Destins croisés

Destins croisés

Anthony Burgess a écrit : « La mort. L'horreurabsolue de la non-existence. La mort ne rentre dans aucun schéma. Il n'y a pas d'explication à la mort. Elle entre, elle vous arrête au milieu d'une phrase : "Non, c'est fini" et claque la porte. »

Kiki marchait aux abords du palais. Il savait parfaitement qu'il vivait là, les derniers moments calmes de sa vie. Svartr était tombé et il y en aurait sans doute d'autres. Les spectres succombaient aussi mais leur armée était bien plus grande que celle d'Asgard. Bien plus imposante et dangereuse !

Il s'arrêta un instant, contemplant le ciel. Dans chaque nuage il avait l'impression de voir Flamme ! de voir son visage ! Il reprit ses esprits lorsqu'un violent et brusque coup de vent vint lui fouetter le visage.

« Oh non ! Sigurd ! Toi aussi ! » Kiki fit volte face et commença à retourner sur ses pas. Malgré ses doutes sur la question, il lui fallait avertir Flamme. Le prévenir de la mort de Sigurd. Un coup de vent dans ses cheveux l'interpella de nouveau.

« Huit spectres ont péri Kiki. J'ai quasiment détruit tout le groupe arrivant de l'ouest. Excuse-moi auprès de la princesse et de maître Mizar… » Le vent se dissipa et Kiki se sentit perdu durant quelques instants.

« Sigurd ! Toi aussi tu as du te transformer en barrière pour stopper nos ennemis ! Quel acte courageux ! Mais tellement triste. »

Il se remit à marcher et replongea dans ses pensées. Il devait annoncer cette nouvelle à Flamme, malgré la douleur que cela engendrerait. Il s'était toujours appliqué à ne rien lui cacher. Leur histoire, si belle, reposait sur une confiance aveugle et réciproque, l'un envers l'autre.

Forêt d'Améthyste, environ un an auparavant.

Flamme et Kiki courraient l'un après l'autre au milieu de la forêt. Zigzaguant entre les arbres. Le bosquet où ils se trouvaient était quasiment dépourvu de neige au fur et à mesure de leurs passages. La végétation prédominait. De magnifiques parterres de fleurs, des fleurs aux couleurs si merveilleuses, si variées, les pétales flottant au vent, les papillons se joignant à eux pour offrir un ballet aux milles couleurs. Tout, le décor, l'ambiance, l'instant présent faisaient penser au paradis. Ils étaient tellement heureux ! Riaient si fort que l'on aurait dit deux enfants en plein jeu. Ils finirent par s'asseoir contre un arbre. Flamme s'appuya sur le torse de Kiki. Ils entrecroisèrent leurs doigts.

« Tu es heureuse avec moi Flamme ? »

« Bien sûr Kiki ! Pourquoi cette question ? »

« Non je veux dire, tu te contenteras de moi ? » Flamme se redressa, surprise ! Elle regarda Kiki, presque en colère.

« Voyons Kiki ! Qu'est ce que tu veux dire ? »

« Et bien… rien, je… »

« Ne me mens pas Kiki ! » La fureur sur le visage de Flamme fit pâlir le jeune homme.

« Et bien je me demandais si tu ne m'avais pas épousé par défaut.

Vis-à-vis de… Hagen… » Flamme gifla Kiki ! Les larmes aux yeux.

« Com… Comment oses-tu dire une chose pareille ?! Comment peux-tu oser me poser une telle question ?! Tu penses que je t'ai épousé sans amour ?? » Elle s'éloigna de Kiki.

« Non mais… Flamme… »

« Pourquoi me parles-tu de Hagen ?! Tu sais parfaitement que je ne veux pas en parler ! Pourquoi cherches-tu ainsi à me blesser Kiki ? »

« Mais Flamme. Nous sommes mariés maintenant ! Nous devons, je pense en parler. » Kiki n'obtint aucune réponse. Vexée, la jeune princesse s'était mise en retrait.

« Flamme, tu ne peux tirer un trait sur Hagen. Je le sais et je ne te demande pas de la faire, bien au contraire. Mais tu as toujours refusé de parler de lui. Comprends-moi, j'ai besoin de savoir. »

Toujours le silence en guise de réponse. Mais en regardant le mouvement de ses épaules, Kiki comprit que Flamme pleurait. Il se releva à son tour et s'approcha d'elle.

« Non ! Laisse-moi Kiki ! »

Asgard, il y a vingt ans, quelque part aux abords d'un volcan.

« Hagen ?! Hagen ?! Où es-tu? »

La jeune Flamme avançait dans un long tunnel, recouvert de glace. Elle grelottait et serrait fort sa fourrure contre elle. Elle courrait avec un sourire éclatant. Dès qu'elle pensait à Hagen son cœur s'emballait et son sourire apparaissait.

« Hagen ?! »

Comme à chaque fois il n'entendait rien. Flamme pressa encore le pas. Il y avait de moins en moins de glace. L'eau commençait à ruisseler des murs et du plafond de la grotte. Il faisait également de plus en plus chaud. Très vite la fourrure de Flamme devint gênante. Elle continuait d'avancer et l'air devenait plus lourd à chaque pas. La glace disparue, bientôt totalement. Elle arriva alors, enfin, au cœur du volcan. Tout son corps suintait de par l'extrême chaleur. Sa robe fine collait à sa peau, à son corps parfait.

« Hagen !! »

Sur une sorte de petit ilot, au centre du magma, se trouvait Hagen, en plein entraînement. De ses bras jaillissait de la glace, tentant de geler la lave. Il avait l'air tellement sérieux, tellement impassible. A chacun de ses coups la glace tenait plus longtemps. La sueur perlait également de son corps, comme l'eau d'une cascade.

« Hagen !! Tu me réponds à la fin ?! » Hagen se retourna. A la vue de la jeune femme, tout son sérieux disparut. Un grand sourire illumina son visage.

« Flamme ! » Quelques sauts et le jeune homme fut sur la berge du volcan. Il contempla la belle princesse. Qu'elle était belle. Toute timide devant lui, gênée par sa robe collée à son corps. Des gouttes de sueur glissant sur son visage. Il la prit dans ses bras et la fit tourner dans les airs.

« Cela fait longtemps que tu es ici Flamme ? Je ne t'ai pas entendu. »

« J'arrive à l'instant mais cela fait un moment que je t'appelle. »

« Je suis désolé Flamme, mais tu sais que lorsque je m'entraîne je ne fais attention à rien d'autre. Je me focalise uniquement sur cela. »

« Je sais Hagen. C'est pour cela que tu es le plus fort guerrier de tout Asgard. »

Hagen se mit à rougir. Il reposa Flamme au sol et la prit par la main. Ce fut alors au tour de la princesse de se sentir intimidée.

« Allons-nous promener. Il fait trop chaud pour toi, ici. »

Tous deux sortirent alors du volcan et prirent la direction de la forêt. En leur présence le soleil se mit à scintiller, la lumière donnant un aspect angélique à la scène. Ils rentrèrent dans les bois et le vent se mit à souffler, faisant voler leurs cheveux.

« Hagen, pourquoi t'entraines-tu autant ? »

« Et bien, afin de mériter un habit divin. »

« Mais si tu deviens un guerrier divin, tu devras alors te battre. Tu mettras ta vie en danger. »

« C'est ainsi que je conçois ma vie Flamme. Ma vie est faite pour servir Odin, Asgard et la princesse Hilda. » La jeune Flamme parut quelque peu déçue par cette réponse.

« Ma vie t'appartient Flamme. »

« Alors restes avec moi Hagen ! Passes plus de temps avec moi. »

« C'est un caprice princesse. Nous ne pouvons faire passer nos désirs avant le bien du peuple d'Asgard. » Il ne l'appelait « princesse » que lorsqu'il se moquait d'elle.

« Mais… »

« Mais un jour nous vivrons tous les deux en paix. Et nous aurons des enfants qui gambaderont dans les plaines d'Asgard ! Sous les rayons du soleil. Je fais tous ces sacrifices afin de nous offrir un monde meilleur. »

« C'est vrai Hagen ? C'est donc de cela que tu rêves ? » Flamme regardait le jeune homme avec les yeux plein d'espoir.

« Je te le promet Flamme. » Hagen leva la tête et contempla le ciel. Flamme le regardait lui. On aurait dit un prince ou un roi. Il donnait l'impression d'être invincible. Il regarda ensuite Flamme.

« Je te le promet ! »

Retour au présent.

« J'ai aimé Hagen depuis que je suis en âge de marcher. Je n'ai connu aucun autre homme dans ma vie. A sa mort je me suis résignée à vivre seule et triste le restant de ma vie. Et puis tu es arrivé. Kiki. Tu m'as redonné le sourire. Nous nous sommes rapprochés et grâce à toi je suis heureuse. Tu te rends disponible pour porter mes problèmes, mes soucis. Peu à peu une étincelle est apparue, cette étincelle s'est transformée en flamme, cette flamme en amour.

Alors oui j'aime encore Hagen et je l'aimerais toujours. Toute ma vie. Mais c'est toi mon mari. C'est toi mon époux. Je t'aime et mon amour perdurera à jamais. » La gorge serrée Flamme se retourna face à Kiki, le visage en larmes.

« Malgré toutes les années passées avec Hagen, nous n'avions jamais envisagé de nous marier. Avec toi cela a été immédiat. Comme une évidence. Je t'aime Kiki. Je t'aime de tout mon corps. Je t'aime de toute mon âme. Je t'aime de tout mon cœur. » Elle était en larmes. Ses mains posées sur son cœur, elle ne pouvait s'empêcher de sangloter. Kiki la prit dans ses bras et la serra contre lui. Lui aussi avait les larmes aux yeux.

« Merci Flamme. Merci d'avoir partagé cela avec moi. Pardonne-moi d'avoir fait remonter tout cela. Moi aussi je t'aime et je serai toujours là pour toi. Toujours. »

Dans la salle du trône à Giudecca, Hadès se tenait debout, le regard perdu. Vêtu d'une toge mauve, recouvert d'une cape noire, il semblait quelque peu désappointé.

Une jeune femme, pieds nus, à moitié nue, entra dans la salle et s'agenouilla. La peau blanche comme la neige, mais marquée de nombreuses cicatrices, les cheveux noirs comme les ténèbres. Elle dégageait une réelle beauté malgré un premier aspect repoussant.

« Majesté ? »

« Qu'y a-t-il Pandore ?!

« Le seigneur Rhadamanthe demande audience. »

« Fais le entrer. »

La jeune femme inclina la tête et sortit. Peu de temps après Rhadamanthe fit son entrée. Toujours aussi charismatique, il marquât un temps d'arrêt. Cela lui faisait le même effet à chaque fois. Se retrouver ainsi, devant ce visage ! Visage si agressif et mauvais par rapport à celui de Shun.

« Et bien Rhadamanthe ? Tu as toujours du mal à faire face au visage d'Alberich ? »

« Pardonnez ma réaction Majesté. »

« Ce n'est rien. »

« Pourquoi avoir choisi ce corps Majesté ? Si je puis me permettre cette question ? »

« Il s'agit là d'un homme qui s'est joué de ses amis avec tellement de cruauté. Il est l'homme qui a été le plus proche de se débarrasser des chevaliers de bronze. Il s'est proposé de lui-même pour servir de réceptacle à mon âme. En échange de cela je lui offrirai la Terre et l'autorisation de raser Asgard. Il méritait autant que toi, si ce n'est plus de revenir en ce monde. »

« Et je vous remercie de m'avoir de nouveau ressuscité Majesté. Je ferais tout mon possible pour vous servir, en retour. »

« Vraiment ?! » La voix du dieu avait subitement changée, se faisant plus terrifiante.

« J'aimerais comprendre pourquoi autant de surplis de mes spectres me sont revenus dans ce cas ! » Hadès marcha jusqu'à un grand rideau. Il l'écarta et Rhadamanthe vit alors plus d'une dizaine de surplis rangés en socles.

« Toute guerre a son lot de victimes Ma… »

« Cela suffit Rhadamanthe !! Je t'ai donné une nouvelle vie ! Je t'ai adjoint deux Juges encore plus puissants que Minos et Eaque ! Comment se fait-il que Flamme ne soit pas encore là ?! »

« Ces guerriers divins sont… »

« Assez ! Plus d'excuse ! Tu n'as pas réussi à vaincre les chevaliers de bronze et les chevaliers d'or il y a dix huit ans ! Ne me déçois pas encore une fois ! » Hadès s'en alla derrière le rideau.

« Et maintenant disparaît!! »

Rhadamanthe s'exécuta. Arrivé à la porte, celle-ci s'ouvrit. Pandore apparut alors. Rhadamanthe la frappât. La jeune femme fut projetée contre le mur.

« Hors de ma vue !! »

« Pardonnez-moi seigneur Rhadamanthe. » Elle sourit, de façon automatique, la bouche pleine de sang.

« Je ne le ferais plus. »

Rhadamanthe s'en alla, laissant Pandore fondre en larmes. Depuis sa trahison elle n'était plus qu'une simple esclave. Se nourrissant d'insectes ou de tout autre déchet qu'elle pouvait trouve et buvant sa propre sueur. Elle s'accrochait malgré tout à la vie, de toutes ses forces.

Au fin fond de la forêt, Bud arrivait à une cabane, il ouvrit la porte avec fracas.

« Alors ?! Que fais-tu ?! La princesse avait demandé ta présence. J'ai encore du raconter un mensonge pour te couvrir ! »

« Je sais. »

« Ne prends pas ce ton suffisant avec moi ! Tu es censé être le penchant positif de Dzêta ! Je suis ton ombre ! Et non le contraire. Syd n'aurait jamais agi ainsi de la sorte. »

« Je ne te permets pas de me faire la morale. Tu n'es pas le mieux placé pour ça. Je ne suis peut-être pas tout blanc mais il semble que toi non plus. » Bud sembla passablement énervé par cette remarque.

« Je ne m'engagerai pas sur une nouvelle polémique avec toi. Les armées d'Hadès sont là. La princesse te demande au palais, alors presses-toi. Il est temps de justifier le fait que l'armure de Syd t'ai choisi. » Bud retourna à la porte et s'arrêta sur le palier.

« Deux de nos frères sont déjà tombés ! » Il commença a fermer la porte.

« Dont Sigurd !! » La porte claqua. L'homme dans la cabane se leva et sortit à la hâte.

« Bud ! Sigurd est mort ?! »

« Hélas oui. Ainsi que Svartr. »

« Sigurd… » Il leva les yeux au ciel et vit le visage de Sigurd dans le ciel, auquel un autre vint se confondre…