- Comment fais-tu ?

La même voix fluette. La mienne, plus fragile, plus douloureuse. Elle apparaît devant moi, mon double parfait, la peau plus blanche, crasseuse, les cheveux mal coiffés.

- Comment fais-tu pour supporter la douleur ? Demande-t-elle.

- Maintenant j'ai moins mal, explique-je.

- Pourquoi ?

- J'ai trouvé une main. Une main qui m'apaise.

- Je la veux. Je ne veux plus souffrir.

- Mais je t'ai tuée. Tu ne peux plus souffrir.

- Je ne peux pas mourir. Monseigneur me l'a interdit. Je veux ma main. Je veux que la douleur cesse.

La lumière me chatouille. J'ai bien dormi. Je cligne des yeux et le découvre en train de me regarder. Il me sourit. Je suis bien. Sa main enlève une mèche de mes cheveux, ses doigts frolent ma joue. Un autre bout de mon cœur apparaît. Il est ma main.

La voiture s'arrête au bout d'un chemin forestier. Le sol est vert, le tronc des arbres est vert, les feuilles sont vertes. Même le ciel gris au-dessus de nous semble se teinter de nuance verte. Je ris.

Edward me prend la main et nous marchons. Une bruyère ! Un tronc d'arbre ! Tout est calme. Tout est silencieux. C'est agréable.

Le soleil est haut. La forêt s'ouvre sur un cercle de fleurs. Un rayon de soleil nous accueille. Edward me regarde sourire.

Nous nous asseyons sur l'herbe. L'odeur est printanière.

- Je viens souvent seul. J'aime ce calme.

- Je te dérange, murmure-je.

Son visage se rapproche du mien. Son sourire m'apaise.

- Je voulais être ici avec toi.

Ses lèvres touchent les miennes. Naturellement. Simplement.

Mon cœur explose. Il s'ouvre. Un autre apparaît. Une belle mue. Le sang afflut. Le venin disparaît. De nouvelles émotions arrivent. Plus pures. Plus vives. Plus belles.

Je me love dans ses bras. Il me serre fort. J'y resterai pour l'éternité.

- Il va quand même falloir qu'on rentre, murmure Edward.

Je ris. C'est une connexion. Une âme sœur.

Nous rentrons tard. Encore.

Je m'endors dans la voiture.

Il m'emmène dans mon lit et s'allonge à mes côtés. Encore.

Ma tête s'enfonce dans le creux de son cou. J'ai trouvé ma place pour l'éternité.

- Je sais pourquoi je ne peux pas te tuer, le murmure-je.

- Pourquoi ?

Je ne réponds pas. Je dors.

Ce que j'aime :

Ses lèvres. Sa main. Mon cœur qui pousse.

Ce que je n'aime pas :

Tout ce qui peut m'éloigner de ce que j'aime.

- Comment as-tu fait pour ne plus avoir mal ?

Maintenant, elles sont deux devant moi. Deux clones parfaites, crasseuses et sales.

- Mon cœur a expulsé le venin. Mon côté humain est le plus fort. Et je n'ai plus mal. Je suis heureuse.

- Heureuse, répètent-elles pensive. C'est quoi être heureuse.

- C'est sourire et rire. C'est tenir la main de quelqu'un et savoir qu'on a l'éternité ensemble.

- Moi aussi, je veux une main.

- C'est possible. Il faut trouver son ame sœur, celle qui arrivera à te transformer.

- Où la trouver ?

- Je ne sais pas. Mais je sais qu'elle existe. Une pour chacune de nous trois.