Je n'ai qu'une chose à dire en ma défense : les connexions internet, quand elles ne fonctionnent pas, craignent. Avec un peu d'orage, elles craignent encore plus. Et avec un ordinateur comme le mien, elles craignent vraiment beaucoup.
Merci de votre patience, de vos lectures et de vos commentaires.
- Il a compris, Kate. Bracken sait que je suis vivant. Et il sait ce que j'ai en ma possession. Cette fois, il ne me laissera pas vivre.
Les mots résonnèrent dans sa tête comme une douleur lancinante vacillant entre ses tempes et elle ferma les yeux en fronçant les sourcils, essayant de mettre en ordre toutes les informations que Castle lui avait fournies depuis son arrivée. Leur poids ne cessait de s'accroître et dans un mouvement inversement proportionnel, les solutions qu'elle tentait de trouver fondaient comme neige au soleil. L'écrivain lui avait inspiré tant d'espoir qu'elle refusait de baisser les bras, mais ce n'était plus seulement une question de détermination. Cette situation était celle qu'elle redoutait depuis qu'elle avait découvert qui avait tué sa mère sans posséder assez de preuves pour l'arrêter.
Durant les premières années de sa recherche intrépide pour la vérité, Kate avait ignoré le reste du monde parce qu'elle n'avait rien à perdre. Sa mère était morte, son père alcoolique, elle avait cessé tout contact avec ses amis. Lorsque Jim avait abandonné la boisson, sa fille avait trouvé une infime raison de poursuivre plus calmement la justice. Lorsque Castle était entré dans sa vie, cette raison s'était alourdie, mais ne s'était pas imposée. Sans qu'elle s'en rende compte, elle était peu à peu tombée amoureuse de cet homme un peu trop puéril, un peu trop bon pour elle. Depuis, son envie de mettre Bracken derrière les barreaux s'était intensifiée, mais les risques qu'elle courrait si elle ne réussissait pas avaient également augmenté.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle un peu plus agressivement qu'elle l'aurait voulu. Tu viens te rendre ? S'il sait que tu es en vie, c'est le premier endroit qu'il va venir fouiller.
Frustrée à la fois à cause de Castle et d'elle-même, Kate se leva et se dirigea vers l'extérieur sans attendre la réaction de son partenaire. Elle avait besoin de respirer et l'air chaud de la chambre compressait sa poitrine, limitant chacune de ses pensées utiles tout en laissant un large territoire de liberté à ses inquiétudes. Elle tira le rideau et ouvrit la porte vitrée, la fraicheur de janvier la frappant comme une claque. Un frisson la traversa des orteils jusqu'au bout des doigts, faisant émerger la chair de poule sur sa peau claire.
- Tiens, avant d'attraper froid, proposa Castle en lui tendant un épais gilet de laine qu'il avait dû trouver sur un des sièges en face du lit.
Baissant les yeux vers le sol, honteuse à cause de son comportement offensif alors qu'elle était entièrement consciente qu'elle n'était pas la plus à plaindre et que Castle souffrait probablement beaucoup plus qu'elle de cette situation, elle attrapa le vêtement et l'enfila, savourant immédiatement le confort qu'il lui apporta. En se précipitant sans réfléchir vers la minuscule terrasse qui était installée le long de la chambre, elle avait oublié le froid redoutable de l'hiver.
- Bracken est un meurtrier, mais il a peur de tuer. C'est pour cette raison qu'il embauche des hommes de main plutôt que de faire le boulot lui-même. C'est un lâche.
- Un lâche qui est président, lui rappela-t-elle amèrement, devenant encore une fois la voix réaliste qui faisait mal et arrachait d'un seul coup le pansement formé par les brèves illusions qu'elle-même n'avait jamais crues. Il a tous les pouvoirs, on n'a rien. On est probablement surveillés à l'heure qu'il est. Est-ce que tu réalises à quel point c'est suicidaire d'être venu ici ?
A côté d'elle, l'écrivain laissa son regard songeur se perdre sur la jetée tout juste sortie de son osmose nocturne avec le ciel encré, l'océan rencontrant ses iris bleus silencieusement. Kate fit passer son coude sous son bras et déposa sa tête contre son épaule, se joignant à lui. Sans un mot, elle observa le cercle régulier des vagues qui roulaient le long du sable avant de repartir vers la mer, laissant à chaque fois une empreinte quasiment invisible sur le sol.
- C'était ton idée. Il y a trois jours, tu m'as appelé.
Il soupira, arrêta soudainement son récit comme s'il cherchait ses mots et qu'il était incapable de le trouver alors qu'il les avait toujours maîtrisé à merveille, bien plus facilement que n'importe qui d'autre. Kate caressa son cou du bout de son nez, ses doigts se fermant autour de sa main pour l'encourager. Elle avait découvert avec le temps qu'en dépit de son lien évident avec la parole, Castle était un être charnel. Les sollicitations les plus fructueuses ne passaient pas toujours par de longues phrases compliquées, mais par les bons gestes, les frôlements de leurs peaux qui lui assuraient de la patience selon lui nécessaire pour qu'elle puisse écouter ce qu'il avait à dire - et pas seulement l'entendre avec lassitude.
- C'est- c'est compliqué, s'expliqua-t-il en frisant le nez, son pied frottant le sol avec hésitation. Tu te souviens de ce que je t'ai dit tout à l'heure ? Après mon... départ, on ne s'est vus qu'une seule fois - ce jour-là. C'était, d'après mon père, trop dangereux. On s'est disputés de nombreuses fois à ce sujet, si tu veux tout savoir. Il servait d'intermédiaire entre nous ; c'est un fantôme, une ombre, il l'a toujours bien fait, mais j'ai toujours été un peu jaloux parce qu'il pouvait te voir alors que j'en étais incapable. Il transmettait des lettres et des photos, jusqu'à ce qu'un soir il me dise que je pouvais t'appeler. Il nous avait trouvé des téléphones sécurisés. On était censés les utiliser uniquement pour les urgences, mais l'absence omniprésente de la personne qu'on aime a tendance à rendre importantes les discussions les plus anodines sur la pluie et le beau temps.
Incapable de rester immobile, Kate lui fit tourner la tête du bout des doigts et l'embrassa au rythme des vagues, comme s'ils avaient tout le temps du monde, lui faisant oublier l'amertume qui teintait sa voix lorsqu'il parlait de ces souvenirs qu'elle n'avait pas. Pendant un bref moment, scindé par l'expiration bruyante qu'il laissa échapper lorsque sa bouche quitta la sienne, elle fut bercée dans l'illusion que peut-être, son amnésie était la meilleure chose qui lui était arrivée. Elle avait réalisé bien trop tard que Castle s'était implanté autour d'elle, en elle ; et à chaque fois qu'il partait, physiquement ou moralement, les racines de leur amour se serraient autour de son cœur. Et soudain, sans savoir comment elle était devenue dépendante de cet homme qu'elle avait tant détesté lorsqu'ils s'étaient rencontrés, elle se sentait abandonnée, lâchée au milieu d'un monde trop difficile pour elle. Bien sûr, elle savait qu'elle survivrait - elle n'avait pas vraiment le choix - mais dans quelles conditions ? Elle avait perdu sa mère, et la période qui avait suivi son assassinat lui avait fait découvrir les couloirs les plus sombres de son existence, où elle s'était réfugiée avec honte. Même maintenant, les souvenirs de cette époque la hantaient. Alors peut-être qu'il valait mieux ne pas se rappeler de l'absence de Castle. Peut-être que c'était un mal pour un bien.
- Il y a trois jours, tu m'as appelé, complètement paniquée. Tu m'as dit que Bracken savait, qu'il t'avait contactée. Tu m'as supplié de venir vous chercher, toi et Sam. Et Kate, je te connais depuis très longtemps ; tu ne supplies pas les gens. Alors j'ai pris un sac, des vêtements, et je suis venu aussi vite que j'ai pu. Mon père connaît beaucoup de gens, et je l'ai utilisé à mon avantage.
Déglutissant lentement, elle réalisa alors que tout ce dont elle l'avait accusé était en réalité le fruit de ses décisions. Une fois de plus, elle l'avait mis en danger. Mais avant qu'elle puisse s'en excuser, il reprit la parole, son regard grave ancré dans le sien.
- Tu ne te souviens vraiment de rien ? demanda-t-il et elle secoua la tête, lui retournant un regard interrogateur. Tu étais paniquée quand tu m'as appelée il y a trois jours, mais quand je t'ai eue au téléphone, quelques heures après ça, tu étais furieuse. Et je crois qu'avec cette colère, tu as fait quelque chose - quelque chose que tu n'avais pas prévu. Tu te souviens de ces preuves que j'ai trouvées, dont je t'ai parlé tout à l'heure ? Je crois que tu en as fait un dossier, bien ficelé de preuves accablantes cette fois. Et je crois que ce dossier, tu l'as dévoilé à la presse.
