Joyeuse veillée de Noël (et bonne fête à toutes celles qui, comme moi, s'appellent Adèle ahah, sait-on jamais s'il y en a une qui passe par ici) :D Voici une petite histoire pour célébrer ça : un AU dans notre monde sur ce thème-là, où Killian et Emma sont ce qu'on pourrait appeler des « sex friends ».

Je vous avoue qu'au fur et à mesure que l'histoire avançait, j'étais de moins en moins inspirée pour la terminer, mais je ne voulais pas la laisser non finie donc voilà, désolée si vous la sentez un peu « bâclée » (parce que clairement elle l'est).

En tout cas à part ça j'espère que vous allez passer de très belles fêtes ce soir et demain, pleines de bonheur ! Et au passage, les paroles utilisées au début son celles de la chanson Christmas Eve with You de Glee.


Let it snow, let it snow, let it snow, let it snow
Don't care it's cold outside
Let it snow, let it snow, let it snow, let it snow
I'll keep you warm tonight

[…]

And all that I want is Christmas Eve with you.

– Tu es sûre de ne pas vouloir rester pour dîner ? Je pourrais nous faire livrer des grilled cheese pour l'occasion, et on n'aurait même pas besoin de quitter la chambre de toute la soirée…

Emma, qui était en train de se rhabiller, boutonnant avec difficulté sa chemise dans la précipitation de ses gestes et l'obscurité de la pièce, se tourna vers l'homme qui venait de parler. Assis au milieu du grand lit qui était le sien, ce dernier la dévisageait avec un regard suggestif, l'un de ses sourcils relevé en questionnement et un sourire malicieux au bord des lèvres. Les couvertures ne cachaient que la partie basse de son corps nu, laissant son torse entièrement à découvert.

Et même si la jeune femme avait beau le connaître par cœur – en effet, Killian et elle étaient ce qu'ils nommaient eux-même « collègues avec bénéfices » depuis un certain temps à présent -, elle avait du mal à s'imaginer qu'un jour elle réussirait à s'habituer à la perfection de celui-ci, et à la façon dont le brun savait tout aussi parfaitement s'en servir pour la faire succomber.

Elle ne s'en lassait pas.

Ses joues s'empourprèrent légèrement à la pensée de l'après-midi qu'ils venaient de passer sur ce même matelas, ses yeux dévorant littéralement son amant alors qu'elle se mordillait la lèvre sans même se rendre compte de son geste, avant d'être ramenée à la raison par la voix du jeune homme, justement, qui l'interpella à nouveau de son petit accent d'anglais expatrié aux États-Unis qui ne faisait que rajouter un peu plus à son charme naturel. Il avait beau apprécier l'effet qu'il lui faisait, il lui avait demandé quelque chose, et aimerait bien qu'elle lui réponde avant que le livreur du coin ne ferme pour les fêtes, si elle acceptait sa proposition.

– Swan ? prononça-t-il donc son nom.

Elle releva enfin la tête pour lui faire face, bien que toutefois incapable de le regarder dans ses irises océan, une nervosité nouvelle venue s'emparer de son être maintenant qu'elle avait retrouvé ses esprits et réalisait l'impact de la question qui venait de lui être posée. A la recherche d'une vaine excuse, elle commença à répliquer d'un ton peu assuré :

– C'est gentil, mais… non, désolée. J'ai des choses importantes à faire pour le travail, et…

– Le travail peut bien attendre, insista gentiment l'autre en la coupant dans ses paroles. La plupart des gens ne travaillent pas ce soir, et je suis sûr que David ne t'en voudra pas d'avoir laissé traîner un jour de plus ce que tu as à faire. Le monde ne va pas s'écrouler à cause de ça.

La blonde ouvrit la bouche en retour, mais ne trouva rien à contester. Killian avait raison, leur patron ne lui en voudrait pas de prendre du temps pour elle. Au contraire, même – il serait sûrement heureux d'apprendre qu'elle n'avait pas passé les fêtes de fin d'année toute seule, pour une fois, elle qui refusait toujours leurs invitations, à lui et son adorable femme.

(Et qui, comme elle l'avait justement fait plus tôt dans la journée en entraînant son collègue avec elle hors du bureau en lui faisant comprendre qu'elle avait envie de lui maintenant, loin d'ici, trouvait toujours un moyen ou un autre pour s'enfuir discrètement au moment du pot offert à tous les employés pour cette occasion, accompagné de l'offre des cadeaux du Père Noël Secret de la boîte, laissant la charge de donner le sien à quelqu'un d'autre – Elsa, souvent – de sa part.)

Malgré tout, elle ne pouvait pas dire oui à l'anglais. Si elle restait, si elle ne s'en allait pas comme d'habitude après leur (certes, bon) moment de sexe, elle enfreindrait toutes ses règles auxquelles elle comptait bien se tenir. Cette demande sonnait bien trop comme un rendez-vous, pour elle.

Un rendez-vous le soir de la veillée de Noël, qui plus est.

Même si elle savait que tout comme elle, le brun avait arrêté de le célébrer depuis bien longtemps. L'un comme l'autre n'avait pas vraiment de famille, alors à quoi bon ? Du moins, lui avait encore son frère, mais, en tant que capitaine dans la marine, il n'était pas souvent présent, pas même à cette période de l'année – les repos étaient accordés aux membres avec une famille en priorité.

(Et un cadet de trente ans qui vivait sans personne d'autre ne faisait apparemment pas le poids contre une femme et/ou des enfants.)

On ne pouvait donc pas dire que le concept de la famille était ce qu'ils connaissaient le mieux, tous les deux. Surtout pas Emma, qui elle avait été abandonnée à la naissance (sur un bord de route, en plus…) et avait passé toute son enfance transportée d'orphelinats en familles d'accueil sans jamais tomber sur quelqu'un qui voudrait réellement d'elle, pour toujours.

C'est pourquoi après une longue minute d'un lourd silence pesant, elle murmura seulement, en évitant toujours les prunelles de son vis-à-vis, qui la contemplait avec tout l'espoir du monde concentré dans le bleu de ses irises :

– Je… désolée…

Puis, sans rien ajouter d'autre ni même un dernier coup d'œil en arrière, elle rassembla les affaires qui lui restaient et se précipita hors de la chambre, jusqu'à l'entrée, où elle enfila ses chaussures en vitesse par peur que le jeune homme ne tente de la retenir. Elle savait pourtant bien qu'il ne le ferait pas – il respecterait son envie de rester seule ce soir.

(Une part d'elle, tout au fond, bien enfouie et qu'elle choisit d'ignorer, aurait aimé le contraire, si elle était honnête, malgré ses craintes qui la faisaient fuir.)

Elle eut néanmoins raison de le penser car effectivement, l'intéressé ne bougea pas de sa place initiale. Il se contenta seulement de faire retomber sa tête en arrière sur l'oreiller en un soupir. Il ferma les paupières, laissant l'odeur que la blonde avait imprégné sur les draps l'envahir.

Il n'en fut qu'un peu plus attristé.

Tout était de sa faute, pourtant. Dès la deuxième fois qu'ils s'étaient retrouvés s'embrassant dans un coin reculé du bureau (la première s'étant terminé sur un « c'était la première et la dernière fois » de la jeune femme, promesse qu'elle n'avait finalement pas su tenir, son désir pour son collègue accru par les sensations que leurs ébats lui avait prodigué et qu'elle voulait ressentir à nouveau), alors qu'ils étaient les derniers présents tard le soir, aucun d'entre eux ne souhaitant retourner chez eux où ils auraient toute la liberté de ressasser leur désespoir, et qu'il commençait à laisser ses mains se perdre sous son T-shirt, caressant sa peau, elle avait été très claire.

– Ne te fais pas d'illusions, lui avait-elle déclaré, pantelante, entre deux baisers, ça n'ira jamais plus loin que ça entre nous, d'accord ? Du sexe, et rien d'autre que du sexe.

Il avait acquiescé contre sa bouche, et, rassurée, elle avait fait glisser ses propres doigts jusqu'à la ceinture de son pantalon, faisant s'échapper de la gorge de l'anglais un grognement satisfait.

Rien d'autre que du sexe, il pourrait tout à fait s'en contenter. C'était déjà ce qu'il faisait, après tout, à enchaîner les conquêtes d'un soir depuis sa difficile rupture d'avec son ancienne amour qu'il n'arrivait pas à se sortir de la tête. C'était donc tout ce qui lui fallait, au vu de sa situation.

Cet accord tombait à pic.

Toutefois jamais il n'aurait imaginé être pris à son propre piège, laisser partir sa Milah, trouver quelqu'un d'autre et… tomber amoureux d'elle.

Il aurait quand même dû s'en douter. Car Emma était une femme exceptionnelle, comme il en avait peu rencontré dans sa vie. Pleine de murs et de souffrances, aussi, s'en était-il rendu compte dès son arrivée dans la boîte où lui-même travaillait déjà depuis plusieurs années, et avait-il pu en être confirmé à force de la côtoyer – ils formaient une bonne équipe dans leur travail, tous les deux, et se retrouvaient par conséquent mis en paire ensemble dans leurs tâches à faire –, bien qu'elle ait du mal à s'ouvrir aux autres.

Mais plus le temps passait, et plus elle semblait encline à partager son histoire avec lui. A le considérer comme un ami, même.

(Avec toujours les bénéfices en plus, bien entendu.)

Et, connaissant la jeune femme, arrivant à lire en elle comme dans un livre ouvert, c'était déjà beaucoup de sa part, que cette offre de confiance à son égard. Il n'aurait donc jamais dû tenter de presser le pas, et lui faire cette proposition, encore moins en cette veillée de Noël, qu'il savait douloureuse pour elle. Cependant il avait voulu lui prouver qu'elle pouvait être heureuse en cette occasion.

Qu'ils pouvaient l'être.

Ce ne fut que lorsqu'il entendit le crissement de la porte d'entrée qu'il rouvrit les yeux, et ses sourcils se froncèrent tout à coup quand il ne la perçut pas se refermer, remplacée par un hoquet de surprise de la part de la blonde, et… une voix masculine qui prit la parole ?!

– Oh, excusez-moi, Mademoiselle, s'exclamait le propriétaire de celle-ci, la confusion facilement reconnaissable dans son ton employé. Je ne voulais pas vous faire peur, je pensais – à tort, apparemment – que Killian serait seul ce soir…

Le cœur de l'intéressé rata un battement tandis qu'il reconnut sans difficulté l'accent, semblable au sien, de celui qui venait de parler. Il se leva alors d'un bond, enfila son jean qui traînait négligemment par terre (Emma et lui n'avaient pas perdu leur temps à ranger correctement leurs vêtements, bien trop pressés pour y penser) puis, sans prendre la peine de mettre un T-shirt, il se hâta hors de la pièce où, une fois parvenu dans l'entrée, il se retrouva nez-à-nez avec sa collègue, et une autre personne qui se tenait devant l'appartement, un air gêné sur le visage.

– Liam ?! s'écria le propriétaire des lieux, sa supposition confirmée quand il aperçut la silhouette de son aîné. Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

– Dois-je avoir une raison pour rendre visite à mon petit frère le soir de Noël, pour une fois que j'ai mon repos ce jour-là ? répliqua ce dernier, taquin, un grand sourire venu apparaître sur ses lèvres dès lors qu'il vit le jeune homme dans son champ de vision à son tour.

L'anglais se rendit tout de suite compte que l'excuse du bouclé paraissait louche, et qu'il lui cachait quelque chose – il l'avait prévenu quelques semaines auparavant qu'il n'aurait plus aucun repos, puisque son contrat touchait bientôt à sa fin, le mois suivant, et qu'il ne comptait pas le reconduire. Il était donc évident qu'il ne lui racontait pas tout sur la véritable raison de sa présence chez lui. Il n'eut cependant pas le temps d'essayer de lui soutirer davantage d'informations ; le plus vieux s'approcha tout à coup de son frère et le prit dans ses bras pour le saluer.

Ils ne s'étaient pas vus depuis si longtemps… Ils étaient donc plus heureux que jamais de se retrouver, surtout pour une telle occasion. Cela faisait bien des années qu'ils n'avaient plus passé Noël ensemble. Ils n'arrivaient même plus à se souvenir de la dernière fois tant elle remontait loin.

– Je crois que tu voulais dire jeune frère, se contenta pour l'instant de rectifier Killian en maugréant, faisant ainsi mine d'être vexé tout en resserrant tout de même son étreinte avec joie et émotion.

Emma, elle, qui était restée muette depuis qu'elle avait failli rentrer dans le jeune homme en ouvrant précipitamment la porte, coupée dans son élan, ne s'attendant pas à rencontrer quelqu'un sur son chemin et bien que quelque peu touchée par ces retrouvailles entre les deux membres de la famille même si se sentant de trop, voulut profiter de ce moment où plus personne ne lui prêtait attention pour quitter l'appartement en toute discrétion, et enfin rentrer chez elle comme elle l'avait prévu en premier lieu. Ce fut malheureusement sans compter sur Liam, qui se tourna dans sa direction juste quand elle commençait à passer le pas de l'entrée.

– Oh non, ne partez pas ! s'écria-t-il, ce qui la fit se stopper net dans sa marche, et lui faire face. Je ne voulais pas m'imposer, mais restez. Vous devez être Emma, n'est-ce pas ? C'est un plaisir de vous rencontrer, je n'ai entendu que du bien de vous. Enchanté, Liam, le frère de Killian.

Il lui tendit une main pour qu'elle la serre dans la sienne en signe de présentation, mais elle resta interdite plusieurs secondes à la fixer, surprise que l'inconnu puisse savoir son nom, et surtout qu'il sache la reconnaître sans jamais l'avoir rencontrée auparavant. Car il était vrai qu'elle-même avait connaissance de son identité, puisque son collègue ne cessait de parler de lui, que ce soit au travail ou lors de conversations qu'ils avaient ensemble… mais elle n'aurait jamais pu deviner son apparence, comme elle n'avait jamais vu de photographie de lui.

(Il y en avait pourtant dans l'appartement, mais elle préférait ne pas y faire attention lorsqu'elle s'y trouvait. C'était trop personnel, selon elle et ses murs.)

(Pour être honnête, elle l'aurait tout de même certainement reconnu. Ses yeux étaient aussi bleus que ceux de son cadet, tout comme leur chevelure ébène avaient les mêmes reflets. Sans oublier leur accent et attitude générale similaires, aussi, même si le marine se montrait plus imposant.)

(Il n'était pas le grand frère pour rien.)

– C'est… moi qui lui ai parlé de toi, finit par la sortir de ses pensées et briser le silence qui s'était installé le propriétaire des lieux, voyant bien qu'elle ne se sentait pas à l'aise dans cette situation, et qu'elle devait se poser beaucoup de questions.

Lui aussi était gêné, d'ailleurs, alors qu'il parlait avec une main perdue derrière son oreille. Il n'avait pas vraiment envie, au vu de leur relation, et connaissant la jeune femme, que cette dernière sache qu'il parlait d'elle à ses proches au point qu'ils étaient capables de deviner qui elle était au premier coup d'œil. Il savait que cela lui ferait peur, et qu'elle s'imaginerait des choses.

(Des choses vraies, certainement.

Comme la présence de sentiments qu'il ne devrait pas avoir à son égard…)

C'est pourquoi il s'empressa d'ajouter, afin de couvrir tout soupçon qu'elle pourrait avoir, et éviter un futur malaise, voire mêmes des problèmes inutiles, entre eux :

– Je lui parle souvent du travail, et donc forcément des gens de la boîte. Il vous… connaît à peu près tous.

Ce qui n'était pas entièrement faux, mais pas totalement vrai non plus. Emma était leur principal sujet de conversation, quand il était question de ses collègues. Les autres, son aîné s'en souciait guère – après tout, ce n'était pas avec eux que son petit frère couchait. Ce n'était pas d'eux, dont il était tombé éperdument amoureux. Ce que l'intéressé voulut faire remarquer, d'ailleurs, mais un simple coup d'œil en direction du plus jeune le fit se raviser, finalement.

Il se contenta alors d'acquiescer ses propos d'un hochement de tête et rictus quelque peu forcé.

Il n'appréciait pas vraiment cette situation dans laquelle Killian se trouvait. Il était un grand garçon qui pouvait se débrouiller seul, certes, mais malgré toutes les fois où il lui avait juré le contraire, il sentait bien que son cadet souffrait de ne pas avoir plus que ce qu'Emma lui donnait. De n'être que du sexe, pour elle. Alors il ne pouvait s'empêcher s'impliquer dans cette histoire.

Surtout quand il était aussi facilement compréhensible, au vu de ce qu'il savait de leur relation – c'est-à-dire, à peu près tout, puisque les deux anglais se racontaient tout – qu'elle ne le voyait pas, ou en tout cas plus, comme juste son « collègue avec bénéfices ». C'était devenu bien plus que cela, bien plus qu'une simple amitié, même. Et, à vrai dire, il se demandait comment Killian faisait pour ne pas s'en rendre compte, ni pourquoi la blonde refusait de se l'avouer.

Pourquoi elle n'essayait pas de passer le pas, et d'accepter ne serait-ce qu'un rendez-vous. Elle n'aurait clairement rien à y perdre. Plutôt tout à y gagner…

– Je suis aussi heureuse de vous rencontrer, attrapa enfin la main de son interlocuteur cette dernière, le ramenant à la réalité avec sa prise soudaine de parole, un pale sourire au bord des lèvres. Mais je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas vous qui me faites fuir, j'allais déjà partir quand vous êtes arrivé. Je vais vous laisser profiter de vos retrouvailles, et fêter Noël en famille. A bientôt, peut-être.

Puis elle se tourna vers le propriétaire des lieux, et termina son discours en s'adressant à lui :

– A lundi, Killian.

Elle commença ensuite à sortir de l'appartement, suivie par les deux autres, qui insistèrent pour l'escorter jusqu'au bas de l'immeuble, au moins, après que le plus jeune des Jones eut enfin enfilé un T-shirt. Ce dernier lui proposa même de prendre sa voiture – elle avait laissé la sienne au bureau tandis qu'ils s'étaient rendus à pieds jusqu'à l'endroit le plus proche pour faire leur affaire : chez lui – toutefois elle refusa. Elle ne craignait pas le froid, ni la nuit, même si elle n'était pas vraiment habillée pour un temps d'hiver (elle ne portait qu'un bonnet et sa veste en cuir rouge ; il faisait beau, voire presque chaud, quand elle avait quitté sa maison, et elle n'avait pas pensé rentrer si tard, ni sans véhicule).

Elle ne s'attendait visiblement pas à ce qu'une tempête soit en train de se déchaîner dehors, et que les sols soient déjà recouverts d'une épaisse couche de neige. C'était fou ce que le temps pouvait changer radicalement en seulement quelques heures…

La météo l'avait prévu, pourtant.

(Mais encore une fois, elle ne s'était pas imaginé terminer sa course chez le brun.)

Alors qu'elle ouvrait la porte menant à l'extérieur, un frisson lui parcourut l'échine, et elle se mit à hésiter un instant. Peut-être que les grilled cheese ne seraient pas une mauvaise idée, tout compte fait. (La présence de Liam empêcherait cependant la partie la plus intéressante de la soirée – celle qui incluait une nuit passée au lit. Elle ne pourrait donc plus user de cette excuse parfaite.)

L'anglais perçut immédiatement son mouvement de recul devant un pareil mauvais temps, c'est pourquoi il lui suggéra de nouveau :

– Tu peux rester un peu, si tu veux, en attendant que ça se calme.

Malgré elle, elle sourit à l'entente de cette remarque. Il les connaissait si bien, elle et ses peurs. A tel point qu'il apprenait de son erreur, ne lui demandant plus de passer la soirée ensemble, comme il l'avait fait plus tôt et qui l'avait fait fuir, mais, s'étant bien rendu compte de l'état de panique dans lequel il l'avait mise, lui proposant plutôt d'éviter simplement de s'engouffrer dans la tempête pour le moment – ce qui ne serait clairement pas raisonnable, même pour elle qui serait capable de tout pour ne pas avoir à dîner avec Killian, et son frère. Pour ne pas avoir l'impression de passer un Noël tout ce qu'il y avait de plus banal en compagnie de son « petit-ami » et la famille de ce dernier.

Une stratégie assez intelligente de sa part, il fallait dire. Car elle la fit réfléchir à l'éventualité.

Et même accepter, comme elle le lui répondit finalement, répétant ses paroles :

– Pas longtemps, alors. Juste en attendant que ça se calme.

Elle voulait lui faire comprendre que son accord ne voulait rien dire. Plus encore, elle voulait s'en persuader elle-même. Se rappeler que si elle remontait chez le jeune homme, elle repartirait bientôt, quand il ne neigerait plus, ou en tout cas moins. Que peu importe si elle se sentirait à l'aise, elle ne pourrait pas rester. Parce que cela deviendrait trop dangereux.

Et elle en souffrirait plus tard.

Il n'en fallut pas davantage que sa réponse pour qu'un grand sourire empli de joie et de soulagement qu'il ne chercha même pas à cacher vienne illuminer le visage de Killian. Pendant un court instant, il avait réellement cru qu'elle serait capable de sortir sous une telle météo rien que pour ne pas avoir affaire à lui. Tous trois remontèrent donc dans la chaleur de l'appartement.

– Vous voulez boire quelque chose ? questionna ses invités l'hôte quand ils furent dedans.

– Un verre de rhum, s'il-te-plaît, acquiesça Emma – elle avait bien besoin d'un petit remontant pour l'aider à faire taire toutes les voix dans sa tête, et calmer les vifs battements de son cœur.

– Pareil pour moi, ajouta le plus vieux du trio.

L'anglais partit donc à la recherche d'une bouteille tandis que les autres s'asseyaient autour de la table. Il les rejoignit bien vite, brisant le silence qui s'était installé quand la boisson fut servie.

– Maintenant qu'on est bien installé… est-ce que tu comptes enfin me dire pourquoi tu es là ? interrogea-t-il son frère. Je veux dire… la véritable raison, pas cette excuse de Noël.

– Ce n'est pas une excuse, rétorqua l'autre, peut-être un peu plus froidement qu'il n'aurait dû pour paraître plus crédible, son regard penché sur son verre. J'ai vraiment eu ma permission aujourd'hui pour pouvoir passer Noël avec toi, pour une fois.

Emma le dévisagea, sourcils froncés. Même si cette histoire ne la regardait pas, son « super pouvoir », comme elle aimait l'appeler, lui faisait sentir qu'il mentait. Elle ne fit rien remarquer pour autant, surtout que son collègue semblait aussi s'en rendre compte, au vu de la façon dont il inspecta son aîné. Il préféra néanmoins se taire et arrêter de chercher à en savoir davantage. Après tout, il savait que si Liam avait un problème, il finirait par lui en faire part, au moment voulu. Et autant profiter de sa présence pour les fêtes plutôt que de gâcher ces retrouvailles avec de telles questions qui allaient le braquer.

C'est pourquoi il opta pour changer de sujet.

– Eh bien, déclara-t-il, si tu veux qu'on passe un vrai Noël ensemble, il va peut-être falloir commencer à préparer à manger. Je n'avais rien prévu, à l'origine, moi.

Heureusement pour eux, Killian s'avérait être un excellent cuisinier, qui ne manquait jamais de rien dans ses placards. Alors même s'il n'avait pas eu l'intention de faire un véritable repas de Noël, ils pourraient toujours trouver de quoi en concocter un tout de même. Le plus vieux se leva donc pour toute réponse, afin de lui montrer son approbation. Ils s'empressèrent ensuite de sortir tout ce dont ils pourraient avoir besoin.

La blonde, se sentant encore une fois pas à sa place au beau milieu de cette réunion entre frères, lança un coup d'œil plein d'espoir en direction de la fenêtre pendant que les deux autres commençaient à s'affairer aux fourneaux. Elle ne put retenir un soupir désespéré en voyant les gros flocons tomber en masse du ciel – il était clair qu'elle ne pourrait pas rentrer de sitôt. Par conséquent, afin de s'occuper l'esprit, elle se mit debout à son tour et s'approcha des hommes pour les aider. Elle avait grand besoin d'une distraction.

– Tu es sûre de vouloir faire ça, love ? lui demanda Killian, un petit air moqueur sur le visage.

– Oui, pourquoi ? Je ne vais pas vous regarder sans rien faire, répliqua-t-elle, surprise par une telle question.

– C'est juste que… je ne t'ai jamais vue avec un repas préparé par tes soins, au boulot, alors je pensais que la cuisine n'était pas ton fort.

– Oh, eh bien… je fais de très bons pancakes ! trouva-elle seulement à répliquer pour sa défense.

Elle parla peut-être un peu trop froidement que ce qu'elle aurait dû, sachant que le brun ne voulait pas la vexer. Mais apprendre qu'il s'était rendu compte de tels détails insignifiants la concernant… elle se sentit tout à coup submergée par ses émotions face à cette découverte. Jamais elle n'aurait pu imaginer qu'il fasse attention à une telle chose si sans importance.

(Pourtant elle aussi savait sans même qu'il n'ait besoin de le préciser qu'il était un bon cuisinier – elle l'avait senti à la bonne odeur qui émanait de chacun de ses repas du midi soigneusement concoctés qu'ils partageaient avec leurs autres collègues pendant leur pause commune.)

– J'aimerais bien goûter ça, un jour, alors, la sortit de ses pensées la voix songeuse et sincère de son collègue.

Elle resta muette face à cette demande à peine cachée, et se contenta d'attraper un plat pour mettre fin à cette conversation qui commençait à devenir quelque peu gênante, selon elle. Le jeune homme n'insista donc pas, comprenant son message, et lui donna de quoi faire.

Ainsi concentrée dans ses tâches, elle parvint enfin à se calmer, au départ. A oublier où elle se trouvait, en compagnie de qui, pour quelle occasion, tandis qu'elle suivait les conseils avisés des deux frères, bien meilleurs en la matière qu'elle, pour la confection des différents mets. Ce fut en tout cas le cas jusqu'à ce que l'anglais ne vienne se placer juste dans son dos, et lui prendre une main pour lui montrer comment bien remuer la sauce qu'elle était en train de (mal) faire, fallait-il le croire.

(C'était que le brun était perfectionniste, en plus.)

Cette proximité nouvelle, ainsi que le sourire qu'elle put apercevoir qu'il arborait sur son visage quand elle tourna le regard dans sa direction, surprise par sa soudaine présence à ses côtés – elle ne l'avait certainement jamais vu aussi joyeux – firent remonter ses doutes en flèche, alors que son cœur ne s'arrêtait plus de battre à tout rompre dans sa poitrine et que des frissons venaient lui parcourir le corps tout entier. C'en était trop qu'elle pouvait supporter.

– Je… reviens, abandonna-t-elle son poste sans davantage d'explications, lâchant sa cuillère en un geste brusque et vif.

Elle partit s'enfermer dans la salle de bains, et s'assit quelques minutes sur les toilettes pour réfléchir, la tête cachée dans ses bras, tentant vainement de se calmer. Cette scène qu'elle était en train de vivre… cela lui faisait réellement penser à une scène de famille, et non plus juste elle, son collègue et l'aîné de son collègue, comme cela aurait dû l'être. Comme cela devait l'être.

Et c'était effrayant, comme réalisation.

Mais si bon, en même temps, cette impression de faire partie de quelque chose, pour la toute première fois. Tellement différent de ses autres Noëls, passés seule en compagnie de sa pizza, à regarder les bêtisiers ou autres émissions complètement stupides programmées pour l'occasion. Elle pourrait presque s'y habituer. Sauf qu'elle ne le pouvait pas ; c'était pour cette exacte raison qu'elle avait refusé de rester, au départ, par peur d'y prendre goût trop vite.

Car ce genre de bonheur n'était pas fait pour elle, elle l'avait appris à ses dépends il y avait de cela bien longtemps. Pourquoi tout changerait pour elle à présent ? Et puis, de toute façon… qui disait que Killian voulait que cela change, entre eux ? Certes, elle s'était posé plusieurs fois la question, au vu de son comportement, de la possible naissance de sentiments chez lui, mais peut-être qu'au final tout ceci n'était que dans sa tête, et rien d'autre.

Il était donc inutile de réfléchir à ce genre de choses, qui la faisaient plus souffrir que l'inverse.

– Emma ? la sortit justement de son introspection la voix de l'intéressé. Tout va bien ?

– Oui, tout va bien, j'arrive, s'empressa de répondre la jeune femme.

Elle souffla un grand coup pour retrouver contenance, puis quitta enfin la pièce, dans laquelle elle se rendit compte qu'elle avait dû passer un certain temps, surtout quand l'anglais face à elle lui apprit après un court silence durant lequel il la dévisagea avec intérêt et inquiétude :

– On a fini de préparer le repas, avec Liam, alors je pensais prendre une douche pendant que ça chauffe. Fais comme chez toi, en attendant. Et si tu veux le rejoindre, il est dans le salon.

– Euh… d'accord, fit simplement la blonde en retour, avant de le laisser prendre sa place et disparaître.

Elle hésita un instant, se sentant peu encline à se retrouver seule avec l'aîné Jones, mais finit par se rendre dans le salon malgré tout. Elle n'avait pas vraiment le choix, après tout. Car rester plantée là jusqu'à ce que son collègue ne sorte de la salle de bains aurait été louche.

Elle aurait pu lui proposer de l'accompagner, elle qui avait aussi grandement besoin d'une douche, toutefois le moment ne lui paraissait clairement pas opportun pour en partager une à deux…

– Tu restes manger, finalement ? lui demanda le bouclé quand il la vit s'approcher.

– Je ne sais pas, lança-t-elle un furtif regard en direction de la fenêtre – il ne faisait toujours pas meilleur que plus tôt, dehors. Si je peux rentrer chez moi…

– Ce serait bien si tu pouvais rester.

Cette phrase, prononcée par le jeune homme, la surprit. Elle ne s'y attendait clairement pas. Il l'avait dite d'une telle façon… comme si cela importait réellement pour lui.

Ils ne se connaissaient pas, pourtant.

– Pourquoi ?! voulut-elle donc en connaître la raison.

– J'ai menti à Killian, s'expliqua l'intéressé, confirmant les soupçons que l'invitée avait eu en début de soirée à son propos. Si je suis venu lui rendre visite ce soir, c'est pour lui dire au revoir. Peut-être même… lui faire mes adieux. J'ai été déployé loin, sur une mission importante dont je n'ai pas le droit de dévoiler les détails, et je ne sais pas quand je vais rentrer. Ni même si je vais rentrer. Et lui croit que mon contrat se termine dans un mois, qu'on va pouvoir se revoir régulièrement. C'est pour ça que j'aimerais, si possible… qu'il ne soit pas seul, quand je lui apprendrai la vérité. Et comme je sais qu'il tient à vous…

– On n'est que des collègues, rien de plus, le coupa froidement son interlocutrice, sur ses gardes. Je ne pense pas être la bonne personne pour le consoler, ou je ne sais quoi.

Pas de sentiments, vint se répéter à son cerveau cette phrase qu'elle-même avait annoncée à l'anglais au début de leur relation, ses murs remontés en flèche suite à la mention que Killian tenait à elle par son frère, pour ne pas se faire de faux espoirs. Elle ne pourrait pas faire cela. Certes, c'était triste, ce qui allait lui arriver – il lui avait plusieurs fois raconté à quel point il était heureux que le bouclé revienne auprès de lui, tout le temps perdu qu'ils allaient pouvoir rattraper, à présent qu'il ne repartirait plus – mais ce n'était pas son problème à elle. Elle n'avait aucun compte à lui rendre. Et il s'en sortirait très bien tout seul, elle ne s'inquiétait pas pour lui.

Après tout, elle, depuis son plus jeune âge, avant dû apprendre à se sortir toute seule de situations similaires, et y était parvenue (elle en était peut-être sortie brisée, mais elle avait réussi malgré tout). Alors pourquoi pas lui ? Ce ne serait pas sa première perte, à lui non plus.

(Elle connaissait son histoire. Savait qu'il avait perdu sa mère, été abandonné par son père.

Qu'ils se ressemblaient plus qu'elle ne voulait le croire.)

– Emma… souffla l'autre, dépité d'entendre une telle réponse. Je sais que l'on ne se connaît pas vraiment, et que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais… tu sais aussi bien que moi que tu mens lorsque tu dis que vous n'êtes que des collègues. Tu ne serais pas là maintenant si vous n'étiez que des collègues. Et ne me dis pas que c'est parce que vous couchez ensemble, et toute cette histoire de « collègues avec bénéfices », je le sais – Killian me raconte tout. Pourquoi est-ce que tu te caches comme ça ? De quoi as-tu peur ? Parce que d'un point de vue extérieur, vous avez tout l'air d'un couple, même si vous ne voulez pas y mettre un mot dessus. Même si tu ne veux pas y mettre un mot dessus, parce que mon frère n'attend que ça – et ne fais pas cette tête étonnée, ça se voit à des kilomètres qu'il est fou de toi. Alors tu as peur qu'il finisse par te tromper, ou te quitter, si vous finissez par accepter vos sentiments ? C'est pour ça que tu refuses de te mettre en couple ? Parce que franchement, sois honnête… ça ne te ferait rien, si tu venais à apprendre que là, il voyait quelqu'un d'autre ? S'il te disait que c'était fini entre vous, qu'il avait trouvé quelqu'un avec qui c'est sérieux ? Et surtout, t'es-tu déjà posé la question de pourquoi il n'est jamais allé voir ailleurs depuis que vous avez commencé à vous voir alors qu'avant toi, il ne gardait pas une fille plus d'un soir, depuis sa dernière relation ?

Emma ne trouva rien à répliquer à ce qu'on vint de lui asséner. Elle restait bouche-bée, à essayer d'imprimer ce lot d'informations alors que son cœur était sur le point d'exploser et que son cerveau, pour toute réponse à ces questions posées, ramenait à elle les images désagréables d'un Killian plus proche que jamais d'une de leurs collègues, Chloé (ou Clochette pour les intimes – dont il faisait apparemment partie, avait-elle appris ce jour-là), à rire avec elle, complices. Cette vision l'avait rendue de mauvaise humeur pour toute la journée de travail, elle qui s'était imaginé le pire entre les deux jeunes gens. Elle n'avait pas le droit d'être jalouse, pourtant.

C'était elle qui avait mis en place les règles de leur relation, avec l'anglais, après tout.

Mais force était d'admettre qu'elle l'avait été. Et que Liam avait raison, sur toute la ligne. Elle avait peur, oui. Était terrifiée, même, à l'idée de souffrir à nouveau, si elle se laissait aller à s'impliquer dans une nouvelle relation. Mais elle était déjà elle-même trop impliquée dans sa relation avec le jeune homme, de toute façon, s'en rendait-elle compte maintenant.

Alors, il était vrai qu'il était à se demander pourquoi refuser de faire ce dernier pas en avant.

Pas qu'apparemment, aux dires de son frère, le brun souhaitait lui-même faire.

Ce discours eut donc le bénéfice de ne pas la laisser de marbre. Au contraire, même ; elle se perdit tellement dans ses pensées qu'elle n'entendit pas son collègue revenir de la salle de bains, qui lui par contre se rendit tout de suite compte de la lourde ambiance qui s'était mise à peser entre les deux personnes à qui il tenait le plus en ce monde. Il lança un regard accusateur en direction de son aîné, qui haussa simplement les épaules, avant de reporter son attention sur la jeune femme.

– Hey, love, l'interpella-t-il pour la ramener à la réalité.

Elle releva alors la tête, et leurs yeux se rencontrèrent. Elle se mordit légèrement la lèvre en voyant ses cheveux encore mouillés dans lesquels elle aurait aimé glissé ses doigts. Cependant elle se reprit bien vite, et lui sourit pour le rassurer, avant de répliquer, hésitante, après un dernier coup d'œil lança vers l'extérieur :

– Est-ce que… ça te dérange si je reste dîner avec vous ?

Son immense sourire à l'entente de cette interrogation répondit pour lui. Bien évidemment que non, cela ne le dérangeait pas. C'était même tout le contraire.

Ils passèrent donc tous à table quand le repas fut fin prêt. La blonde ne participa pas beaucoup aux conversations, au départ, toujours troublée par les propos de Liam, mais elle finit par prendre part à la bonne humeur générale, ce qui lui permit de réellement apprécier la soirée. Tout se passa pour le mieux… jusqu'à ce que minuit sonne à l'horloge de la ville.

– J'ai un cadeau pour toi, annonça alors le plus vieux à son cadet. Tiens, joyeux Noël petit frère !

Il sortit de sa poche un petit paquet, qu'il tendit au jeune homme. Ce dernier, intrigué, le regarda quelques secondes, se demandant bien ce que cela pouvait être, avant de l'ouvrir avec précaution. Il se retrouva finalement devant une petite boîte, à l'intérieur de laquelle se trouvait une bague.

Un petit bruit choqué s'échappa de sa bouche quand il reconnut la bague. Celle qui avait appartenu à sa mère. Qui était devenu le porte-bonheur de son frère quand elle lui avait donné.

– Liam, je… je ne peux pas… eut du mal à trouver ses mots l'anglais, sincèrement touché.

– Bien sûr que si, tu peux, le coupa l'intéressé, tout sourire. Maman me l'avait donnée parce qu'elle pensait que je serais le premier marié et que je ferais donc ma demande à ma future femme avec, mais il faut que l'on se rende à l'évidence… tu as plus de chances de finir marié que moi, alors elle te revient. Elle te sera toujours plus utile qu'à moi. Et puis comme ça, tu auras un souvenir de moi.

Il lança un furtif regard en direction de la femme du groupe, qu'elle fit mine d'ignorer, son cœur à nouveau serré dans la poitrine alors qu'elle était parvenue à le calmer jusqu'à présent. Elle ne savait pas comment interpréter ce geste envers elle – était-ce parce qu'il imaginait qu'ils finiraient mariés, tous les deux, avec Killian, ou à cause de ce dont il lui avait fait part plus tôt, cette mission dangereuse pour laquelle il s'apprêtait à partir et dont il ne savait pas s'il allait revenir ?

Malgré tous ces questionnements, elle ne savait pas si elle avait envie de savoir…

– Merci, se leva alors le cadet Jones pour enlacer son frère. Moi aussi, j'ai quelque chose pour toi. Je comptais te l'envoyer par la poste, mais puisque tu es là, autant en profiter…

Suite à quoi il s'éclipsa un instant dans sa chambre, et revint avec deux paquets à la main. Il n'en offrit cependant qu'un seul à Liam, avant de se tourner vers la blonde, à qui il tendit le deuxième.

– Je sais que tu n'aimes pas ça, mais… c'est ton nom que j'ai pioché pour le Père Noël Secret du boulot, alors, voilà… j'espère que ça te plaira.

Emma le dévisagea sans rien dire, visiblement étonnée par une telle attention. Elle finit tout de même par lui prendre le cadeau des mains, se frôlant au passage, la faisant frisonner un peu plus à ce contact. Elle hésita encore un peu mais, poussée par le rictus gêné que le brun lançait dans sa direction, elle le déballa.

Et se retrouva nez-à-nez avec un simple, mais beau collier en forme de cygne – un joli clin d'œil à son nom de famille. Elle le contempla un moment, le caressant du bout des doigts, avant de relever le regard sur Killian, qui ne l'avait pas lâchée des yeux, scrutant sa réaction.

– Mer… merci, articula-t-elle difficilement, à la recherche de ses mots. Je suis désolée, mais je n'ai rien pour toi en retour…

– Ta présence ici ce soir est déjà le plus beaucoup cadeau que tu pouvais me faire, ne t'inquiète pas pour ça, répliqua en tout sincérité son vis-à-vis.

La jeune femme ne répliqua rien, et lui offrit seulement un faible rictus. Ces paroles, toute cette attention à son égard… elle n'en avait tellement pas l'habitude. Encore moins de passer un aussi bon Noël. Peut-être donc que Liam avait raison. Qu'il fallait qu'elle se laisse aller, et accepte ce bonheur qui lui était offert. Qu'elle arrête d'imaginer qu'elle allait en souffrir.

– Je suis désolé de gâcher ce moment, finit par prendre la parole justement ce dernier. Mais, Killian, il faut que je t'avoue quelque chose. Tu avais raison quand tu ne me croyais pas sur le pourquoi de ma présence. Si l'on m'a donné ma permission, c'est parce que… je ne quitte pas la marine le mois prochain. J'ai finalement décidé de renouveler mon contrat. Et, en janvier… je pars pour une nouvelle mission, d'une durée indéterminée.

La réaction de l'intéressé fut immédiate. Il perdit tout à coup le sourire qu'il n'avait cessé d'arborer sur les lèvres depuis le début de la soirée, avalant difficilement la nouvelle.

– Pourquoi ? fut la seule parole qui passa la barrière de sa bouche, les poings serrés.

– Ils avaient besoin de moi, répliqua l'autre.

– Parce que moi je n'ai pas besoin de toi ?

Son aîné était un héros. Son héros. Il savait qu'il n'avait pas le droit de lui en vouloir de s'engager ainsi, mais c'était quand même plus fort que lui. Vivre dans la peur constante qui lui arrive quelque chose, lui qui l'avait élevé, lui qui était le dernier membre de sa famille… c'était douloureux. Surtout quand il n'avait personne d'autre pour le soutenir.

C'est pourquoi il finit par quitter la pièce, pour s'enfermer dans sa chambre.

– J'ai… besoin de quelques minutes, donna-t-il comme explication.

Restèrent donc dans le salon le bouclé et Emma, qui ne savait plus où se mettre, au milieu de cette crise fraternelle. Tout ce qu'elle savait, c'était que son cœur s'était serré devant la mine attristée de l'anglais quand il avait appris pour le départ de Liam. Et que sa première réaction avait été de vouloir le prendre dans ses bras pour lui dire qu'elle serait là, elle.

Qu'elle ne l'abandonnerait pas.

Sûrement qu'inconsciemment, elle avait fait son choix, déjà. Qu'en cette fin d'année, qu'en ce jour de Noël, elle allait surmonter ses peurs et tenter de voir ce que cela pourrait donner, si vraiment Killian en avait envie, lui aussi. Elle eut le temps d'y réfléchir, quand le plus vieux des Jones l'abandonna à son tour, parti rejoindre son cadet pour s'expliquer calmement. Il en ressortit toutefois quelques minutes plus tard, l'air dépité.

– Je… m'en vais, s'adressa-t-il à elle, un air triste sur le visage. Si tu veux que je te ramène en passant ?

La jeune femme voulut répliquer qu'il ne pouvait pas partir, pour la même raison qu'elle-même était restée : il neigeait trop dehors. Mais un seul coup d'œil vers l'extérieur lui fit comprendre que la météo s'était calmé, certainement depuis bien longtemps maintenant. Les routes étaient à nouveau praticables. Elle avait seulement oublié d'y faire attention, tant elle s'était sentie bien durant le repas…

Tout ce dont elle avait craint.

Alors il aurait été logique qu'elle accepte l'offre du grand brun, elle qui n'avait que rêvé de ce moment depuis le début de la soirée. Toutefois, prenant son courage à deux mains, repensant aux paroles qu'il lui avait assénées précédemment dans la soirée, elle répliqua :

– Merci, mais je crois que je vais rester un peu. Il paraît qu'il va avoir besoin de moi.

Liam lui sourit en retour, heureux – et soulagé – de voir qu'elle acceptait de suivre son conseil. Il s'approcha alors d'elle pour la prendre dans ses bras, ce qui la surprit sur le coup, mais elle le laissa faire, resserrant même légèrement leur étreinte. Il lui souhaita ensuite un joyeux Noël, et une bonne soirée, puis la quitta à nouveau.

La blonde se retrouva donc sans personne, dans le silence de l'appartement.

Son collègue n'avait toujours pas quitté sa chambre. Et, avant de s'y rendre à son tour, elle pénétra dans la cuisine, faisant comme chez elle, et lui prépara un chocolat chaud accompagné de crème fouettée et cannelle – son remède spécial contre la déprime. Puis elle frappa doucement à la porte qu'il avait fermée derrière lui, et l'ouvrit sans attendre de réponse de l'autre côté.

– Liam, je t'ai déjà dit que… commença-t-il à l'entente des pas qui s'approchaient de lui, avant de se retourner et de se retrouver nez-à-nez avec la jeune femme. Emma ?! Qu'est-ce que…

– Je t'ai fait un chocolat chaud, le coupa cette dernière, qui n'avait pas envie d'avoir à se justifier.

Elle ne savait même pas elle-même ce qu'elle faisait là, pour être honnête, si c'était la question qu'il voulait lui poser. Ou du moins, elle ne le savait que trop bien, mais ne préférait pas y penser.

Elle ne voulait pas réfléchir à ses actions et leur impact, pour une fois. Elle voulait vivre au jour le jour, et voir où ceci la mènerait, sans que ses murs viennent la faire reculer face à ses choix.

Killian le comprit bien, c'est pourquoi il ne répliqua rien d'autre qu'un « merci » des plus sincères lorsqu'elle vint s'asseoir sur le matelas à ses côtés et lui tendit la boisson chaude, qu'il prit avec plaisir entre ses mains. Ils demeurèrent muets plusieurs minutes durant lesquelles l'anglais dégusta son breuvage en silence, jusqu'à ce qu'il reprenne finalement la parole.

– Tu sais, s'adressa-t-il à la jeune femme. Si tu veux rentrer chez toi, ne te sens pas obligée de rester à cause de ce qui s'est passé avec mon frère. Ça va aller. Tu en as déjà bien assez fait.

– Tu m'avais promis une soirée grilled cheese et au lit… je n'ai pas eu la première, alors maintenant qu'on est seuls, je compte bien me rattraper sur la deuxième ! répliqua-t-elle en riant.

C'était toujours plus facile, pour commencer, de se cacher derrière cette relation-là, que d'accepter encore totalement la vérité en face. C'est pourquoi l'homme face à elle entra dans son jeu, et déposa sa tasse sur la table basse à ses côtés, avant de mettre fin aux quelques centimètres qui les séparaient l'un de l'autre, un air suggestif venu s'infiltrer dans ses irises avant de rapidement la faire basculer pour se retrouver au-dessus d'elle sur le lit.

C'était toujours plus facile, pour commencer, de se perdre dans ses caresses que d'accepter qu'elle ne voulait juste pas le quitter, cette fois. C'était toujours plus facile, pour commencer, de se dire qu'il était trop tard pour partir, maintenant, et donc s'endormir à ses côtés.

C'était toujours plus facile…

Et pourtant, quand il se réveilla le lendemain matin, un sourire des plus heureux au bord des lèvres au souvenir de ce qui s'était passé la veille, Killian eut le malheur de se retrouver seul dans son lit. Emma était partie. Ç'aurait été trop beau pour être vrai, qu'elle reste réellement. Qu'elle fasse un premier pas en direction d'une véritable relation. Il y avait cru, pourtant. Il avait pensé le lire dans son regard, même si elle ne lui en avait pas fait part, qu'elle le voulait elle aussi.

A cette réalisation, lui qui avait relevé la tête pour écouter si elle ne se trouvait pas quelque part dans l'appartement dans un dernier élan d'espoir, la laissa retomber lourdement sur son oreiller en un soupir, et il referma les yeux, prêt à se rendormir. A quoi bon rester éveillé ? Pour que la réalité le frappe de plein fouet ? Qu'il allait perdre son frère, et maintenant Emma, tout ceci en une seule soirée ? C'étaient de merveilleux cadeaux de Noël, tout ceci…

Il avait donc juste envie de passer la journée dans son lit à se morfondre. Peut-être se lèverait-il seulement pour aller chercher une bouteille de rhum, et s'y noyer dedans, qui sait. Voilà pourquoi quand il entendit quelqu'un frapper, il ne répondit d'abord pas. Pas même quand les coups se firent entendre à nouveau, plus forts cette fois. Il ne voulait voir personne. C'était sûrement Liam, de toute façon, qui lui avait dit qu'il reviendrait lui dire un dernier au revoir le lendemain.

Jusqu'à ce que…

– Killian ? se fit entendre une voix de l'autre côté, dans le couloir.

Il crut rêver quand il reconnut ce ton. Ce n'était pas possible. Et pourtant…

– C'est moi, Emma !

Il se leva alors d'un bond, et se précipita à l'entrée. C'était trop beau pour être vrai. Mais c'était bien la vérité, preuve en était la jeune femme blonde que se trouva devant lui quand il ouvrit.

– Emma ?! appela-t-il son nom, choqué de la voir là, persuadé qu'elle était partie.

– Je suis allée acheter les grilled cheese que tu m'avais promis pour midi, répliqua cette dernière, un petit rictus malicieux au bord des lèvres. Et…

Elle tendit le bras dans sa direction, un paquet à la main.

– Joyeux Noël, Killian, le lui offrit-elle.

Sa réponse fut immédiate. Il l'attira contre lui, et l'embrassa.