand je te parle, sa… » La fin de sa phrase mourut dans sa gorge alors qu'il retirait d'un geste vif le drap pour s'apercevoir que personne ne se trouvait en dessous et que depuis un moment, il parlait à un polochon déposé dans le sens du lit.

Il comprit aussitôt que Goku avait voulut faire croire qu'il était encore là. La question à présent était pourquoi ? Il se rappela soudainement des paroles de Gojyo. « … est-ce que je suis le seul ici à me rendre compte qu'il va mal, très mal même. Mal au point de se mettre à boire et peut-être même d'aller chercher du réconfort ailleurs ! »

Sans prévenir, un frisson parcourut le corps de Sanzo et il sentit son sang se glacer dans ses veines. Sa colère s'était instantanément dissipée, laissant place à quelque chose qui ressemblait à une profonde appréhension. Impossible… Goku ne peut pas… Il ressentit comme une douleur dans la poitrine au moment même où une image du jeune yokai blotti dans les bras d'un étranger apparut subitement dans sa tête, chassant toutes ses autres pensées.

Les instants qui suivirent parvinrent dans son esprit tels des flashs furtifs. Poussé par quelque chose qui le dépassait et qui venait de prendre le contrôle de son corps, il réalisa à peine qu'il était sorti en trombe de la chambre et qu'il dévalait les escaliers de l'auberge. Il heurta tout à coup quelqu'un dans sa course et leva brièvement la tête sur la personne. Le visage était flou, détrôné par la vision alarmante qui paraissait s'être gravée dans sa tête.

Il s'entendit murmurer faiblement quelque chose avant de détourner la tête pour se précipiter dehors. Il ne s'arrêta pas pour essayer de comprendre où il allait. Son corps se mouvait tout seul et semblait savoir où se rendre. La pluie diluvienne qui s'abattait sur lui ne paraissait pas l'atteindre. Il ne sentait ni l'eau couler continuellement sur son visage et son corps, ni l'acidose qui s'était emparée de ses jambes qui le guidaient avec frénésie.

Tout ce dont il avait conscience, c'était que son cœur tambourinait si violemment contre sa poitrine qu'il pouvait sentir son pouls battre ses tempes. Il courait et courait encore, ses pieds plongeant dans les énormes flaques qui ne cessaient de gagner du terrain sur la chaussée. Il aperçut plus loin l'écusson du seul bar de la ville et accéléra de plus belle.

Il atteint rapidement la porte d'entrée et pénétra brusquement à l'intérieur. L'arrêt brutal de sa course lui donna un léger tournis et il dut s'adosser contre le mur qui se trouvait derrière lui pour éviter de tomber. Il ferma les yeux quelques secondes et en profita pour reprendre son souffle. Une nouvelle fois, 'l'image' surgit dans sa tête et il ouvrit aussitôt les paupières.

Ses yeux se mirent automatiquement à la recherche de Goku sans succès. Il réussit à se faufiler tant bien que mal dans l'imposante foule et parvint finalement devant le comptoir. Il n'attendit pas une seconde de plus et questionna d'une voix très sérieuse le barman qui était occupé à essuyer ses verres.

« Vous n'auriez pas vu un jeune homme brun avec des yeux dorés ? » Le barman leva son regard sur le moine et le considéra un instant. Sanzo tenta de donner plus de détails en amenant sa main à la hauteur de son nez. « Il est à peu près de cette taille et porte une couronne sur le front. » L'interrogé ouvrit la bouche en grand comme pour montrer que la description lui disait quelque chose.

- « Vous voulez certainement parler du jeune homme avec la balafre sur la joue gauche. » Goku était donc bien venu ici. « Sale blessure… et avec sa tête d'enterrement, je parie que ce garçon est battu ou quelque chose dans le genre. » Sanzo serra les dents sur le commentaire et son regard devint plus perçant, presque menaçant sur le barman alors qu'il demandait froidement :

- « Où est-il allé ? » L'homme arrêta son activité et offrit un sourire en coin au blond que ce dernier trouva tout sauf plaisant.

- « Je suis désolé, mais vous arrivez trop tard. Il est déjà occupé avec quelqu'un d'autre… Il vous intéressait aussi ? » Sur le sous-entendu évident, un sentiment d'urgence explosa dans le corps de Sanzo et d'un coup sec, il tira vers lui le barman par le col de sa chemise jusqu'à se retrouver nez à nez avec lui, puis reposa sa question sur un ton bas, dangereux, mortellement dangereux.

- « OU EST-IL ALLE ?! » A présent apeuré, le barman s'empressa de désigner avec son doigt une porte qui se trouvait au fond de la salle. Sans perdre de temps, Sanzo le relâcha et partit d'un pas déterminé dans la direction indiquée. Il franchit la porte en bois et se retrouva dans la réserve de l'établissement. Elle était plutôt grande, et des étagères aussi hautes que larges avaient été placées un peu partout.

Très vite, il perçut des faibles sons qu'il reconnut aisément comme étant des soupires profonds mêlés de longs gémissements. La voix lui était inconnue. Il avança un peu plus dans la pièce, et alors qu'il dépassait une étagère qui gênait son champ de vision, il se figea pour quelques secondes en observant la scène mortifiante qui avait lieu devant lui.

Goku était bien là, entièrement nu et maintenu fermement contre le mur par un homme bien plus vieux qui avait fait glisser son pantalon sur ses genoux et qui se mouvait sur le yokai de manière frénétique. Sans réfléchir, Sanzo s'approcha et agrippa l'épaule de l'homme qui stoppa aussitôt ses mouvements de bassin et se retourna tout en grognant :

- « Attends ton tour ! Tu vois bien que je n'ai pas fini ! » A cet instant précis, tout devint noir dans la tête du blond. D'un coup de poing monumental, Sanzo éjecta l'étranger du corps de Goku, le faisant tomber par terre. Il ne lui laissa pas le temps de réagir, qu'il s'était déjà assis sur lui et le rouait de coups.

Submergé par la folie meurtrière qui s'était soudainement emparée de lui, il ne contrôlait plus ce qu'il faisait. Il frappait et frappait encore. Ses poings serrés le brûlaient tellement l'envie de pulvériser l'homme qui était à sa merci était intense. Il demandait du sang. Il voulait le voir saigner. Voir son visage se déformer de douleur et de peur avant de rendre son dernier souffle.

Car oui, il allait le tuer. Seul cet acte pouvait maintenant apaiser la rage démentielle qui commandait chacun de ses mouvements. Le sang se mit très vite à gicler sur le plancher et sur la robe blanche du moine et bientôt les hurlements de souffrance et de terreur de sa proie s'atténuèrent jusqu'à s'arrêter. L'homme avait sûrement perdu connaissance, mais Sanzo ne s'arrêta pas là pour autant. Il fallait qu'il ôte la vie de cette chose infâme qui avait posé ses sales mains sur le corps de Goku.

Ses poings continuaient de s'abattre fortement sur le visage baigné de sang quand tout à coup, il fut agrippé par les épaules et projeté brutalement en arrière, juste avant d'être plaqué au sol. Sanzo tremblait de fureur et il tenta de se dégager de ces mains qui le retenaient pour aller achever ce qu'il avait commencé. Il semblait avoir perdu pied avec la réalité et n'arrivait même pas à voir qui l'avait interrompu. Alors qu'il se débattait de toutes ses forces, il sentit subitement une main s'abattre violemment sur sa joue, faisant partir sa tête sur le côté.

- « Putain merde ! Sanzo, reprend-toi ! Tu es en train de le tuer ! » Le coup qu'il venait de recevoir, ainsi que la voix familière qui résonna fortement dans ses oreilles, lui fit reprendre quelque peu ses esprits. Il cessa de lutter et doucement, il sentit les mains qui l'avaient interdit de poursuivre son crime s'éloigner de lui. Il se redressa péniblement alors qu'il tremblait toujours. Ses prunelles améthystes troublées rencontrèrent finalement les rubis confuses de Gojyo.

Après un long regard échangé destiné à calmer le blond, le métis délaissa Sanzo pour aller vérifier le pouls de l'homme grièvement blessé avant d'annoncer : « Tu as de la chance, il n'est pas encore mort... Est-ce que tu peux appeler un médecin, pendant que je ramène Goku à l'auberge ? » Sanzo se releva lentement, essayant de regagner le contrôle sur lui-même, et répondit faiblement :

- « Non… Tu vas chercher un médecin et je m'occupe de Goku. » Le bonze sentit aussitôt le regard du métis devenir perplexe, mais il n'y prêta pas attention. Tout ce qu'il voulait maintenant, c'était faire sortir Goku le plus vite possible d'ici. Il s'approcha de ce dernier qui était lui aussi tombé au sol et qui ne bougeait plus. Il lui releva doucement la tête et nota de suite que le yokai sentait l'alcool à plein nez. Il avait les yeux clos et paraissait s'être endormi.

Sanzo retira sa robe de moine pour envelopper Goku dedans, puis le souleva avec une attention qui interpella le métis. Ce dernier regarda silencieusement le moine quitter la pièce avec le yokai dans les bras. Alors finalement tu ne te fous pas de lui autant que ça… Sérieusement, je n'arriverai jamais à te comprendre, Sanzo… Sur cette pensée, il partit à la recherche d'un médecin.

OOoooOO

De son côté, Sanzo s'était dépêché de rentrer à l'auberge et de monter le yokai dans sa chambre avant de le déposer sur son lit. Il le défit de la robe mouillée avec laquelle il l'avait entouré et le glissa sous les draps. Il se redressa et extirpa aussitôt une cigarette de son paquet. Il n'en avait jamais eu autant besoin qu'en ce moment précis. Alors qu'il l'allumait, il entendit la porte s'ouvrir. Gojyo était déjà revenu. Le métis s'avança dans la pièce pour déposer au pied du lit les habits de Goku qu'il avait ramené et dit sur un ton on ne peut plus grave :

« Tu t'en moques peut-être, mais le gars que tu as salement amoché est parti à l'hosto. Il est hors de danger, mais ça, je crois qu'il peut m'en être reconnaissant. Sérieux, qu'est-ce qui t'a pris ? » Révolté par la question de Gojyo, le blond hurla pratiquement :

- « Tu étais là ! Merde, tu as vu… il… sur… Goku… » Il ne trouvait pas ses mots, encore chamboulé par ce dont il avait été témoin. Gojyo fronça les sourcils d'un air furieux. Je t'avais pourtant prévenu… et tu as attendu qu'une telle chose se produise pour te soucier enfin de lui…

- « Mais ce n'était pas un viol Sanzo… Pour l'avoir vu il n'y a pas si longtemps de mes yeux, je suis pratiquement certain que Goku a volontairement branché ce type. » Sanzo foudroya Gojyo du regard et rétorqua d'une voix étonnamment stridente venant de sa part :

- « Goku n'a aucune conscience de ce qu'il fait ! » Sur cette remarque, le demi-sang crut qu'il allait en coller une au blond, mais tout était maintenant allé bien trop loin et il se dit qu'il valait mieux ne pas empirer les choses… si jamais elles pouvaient empirer… Il se contenta alors simplement de balancer froidement à Sanzo :

- « Et toi, as-tu seulement une idée de la souffrance que tu lui fais subir ? Tu es tellement borné à ne rien vouloir voir ou entendre que tu ne réalises même pas qu'il est totalement désespéré et qu'il tente certainement d'oublier sa peine par tous les moyens possibles et imaginables ! » Sanzo ne répondit rien à cette affirmation, mais baissa la tête pour dissimuler son regard sous ses mèches blondes. Il y eut ensuite un long silence, puis au bout d'un moment Sanzo demanda faiblement:

- « Comment tu nous as trouvés ? »

- « Tu ne te souviens pas ? Tu m'as foncé dedans en sortant de l'auberge à toute allure tout en marmonnant quelque chose d'incompréhensible sur Goku et vue ta tête à ce moment, j'ai décidé de te suivre. » Gojyo tourna la tête en direction de Goku avant de continuer. « Ce qui me perturbe, c'est que je suis venu vérifier plusieurs fois si Goku était dans sa chambre et à chaque fois, il dormait dans son lit. »

- « Non, Gojyo. Il te le faisait simplement croire… il avait mis son polochon sous les draps… »

- « … » Si la situation n'était pas aussi dramatique, le métis aurait pu rire des astuces de Goku pour le tromper. A la place, il secoua tristement la tête comme pour se blâmer de ne pas avoir été plus vigilant. « Ecoute, Sanzo, tu peux y aller maintenant, je vais veiller sur Goku… »

- « Non… je reste ici. » Corrigea le moine sans bouger d'un cil. Gojyo le fixa d'un air désapprobateur.

- « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée… »

- « De quoi as-tu peur ? Que je le viole ? » Questionna Sanzo sèchement alors qu'il repensait à l'accusation du métis. Ce dernier resta silencieux pour quelques secondes, sachant qu'il était allé un peu vite dans ses conclusions lors de la désastreuse partie de Mah-jong. Il finit tout de même par répondre honnêtement:

- « Non… mais peur que tu fasses encore plus de mal que tu n'as déjà fait. »

- « Je reste ici. » Insista le blond fermement, toujours sans regarder Gojyo. Celui-ci, comprenant que Sanzo ne changerait pas d'avis l'avertit simplement sur un ton résolu :

- « Très bien… Mais il vaut mieux pour toi que je ne récupère pas Goku dans un état lamentable demain matin. Et crois-moi, je n'ai jamais été aussi sérieux. » Sanzo ne répliqua rien à cette menace, laissant Gojyo trouver son chemin jusqu'à la porte. Avant d'enfermer le bonze dans la chambre de Goku, le demi-sang ajouta, une amertume profonde se lisant dans sa voix :

« Au fait, tu t'en fous également peut-être, mais par ta faute, Hakkaï a décidé de ne plus voyager avec nous… Je ne sais pas pourquoi tu t'es comporté ainsi avec eux, mais sincèrement, Goku et Hakkaï ne méritaient pas ce que tu leur as fait. »

OOOoooooOOO

Trois heures plus tard. Goku ouvrit doucement les yeux. La chambre était plongée dans l'obscurité. Il se redressa lentement tout en portant machinalement sa main à sa tête. Il avait terriblement mal au crâne, ce qui ne l'étonnait pas vraiment après la quantité impressionnante d'alcool qu'il avait bu dans la soirée, juste avant qu'il ne comprenne plus vraiment ce qu'il s'était passé.

Le type qu'il avait dragué n'était plus là. D'ailleurs, lui-même où était-t-il ? Il regarda autour de lui et se rendit finalement compte qu'il était revenu à l'auberge. Il n'en avait pourtant pas le souvenir. Il s'assit et retira le drap qui le recouvrait, s'apercevant aussitôt qu'il n'avait aucun vêtement sur lui.

Il se leva lentement et c'est à ce moment-là, alors que ses sens semblaient lui revenir peu à peu, qu'il reconnut une odeur familière, trop familière… Il fit comme s'il n'avait rien remarqué et enfila son caleçon puis son jean qu'il venait de trouver au pied de son lit avant d'élever calmement la voix tout en portant son regard vers l'un des angles de la pièce:

« On joue les voyeurs maintenant, Sanzo sama ? » L'interloqué ne répondit pas, se contentant seulement de se lever de sa chaise et de sortir de la pénombre qui l'avait dissimulée jusqu'à maintenant. Il s'avança vers la table de nuit et alluma la petite lampe qui était posée dessus. Puis il se retourna sur Goku pour le fusiller du regard.

Goku se rassit sur son lit, semblant se moquer éperdument des yeux agressifs qui le dévisageaient. Il se doutait que Sanzo savait où il avait passé une partie de la nuit. Gojyo l'avait sûrement suivi puis ramené ici. Il avait certainement dû en toucher un mot à Sanzo. Vu l'expression d'écœurement se lisant sur ce dernier, c'était pour Goku une évidence. Il sourit puis dit d'un air moqueur : « J'ai passé une bonne soirée et toi ? »

A la seconde où il eut fini de prononcer sa question, la table de nuit explosa en plusieurs morceaux sous le puissant coup de pied que venait de lui donner Sanzo. La lampe était tombée au sol mais ne s'était pas brisée. La chambre semblait plus sombre à présent mais pas assez pour ne pas pouvoir déchiffrer la fureur émanant des prunelles améthystes.

- « Combien de temps ? » Questionna Sanzo d'une voix autoritaire tout en continuant de fixer Goku droit dans les yeux. « Depuis combien de temps tu fais ça ? » Répéta-t-il, son ton un peu plus fort. Goku leva les sourcils comme pour montrer qu'il n'était pas impressionné par le moine avant de dire :

- « En quoi ça te regarde ? Tu prends bien du bon temps avec Hakkaï, je ne vois pas pourquoi je n'en ferais pas autant ! » Le blond avança de manière menaçante sur le yokai et releva aussitôt le menton de ce dernier en le prenant fermement entre ses doigts :

- « Ne joue pas à ça avec moi ! Combien de temps ? Répond ! Tout de suite ! » Sanzo nota immédiatement le changement dans les yeux de Goku qui n'avaient jamais paru aussi livides qu'en ce moment précis. Le yokai éloigna d'un geste vif la main de Sanzo et se leva subitement pour se tenir si près de ce dernier qu'il pouvait sentir son souffle sur son visage.

- « Jouer ? Mais qui joue avec qui, Sanzo ? » Alors que son regard fixait toujours celui de Goku, le moine sentit de nouveau un mauvais pressentiment naître en lui. Il tenta de le chasser en vain. Ne voulant rien faire paraître de la nervosité soudaine qu'il ressentait, il haussa la voix :

- « Il me semble que je t'ai posé une question ! »

- « Quoi ? Sanzo Sama serait-il jaloux ? Mais tu sais, cela peut s'arranger… » Sans qu'il eut le temps de réagir, Sanzo se retrouva plaqué contre le mur par Goku qui engouffra aussitôt son visage dans le cou du blond pour lécher et mordre la peau pâle avidement. Le moine était tout à fait conscient qu'en réalité le yokai était bien plus fort que lui physiquement et apparemment celui-ci avait décidé de lui faire savoir. Ne parvenant pas à repousser le corps pressé contre lui, il dit d'une voix saccadée, sa nervosité s'étant transformée en légère panique :

- « Tu… tu me répugnes… » Goku stoppa subitement son assaut mais ne relâcha pas sa prise. Il resta immobile l'espace de quelques secondes, puis releva la tête pour plonger son regard dans celui de Sanzo. Ce dernier frissonna en distinguant que la lueur tant redoutée était de retour dans les yeux d'or et il savait que cela ne présageait rien de bon. Goku délaissa un des poignets du blond pour venir caresser très légèrement, effleurant à peine du bout de ses doigts la joue douce et laiteuse de son prisonnier, tandis qu'il murmura dans un soupire :

- « Peut-être. Mais maintenant j'ai enfin une raison… une raison pour laquelle tu me détestes tant... »

- « Qu… qu'est-ce que tu racontes… » Articula difficilement Sanzo, sa gorge s'étant soudainement nouée. Goku prit alors lentement la main libérée du blond qui étrangement se laissa faire, puis la porta à sa propre joue pour la faire glisser doucement contre sa blessure avant de reprendre, une peine à présent insoutenable dans sa voix malade :

- « Tu sens… la preuve… de ta haine envers moi ? » Les doigts de Sanzo se mirent à trembler distinctement alors qu'ils frôlaient la blessure qu'ils avaient eux-mêmes engendrée. Tout ce que le blond se trouva capable de faire, fut de répondre par une autre question.

- « ... Qu'est-ce que tu cherches à la fin ? » Sans que Sanzo ne s'en rende compte, Goku avait passé son autre main derrière lui, tout en prenant garde de ne pas toucher Sanzo. Il voulait simplement s'assurer d'une chose. Quand il sentit le contact froid de l'objet qu'il cherchait, il retira sa main et affirma d'un ton résolu :

- « Seulement t'accorder ton vœu le plus cher… » Sanzo eut tout juste le temps de voir la lueur dans les yeux de Goku se faire plus intense que jamais avant de s'éteindre subitement, et avant de pouvoir comprendre ce qu'il se passait, il fut projeté violemment sur le lit par le yokai qui s'assit aussitôt sur lui.

Goku rabattit d'une main un des poignets du blond au-dessus de sa tête et plaça son autre main sur la gorge de Sanzo avant de commencer à resserrer ses doigts. D'un réflexe défensif, Sanzo réussit à extirper son revoler coincé entre ses reins et son jean avec la main libre que Goku lui avait délibérément laissé, espérant ainsi l'effrayer. Il sentit de suite la main sur sa gorge se retirer pour agripper fermement sa main armée.

Il pensait que Goku voulait lui faire lâcher son flingue, cependant, à sa grande surprise, Goku pressa de lui-même le canon sur sa poitrine nue et le fit glisser au niveau de son cœur. Troublé par ce geste, Sanzo essaya de relever le torse, mais Goku s'allongea subitement de tout son long sur lui, le maintenant ainsi fortement contre le matelas. Le Smith et Wesson était venu s'enfoncer un peu plus dans la peau du yokai.

- « Mais bordel ! C'est quoi ton pro… » La fin de la phrase de Sanzo fut étouffée par les lèvres de Goku qui s'étaient posées brusquement sur celles du blond pour les ravager sans concession. Sanzo se sentait maintenant totalement perdu. Il tenta à plusieurs reprises de tourner la tête, mais les lèvres de Goku venaient à chaque fois rattraper les siennes sauvagement.

C'est alors que Sanzo sentit des doigts quelque peu tremblants mener leur chemin lentement sur sa main pour recouvrir son index posé sur la gâchette du revolver. Au même moment, le baiser au début brutal et douloureux, devint plus doux, plus tendre, plus désespéré… Un baiser qui avait le goût d'un adieu.

Puis, de l'eau se mit à couler sur son visage… Il ouvrit subitement les yeux qu'il ne se rappelait pas avoir fermés et en rencontrant ceux de Goku, il comprit enfin ce que le yokai avait cherché en se comportant ainsi avec lui. Complètement choqué, il se pétrifia tandis que les doigts sur son index l'obligèrent à appuyer sur la gâchette, et tout ce qu'il put faire, fut de retenir son souffle…

Clic !

A suivre…


(1) Pardon… Je ne sais pas quel est le nom réel de ces petites coupes où l'on verse du sake… hum… Ca doit être nippon…

Ah… et pour cette fin de chap… et bien… beh… il… fallait s'y attendre de ma part… ne ?