Cette sensation, elle ne m'était pas inconnue. Ce froid mordant, cette impression d'être seul, sans repère et sans aucune chance de revoir le soleil. Je l'avais déjà expérimenté une fois et avait espéré ne plus jamais avoir à la revivre. Malheureusement, cela n'avait pas suffit. De nouveau, je ressentais cette peur, cette envie irrépressible de disparaître, quitte à ne plus rien ressentir. Je voulais juste que cela cesse. Ce froid était pire que tout. Il mordait chaque partie de mon corps et de mon âme, sans relâche, sans égard. Aucun de mes membres, aucun centimètre de ma peau n'était épargné. Me transformer en statue de glace aurait été plus plaisant que de subir ceci continuellement. C'est alors que je me rappelais. La mort, c'est en la rencontrant que j'avais ressenti cette atmosphère de peine et de tristesse. Je me souvenais également, lors de cette rencontre fatidique, je ne pouvais plus bougé. Je faisais cependant un effort. Peu à peu, millimètre par millimètre, je réussis à ré-ouvrir les yeux. Le décor que je vis me désola. Plus rien ne bougeait. Tout était comme figé dans une photographie en noir et blanc. Ce paysage, d'habitude si coloré, bruyant et remplis de vie était désormais morne, gris et incroyablement silencieux. Chaque feuille était désormais figé. Même le vent se taisait désormais, ne pouvant souffler sur cette terre de désolation. Je ne voulais pas rester inactif dans un tel endroit. Après mes yeux, j'essayais de bouger d'autres parties de mon corps. Peu à peu, celui ci se mit à me répondre par un cri de souffrance. Plus je bougeais, plus j'eus l'impression de me déchirer la peau pour en émerger. Cette sensation désagréable me vrillais le crâne, le remplissant de douleur. Je n'en pouvais plus de tant de souffrance, mais je ne voulais absolument pas rester ainsi, prostré pour l'éternité. Quitte à accueillir la mort, autant rester fier et digne. Si elle devait venir me chercher, c'est debout que je me tiendrais. Alors que je me redressais peu à peu, retrouvant l'usage difficile de mes jambes et de mes bras, je sentis l'herbes sous mes pieds se briser, telle de fin cristaux de glace. Je comprenais enfin pourquoi tout était si froid. Je n'y avais pas prêter attention lors de ma première visite, mais enfin la vérité m'apparaissait. Le paysage entier était comme congelé, recouvert d'un léger film de glace. Je dressais alors le regard vers le ciel, espérant y retrouver les astres familiers. Tout ce que j'y vus m'emplit de déception et de tristesse. Au lieu de notre soleil bien-aimé et de notre lune bienveillante se tenait désormais un trou béant, en plein centre du ciel, le déchirant, comme si il s'agissait d'un simple voile. Alors que j'observais ce gouffre de ténèbres dans lequel aucune lumière ne brillait, j'aperçus bientôt une étoile. Elle venait de l'horizon et se dirigeait vers ce géant vorace qui l'engouffra et la fit disparaître. Je me sentis triste pour cette petite lumière, seule lueur d'espoir pour moi dans un monde si insipide. C'est alors que je les vis, d'abord une, puis deux , trois. C'était désormais par centaine , par millier que ces étoiles se dirigeaient vers cet abyme. Je ne pouvais en croire mes yeux. Comment pouvaient-elles se diriger vers un endroit qui semblait si froid, si peu accueillant ? C'est en fixant le centre du trou noir que je compris. Dans le cœur de ces ténèbres brillaient une lueur si intense que lorsque je l'aperçus, il me fallut me couvrir les yeux. C'était vers elle qu'elles se dirigeaient toutes et non vers les ténèbres. Était-ce là que je devais me rendre ? Devais-je les rejoindre et quitter ce paysage de tristesse ? Même si cette lumière me semblait on ne peut plus chaude et accueillante, j'avais l'impression cependant que ma place n'y était pas, devant resté sur cette terre abandonnée. C'est alors que je revins à moi, si l'on pouvait dire. Je baissais les yeux et rencontrais un corps, inerte, roulé en boule sur le sol. Cet être était nu, couvert d'ecchymose et de plaies. Petit détail insolite, il était le seul élément coloré de ce paysage morbide.

« Le pauvre » , pensais-je.

C'est alors que j'en fis le tour pour découvrir son visage. C'était moi.

J'avais donc vraiment déchiré ma peau pour m'en extraire, il ne s'agissait pas que d'une impression. Une idée s'imposa à moi et commanda mes gestes. Il me fallait toucher cette peau , si familière et pourtant désormais si distante. Lentement, j'approchais ma main. Le premier contacte fut doux alors que je l'effleurais délicatement du bout de mes doigts. Je décidais alors d'y apposer ma paume entière. Elle était glaciale et recouverte du même film que le reste du paysage. Lorsque je passais ma main le long de mes côtes, un léger voile humide se dessina, là où le film commençait à fondre. Aussitôt j'enlevais me main que je le vis se reconstruire, formant de petit cristaux sur la surface de mon corps. Je me relevais. Que devais-je faire désormais ? Attendre la faucheuse ? Apparemment, elle n'avait pas l'air décidée à venir. Peut-être ne l'avait-on pas avertie que j'étais de retour dans son royaume. Je me mis donc à faire les cents pas, me demandant quoi faire. Parfois j'effleurais un arbre, faisant fondre le film translucide qui se remit aussitôt en place. Je ne pouvais pas rester ici sans rien faire. Devrais-je errer pour l'éternité ? Était-ce à cela que les nakarians étaient condamnés une fois qu'ils passaient de vie à trépas ? Je me mis donc à marcher, laissant mon corps derrière moi. Je m'enfonçais plus profondément dans la forêt, avançant, toujours plus loin, le paysage ne semblant pas vraiment changer. Tout se ressemblait. C'est alors que je parvins à une clairière. Notre clairière. Elle aussi avait été figée, la chute d'eau désormais silencieuse brillaient d'éclat, recouverte de tout ces petits cristaux éternels. Même le grand saule ne s'était pas vu épargner. Alors que je m'avançais, voulant effleurer la surface de l'eau, curieux de sentir si celle ci me prodiguerait les mêmes sensations que le restant du paysage, je buttais contre quelque chose. Une racine ici ? Je ne m'en souvenais pas. La force du choc me fit fermer les yeux. Un réflexe humain de protection. Tout le monde fermais les yeux lorsqu'ils chutent de manière inattendue. Lorsque je fus à terre, je fus surpris de ne pas ressentir de choc. Même ça m'était interdit désormais, seul le froid serait là pour me rappeler que j'existais plus ou moins. J'ouvris alors les yeux, soupirant de désespoir. C'est alors que je l'aperçus. J'étais allongé au-dessus de mon corps. Comment était-il arrivé ici ? Je l'avais pourtant laissé en place, derrière moi, protégé par ce film intarissable. C'est alors que je compris. Ce n'était pas lui qui avait bougé, mais moi. J'étais revenu à la case départ. Je ne pouvais m'éloigner de lui jusqu'à une certaine distance. Et apparemment, la elle n'en était que très courte. Je devrais donc rester éternellement ici, sans rien à faire, sans personne à qui parler. Seul, dans le silence le plus complet. Peut-être qu'un jour moi aussi, je me figerais tel ce paysage.

Non, je refusais de finir ainsi. Il en était hors de question. Mais que faire ? C'est alors que je me rappelais. Mes amis, ils avaient réussis à venir dans ce monde pour communiquer avec moi lors de ma première entrevue avec la faucheuse. Je baissais donc les yeux, voulant saisir mon collier. Rien, je ne le portais plus. Il n'était ni sur moi, ni sur mon corps. Je n'avais pas put le perdre. Non, je ne pouvais pas perdre ma seule clé de sortie, le seule objet auquel je tienne réellement. C'est alors que je l'aperçut, à une dizaine de mètre de mon corps seulement, le cordon déchiré. Il pendait à une branche. Je me jetais dessus. Doucement, je le saisis et le pris entre mes doigts. Il avait toujours cette chaleur propre à mon corps, même si lui aussi était de ce gris écœurant. Je le plaquai donc contre moi. Enfin, une source de vie, même si elle venait d'un objet inanimé, elle représentait tout ce qu'il y avait de plus beau dans mon existence. Soudain, la chaleur disparut, presque instantanément. Surpris, je baissais les yeux et éloignais mes mains de mon torse. Une fine poussière se glissa entre mes doigts, se volatilisant dans l'air. Mon collier venait de disparaître en poussière. Je baissais alors les yeux , dépité. Je le vis. De nouveau il était là, intacte, sur la même branche basse. Alors que je le reprenais, il commença de nouveau à se désintégré, redevenant de la poussière, se reconstituant peu à peu sous mes yeux, toujours dans la même position. Je ne pouvais pas agir sur lui. Ma clé se trouvait là, si proche mais inaccessible. J'en sentis les larmes me venir aux yeux. Tant d'espoir, volatilisé si brutalement. Comment était-ce possible ? Comment certains nakarian avaient-ils put choisir de finir leurs jours de cette façon ? Tout en ce lieu était criant de désolation et de torture pour l'âme. Je m'assis. Je n'avais rien à faire, hors mis penser, adosser à mon corps qui me servirait de dossier. Qu'avais-je fait pour mériter ça ?

Une idée me vint cependant en tête ? Pouvais-je toujours revêtir mon apparence de loup ? Si tel était le cas, je pourrais au moins hurler ma tristesse dans un langage qui me plaisait, cela aurait de quoi m'occuper un petit temps et me permettrait d'évacuer un temps soit peu cette peine grandissante. Je fis le test. La transformation s'opéra sans toutefois m'apporter cette chaleur et ces fourmillement si familier. J'étais à la fois heureux de pouvoir toujours changer d'apparence mais également déçut d'en avoir perdu ces sensations. Je m'assis donc sous ma forme animale et pleurait dans mon chant, poussant un hurlement, ne se répercutant pas, ne trouvant pas son écho, comme si il disparaissait lui aussi peu à peu une fois qu'il était né, comme étouffé. Cependant, je notais un détail. Alors que je criais ma souffrance, les étoiles s'étaient toutes stoppées, comme pour m'observer. Certaines avaient même changé un court instant de direction avant de vite rejoindre les rangs pour reprendre leurs chemins. Peut-être n'était-ce qu'une impression. Je poussais de nouveau un hurlement, puis deux, trois, quatre. Peu à peu, le froid, gelant se paysage, s'introduisit dans ma gorge, me forçant à me taire. Même cela m'était interdit désormais. Je baissais le museau et le cachais sous mes pattes, en proie au désarroi.

C'est alors qu'elle m'apparut. Du fin fond du gouffre, au plus profond de la lumière se trouvant au centre du géant vorace, apparut une forte lumière rougeoyante telles des braises encore incandescente. Cette lueur grandit, encore et encore, comme si elle se rapprochait de moi. Je me redressais. Elle se dirigeait réellement vers moi. Peu à peu, elle prit forme, distinguant d'abord sa longue robe, puis sa chevelure flottant à travers un vent silencieux. Enfin je vis ses ailes, immenses faîtes de rubis. Jamais encore il ne m'avait été donné de voir ses ailes de cette façon, même lorsqu'elle m'avait entraîné chez moi. Elle foula le sol qui reprit couleur et vie autour d'elle. Laissant les fleurs pousser, l'herbe verdir. Les plantes oscillaient désormais au gré du vent. Il émanait d'elle une chaleur et une paix. Jamais je n'avais réalisé jusqu'à ce jour. Il m'avait fallut tombé bien bas pour cela. Je résistais à l'envie de l'enlacer, de sentir cette chaleur contre moi, me contentant de l'admirer.

Sa voix, contrairement à la mienne, raisonna dans tout le paysage lorsqu'elle ouvrit la bouche. Elle était douce, compatissante mais triste à la fois, cette tendresse me força, malgré moi à regagner mon apparence humaine.

- Mais que fais-tu là mon ami ?

Je voulus parler mais aucune idée de réponse ne me traversa l'esprit. Je désignait alors simplement mon corps du doigt ainsi que mon médaillon. Elle sembla comprendre.

- Certains de mes enfants sont venus me trouver, me disant avoir vu un loup aux ailes de cristal hurler, seul sur cette terre de malheur.

Je me tournais alors vers les étoiles. Alors ce n'était pas de simples lumières ? Il s'agissait des âmes quittant ce monde ? Je n'en croyais pas mes oreilles.

- je ne puis malheureusement rien faire pour toi, me dit-elle en semblant sincèrement désolée.

Je baissais la tête. Il n'y avait donc plus d'espoir. Jamais plus je ne sentirais le vent sur ma peau, jamais plus je ne pourrais entendre la vie chanter à travers le bruits de la forêt. Mais surtout, jamais plus je ne reverrais mes amis, ma famille. Une larme s'écoula le long de mon visage, me brûlant au passage après tant de froid. Je sentis alors la femme se rapproché de moi et s'agenouiller. Du bout de son index, elle saisit ma larme et la fixa.

- Ils te manquent vraiment, n'est-ce-pas ?

J'opinais simplement de la tête. C'est alors que je la vis se redresser. Lentement, elle murmura quelque chose à ma larme qui se mit à briller tel un petit soleil, son éclat était tel qu'il sembla presque me réchauffer. C'est alors qu'elle souffla dessus, l'envoyant volé. Je criais :

- Non !

Je ne voulais pas que cette lumière disparaisse, elle était ma seule source de chaleur. La nakarian sourit tendrement face à mon geste.

- Pourquoi avez-vous fait ça ? Demandais-je.

Sans parler, elle m'indiqua de me retourner. Ne comprenant pas, je m'exécutais toutefois. C'est alors que je fus stupéfait. Devant moi s'étendait un miroir, me reflétant ainsi que ma guide. Je m'en rapprochais doucement, de peur de le voir s'envoler puisque tout dans ce monde semblait désormais éphémère. Lorsque je fus à côté, j'hésitais à le toucher, mais un geste de mon accompagnatrice me rassura et m'y poussa. Je l'effleurais alors du bout des doigts. Le miroir se mit à vibrer, osciller. J'hésitais à rompre le contacte de peur qu'il n'explose entre mes doigts. Un point vert m'empêcha toutefois de lâcher prise. Il grandissait, envahissant le bas de la surface réfléchissante. De l'herbe se dessinait, bientôt suivit par du marron, traçant les arbres, du rouge, du jaune, du orange. Toutes les couleurs apparaissaient pour donner une apparence mouvante sur le miroir. Un bruissement d'herbe ainsi que des craquement de branches se faisaient entendre de la surface. C'est alors que je reconnus la créature qui se dessinait. Un loup immense au pelage brun se tenait de l'autre côté de la surface. Il semblait apeuré et inquiet. Constamment il jetait des regards à gauche et à droite, ne sachant apparemment pas dans quelle direction se diriger. Je le reconnus et ne pus m'empêcher de hurler son prénom.

- JAKE !

Le prénommé sembla relevé la tête. Pouvait-il m'entendre ? Je retentais l'expérience.

- Jake, je suis là. Regarde moi, je t'en prie.

Le froid autour de moi se fit plus mordant, comme pour me rappeler que j'étais toujours son prisonnier malgré la surface réfléchissante qui désormais émettait une douce sensation de chaleur.

- Jake, écoute moi.

C'est alors qu'il releva les oreilles. Il m'avait entendu.

- Il ne peut pas t'entendre, me dit la femme qui s'était rapprochée de manière imperceptible.

Je baissais les yeux, déçut. Alors je ne faisait que parler à un écran ?

Semblant percevoir mon désarroi, elle termina sa phrase.

- Mais il peut te sentir. Dit-elle dans un sourire avant de disparaître.

Cette dernière phrase me redonna le sourire, alors tout n'était pas perdu ? Je continuais à hurler son nom, le ponctuant de quelques phrases tel que : « je suis là, écoute moi. », « Jake tu ne me vois pas ? » « S'il te plaît Jake, ne me laisse pas » . Parfois l'écran changeait et Paul ou Seth prenaient alors sa place. J'étais tellement heureux de les voir. Eux aussi je les appelais. Leurs réactions fut la même que celle de Jacob. Petit à petit, ils se dirigeaient vers mon corps, toujours inerte. Encore quelques dizaines de mètres et ils allaient me découvrir. C'est alors que le miroir se fissura. Surpris je le lâchais. Il se brisât alors en un millier de morceaux, tous se transformant en poussière. Vainement, je tentais de m'en saisir, mais ce fut mission impossible. Je m'effondrais à genou.

Lorsque je relevais finalement le regard pour regarder là où se trouvait auparavant ma fenêtre d'espoir, je vis trois point bleu, briller au loin à travers la lisière grise de la forêt. Je courus dans cette direction. Jusqu'ici chaque lumière avait été un bon signe pour moi, alors pourquoi pas celle-ci ? J'arrivais finalement à leur hauteur. Plus je m'en rapprochais, plus le film de glace fondait. Une douce chaleur émanait de ces petits points de lumières. Lorsque je fis le tour d'un grand chêne, je les aperçus finalement. Ils étaient là et avançaient dans ma direction. Jake, Paul et Seth, tout trois sous leur forme de loup. Je courrais vers eux. Ils ne semblaient pas me voir. Pourquoi ? La dernière fois, ils m'avaient bien vu. La réponse me vint alors à l'esprit. Je n'avait pas mon collier à mon cou. Je me rapprochais tout de même d'eux. Leur chaleur était si forte. Je ne pouvais m'empêcher d'accélérer l'allure. Lorsque je fus à leur côté, j'approchais ma main du cou de Jacob, mais passait au travers. Cependant, celui-ci se redressa comme figé, Paul et Seth, le regardant d'un air à la fois interrogateur et réprobateur. Il se remit cependant à marcher, mais changea de direction, s'éloignant peu à peu de mon corps. Non, il devait le trouver. Je me décidais donc à le toucher encore. De nouveau, il eu la même réaction . Paul et Seth, semblant d'abord inquiet, se rapprochèrent de lui et lui léchèrent doucement le cou. Il se dirigèrent alors dans la direction opposée de l'endroit où j'avais déposé ma main. Peut-être pourrais-je utiliser cela à mon avantage. Je le touchais donc sur le flanc gauche. Sa réaction ne se fit pas attendre, il tournèrent à droite, comme un seul homme. Mon plan marchait. Je les dirigeais donc peu à peu vers ma cible et sans doute la leur également. Alors qu'ils passaient à une dizaine de mètre de mon corps, je m'approchais pour leur signifier de tourner une dernière fois afin de tomber face à lui, mais ce fut Seth qui cette fois réagit à ma place. D'un mouvement brusque, il attira l'attention de mes frères et les guida dans la bonne direction. Il avait vu un objet briller dans les reflets de l'aube. Mon collier. Il s'en approcha et le renifla. Brusquement Seth se retourna vers mes amis, émettant de petits jappement. Lorsque Paul et Jake l'eurent rejoint, il se mirent à regarder dans toutes les directions afin de savoir où j'avais bien put disparaître. Je priais alors pour que mon corps ne soit pas invisible ou quelque chose du genre. C'est alors que Paul se transforma en humain sous le regard interrogatif de Jake et Seth, qui l'imitèrent sans apparemment savoir quel en était la raison. Ils se mirent tout trois à courir dans ma direction. Ça y est, cette fois ils m'avaient vu. Et c'était Paul le premier à m'avoir découvert, entraînant les autres à sa suite. Il parcourut la distance me séparant du collier en un éclair, se jetant sur mon corps meurtris, bientôt suivit par Jake et Seth. Je me rapprochais alors d'eux, lentement, saisis par toute la chaleur qui se dégageait de la scène. C'est alors que je les entendis. Il me semblait que cela faisait des siècles que je n'avais entendu leurs voix dans tout ce silence. Toute l'émotion, toute la peur, la tristesse qu'ils avaient put engrangé depuis mon dernier souffle émergea soudain. Ils pleuraient, ne pouvant dire que mon nom. Tout trois me serraient dans leurs bras, alors que j'étais toujours inerte et sans doute froid comme la pierre. J'aurais tellement voulu être dans ma peau à cet instant, ressentir la chaleur de leur corps m'enlaçant. Il me sembla me consumer à cette simple pensée. Même à travers le froid de la mort, je pouvais ressentir l'amour qu'ils me vouaient tout les trois. Les larmes me montaient aux yeux tandis qu'ils se lamentaient sur mon corps sans vie.

Logan, pourquoi toi? Pourquoi est-ce que l'on t'a laissé ? Hoqueta Seth. Nous aurions dut rester et repartir en même temps que toi. Qu'est ce qu'il s'est passé ?

Paul et Jake, eux, ne pouvaient rien dire, bloqué par les soubresauts que leurs pleurs leurs prodiguaient. Chacun voulait parlé mais ne pouvait. Ils n'avaient besoin de rien dire. Je ressentais parfaitement tout ce qu'ils pensaient. Ils s'en voulaient. Ils voulaient que je revienne à moi, que je revienne parmi eux. Moi aussi je ne désirais que cela, mais j'ignorais depuis combien de temps j'étais dans cet état et si un retour était toutefois possible.

Jake, fou de tristesse, lâcha soudain mon corps et se dressa de toute sa hauteur, hurlant un cri de douleur en direction du ciel. La force de ce déchirement me surpris. Même à travers la mort, il me fit ressentir comme un vent de chaleur m'enveloppant, ses larmes se transformant en minuscules cristaux devant moi. Son cri perçât soudain mon cerveau qui en décrypta le sens. Il hurlait mon nom, de toute ses forces, de tout son cœur. Le vent m'entourant prit soudain son parfum, m'enivrant, faisant couler la larme qui s'était tenue prête depuis quelques instants déjà. Je portais mes mains à ma bouche et m'effondrais. Jamais je n'avais réalisé qu'ils étaient attaché à ce point. Jamais je ne l'aurais cru. C'est alors qu'il recommença son cri, une fois, deux fois, jusqu'à ce que Paul se lève et le prenne dans ses bras, le laissant pleurer sur ses épaules. Seth continuait de soutenir mon corps de toute ses forces. Il jouait avec mes cheveux tout en versant des larmes sur mon front.

C'est alors qu'une multitude d'étoile se dessinèrent derrière les arbres, se rapprochant petit à petit. Une fois arrivé à une certaine distance, je les découvris. La meute venait d'arrivé et découvrait la scène avec effroi. Même Émilie s'était déplacée. Lorsqu'elle aperçut mon corps, elle s'effondra tout en hurlant à la fois de peine mais aussi de terreur. Je n'étais vraiment pas beau à voir. J'aurais tellement voulu la prendre dans mes bras à cet instant pour la consoler. Tous étaient là et n'osaient s'approcher. Léah qui se tenait à côté d'elle s'agenouilla et la pris dans ses bras. Sam , lui, fis un pas et se dirigea vers Jacob et Paul. Il leur parla, mais je ne put entendre ses paroles, tellement il les dit à bas volume. Mais ses paroles semblèrent fonctionner puisque Jake releva la tête, tout en continuant de pleurer doucement, toujours soutenu par Paul. Notre chef de meute se tourna alors et passa devant moi, me frôlant de peu avant de rejoindre mon corps. Alors qu'il s'agenouillait à mes côtés, caressant mon visage, une larme fit irruption sur sa joue, discrète. Lui aussi pleurait pour pensais ne jamais être témoin d'un tel événement. À vrai dire, j'espérais ne jamais avoir à voire ça. Apparut alors une forme sur ma droite, je ne l'avais pas vue venir et ne la reconnus pas de suite, Elle seule semblait ne pas être affectée par l'événement. C'est à sa froideur que je la reconnus. La chamane. Doucement, elle s'approcha de moi, passant à travers la barrière que formait désormais ma famille en pleurs autour de mon corps. Elle sembla regarder partout avant de poser ses yeux sur moi, le vrai moi. De nouveau, elle me fixait de ses yeux vide. Elle pouvait me voir. Je ne m'en étais pas rendu compte, mais la chaleur qu'ils dégageait tous était si forte que j'en avais presque oublié où je me trouvais.

- Est-ce que l'on peut encore faire quelque chose ? Demanda Sam, essayant de garder une voix forte malgré ses larmes.

- Il risque d'être faible un moment, mais il y a encore un espoir,dit-elle , il faut pour cela que son âme soit resté prêt de son corps. Si il n'avait été un nakarian, il serait perdu depuis longtemps.

Elle savait, elle savait que j'étais là. Elle m'avait fixé quelques instants plus tôt. J'avais donc une chance de retrouvé mon corps. Je la regardais, estomaqué, mes larmes se figeant quelques instants.

- Mettez vous tout autour de nous dit-elle, faîtes un cercle et transformez vous. Ma famille le fit immédiatement. Elle leur avait redonné espoir. Elle nous l'avait redonné à tous. C'est alors que je vis une forme se dessiner derrière elle, la tenant par les épaules. Ma guide. Elle se tenait là, dictant ce qu'il fallait faire à la chamane, dirigeant ses gestes.

- Jake, Paul , Seth et Sam, venez par ici. Leur commanda-t-elle. Posez votre patte gauche sur son torse et fermez tous les yeux. Quand je vous le direz, hurlez tous en même temps.

Alors qu'ils s'exécutaient, je ressentis une vive pression empreinte de chaleur au centre de mon torse. Je pouvais ressentir leurs pattes même si il ne me touchaient pas directement. C'est alors qu'ils poussèrent leurs hurlements, tous ensemble. Émilie, elle aussi s'était placée dans le cercle, poussant juste une note de chant. Ce cri, débordant d'espoir, emplit la forêt comme un seul être. Un chant magnifique se déversait dans les vallées, dans les collines. Même la ville ne fut pas épargnée par ce chant somptueux. De mon côté du voile, l'air se mit à vibrer, le froid se mettant progressivement à régresser. Peu à peu, je vis la glace fondre, redonnant vie et couleurs à la nature. Cette fois ci, c'en était trop. Je ne retenais plus mes larmes et m'effondrai, subjugué par une telle beauté. Leur chant redonnait vie à la nature. Il me redonnait vie. Alors que leurs cris duraient et se répercutaient, ils en relancèrent un second, bientôt suivit d'un troisième. Chaque note m'arrachait des larmes qui se déversaient sur le sol. C'est alors que je dirigeais mon regard vers mon corps. Un halo bleu l'enveloppait désormais et le soulevait légèrement du sol. Je n'avais qu'une envie, c'était touché ces flammes bleutée. La chamane, voyant apparemment mon hésitation, me fit signe de la tête. Je le touchais alors. C'est ainsi qu'un éclair apparut dans le ciel,le déchirant en deux. Au son du tonnerre, mes ailes apparurent d'elles-même tandis que mon corps ouvrait les yeux. Ils étaient pareil à deux émeraudes,scintillant avec force. Mes ailes n'étaient plus transparentes mais chaque plume était remplie d'un bleu aussi profond que l'océan pouvait l'être. Un vent violent se leva alors, me projetant sur mon corps avec lequel je fusionnais de nouveau, voyant à travers mes propres yeux. Le roulement du tonnerre stoppa soudain et la meute stoppa son chant, dirigeant son regard unique vers moi. Tout ceci n'avait duré que quelques secondes, mais il me sembla que de nombreuses heures s'étaient écoulée. De nouveau, j'effleurais le sol, sentant l'herbe me chatouiller. Je souris légèrement, allant même jusqu'à pousser un léger rire. Je voulus alors m'asseoir, mais n'en ayant pas la force, je retombais par terre. La chamane qui soutenait ma tête avait disparut. Alors que je me demandais où elle avait bien put passer, je sentis un corps se jeter sur moi et m'enlacer, puis deux et enfin trois. Je me retrouvais désormais dans les bras de mes deux frères et de Seth. Leurs visages étaient toujours marqué par la tristesse qu'ils venaient de subir, mais désormais un immense sourire se dessinait sur leurs visages ainsi que sur celui du reste de la meute. Tous étaient heureux de me revoir. De nouveau mes larmes coulèrent. Je pouvais de nouveau les avoir contre moi. Eux aussi se remirent à pleurer, déversant leurs larmes sur mes épaules, elles s'écoulèrent jusque dans mon dos, effleurant quelques une de mes plumes.

- Tu nous as tellement manqué, dirent mes deux frères d'une même voix.

- Vous aussi, vous m'avez manqué, dis-je. Je vous aime tellement. De nouveau, ma vue se troubla et je basculais tandis qu'un voile blanc recouvrit mes yeux. Mais cette fois, je n'avais plus peur. Je savais que j'étais entre de bonnes mains. J'étais sain et Sauf.