Bonjours à tous et merci de votre patience ! Cela fait un peu longtemps que je n'ai pas publié sur cette fic, mais c'est car en attendant j'ai publié un OS, n'hésitez pas à y jeter un œil , hu hu.

Comme toujours, merci à vous tous qui lisez, suivez et commentez, ça me fait toujours très plaisir de recevoir des notifications sur cette fic ! J'espère que ce chapitre vous plaira également, avec l'entrée d'un nouveau personnage, suspeeens…

Je vous souhaite donc une bonne lecture, en espérant que vous ayez passer de bonnes fêtes, et profiterez d'une belle année 2016.

Merci également à toi, ma chère Kara pour avoir eu la gentillesse de venir jeter un œil par ici. Je suis très contente que les divers personnages te plaisent. Pour Midorima, il n'est bien qu'un simple docteur, il a juste des centres d'intérêts très spéciaux, ah ah ! J'espère que tu as passé de supers fêtes, et encore merci~


Septième Parchemin

Contrairement à ce à quoi il s'était attendu après leur petite escapade : les jours qui suivirent ne furent pas passés dans la peur des environs. Il se rappelait parfaitement être lui-même resté une longue semaine en réclusion après avoir quitté son terrier natale pour la première fois.

La nature sauvage, malgré la constante supervision de son père, l'avait submergé et il lui avait fallut beaucoup de temps pour s'habituer à sa puissance. Ce ne fut qu'après de longues réflexions sur ce qu'elle représentait vraiment, et les responsabilités qui lui incombaient une fois qu'il quittait la surveillance de ses parents, qu'il avait à nouveau risqué de s'y aventurer.

Les deux jeunes kitsune, eux, lui rappelaient bien plus le kitsune qu'il était devenu par la suite. Fut-ce de par leur heureuse rencontre avec Kuroko durant leur escapade, ou par simple force de caractère, ils n'avaient aucun problème à s'enfoncer sous le couvert des arbres durant la journée. Leur témérité forçait Nijimura à les rappeler à l'ordre régulièrement, pour les voir s'éloigner à nouveau dès qu'autre chose éveillait leur curiosité.

Le manège ne dura pas très longtemps avant qu'il ne cherche à y mettre un terme.

Ils voulaient croire que tout ce qu'ils trouveraient dans ces bois ne seraient que des petits esprits joueurs de tour ? Soit. Mais il ne les laisserait pas partir avant d'être certain qu'ils pourraient faire face à ce qu'il savait se trouver réellement dans la montagne.

Il leur ordonna d'approcher, et ils s'y plièrent avec une docilité plus qu'agréable. Il les passa en revue d'un œil critique quand ils se stoppèrent face à lui et, une main sur la hanche, leur demanda sèchement :

« Qu'est-ce que vous savez faire au juste, pour vous défendre ? » Les regards jetés sur sa personne auraient suffi à faire se remettre en question l'empereur lui-même. C'était là une des prouesses bien effrayantes de l'enfance.

Sa main quitta sa hanche pour aller se reposer contre sa nuque un bref instant, aussi brièvement que ses épaules s'affaissèrent. Il se ressaisit :

« Est-ce que vous savez utiliser vos pouvoirs de kitsune ?

— Evidemment ! S'exclama Bokushi après une courte, mais bien réelle hésitation, et vraiment cela voulait tout dire.

— Donc on commence par les bases. Je suppose que le combat au corps à corps n'est pas mieux, et il prit le grognement discret pour un 'oui' , commençons par le spirituel alors. »

Nijimura leur expliqua patiemment les bases de leurs pouvoirs, préférant commencer par les origines. Il leur répéta alors ce qu'il avait lu dans de vieux parchemins quand il n'était qu'un peu plus âgé qu'eux. Comment un jour, il y a si longtemps que seuls les Dieux pouvaient en témoigner, un vieux renard avait accumulé assez de sagesse auprès des moines du temple où il résidait humblement pour obtenir des pouvoirs le rapprochant d'une semi-divinité.

Les moines prirent cet évènement pour un véritable miracle, un cadeau des Dieux qui les félicitaient pour leur bonté auprès de l'animal qui, selon la rumeur, aurait vécu près d'un siècle. Le temple fut alors dédié à l'animal qui fut traité comme l'égal des divinités et les renards gagnèrent plus de respect dans le cœur des hommes. Par la suite, les cas de renards franchissant le pas entre animal et youkai se firent plus nombreux dans les écrits.

Bien entendu, le phénomène restait rare, ne serait-ce que parce que l'espérance de vie d'un renard est naturellement courte. Aussi les premières progénitures de kitsune ne virent le jour que bien plus tard et on constata qu'une grande partie de la sagesse portée par les parents était léguée à leurs enfants. Les kitsune cessèrent alors de se reposer sur une vie animale sainte pour multiplier leurs rangs et les grandes familles furent créées.

Il précisa ensuite que l'étendue des pouvoirs et, souvent, l'âge d'un kitsune pouvaient être déterminées par son nombre de queues, bien qu'ils le savaient déjà. Bokushi ne pu retenir une remarque désobligeante quant à son apparente infériorité. Il est vrai que le brun n'avait que trois queues, une de moins que les petits démons, mais c'est bien pour cela qu'il voulait voir ce dont ils étaient capables.

En effet, ce qu'il ne précisa pas c'était qu'il n'avait jamais vu un kitsune naître avec autant de queues, ou en développer autant en si peu de temps. Le peu de théories jamais formulées voulaient que les pouvoirs d'un kitsune se développent généralement à raison d'une queue par siècle, et il refusait de croire qu'ils puissent être plus âgés que lui. Perte de mémoire ou non.

« Comme le souligne le nom, c'est un pouvoir 'spirituel' qui est donc lié à votre propre esprit. Il n'y a pas de recette secrète pour permettre à tout le monde de les utiliser, ça dépend beaucoup de vous.

— Donc tu es inutile.

Donc je pourrai vous guider vers les étapes les plus importantes. Tout d'abord, n'oubliez pas que ce sont des illusions : vous voulez projeter ce que vous imaginez dans le monde réel. Alors vous avez besoin de toute votre concentration. Premièrement, vous visualisez bien ce que vous voulez créer ; vous pouvez fermer les yeux si ça vous y aide. Ensuite vous avez besoin de trouver un réceptacle, c'est ce que vous allez changer. »

Bien que Bokushi avait déclaré savoir comment s'y prendre, Nijimura remarqua non sans satisfaction qu'il le laissait sagement continuer ses explications. Sachant que le lui faire remarquer chasserait le silence reposant, il s'efforça à continuer comme si de rien n'était :

« Certains kitsune très puissants peuvent modifier des lieux entiers, mais plus un objet est petit plus c'est simple. J'aurais bien commencé avec les classiques, mais ça sera pour le printemps. »

Un fin sourire gagna ses lèvres alors que le sourire identique de son père lui revenait en mémoire, toujours aussi familier malgré les siècles écoulés. Pendant ses jeunes années, ce fut son père qui lui enseigna tout ce qu'il savait, lui montrant comment transformer une feuille d'arbre coincée entre son index et son majeur. Il avait été le seul à pouvoir profiter de ces moments. Lorsque ses jeunes frères et sœurs furent en âge de contrôler leurs pouvoirs, leur père était bien trop malade pour leur faire suivre le même enseignement. La tâche était alors retombée sur lui, le fils aîné.

Il n'en avait pas eu le choix.

Il secoua doucement la tête pour se débarrasser de ces nouveaux souvenirs moins agréables et se pencha pour ramasser trois petites pierres qui faisaient tâche dans le sable fin de la cour. Le brun ne prit pas la peine d'expliquer son moment de silence et jeta une pierre à chaque enfant, gardant la troisième entre son pouce et son indexe.

« Pour appliquer votre illusion à un objet, il faut que votre énergie spirituelle puisse entrer en contact avec l'objet en question. Le plus simple c'est de toucher l'objet directement, mais avec le temps vous pourrez vous projeter sur de bonnes distances. Pour la suite… c'est quelques chose que vous sentirez avec vos trippes. Pensez que vous essayer d'appliquer une petite partie de vous à quelque chose d'extérieur. »

Il eut tout juste finit ses mots que la pierre avait déjà pris la forme d'un pinceau identique à ceux utilisés quelques jours plus tôt pour redécorer la chambre des enfants. Oreshi laissa un petit 'oh' admiratif quitter ses lèvres, Bokushi lui avait plutôt l'air renfrogné.

« C'est complètement inutile, qui utiliserait un pinceau pour se défendre ?

— C'est un exemple. Nijimura se retint de lever les yeux au ciel et ajouta en défit, tu n'as qu'à essayer.

— Ne me sous-estime pas, Shuuzou ! »

Les petites mains se refermèrent autour de la pierre avec violence, si bien que les deux spectateurs ne purent retenir une grimace de douleur en imaginant les angles de la pierre contre la peau fragile. Le kitsune, lui, n'en avait rien à faire, ou ne le montra aucunement. Il ferma les yeux et se concentra quelques secondes. Puis rouvrit les yeux pour brandir une pierre identique sous le nez de Nijimura.

Malgré tout ce qu'on avait pu dire sur l'importance du contrôle auprès des enfants, il n'y avait vraiment rien qui aurait pu empêcher Nijimura d'éclater de rire à cet instant précis. Pas plus qu'il ne pu se retenir de penser qu'il était presque mignon quand les rougeurs s'emparèrent du visage si sérieux de Bokushi. Il entendit même un petit ricanement de la part d'Oreshi, rapidement étouffé dans sa manche. Il était de plus en plus difficile de différencier la chevelure rousse du visage brûlant de honte.

« Les illusions ne servent à rien de toute façon. Ce qu'il faut c'est de la vraie force. » Marmonna Bokushi en fixant ses pieds.

Il allait lever un regard défiant vers Nijimura mais fut arrêté par une large main ébouriffant les mèches de cheveux entre ses oreilles. Il y avait décidément bien des choses que Nijimura n'avait pas pu s'empêcher de faire ce jour-là. La tête rousse ne fut pas très longue à plonger pour lui échapper.

« Ne crois pas que ce sont de simples illusions comme celles de Kuroko. Kuroko ne peut créer que des images et si tu essayais de les toucher, tu passerais au travers. Ce ne sont rien de plus que des création liées aux émotions, la peur principalement. Celles des kitsune sont sur un plan physique, nos pouvoirs leur donne une consistance bien réelle. Il le prouva en mettant le pinceau précédemment créé dans la main de Bokushi.

— Dans ce cas pourquoi vivre dans ce taudis ?

— Car ces illusions requièrent beaucoup d'énergie et de concentration. Et elles sont fragiles aussi. » Bien qu'il n'en reçut pas l'instruction, Bokushi tenta de casser le manche du pinceau entre ses deux mains. Le bois céda facilement et ce fut une pierre tout ce qu'il y a de plus banal qui retomba au sol dans un nuage de fumée noire.

« Voit ça comme un enseignement divin sur l'importance du dur travail ou un encouragement à surpasser ses aînés, mais je n'ai jamais entendu que des légendes sur des kitsune aux pouvoirs infinis. »

Une nouvelle lueur prit possession du regard hétérochrome et Nijimura sut qu'il avait choisi la seconde option. Il sentit quelque chose tirer sur la manche de sa veste et se retourna vers Oreshi.

« On peut jouer au Shogi maintenant ?

— Allez-y. Je suppose que nous travaillerons sur le kitsune-bi une autre fois. Le commentaire sut garder leur attention plus longtemps.

— Qu'est-ce que c'est, Nijimura-san ?

— Oh, juste quelques sphères d'énergies pures, des boules de feu si vous préférez.

— On peut faire ça maintenant, non ?! Allez, Shuuzou ! Les yeux de Bokushi brillaient bien entendu de milles feux.

— Tu pourrais au moins demander poliment. Et je suis trop fatigué aujourd'hui. Il approcha sa main de sa bouche pour simuler un bayement.

— Pathétique. » Lança Bokushi avant de se saisir de la main d'Oreshi et de l'emmener vers le temple. Il l'entendit dire au second que Nijimura se faisait vieux et faible et qu'ils devaient se préparer à le protéger à l'avenir, mais il n'avait vraiment pas la tête à corriger son âge.

Oreshi se retourna vers lui avec un fin sourire désolé pour rapidement lui tourner de nouveau le dos et courir vers le plateau de jeu. Il étaient rapidement devenus des adversaires compétents et il avait hâte de voir les progrès qu'ils pourraient faire avec un tuteur compétent. Mais il n'allait pas non plus se plaindre de l'absence de Midorima.

Son regard s'arrêta dans le dos de Bokushi un instant. L'enfant n'avait pas pu effectuer la transformation, sans doute avait-il viser un peu plus haut qu'il ne l'aurait dû, mais il en avait bel et bien l'étoffe. Il ne pouvait oublier la masse de pouvoir qui s'était dégagée de lui, telle une aura digne de youkai destructeurs, presque palpable.

Il serra sa main droite en un poing pour en réduire les fins tremblements. Leur pouvoir se révélerait être ridiculement puissant s'ils arrivaient à le contrôler, cela ne faisait plus aucun doute.

Il repensa amèrement aux mots de Bokushi. Ils avaient bel et bien plus de pouvoir que lui, il devait l'admettre.

Bien entendu, il ne leur fit pas part de ce commentaire et profita de leur difficulté à utiliser leur force pour maintenir un semblant de supériorité. Il avait déjà bien du mal à se faire écouter de Bokushi comme tel et n'avait pas besoin de lui fournir davantage d'excuses. Aussi il décréta qu'ils ne pourraient pas s'éloigner seuls du temple tant qu'ils ne seraient pas capables d'utiliser leurs illusions comme moyen de défense. Cela suffit à tenir les deux kitsune à carreau et il apprit à ne jamais sous-estimer leur esprit de compétition.

Avec ce nouvel enjeu, il n'était pas rare que son attention soit requise – et exigée – par les kitsune en herbe. Mais ils mettaient un point d'honneur à parfaire leur technique par eux-mêmes et lui laissaient de nombreuses occasions de s'offrir un peu de temps seul. Nijimura s'attendait à ce qu'ils profitent de ces moments d'absence pour s'aventurer plus loin que permis, mais en vérité ils passaient leur temps à l'intérieur, le plus souvent à élaborer des tactiques de Shogi.

Nijimura revenait d'une promenade dans les bois peu après-midi – il avait profité de la chaleur de mi journée pour se dégourdir les jambes. Il trouva rapidement Bokushi qui tentait d'attraper un insecte précoce et resta avec lui, assit sur le couloir extérieur de la bâtisse.

Oreshi allait les rejoindre quand il perçut une quatrième présence à l'entrée du temple. Les signes ne furent perçus que vaguement par ses sens, purement par instinct, et il ne s'en rendit vraiment compte que lorsqu'il se tourna vers les portes d'entrée.

Se projetant contre la porte en contre-jour, l'ombre du nouveau venu apparaissait aussi grande que fuyante. Il ne pouvait discerner qu'une forme humanoïde et des cheveux en pagaille. La promesse d'un certain bleuté lui revint aussitôt à l'esprit et dissipa tous ses doutes. L'enfant se précipita à la porte pour voir l'ombre disparaître devant ses yeux, comme emportée par le vent.

Il fit tout de même coulisser la porte et ce n'est que mi étonné qu'il regarda droit vers les escaliers menant au temple. Il n'y avait plus personne, mais la présence était encore là : un frisson le long de son échine le lui assurait.

« Kuroko-san ? » Questionna-t-il vaguement dans le vent. Vent qui ne soufflait pas quelques secondes auparavant. Il releva distraitement une odeur de brûlé, pour l'oublier au son d'une voix étrangère dans son dos.

« C'est quoi c' bordel ? »

Oreshi se retourna d'un bond et parcouru l'étranger des yeux. Dans un effort de noter tout possible mouvement offensif il gravit la forme dans son esprit. Une stature légèrement plus petite que celle de Nijimura, des cheveux longs désordonnés d'un gris qui tranchait avec la jeunesse de ses traits, un rouleau de papier fumant entre les lèvres et des clous à ses oreilles. Mais surtout, des yeux acérés hantés par l'incompréhension et la colère.

« Depuis quand… ? Commença l'étranger de sa voix grave avant de répéter un, c'est quoi c' bordel…

— Yo, Haizaki. »

Ils se retournèrent d'un même mouvement vers Nijimura, la présence de Bokushi à ses côtés trahie par l'ample mouvement de ses queues dans son dos. Le dénommé Haizaki se figea en constatant la présence du second enfant et Oreshi en profita pour le dépasser et rejoindre le brun.

« Nijimura-san, un satyre s'est introduit à l'intérieur. » Se plaignit-il de sa voix la plus convaincante en cachant son visage contre le bas de la veste sombre du kitsune. Une fois la surprise du comportement inattendu passée, les lèvres de l'adulte se courbèrent vers le haut. Un rire tonna dans sa gorge, interrompu par la voix rauque et légèrement tremblante de son vieil ami.

« Oi Nijimura, il s' passe quoi exactement ? Depuis quand t' joues les baby-sitters ?

— Et depuis quand tu t'introduis chez moi, hein ? La voix glaciale du brun suffit à faire reculer l'intrus d'un pas.

— Depuis que t' ramènes pas ton cul en plus d'un mois. »

Un mois. Déjà. Nijimura avait rarement fait si peu attention à la succession des jours. Habituellement il allait régulièrement vérifier que Haizaki ne se plonge pas jusqu'au cou dans des ennuis trop grands pour lui. La présence des enfants ne lui avait plus laissé la liberté de s'éloigner autant. Ils avaient beau être sages, il ne pouvait tout simplement pas se permettre de laisser des youkai approcher l'endroit en son absence.

L'idée que le grisé vienne à sa rencontre pour avoir des nouvelles ne lui avait jamais traversé l'esprit. Mais plus important :

« On ne t'a jamais appris à ne pas jurer devant des enfants ? Et je t'ai déjà dit de ne pas fumer à l'intérieur. » Châtia-t-il, puis il regarda Haizaki se tordre en deux, berçant son estomac douloureux entre ses mains : point d'impacte du courroux de Nijimura, pendant que ce dernier pliait la cigarette volée et la jetait à l'extérieur.

Les deux enfants en question ne relevèrent pas le sous-entendu quant à leur soi-disant fragilité, trop occupés à observer avec satisfaction la souffrance inscrite sur le visage de l'intrus.

Qu'elle ne fut par leur déception en entendant le brun inviter cet Haizaki à prendre une tasse de thé. Il tenta bien de se défiler, malheureusement vite ramené à l'ordre par un regard de Nijimura. Oreshi et Bokushi ne trouvèrent pas le courage de les suivre immédiatement. Ils échangèrent un long regard et se demandèrent s'ils avaient jamais vu Nijimura insister pour que quelqu'un profite de son hospitalité.

La réponse était non. Et tout aussi rapidement que cela, le nouveau venu était devenu un ennemi, ou plutôt une nuisance, à éliminer au plus vite.

Sous leurs yeux effarés, les deux adultes s'installèrent dans la pièce principale, à l'endroit où Nijimura installait habituellement ses invités : vers les portes donnant sur l'extérieur, et donc le feu se consumant de l'autre côté. Ce dernier demanda à Oreshi de l'aider avec la préparation du thé mais changea vite d'avis en constatant sa mine renfrognée. Les deux jeunes kitsune auraient presque admiré sa capacité à faire comme si de rien n'était.

« Et donc, j' peux savoir pourquoi j'ai pas été invité au mariage ? Sérieux, t' sais combien d' temps j'ai attendu que tu t' trouve une copine pour te la piquer ?

— Justement, tu crois que je te le dirais, hein ? Crétin. Nijimura leva les yeux au ciel avant de daigner le corriger. Et ce ne sont pas mes gosses, ils sont là en tant qu'invités à long terme. »

Cette fois ce furent les jeunes kitsune qui levèrent les yeux au ciel à l'improvisation du brun depuis leur point d'observation en retrait. Le pire c'était qu'il en semblait fier.

« De la famille éloignée ?

— Tu as vraiment besoin de poser la question ? L'ennui de Nijimura se faisait de plus en plus évident à chaque question, ce qui n'était pas sans plaire aux deux rouquins.

— Si t' lâchais le morceau ça irait mieux ! Me prend pas pour un con, t'as jamais été un hôte exemplaire, alors des gosses ?! Ah ! Me fais pas rire. »

Nijimura n'eut pas le temps de le réprimander sur son langage qu'un bol habituellement rangé à l'autre bout de la pièce volait déjà droit vers le visage de Haizaki. Il le rattrapa par réflexe, laissant Bokushi claquer sa langue contre son palais avec mécontentement. Le regard sombre du grisé fut rapidement sur l'enfant.

« C' quoi ton problème, petit merdeux ?!

— Laisse les enfants s'amuser, tu veux ? » L'interrompit Nijimura avant qu'il ne se lève pour obtenir vengeance.

Bien entendu, le surnom employé ne fit qu'envenimer les choses du côté des kitsune dont le poil se hérissait de colère. Ils restèrent tout de même à leur place, à fusiller le grisé du regard.

Nijimura profita du semblant de calme instauré pour enfin donner plus de détails sur la situation. Préférant ne pas encourager d'autres attaques sournoises, il ne parla pas de l'amnésie des miraculés (ce n'était pas comme si Haizaki pourrait arranger la situation de toute façon) et contrait patiemment les revendications de ces derniers quant à leurs droits sur le temple.

Plus boudeurs que compréhensifs après qu'il ait de nouveau insisté sur la présence de Haizaki, les kitsune furent tout juste assez silencieux pour le laisser aborder d'autres sujets. Principalement concernant les dernières péripéties de leur invité. A leur air ennuyé il était évident qu'ils n'écoutaient l'échange que pour pouvoir diriger des piques à l'encontre de Haizaki, et justement, ils étaient loin de s'en priver.

Il avait pu vérifier l'essentiel. Non, sa vie n'était pas encore menacée par un noble qu'il aurait frotté dans le mauvais sens du poil, et oui, il n'avait pas commis de crime assez gros pour s'en vanter pendant encore plusieurs semaines. Mais il y avait une limite à ce qu'il pouvait ignorer et une énième remarque sur l'inutilité de l'existence de son invité suivit par l'affirmation qu'ils auraient fait cent fois mieux face à la situation sut placer le comportement des renardeaux au sommet de la pile de mystères à élucider.

Nijimura ne pouvait pas leur faire des remontrances puisque la majorité de ce qu'ils disaient, en plus de l'amuser, était tout à fait conforme au caractère de leur cible. Tout ce qu'il voulait c'était savoir d'où venait cette nouvelle attitude qui se rapprochait étrangement de ce qu'il devait en temps normal subir d'un Bokushi mal luné.

Sa main se saisit aveuglément de la manche d'Oreshi venu spécialement jeter un regard courroucé à Haizaki après une remarque très mature du grisé sur la distance qu'ils conservaient malgré leurs attaques verbales. Il constata une fois de plus la facilité déconcertante avec laquelle il s'était emparé du tissu beaucoup trop ample et perdit de vue toutes ses intentions quand une idée lui vint soudain.

« Finalement, tu pourrais bien te rendre utile, Haizaki. »

La façon dont les trois autres s'accordèrent soudain sur l'horreur du sous-entendu fut des plus comiques. Seulement Haizaki le connaissait trop bien pour conserver un silence renfrogné plus longtemps.

« J'ai aucune envie d' me rendre utile, merci.

— Ne sois pas comme ça, Haizaki. Tu vas pas me dire que tu passerais une occasion de rendre tes aînés fiers, hm ? » Malgré le ton doucereux employé, la menace était évidente au fond des iris acier et Oreshi se fit un plaisir d'envoyer son air le plus railleur vers Haizaki.

Ce dernier eut un soupir vaincu et se reposa sur ses mains dans son dos pour fixer le plafond avec tout son mécontentement. Il prit le temps de sortir une nouvelle cigarette de l'intérieur de son kimono et la plaça entre ses lèvres, puis marmonna à Nijimura de dire ce qu'il avait derrière la tête, à peine assez fort pour être tangible.

« Comme tu peux le voir, on a besoin de vêtements taille enfant, mais ils ne peuvent pas encore cacher leur identité. Donc tu y iras à notre place.

— Ils ne peuvent même pas faire ça ? Tu as vraiment récupérer des chats de gouttière inutiles, Nijimura ! Lança mauvaisement Haizaki qui se contenta de rire quand Bokushi était intercepté par le brun avant de pouvoir essayer de lui arracher les yeux avec une tasse vide.

— Je ne vois pas en quoi cet énergumène peut nous être d'une quelconque utilité, Nijimura-san. Le froncement élégant des sourcils fut vite réfléchit sur le visage du second rouquin et Nijimura indiqua Haizaki d'un ample mouvement du bras.

— Montre leur. » Fut tout ce qu'il eut à dire pour que la cigarette éteinte se retrouve balancée sur un sourire tordu.

Ce sourire fut ensuite la seule chose restant intacte au milieu d'un corps informe de fumée, assez opaque pour venir de l'incendie d'une maison, mais trop claire pour être naturelle. Petit à petit, les volutes de fumées se déplacèrent, semblant s'organiser dans une logique qui échappait aux deux kitsune. Puis un nouveau visage finit par prendre forme autour du sourire moqueur et sans qu'ils ne s'en rendent compte ils reculèrent d'un pas.

Face à eux se trouvait un enfant étrangement semblable à eux-mêmes. La taille, la corpulence et les traits de son visage étaient identiques aux leurs, jusqu'à la forme légèrement relevée des cils à l'extérieur de l'œil. Il avait opté pour la figure d'Oreshi en particulier et les toisait donc de deux yeux rougeoyant habités de bien plus de malice que le modèle original.

« Ah, on dirait qu'ils ont oublié comment utiliser leur langue de serpent. » Se moqua la réplique avec la voix adulte de Haizaki, rendant la scène plus dérangeante encore.

La pique sut au moins remettre leurs méninges en marche et ils commencèrent à alterner des regards entre la copie et Nijimura. Le brun pouvait déjà les voir faire des connections inutiles avec ce qu'il leur avait enseigné il y a quelques jours et n'attendit pas plus pour les explications :

« Haizaki n'est pas un kitsune mais un autre type de youkai. Nous pouvons créer un peu tout ce que nous voulons, lui ne peut altérer que son apparence et doit copier quelque chose de déjà existant. »

La comparaison et l'air supérieur soudain prit par les jeunes kitsune furent loin de plaire à Haizaki et il alla allumer sa cigarette en preuve de son mécontentement.

« Youkai fumée, parfois Enenra, c'est comme ça qu'on appel mon espèce. Mais assez déconné. J'ai mieux à faire, trouve toi un autre pigeon, Nijimura. » Il reprit lentement son apparence première tout en parlant, la fumée de la cigarette se mélangeant à la sienne dans une étrange danse.

Ce fut tout naturellement que le bras de Nijimura trouva son chemin autour du cou fraichement reformé, y exerçant une prise aussi effrayante que le sourire du renard.

« Je te rappelle qu'il y a un certain chat qui cherche toujours à mettre la patte sur toi, et il se trouve que je connais toutes tes cachettes. Alors, marché conclu ?

— … Marché conclu. » Céda-t-il après une courte hésitation. Nijimura avait déjà vendu un de ses refuges après tout. Il avait accusé l'alcool et son pouvoir à délier les langues, mais l'accident avait été bien trop proche d'une de leurs nombreuses prises de bec pour que l'excuse soit crédible.

Lorsque Nijimura relâcha enfin sa prise sur lui, Haizaki fut rapide à prendre congé, cette fois presque reconnaissant des pressions des deux teignes pour le mettre à la porte. Le kitsune adulte plaça une bourse dans sa main et il y jeta un œil, arquant un sourcil devant le nombre de bijoux ornés de pierres semi précieuses.

« Ne joue pas les radins et prends de la qualité, tu veux ?

— Je suis pas radin quand c'est toi qui paie.

— Maintenant que j'y pense, tu pourrais acheter quelques bols et couvets ? Des pots aussi, ce serait pas si mal d'égayer un peu l'endroit avec le printemps et tout ça. Oh et ça fait un moment que je veux une nouvelle théière. »

Seul le sourire allongé, preuve qu'il se moquait de lui, empêcha Haizaki de lui jeter toutes les insultes qui lui venaient à l'esprit. A la place il se dépêcha de tourner talon en lui remettant sa monnaie entre les mains. Monnaie qui lui fut rendue lorsqu'il avait descendu la moitié des marches sous la forme d'une putain de pierre qui venait de laisser l'empreinte d'un cratère à l'arrière de son crâne.

Et il disparu dans une volute d'insultes, aussi bien dirigées aux rires enfantins qu'aux explications platoniques du brun à ses élèves sur la transformation des masses.