De Jouissance Pourpre
Par : LittleRobbin
CHAPITRE SIX
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« Nous avons été fait pour aimer, et lorsque nous aimons, quelque chose de bon se développe à l'intérieur. On se sent propre, riche, entier. Même mieux, on s'inquiète moins de la façon dont on se sent et on devient plus concerné par les vies des autres. »
—Larry Crabb
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La première fois que Drago retourna à Poudlard depuis sa fuite hâtive à dix-sept ans, une épave tremblante, ce fut à l'aube de son vingt-deuxième anniversaire. Le vieux château avait depuis longtemps cessé d'être la magnifique structure de son adolescence. Les tourelles étaient tombées en ruines, et seules certaines avaient résisté à la tempête qui avait fait rage. Si la première bataille de Poudlard avait laissé l'école de magie contusionnée et endolorie, la deuxième et la troisième l'avaient décimée. Il y avait quelques endroits où il était encore sûr de pénétrer, et même ceux-là étaient, tout au mieux, douteux. Ce ne fut qu'une fois que la pierre s'était érodée et la végétation s'était asséchée, et que la Forêt Interdite demeurait l'unique partie du domaine encore reconnaissable, que la lutte pour le territoire prit finalement une autre tournure.
Au bout de trois ans, ce qui restait encore debout du bâtiment avaient été clamé par les griffes voraces des mauvaises herbes et d'épaisses plantes grimpantes. L'Ordre avait été envoyé là-bas afin d'enquêter sur d'étranges lumières qui avaient été repérées à la fenêtre d'une des tours tard dans la nuit. Au pire, ils s'étaient attendus à trouver quelques Mangemorts, peut-être un ou deux déserteurs.
Ce qu'ils découvrirent fut un groupe de près de vingt enfants sauvages, des orphelins de la guerre qui s'étaient rassemblés là dans une tentative de survie. Ils s'étaient approprié la majorité du septième étage, le seul encore largement épargné par les terribles batailles qui avaient secoué le reste du château. Les petits squatteurs avaient même tagué la plupart des murs également. Les portraits étaient posés près de leurs places habituelles, abandonnés et déchirés sur les bords, les cadres ayant été volés et utilisés comme bois de chauffage.
Drago mit le fait que l'ancien bureau du directeur n'avait pas été vandalisé sur le compte du génie d'Albus Dumbledore. C'était assez surréaliste de se retrouver là, debout au centre de la pièce circulaire, un épais tapis de poussière étouffant le bruit de ses pas. Le perchoir de Fumseck était encore là où il avait toujours été et Drago s'attendit presque à voir le fidèle oiseau jaillir de la fenêtre à n'importe quel moment, pour attendre le retour de son maître.
Cependant, cela faisait plusieurs années que personne n'avait aperçu Fumseck et il ne fit pas son retour là non plus. La plupart des portraits avaient abandonné leurs encadrements. D'ailleurs, Drago ne reconnut qu'un ou deux de ceux qui restaient. Phineas Black somnolait inconfortablement contre son cadre. McGonagall lui jeta un regard distrait avant de retourner à sa paperasse. Dumbledore était si immobile dans sa chaise que Drago crut qu'il dormait, jusqu'à ce qu'il réalise que les yeux du vieil homme étaient on ne peut plus ouverts.
De tous les portraits que Drago avait vus de l'ancien directeur, celui-ci était une réplique particulièrement mauvaise. Les lignes étaient floues. Ses yeux étaient seulement une sorte de bleu terne, dénués de cet éclat perçant qu'ils avaient de son vivant. Même l'expression de son visage avait l'air trop anormalement lisse pour que Drago ne ressente qu'un écho de culpabilité au fond de son estomac face à la peinture de l'homme dont il avait indiscutablement causé la mort. L'homme dans le portrait avait l'air vieux, réalisa Drago – ce que Dumbledore aurait eu l'air lorsque son âge l'aurait finalement rattrapé, mais pas à l'homme que la Lumière adorait tant.
Ses yeux se posèrent sur le reste de la pièce et il se souvint, avec une clarté saisissante, de la dernière fois où il avait été appelé dans ce bureau. Cela s'était passé lors de sa cinquième année. Pansy et lui avaient été surpris en train de se rouler des pelles au lieu d'être en cours. Il ferma les paupières et il revit le sourire narquois à peine voilé de Pansy, la voix de Dumbledore en fond sonore.
« Je n'ai jamais fait ces détentions que vous m'avez collées, » avoua-t-il à voix basse. « J'ai soudoyé un des préfets pour qu'il me note présent. Mais je suppose que vous le saviez, n'est-ce pas ? Vous avez toujours eu l'étrange habitude de tout savoir. »
Il se retourna pour partir.
S'arrêta. Fit volteface.
« Vous auriez dû sauver votre peau, espèce de vieux crétin ! » Il était soudain furieux, les poings serrés, le souffle court. « Qu'avez-vous cru ? Que j'allais abandonner ma famille ? Pour vous ? Vous fichiez-vous que tout le monde souffre sans vous ? Vous fichiez-vous que tout foute le camp une fois que vous ne seriez plus là ? »
Ses mains saisirent l'objet le plus proche et le balancèrent contre le mur opposé avec assez de force pour qu'il éclate en mille morceaux. « Vous n'auriez pas dû nous laisser ! Vous auriez dû rester ! Vous auriez dû me tuer ! » Deux autres objets souffrirent le même sort que le premier. La colère le quitta aussi vite qu'elle l'avait prise. Drago haletait lourdement, sa poitrine soudain douloureuse. Il recula jusqu'à ce que son dos heurte le mur et se laissa glisser le long de la pierre jusqu'à se retrouver recroquevillé sur le sol, les yeux rivés sur le regard faiblement inquiet du faux Dumbledore. Le silence tomba, figeant l'air tout autour.
Tout à coup, Dumbledore se pencha en avant, ses lunettes brillant du reflet qu'un soleil que Drago ne verrait jamais. Ses lèvres s'entrouvrirent dans un soupir. « Chaque histoire se doit d'avoir une fin, » dit-il.
Drago se mit à pleurer.
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« Je sens que je me crétinise de jour en jour. »
« J'en doute sérieusement, Granger. »
« Je suis sérieuse. J'ai quitté l'école il y a presque cinq ans. Les seules choses que j'ai apprises depuis sont… » Elle reprit. Hésita. « Eh bien, sont des choses dont j'espère ne pas avoir besoin après tout ça. »
Drago ne dit rien pendant un long moment. « Et alors ? Le savoir est relatif. Tu as uniquement besoin de savoir ce dont tu as l'utilité à cet instant précis. »
« Mais c'est bien ce que je veux dire ! » Le sofa bougea lorsqu'elle s'assit et Drago lui lança un regard irrité. Elle fit mine de ne pas remarquer. « Lorsque tout ça se terminera, qu'est-ce je vais faire ? Je n'ai même pas fini mes études. Je suis incapable de te dire comment réussir tes ASPIC, en revanche je peux te faire une liste de sept façons différentes de tuer quelqu'un. J'en sais plus à propos de la guerre qu'à propos de la paix. J'en sais plus sur comment tuer que sur comment vivre »
Un long silence suivit sa tirade. La panique s'estompait petit à petit, jusqu'à ce que sa respiration redevienne normale à nouveau et sa gorge cesse de la brûler. Elle se détendit, s'enfonçant dans le sofa, les pieds de Drago à côté de sa tête, les siens atteignant à peine ses épaules. Elle prit une longue bouffée de sa cigarette. La fumée picota le fond de sa gorge mais elle ravala l'envie de tousser et n'expira que lorsque des points noirs troublèrent sa vue.
« Quelques fois je me demande comment on va arriver à vivre avec nous-même lorsque tout ceci sera terminé. » Son aveu était un doux murmure presque perdu dans le bruit de la nuit. « On a vécu dans la guerre pendant si longtemps, et si on avait oublié comment vivre en paix ? Pour tellement d'entre nous, cette guerre est devenue toute leur vie. Qu'allons-nous faire lorsqu'il n'y aura plus rien de tout ça ? »
Drago lui prit la cigarette et la laissa pendre entre ses doigts. « On recommence à nouveau, » dit-il, et vu comme ça, Hermione pouvait presque croire que c'était aussi simple.
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Drago attendit qu'Hermione et lui soient séparés par une mission ou une autre avant de porter l'idée à Fol Œil. Il n'alla pas trouver Shacklebolt parce que l'homme ne l'aimait pas et ne s'en cachait pas. Lupin aurait sans doute sympathisé, mais il n'était clairement plus une option. La majorité des autres Aurors partageaient le même sentiment que Shacklebolt. Ce qui ne laissait que Fol Œil. Drago était quasiment certain que l'homme à la vigilance légendaire (ou la célèbre folie) serait sûrement sensible à sa demande, ou tout du moins garderait la conversation pour lui-même s'il ne l'aidait pas.
Il accepta. Drago alla voir le prisonnier, seul en premier, satisfait de le voir trembler à sa vue. La deuxième fois, il amena Fred avec lui.
« Qu'est-ce que je suis en train de voir là ? » Lui avait demandé le jumeau, retroussant le nez de dégoût face à la loque qu'était Marcus Flint. « Je veux dire, à part un des déchets de l'humanité. »
Drago posa une main sur l'épaule de Fred dans un geste si fraternel que le rouquin eut l'air choqué pendant un instant. « Fred. Je t'ai trouvé un nouveau cobaye. » Et il n'eut pas besoin d'un miroir pour savoir que son large sourire était une terrifiante réplique de celui de l'homme qui l'avait utilisé tant de fois comme rat de laboratoire au cours de l'année passée. Il réalisa qu'il s'en fichait, chose qui ne le dérangea pas plus que ça.
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Hermione commençait à – si ce n'est comprendre, tout du moins reconnaître – le schéma que suivait les actions de Drago. Elle savait, par exemple, qu'il ne rejetait jamais ses avances, les rares fois où elle avait assemblé assez de courage pour l'approcher en premier. (C'était généralement lui qui faisait le premier pas, tandis qu'elle était celle qui était réticente à y mettre fin). Elle savait également que lorsqu'il soupirait de cette manière, leur baiser perdant rapidement de sa fièvre, comme s'il venait simplement d'expirer toute sa ferveur, l'étreinte se brisait inévitablement quelques secondes plus tard. Sa poigne sur son col se resserra, comme si elle pouvait réussir à la garder là. Il ne se dégagea pas. Ne protesta pas, si ce n'est sous forme d'un faible râle lorsqu'elle tenta d'approfondir le baiser. Mais trop tôt, il y mit un terme.
Ils se tinrent là, dans l'obscurité du couloir, son front contre le sien, la frange de Drago chatouillant son visage. (Elle se dit qu'il avait grand besoin de se couper les cheveux et se demanda s'il la laisserait le faire pour lui, comme elle le faisait des fois pour Ron et Harry). Ses yeux s'étaient fermés, toutefois ils s'ouvrirent lorsque Drago inspira avant de parler.
« Granger-»
« Non, » chuchota-t-elle. Elle sourit face au regard interloqué de Drago. « J'essaie de prétendre que tu es mon Prince Charmant. » Son sourire se fit narquois. « C'est plus facile quand tu t'arrêtes de parler. »
Elle se mit sur la pointe des pieds et planta un rapide baiser au coin de sa bouche, se faufila sous son bras avant qu'il puisse gâcher le moment avec une de ses remarques désobligeante à propos de ses cheveux.
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« Cet endroit représentait mon univers tout entier. »
Drago arqua un sourcil. « J'ai toujours trouvé le Chemin de Traverse un peu trop exigu. »
« Pas le Chemin de Traverse. » Sa main tressaillit et il savait que l'envie de le frapper la démangeait, mais qu'elle ne risquerait pas de faire plus de bruit au-delà de leurs chuchotements. « Ça. Le monde magique. »
Drago ne répondit pas. Il faisait froid, le brouillard brumeux ne s'était pas encore dissipé après trois heures de bataille intense bloquant le peu qui restait du faible soleil automnal. Ils étaient tous les deux accroupis à l'intérieur de ce qu'avait été Ollivander (tout du moins Drago en était presque sûr). Une odeur générale de décrépitude et de sang submergea ses sens et lutta pour ne pas respirer par le nez. Granger soupira et changea de position, allongeant ses jambes devant elle. Elle avait l'air parfaitement à l'air dans la crasse et Drago lui jeta un regard envieux. Elle ne le remarqua pas.
« Combien de temps encore devons-nous attendre ici ? » demanda-t-elle et il haussa un sourcil au ton geignard de sa voix.
« Au moins une demi-heure de plus, » répliqua-t-il, en vérifiant sa montre. « On n'est pas sûr qu'ils ne sont pas encore dehors. »
Le merveilleux silence dura pendant presque quinze minutes. Drago refréna un grognement lorsque Granger souffla avec impatience.
« Je déteste ça. »
« C'est de ta faute si tu n'arrives jamais à rester assise plus de deux minutes sans avoir besoin d'une forme de distraction ou d'une autre. » Elle le frappa cette fois-ci, assez fort pour le faire grimacer.
« Pas ça, espèce d'idiot, » chuchota-t-elle furieusement. « Je parle de devoir attendre. Ça me rend nerveuse. »
« C'est seulement parce que tu détestes ne pas savoir ce qui se passe dehors dans les moindres détails. » Ce n'était pas dit méchamment et elle se contenta d'hausser les épaules en réponse. Drago s'émerveilla un instant des progrès qu'ils avaient fait au point que sa remarque désobligeante ne suscite pas une Troisième Guerre Mondiale entre eux. Granger soupira à nouveau et il savait qu'elle tentait de trouver un moyen de formuler ses pensées. Il attendit patiemment, se déplaçant de temps à autre afin de vérifier que les rues étaient désertes au travers d'une faille dans la fenêtre barricadée. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'ils pourraient quitter leur cachette sous peu. Ses jambes crièrent leur impatience, mais il refusa de se tortiller fébrilement à l'instar de la créature indisciplinée à ses côtés.
« J'ai l'impression que le monde entier est à feu et à sang et tout ce que je peux faire c'est rester assise ici à attendre, » finit par articuler Granger. Elle cligna des yeux lorsque Drago se redressa tout à coup, la tirant par le coude avec lui. Pendant un bref instant, ils se retrouvèrent dangereusement proche – si proche que s'ils n'avaient pas été au beau milieu d'un champ de bataille, (et s'il n'avait pas été Drago Malefoy et elle Hermione Granger) il aurait pu compter chacune des taches de rousseur qui parsemaient son nez. L'idée le terrifia. Il la repoussa avec plus de force que nécessaire.
« Regarde par la putain de fenêtre, Granger. Le monde n'est pas à feu et à sang. Il est déjà en cendres. »
Il s'élança à nouveau dans la fumée et se surprit à ne plus suffoquer à l'odeur métallique de la mort qui imprégnait l'air.
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Hermione haïssait les hôpitaux. Elle avait toujours haï les hôpitaux et suspectait qu'elle les haïrait toujours. Ce n'était pas tellement l'atmosphère des mourants et des morts – elle en avait vu assez dans sa courte vie pour qu'à la longue elle ait développé une forme d'immunité. Elle n'était même plus affectée à l'idée d'être entourée de gens malade, comme l'était Ron. La raison était l'interminable labyrinthe des couloirs au blanc aveuglant, et les sièges orange de plastique rigide dans les salles d'attentes trop petites. C'était le regard silencieux d'Hannah, sa tête contre le torse de Neville, et le goût âpre de désinfectant au fond de la gorge d'Hermione. C'était Molly qui mettait la main sur chaque docteur qui avait la malchance de passer à moins de dix mètres d'eux, le harcelant d'innombrables questions, jusqu'à ce qu'un vieux Médicomage, au sourire bienveillant, eu le bon sens de lui demander de l'aider à remplir certains formulaires.
Les hôpitaux magiques ressemblaient aux hôpitaux Moldus, remarqua Hermione distraitement. Si on faisait abstraction des potions et des mémos volants, et des vibrations de magie qui flottait dans l'air, ce qui restait ne changeait pas d'un monde à l'autre. La peine et l'espoir…l'attente. Ils attendaient depuis deux heures, dix-neuf minutes et trente-deux secondes. L'esprit d'Hermione tenta de se remémorer les raisons qui avaient fait qu'ils se trouvaient là et elle refréna le souvenir d'un froncement de sourcil réprobateur. La mission avait échoué. C'était tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Se rappeler des détails ne réussirait qu'à la rendre à nouveau hystérique et elle ne pensait pas que Ron serait capable d'endurer ça.
Neville bougea. Hannah renifla. Dean se leva subitement et se mit à faire les cent pas. Son visage était encore éclaboussé de sang, et Hermione ne pouvait pas le regarder sans se mettre à trembler désespérément. La poigne de Ron se resserra sur sa main. Douze minutes s'écoulèrent.
« J'en peux plus, » grommela Dean. Hermione grimaça. « Qu'est-ce qui leur prend autant de temps ? On n'a aucune nouvelle depuis des heures ! »
« Pas de nouvelle, bonne nouvelle, » dit fermement Neville.
Dean secoua la tête, et son expression se voila. « Ouais, c'est ça. Pour autant qu'on sache il pourrait être étendu là-bas, mort, et personne n'a pris le temps de nous le dire ! C'est un truc dont ces snobs d'Aurors prétentieux seraient capables. Ils ont mis trois semaines à m'annoncer que Seamus était mort. »
« Dean, mon vieux ? Rends-nous service et ferme là ! »
Les poings de Dean se serrèrent et, pendant une seconde, Hermione crut qu'il allait vraiment frapper Ron. Mais Parvati laissa échapper un soupir fatigué et il se reprit. La tension dans la pièce se mua presque imperceptiblement, et c'était soudain comme si rien ne c'était passé. Neville tendit ses jambes devant lui. Dean se remit à faire les cent pas. Hermione retira sa main devant sa bouche où elle l'avait posée afin de couvrir le sanglot involontaire qui l'avait secoué aux froides paroles de Dean.
L'horloge au mur tiqua quinze minutes de plus avant que la porte de la salle d'attente ne s'ouvre enfin.
Le Médicomage était un homme jeune – peut-être à peine plus vieux qu'eux de quelques années. Son visage était tiré de fatigue et le regard fiévreux. Il avait eu la décence de lancer un Récurvite sur ses vêtements parce qu'ils étaient propres désormais, alors que ce n'avait pas été le cas lorsqu'il avait débarqué deux heures auparavant. Il passa une main dans ses cheveux épais et soupira d'une manière qui causa le nœud dans sa poitrine à se serrer douloureusement.
« Comment va-t-il ? » La question venait de Ron, personne d'autre ne semblait capable d'articuler le moindre mot.
Le Médicomage – Mathews, se souvint soudain Hermione – soupira à nouveau. « Monsieur Malefoy a été frappé par une forme de sortilège de Découpe. On n'en a encore jamais vu de similaire et jusqu'à ce qu'on sache lequel c'est, nous ne pouvons pas trouver d'anti-sort. »
Monsieur Malefoy ? Hermione ouvrit la bouche pour lui dire que Monsieur Malefoy était Lucius Malefoy. Son nom était Drago. Drago, Drago, Drago.
Dean répliqua avant qu'elle n'en ait l'opportunité. « Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »
Mathews retira ses lunettes et se pinça l'arête du nez. « Monsieur Malefoy perd de plus en plus de sang à chaque seconde qui passe. »
« Ne pouvez-vous pas le remplacer ? » C'était Parvati qui avait demandé cela et Hermione trouva étrange que la jeune femme soit si inquiète pour Drago. Un flash de quelque chose de vif et furieux fit éruption dans sa poitrine subitement. Elle refusa d'y prêter attention.
« On pourrait. Mais le groupe sanguin de Monsieur Malefoy est extrêmement rare, et il y a un manque conséquent-»
« Un de nous peut donner son sang, » suggéra Ron.
« Je doute fortement que l'un de vous soit compatible, et puis le temps qu'on vous teste tous-»
« Je suis de type O. »
L'information émergea soudain des fins fonds de la mémoire d'Hermione, une pause momentané de la peur qui avait jusque-là occupée son esprit durant la majeure partie de l'après-midi. « Toute personne de groupe O peut donner son sang, n'est-ce pas ? »
Le Médicomage acquiesçait lentement et elle était subitement très reconnaissante des cours de science que ses parents l'avaient forcée à prendre durant l'été. « En théorie, c'est le cas. »
« Alors faisons-le ! » Elle était sur ses pieds, l'idée de faire quelque chose, n'importe quoi au lieu d'attendre infiniment, insufflant de l'énergie dans ses membres épuisés.
« Miss Granger, ce n'est pas si simple. Il y a des procédures à suivre, des formulaires à remplir, des tests à mener. »
« Je suis prête à faire tout ça. »
« Ce n'est pas simplement ça. Les transfusions sanguines entre êtres magiques ne sont pas la même chose que celles chez les Moldus. Nos magies existent dans nos veines. Il y a une douzaine de complication potentie-»
« Je m'en fiche ! » s'écria Hermione, et plus tard elle parlera de ce moment à Drago, si ce n'est que pour lui prouver qu'elle n'était pas constamment la miss-je-sais-tout qu'il l'accusait d'être.
Mathews hésita une seconde de trop avant d'acquiescer. Le trajet vers la chambre de Drago fut rapide et paniqué, et Hermione eut à peine la présence d'esprit de refuser poliment l'offre de Ron et de Molly de l'accompagner. Ils déboulèrent à travers une double porte, puis une autre, longèrent un long couloir où des gémissements de douleurs semblaient s'élever de chaque chambre. Elle se dit qu'elle n'avait jamais rien entendu d'aussi horrifiant de sa vie, jusqu'à ce qu'elle atteigne la chambre de Drago et n'y perçut que du silence.
Il était accroché à une sorte de machine – trop complexe pour être Moldu, mais visiblement basée sur leur technologie. Son torse se levait et se baissait alors qu'il haletait avec difficulté – bien que cela soit à peine visible à travers ses bandages ensanglantés. Kingsley était assis-là, une silhouette solitaire dans le coin de la pièce, étrangement immobile comparé à l'agitation des Médicomages tout autour. Hermione pensa qu'il allait lui dire quelque chose lorsqu'elle entra dans la chambre. Mais ses yeux fixaient Drago, puis les mains du Médicomage qui préparait les aiguilles et les tubes et les sacs de perfusion avec dextérité.
« Par ici, s'il vous plaît, Miss Granger. »
Elle s'assit sur la chaise que lui indiquait Mathews. Au début, elle tenta de se distraire en le regardant travailler. Mais la vue de l'aiguille provoqua un haut le cœur et elle décida de regarder Drago à la place. C'était la première fois qu'elle le voyait blessé – gravement blessé – depuis cette nuit-là au Square Grimmauld. Il avait l'air exactement pareil – vulnérable et fatigué et plus petit que d'habitude. Elle était soudain très soulagée de ne pas avoir permis à Molly ou Ron de le voir dans cet état.
Son bras lui fit mal et elle baissa la tête pour voir l'aiguille s'enfoncer sous sa peau. Cela ne prit à Mathews que deux essaie pour trouver une veine. Hermione tenta de se détendre sur la chaise, se rappelant faiblement que cela serait plus douloureux si elle ne le faisait pas.
« Dites-moi quand vous commencerez à vous sentir faible, » lui dit Mathews le ton grave après s'être afféré autour d'elle pendant plusieurs minutes.
« Je vais bien. » Elle n'allait pas bien. La tête lui tournait et la nausée lui montait à l'estomac. Elle jeta un œil sur Drago. Le vit comme il était maintenant et comme il avait été cette nuit-là au Square Grimmauld. L'imagina sourire narquoisement à côté d'elle sur leur sofa, maintenant la cigarette hors de sa portée. Elle essaya de s'imaginer quitter cet endroit sans lui et conclut qu'elle ne pouvait pas.
Fermant les yeux, elle dit, « vous pouvez prendre tout si vous voulez. Je m'en fiche. »
Mathews émit un son qui aurait pu être un léger rire, s'il n'avait pas semblé si sinistre. « Ça ne sera pas nécessaire. Les Médicomages me disent que son hémorragie est enfin sur le point de s'arrêter. »
Elle ne bougea pas, même après que Mathews ait pris ce dont il avait besoin (ou tout ce qui était prudent de donner). Elle but la potion revigorante qu'on lui donna avec obéissance avant de se recroqueviller sur sa chaise, observant les Médicomage faire leur travail. Kingsley était une présence constante à ses côtés, toutefois, ils ne parlèrent pas. Le va et vient des Médicomages se poursuivait au gré des rotations. Il y avait un constant bourdonnement d'activité dans la chambre. Chacun des râles de Drago semblait compter les secondes, puis les minutes, et les heures. Il se réveilla vers minuit, après que Mathews l'ait déclaré on voie de guérison. Ce n'est que là qu'Hermione ferma les yeux et se laissa emporter par la vague de sommeil qui la submergeait.
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Le Square Grimmauld était vide lorsque Drago revint de St. Mangouste. Il était défoncé aux potions antidouleur et aux antibiotiques et son ventre menaçait de se rompre à chaque pas qu'il faisait. Molly Weasley s'afféra autour de lui et, pour une fois, elle le laissa faire – mais il refusa qu'elle le lévite en haut des escaliers. Il s'écroula sur le lit qu'il partageait avec Granger, et Mme Weasley lui fit avaler une autre dose de potion avant qu'il ne puisse protester. Il rêva de serpents qui s'enroulaient autour de son corps, se resserrant encore et encore jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer. Sa mère et son père étaient assis sur des trônes au-dessus de lui, tandis que Ron Weasley dansait pour leur bon plaisir dans un costume de bouffon. Potter et Voldemort étaient installés ensemble à une petite table, offrant des tasses de porcelaine remplies de thé à Pansy et Théo, qui portaient des couronnes de marguerites sur la tête.
Lorsqu'il se réveilla, Granger était penchée sur lui, traçant du doigt une ligne invisible le long de son avant-bras gauche.
« Tu parlais dans ton sommeil, » dit-elle à voix basse.
« Potter essayait de me faire prendre trois sucres alors qu'il sait que je n'en prends qu'un. »
Granger leva un sourcil à ça et ses lèvres tressaillirent. L'amusement se dissipa rapidement. La curiosité prit le dessus, plissant son front. Ses yeux se reposèrent sur son bras. « Ta marque, » dit-elle, et il se raidit imperceptiblement. « Elle était noire, avant. Mais elle est grise désormais. On dirait que quelqu'un l'a dessinée à l'encre et que l'encre s'est délavée. »
Il ne regarda pas. Il n'en avait pas besoin. L'image de la tête de mort était gravée dans son esprit, et il avait déjà remarqué que les couleurs s'étaient fanées quelques jours plus tôt. De plus, il y avait des choses plus intéressantes à contempler. Comme la façon dont la lumière du soir qui filtrait à travers la fenêtre baignait les mèches couleurs miel des cheveux de Granger, lui donnant presque l'air d'avoir un halo de lumière au-dessus de la tête. Ou comme sa lèvre inférieure qui était fermement prisonnière de ses dents tandis qu'elle la mordillait distraitement.
« La marque disparaît au fur et à mesure que la loyauté diminue, » murmura-t-il. Sa main se tendit, ses doigts tirant légèrement sur sa lèvre jusqu'à ce qu'elle la libère. Il en traça la forme, en sentit la moiteur et frissonna. Ses paupières étaient closes lorsque son bras retomba sur le lit. Une vague de tristesse - comme il n'en avait jamais ressenti depuis les funérailles de sa mère - percuta subitement de Drago de plein fouet.
« Est-ce que tu as mal ? Tu veux que j'aille chercher plus de potion antidouleur ? » Granger était sur le point de se lever, ayant sursauté à l'infime grimace qu'il eut. « Je peux aller chercher Molly. »
Sa main se posa sur elle avant qu'il ne réalise pleinement ce qu'il faisait. Elle s'immobilisa. Il croisa son regard. « Je suis désolé, » chuchota-t-il, ses yeux commençaient déjà à se fermer, comme s'ils ne pouvaient plus supporter leur propre poids.
« De quoi ? » Les secondes s'égrenèrent. « Drago. Désolé de quoi ? »
Il fit semblant de dormir jusqu'à ce que le faible clic de la porte signale finalement son départ. Et le temps que les larmes viennent, il ne se souvenait plus pourquoi il pleurait.
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Harry disparut durant trois jours. Trois jours à s'inquiéter et à paniquer et à chercher et à ne rien trouver. Hermione ne comptait plus les fois où Kingsley vint la trouver, ne comptait plus les fois où elle avait répondu que non, elle ne savait pas où il se trouvait et que non, autant qu'elle sache, cela n'avait rien à avoir avec la mission de Dumbledore. Lorsqu'Harry revint enfin, débarquant dans la cuisine du Square Grimmauld – trempé jusqu'à l'os, débraillé et exténué, mais sans rien de plus grave – elle était prête à tuer Kingsley. Ou se tuer elle-même, elle n'avait pas encore pris de décision.
Molly éclata en sanglot et en fit une tonne à propos de son visage tuméfié. Kingsley avait cette expression dans ses yeux qui signifiait qu'il voulait engueuler quelqu'un, mais Molly le fit partir, lui et le reste de la foule ahurie qui s'était rassemblée – à l'exception d'Hermione et de Ron. Harry leva les yeux vers eux et leur offrit un faible sourire. Ron se gratta la nuque de cette façon embarrassée qu'elle trouvait adorable autrefois. Il sourit, mais les pointes de ses oreilles étaient rouges après quelques instants, il tourna les talons et s'éloigna. Hermione n'attendit pas de voir l'expression dépitée sur le visage d'Harry.
Elle avait envie de démolir quelque chose – ou quelqu'un. Elle voulait secouer Harry jusqu'à qu'il réalise que ceci n'était pas une bataille entre deux hommes seulement. C'était une guerre – une guerre qui l'avait entraînée loin de sa famille et lui avait arraché ses amis. Elle y avait tout autant le droit que lui – voire plus, lui chuchota une voix dans sa tête. Elle était sur le point de faire volteface, prête à lui rappeler l'été que Ginny avait passé à l'aider à perfectionner son maléfice de Chauve-Furie. Mais il était son ami et si elle lui jetait ce sort, elle le regretterait après coup. Alors elle continua de s'éloigner, maugréant sombrement dans sa barbe. Et lorsqu'elle croisa Drago au premier étage – un sourcil arqué, se demandant visiblement s'il n'était pas plus prudent de retourner à sa chambre – elle ne put refréner le soudain torrent d'insultes.
Leur chamaillerie habituelle se transforma rapidement en une dispute orageuse aux mots cruels, et plus ils crièrent, plus le besoin de le blesser s'accrut, jusqu'à ce qu'il lâche finalement l'affaire, un grognement agacé s'échappant de sa bouche avant que celle-ci ne s'écrase contre la sienne. Son dos heurta le mur si fort qu'elle en eut le souffle coupé et toute pensée quitta son esprit. Mais cela ne faisait rien, parce qu'elle ne voulait plus réfléchir et respirer n'était rien comparé à la brûlante chaleur qui grandissait dans son bas-ventre. Drago la tira de côté, sa main tâtonnant derrière elle à la recherche de la poignée de la porte qu'il tourna enfin.
Ses lèvres abandonnèrent les siennes à ce moment-là, et elle crut qu'il mettait fin à leur étreinte avant qu'elle ne commence vraiment. C'était trop de rejet à absorber dans son état à fleur de peau et elle allait se mettre à pleurer lorsque ses pieds quittèrent le sol si abruptement qu'elle avala un hoquet de surprise. Elle atterrit sur le matelas dans un humpf. Le corps de Drago recouvrit le sien avant qu'elle ne puisse se plaindre du manque de contact physique prolongé. Les mains du jeune homme étaient partout – le long de ses bras, sur ses cuisses, à travers l'arrière de son haut. Ses mains à elle bougèrent frénétiquement en réponse, se glissant sous son pull. Ses lèvres s'entrouvrirent dans un soupir au toucher de la peau chaude et il profita de l'occasion pour enfoncer sa langue à l'intérieur de sa bouche avec dextérité.
Lorsque le mouvement des mains de Drago se ralentit et que son baiser se radoucit, elle reconnut là les signes de la fin inévitable. La déception écrasa sa poitrine, et il lui fut difficile de lâcher sa taille. Elle laissa sa tête retomber sur l'oreiller, loin de lui, et attendit qu'il grommelle une excuse avant de s'enfuir.
Toutefois… toutefois ses mains se murent à nouveau. Se dirigeant vers les boutons de sa chemise, déboutonnant les trois premiers assez lentement pour lui permettre de protester. Elle ne le fit pas, et les autres suivirent rapidement, à une cadence plus impatiente. La tête de Drago se baissa, son souffle caressant son cou avant que ses lèvres ne s'y déposent. Elle haleta, ses mains agrippant ses épaules.
C'était un mélange de fièvre et de frénésie. C'était peau contre peau, et son torse se pressa contre sa poitrine et elle put sentir son cœur battre furieusement. La colère et la déception, la confusion et la trahison qu'elle avait ressenties au départ soudain d'Harry s'étaient – non pas évanouies exactement, mais plutôt amenuisées sous l'effet de l'étourdissante envie de plus – plus de peau, plus d'ardeur, plus de baisers. La chaleur s'engouffra dans le creux froid que l'absence d'Harry avait créé, inondant le reste de son corps jusqu'à ce que sa peau se mette à fourmiller. Ses mains se déplacèrent toutes seules, tirant sur son haut jusqu'à ce qu'il s'écarte assez pour lui permettre de lui retirer.
Ils prirent la même décision au même moment, interrompant le baiser, leurs mains se portèrent à leurs pantalons respectifs. Hermione ne portait qu'un large jogging retenu à la taille par un cordon et il avait déjà défait le nœud tandis qu'elle se débattait encore, maladroitement, avec la fermeture éclair de son jean. Elle s'arrêta par deux fois – les doigts de Drago la distrayant tortueusement – mais finalement le bouton céda et il gémit d'une voix grave et pénétrante, son visage enfoui au creux de son cou.
Ils s'embrassèrent longuement, tantôt avec passion et tantôt distraitement, leurs lèvres s'effleurant dans des caresses langoureuses. Elle tenta d'approfondir leur échange à plusieurs reprises. Cependant, il l'en empêcha à chaque fois, et elle se contenta de son toucher et ses mouvements au lieu de la colère qui menaçait de faire surface, si elle le poussait trop loin. Lorsque les baisers se firent trop pour lui, il posa son front contre le sien, son souffle chaud s'immisçant dans sa bouche à chacune de ses expirations haletantes. Elle bascula dans l'extase quelques secondes avant lui. Pendant un long moment, ses sens trop ivres de plaisir pour qu'elle remarque quoique ce soit, en dehors de la délicieuse chaleur qui traversait tout son corps. Puis, lentement, elle commença à reprendre ses esprits. Ses orteils se relâchèrent, son corps se relaxant contre le matelas.
Le poids de Drago pesa sur elle sans que cela soit inconfortable. Il se tint immobile plusieurs secondes, et lorsqu'il se déplaça, son corps se retrouva fort dépourvu de sa chaleur. Elle pensa qu'il allait partir, mais il revint presque aussitôt, baguette en main, la pointant droit sur elle. Il va me lancer un Oubliette. La pensée effleura son esprit le temps que Drago mit à prononcer un sort de nettoyage, et un pincement de culpabilité s'empara d'elle. Elle s'attendit à ce qu'il parte après cela, mais il posa sa baguette sur la table de chevet et tira sur les couvertures jusqu'à ce qu'elle comprenne l'allusion et se souleva pour lui permettre de les dégager d'en-dessous d'elle. Il se libéra de son jean, lui retira son propre pantalon. Et quand il se glissa enfin sous les draps à côté d'elle, les paupières d'Hermione étaient déjà à demi clos, son corps un amas de chair et d'os frémissant de satisfaction.
« Tu ne devrais pas être en colère contre Potter. »
Il était silencieux depuis si longtemps qu'Hermione ne put s'empêcher de sursauter à sa voix. Ses yeux s'ouvrirent instantanément.
« Et pourquoi pas ? »
« Il ne comprend pas ce que c'est pour nous. Ce n'est pas de sa faute. Il est enfermé ici sans aucune issue. Sa famille se fait massacrer de tous les côtés. »
« Il nous a nous. » Il m'a moi.
« Ce n'est pas toujours suffisant. »
Elle se hérissa à cela et peut-être qu'il le remarqua parce sa main vint caresser ses cheveux. « Je ne fais que dire ce que je pense honnêtement. Tu n'es pas sa mère, Granger, peu importe à quel point tu essaies de l'être. Il a besoin de s'évader des fois. Etre ici le fait souffrir. »
« Et tu sais tout ça comment ? » Elle savait qu'elle se comportait de façon rancunière mais ne pouvait pas s'en empêcher. Ses paroles lui firent plus mal qu'elle ne désirait l'admettre.
« Il me l'a dit. »
Le choc qui la saisit lutta contre la colère qu'elle ressentait avant que la curiosité ne l'emporte au final. « Vous vous parlez tous les deux ? »
Elle sentit le mouvement de Drago lorsqu'il haussa une épaule. « Des fois. Quand personne d'autre n'est dans les parages. »
« Je pensais… » Elle hésita un instant, peu disposé à rompre la quiétude qui planait entre eux. Drago l'incita à poursuivre et elle finit par articuler, « Je pensais que tu haïssais Harry. »
Il ne répondit rien pendant un long moment et elle crut qu'elle l'avait quand même rendu en colère. Mais elle n'allait pas s'excuser (parce qu'elle était Hermione Granger, et de plus, elle n'avait rien fait de mal). Elle pensa qu'il allait partir lorsqu'il se décida enfin à parler.
« J'ai toujours eu du mal à apprécier Potter. Mais que je l'accepte ou non, nous sommes très similaires. Cette ressemblance engendre une sorte de…compréhension mutuelle. Quelques fois, ton ennemi peut mieux te connaitre que tes plus proches amis. Et c'est souvent plus facile de déverser ses problèmes sur quelqu'un qui s'en fiche. Qui ne t'étouffera pas de sa sympathie, ou tentera d'arranger les choses. »
« Je suppose que je peux comprendre ça, » dit Hermione après un instant.
Drago s'endormit peu après. Hermione resta étendue là à écouter sa respiration régulière plus longtemps qu'elle ne l'admettrait jamais. Lorsqu'elle fut certaine qu'il ne se réveillerait pas, elle pressa son oreille contre son torse et écouta la vie battre sous ses côtes. Elle ferma les yeux et inspira son odeur, faisant mine de ne pas faire attention à la sensation familière (qu'elle n'avait ressenti qu'auprès d'un seul autre homme) qui s'éveilla dans sa poitrine. Parce qu'elle était Hermione Granger, et qu'il était Drago Malefoy, et qu'il y avait des lignes qu'il ne fallait jamais franchir.
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Lors de leur premier essai, Flint fut inconscient pendant une demie heure seulement, et son sommeil était agité, entrecoupé de courts (mortels) soubresauts de conscience. Il cracha sur Fred. Foudroya Drago du regard et le traita de sale traître à son sang. Le deuxième essai le fit vomir si violemment que Maugrey dut intervenir et refusa qu'ils s'approchent de leur cobaye pendant une semaine. (« Vous pouvez expérimenter tant que vous voulez, mais s'il meurt, c'est moi qui vais devoir me taper toute la foutue paperasse ! »). Le troisième essai, les choses commencèrent à avancer. Flint demeura inerte pendant presque trois heures, et lorsqu'il se réveilla, il n'y avait pas de signe de séquelles cérébrales (du moins à court terme). Bien que, comme le souligna Fred, l'on n'était jamais vraiment sûr avec quelqu'un dont le cerveau était aussi petit que Marcus Flint.
La quatrième fois se déroula sans anicroche. Ils allèrent trouver Shacklebolt le lendemain. Il se tint silencieux durant leur présentation, son expression impassible mis à part quand Fred révéla que Drago avait été le premier cobaye. Il les renvoya on leur disant qu'il allait y réfléchir. Lorsqu'ils revinrent, deux heures plus tard, sa mine était grave, à tel point que Drago était sûr que l'homme allait rejeter leur requête. Mais il consentit à tout – au fond nécessaire pour leurs recherches, aux cobayes, au laboratoire adéquat. C'était la première fois que Drago se démenait réellement pour quelque chose. Son père n'avait pas fait jouer ses contacts ni menacé qui que ce soit et sa mère n'avait pas envoyé de généreuse donation à un endroit ou à un autre.
Il lui fallut du temps pour réaliser que cette sensation qui inondait son torse était de la fierté – pas de l'arrogante fierté d'être né avec le bon type de sang, mais la fierté que l'on ressent après un travail bien fait. Il se dit que cela valait bien la peine d'être un traître à son sang.
Merci d'avoir lu. Perso, j'adore le rêve/cauchemar de Drago xD
Un grand merci à Sandrine, Aangel21, Audrey et Ashlolo pour leurs reviews. J'espère que vous avez aimé le chapitre les filles ;)
Pour celles d'entre vous qui suivent aussi "A Nos Actes Manqués", le prochain chapitre sera updated ce soir normalement.
A la prochaine !
