Chapitre 7

Disclaimer - Tous les personnages de "Doctor Who" appartiennent à la BBC etc. etc.

Avertissement - Cette épisode se situe à la fin de la saison 4 et se déroule dans le monde parallèle.

Note de l'auteur - Si vous saviez à quel point j'ai été choquée lorsque le Docteur a laissé Rose sur cette plage en compagnie de son double. J'avais envie de le secouer comme un prunier et de lui crier "trahison!". Je sais, j'ai besoin de me faire soigner...

Une épisode en trois parties, dont vous me pardonnerez la longueur: c'est celle-là que j'avais en tête depuis le début, en commençant ma fic.


Au bord des larmes, Rose regarda l'homme qu'elle aimait de tout son être, qu'elle n'avait cessé de chercher à travers une multitude de réalités, et qui une fois retrouvé, s'apprêtait à l'abandonner là, dans ce monde qui n'était pas le sien. Il la quittait, comme il avait quitté Sarah-Jane et tant d'autres.

- Ai-je vraiment besoin de le dire? fit-il sur un ton plein de mélancolie.

Et elle sut que jamais il ne prononcerait à haute voix certains mots qu'elle espérait de lui depuis si longtemps.

Désemparée, elle se tourna alors vers l'autre homme, celui qui était physiquement semblable au Docteur, qui prétendait avoir les mêmes pensées et souvenirs que lui, et qui disait vouloir passer le restant de sa vie - de son unique vie - à ses côtés.

- Et toi, Docteur? Quelle était la fin de cette phrase?

Celui-ci se pencha vers elle et se mit à lui murmurer à l'oreille...

Les yeux de Rose s'ouvrirent dans le noir.

Inutile de consulter le réveil. Il devait être environ deux heures du matin, comme à chaque fois qu'elle se réveillait de ce rêve qui lui faisait revivre les événements d'il y a trois mois.

Le regard perdu dans l'obscurité de la chambre, Rose songea au fait que tout était fini: jamais plus elle ne le reverrait. Il était parti et l'avait laissée en arrière, seule. Enfin, pas tout à fait, mais pour elle, c'était tout comme.

Car "il" n'était pas "lui"... Pas exactement.

Lentement elle s'assit sur le lit et ramena les genoux contre la poitrine, avant d'y enfouir le visage.

Un sanglot étouffé coula de ses lèvres, brisant le silence de la nuit.


Celui que certains connaissaient sous le nom de John Smith - un nom commun pour quelqu'un qui ne l'était pas du tout - considérait gravement le problème épineux qui se posait devant lui. Car rien dans ses souvenirs qui remontaient pourtant à plus de 900 ans d'existence ne le préparait à faire face à un choix aussi difficile.

Alors... Mousse ou gel?

Après une longue hésitation, il finit par jeter son dévolu sur la mousse achetée la veille, délaissant le gel coiffant que les réclames ne cessaient d'en vanter les mérites.

Eh oui, voilà ce qui le tourmentait chaque matin depuis qu'il était devenu en partie humain: s'occuper de ses cheveux. Un Seigneur du Temps n'en avait pas besoin, lui: il suffisait de les laver, de les brosser et ils tenaient tout seuls, dans le style voulu. Une particularité exclusive des Gallifréens, qu'il regrettait au plus haut point.

Sa toilette matinale achevée, il se prépara un petit-déjeuner composé de cornflakes et de banane qu'il mangea seul. Bien obligé, puisqu'il n'y avait personne d'autre dans l'appartement qu'on lui avait attribué depuis qu'il travaillait pour Torchwood.

Il aurait voulu qu'il en soit autrement. Mais Rose ne s'était pas encore remise de la séparation avec l'autre Docteur et gardait une certaine distance entre eux. Ses cœurs, ou plutôt son cœur saignait devant son refus de s'ouvrir à lui, mais pour rien au monde il n'aurait osé la forcer à le faire, alors qu'elle ne se sentait pas prête. Il l'aimait trop pour ça.

La sonnerie de son portable retentit, interrompant le fil de ses pensées. C'était le numéro de Jackie. Il le laissa sonner un bon moment, se demandant s'il ne ferait pas mieux de jouer aux abonnés absents. Il aimait bien Jackie, seulement elle n'arrêtait pas de le presser avec des phrases du genre "Qu'est-ce que vous attendez pour faire le premier pas? Qu'une autre fin de monde vous tombe dessus?". Ah, les mères... Avec elles, c'était toujours la même histoire.

La sonnerie persista, et il dût se résoudre à décrocher le téléphone.

- Bonjour, Jackie. Que me vaut le plaisir de vous entendre de si bon matin?

Ignorant totalement le léger sarcasme qui teintait sa voix, elle lui annonça que Rose avait disparu en plein milieu de la nuit. Qu'elle avait emporté quelques affaires, mais par contre laissé son portable. De sorte qu'il était impossible de savoir où elle se trouvait, ni ce qu'elle faisait. Et elle le sommait de faire quelque chose pour remédier rapidement à la situation, sinon...

- Ne vous inquiétez pas, la rassura-t-il. Je vais vous la ramener.

- Vous savez où elle est allée?

- J'ai une petite idée, fit-il avant de raccrocher.

Il enfila à toute vitesse un costume - bleu, évidemment - et des converses d'un blanc immaculé. Puis il allait se précipiter vers la sortie lorsqu'une pensée l'arrêta dans son élan.

Il n'avait plus le Tardis! Comment allait-il se rendre en Norvège? Que faisaient les humains dans un cas pareil? Sauter dans une voiture et louer un avion? Non, ça devait plutôt être le contraire: sauter dans un avion et louer une voiture ensuite...

Ah, vivre en humain... Quelle plaie, parfois!


Darlig Ulv-Stranden. Autrement dit la Baie du Méchant Loup.

C'est là, à l'endroit où un chapitre de leurs vies s'était achevé, que le Seigneur du Temps à moitié humain retrouva Rose. Elle était debout sur la plage, ses longs cheveux blonds flottant au vent.

Lorsqu'il vint se placer silencieusement à ses côtés, elle se mit à parler sans même tourner la tête, comme si elle s'était attendue à son arrivée.

- J'ai cru devenir folle de chagrin quand j'ai été séparée de lui...

La voix de Rose sonnait creuse, et ses paroles, chargées d'une infinie tristesse, semblaient se perdre en mer, au fil des vagues.

- Deux années de séparation durant lesquelles je n'étais ni vivante ni morte... A chercher un moyen de le rejoindre à tout prix... Si le canon dimensionnel a été construit, c'est uniquement parce que Pete craignait que je ne commette quelque acte désespéré.

Il ne dit mot. Rose ne s'adressait pas à lui, pas vraiment. C'était une sorte de monologue intérieure qu'il se contenta d'écouter, son coeur se serrant à chacune de ses phrases.

- J'ai erré, allant de monde en monde. Et j'ai vu, j'ai vu une Terre en ruine, des hommes asservis par une race d'une cruauté inimaginable, des populations entières décimées par un fléau qui n'avait même pas de nom... Et les ténèbres qui s'approchaient, prêts à tout engloutir sur son passage.

Comment avait-elle fait pour tenir le coup? C'était la question qu'il se posait, surpris et peiné qu'elle ait eu à passer par tant de terribles épreuves. Sans doute parce qu'elle était Rose Tyler: simple humaine, mais aussi tellement, tellement plus. Après tout, n'avait-il pas affirmé haut et fort, devant le Diable en personne, que s'il y avait un être en qui il croyait dans tout l'Univers, c'était elle?

- Puis le miracle se produit: un miracle appelé les Daleks! Je le retrouve en pleine Tempête. Les planètes dans le ciel, la mort qui rôde partout et lui, au milieu de tout cela, il me sourit, comme si nos retrouvailles avaient plus d'importance que le désastre universel planant au-dessus de nos têtes. J'ai vraiment cru à ce moment là que je comptais réellement pour lui, que tout allait recommencer, comme avant...

Elle serra les poings et un sourire amer se dessina sur ses lèvres.

- Comment aurais-je pu savoir que ce n'était qu'une façade qu'il affichait, pour mieux me dire adieu ensuite? Une dernière symphonie qu'il m'offrait en guise de consolation, afin de me faire lâcher prise plus facilement.

Et elle ajouta d'une voix défaite, qui n'était plus qu'un simple murmure:

- Il aurait au moins dû avoir le courage de me dire en face qu'il s'était lassé de moi...

Le monde s'était écroulé autour d'elle. L'espoir était mort, et elle aussi.

Il lui adressa alors la parole, avec toute la tendresse qu'il ressentait pour elle.

- Regarde-moi, Rose.

Comme elle ne réagissait pas, il la saisit par les épaules et l'obligea à se tourner vers lui. Il retint un instant sa respiration à la vue de son visage ruisselant de larmes. La voir dans une telle détresse lui était insupportable.

- Te souviens-tu de ce que je t'ai chuchoté à l'oreille?

La fin de la phrase que l'autre Docteur avait refusé de prononcer...

- Tu m'as dit...

- Je t'ai dit...

Ils s'arrêtèrent, surpris, avant de reprendre à nouveau ensemble:

- ...Que tu avais besoin de mon amour pour vivre.

- ...Que j'avais besoin de ton amour pour vivre.