7.
Semblant revenu à de meilleurs sentiments, Anthénor avait invité Warius sur son Karsend.
- Je parie que tu étais au courant pour cette surprise que mon père et Toshiro m'ont faites ?
- D'autant plus que c'est moi qui ai découvert ce cuirassé dérivant ! J'ai procédé aux premiers examens et Toshiro m'a confirmé que ses équipes robotisées pouvaient le remettre en état.
- Personne ne va venir en revendiquer la propriété, j'espère ? s'inquiéta soudain le jeune homme.
- Non. La structure externe a été modifiée, dont principalement ces ailerons relevés. Mais surtout tous les Documents de Vol sont à ton nom.
- Et vous n'avez pas oublié de recréer des jardins, comme il y en a désormais sur tous les cuirassés des Flottes Planétaires, sourit Anthénor.
Warius tourna la tête autour de lui.
- Je m'attendais à y voir galoper ta Zénia ? remarqua-t-il.
- Oh, il y a longtemps que la molosse offerte par Mylon Desteyn ne m'accompagne plus ! Depuis que ma mère vit dans sa villa, la chienne veille sur elle et s'éclate dans un véritable jardin à l'air frais.
- Je vois. C'est mieux en effet pour ta chienne.
Mais bien que conscient de ramener la discussion sur un sujet plus fâcheux, Warius redevint sérieux.
- Il ne te reste que trois semaines avant de devoir te représenter devant ton Général…
- Comme si je ne le savais pas ! Et je refuse de rentrer sans Valandra !
- Mais tu ne peux pas non plus déserter ! protesta Warius. Et tu seras considéré comme tel si…
- J'espère ne pas en arriver là, grommela le jeune homme.
Il s'approcha du petit étang, allant au bout du ponton et plongeant sa main dans l'eau tempérée où nageaient des poissons exotiques.
Warius l'avait suivi.
- On dirait qu'autre chose te préoccupe, Anthie ?
- Les Ryordans ! lâcha alors ce dernier. Ils ont détruit, transmuté et recalibré le Shod pour qu'il attaque mon Magnificent. Pourtant depuis ils semblent se tenir à carreaux. Comme s'il fallait que je ne me colle qu'à un problème à la fois ! Ces créatures me paraissent cependant autrement plus redoutables qu'Erendal et les Pirates !
- Ils disposent en effet de moyens qui nous dépassent, convint Warius. Mais je ne jugerai pas tant que je n'aurai pas eu affaire à eux.
- Que les dieux te préservent de jamais les croiser ! se récria Anthénor.
Il serra les poings.
- Erond, ces Ryordans relèvent aussi de ton étrange nature, parle-moi !
Warius grimaça devant ce retour des élucubrations de son jeune ami, serra les lèvres et ne dit rien.
Gardé à déjeuner, Warius avait pris place dans le salon de l'appartement de son hôte roux.
- Tu sais aussi que même si nous abordons La Faucheuse, Erendal ne te laissera pas reprendre Valandra sans coup férir, reprit doucement l'Officier de la République Indépendante. Il préfèrera encore la sacrifier à te permettre de repartir avec elle et rebâtir votre futur tous les deux !
- C'est lui que je truciderai bien avant ! rugit Anthénor. Je crois que je n'ai jamais eu envie de commettre un meurtre de sang-froid, mais là je ne me retiendrai pas et je n'aurai pas un instant la sensation de me salir les mains ! Ensuite ce sera à Jarès Thorpe qui est sa complice !
Warius secoua la tête, soucieux.
- Tu écarteras peut-être Erendal de ta route, quel que soit le moyen, mais tu ne pourras jamais t'en prendre à sa mère !
- Possible… Mais ça me défoulerait ! gronda Anthénor, le regard noir.
- Tu ne disposes plus non plus de l'appui de Sylpho et Tod Lumens, rappela encore le Commandant du Karyu. Et sans eux, malgré tes galons, tu ne peux plus prétendre à une place dans ce monde où le meilleur côtoie le pire !
- Je ne serais pas si catégorique, sourit soudain le jeune homme en allant à une armoire, en sortir un petit coffret où se trouvaient deux écrins, dont l'un contenait la bague de fiançailles offerte à Valandra et qu'il avait déjà contemplée quelques jours plus tôt, et il ouvrit l'autre qu'il montra à son visiteur.
- Les alliances commandées lors de la préparation du mariage étaient demeurées chez les Lumens justement. Sylpho me les a fait parvenir.
- Normal, tu as rompus les vœux d'engagement…
Mais Anthénor ne se départit pas d'un sourire tendre, comme plongé en même temps dans des souvenirs.
- Non. Son message qui accompagnait les alliances était au contraire amical au possible. Elle me confiait, espérant qu'elles puissent servir prochainement ! J'ai promis à son époux et elle de ramener leur fille ! Et il ne me reste que trois semaines !
