Résumé des chapitres précédents : Kitayama commence à ressentir les effets d'une transformation inachevée. La situation au sein du clan de Jin s'envenime depuis qu'ils n'ont plus leur source d'informations : Uchi. Fujigaya refuse catégoriquement toutes interactions avec les gakis, malheureusement, c'est eux qui viennent le chercher. Alors que Kitayama vit de plus en plus dans ces rêves, Takaki arrive en trombe et en sang pour le ramener dans la réalité.

Inori - Chapitre 6

Je ne connais pas cet endroit. C'est magnifique. Je n'aurai jamais pensé qu'un vampire puisse vivre dans un tel lieu. Avec Tama-chan, on a suivi Takaki jusqu'ici, ou plutôt il nous y a poussés. Depuis l'entrée, j'ai constaté des taches de sang au sol ce qui confirme les dires de Takaki. Il n'y a pas un seul bruit dans l'Antre à part nos respirations saccadées. Je n'ai toujours pas bien compris mon rôle dans tout cela. Même avec la tentative d'explication de Tama-chan, tout ceci reste encore obscur pour moi.

– « Comment tu te sens ? Désolé j'ai essayé de faire vite, mais... on passe à notre tour derrière un rideau.

– Je t'ai dit que ce n'était pas la peine ! Ce n'est pas si... grave... Effrayant !Je pensais que Takaki avait un peu exagéré en disant qu'il perdait beaucoup de sang... Fujigaya est allongé sur un lit, sa chemise blanche est devenue pourpre suite à une mauvaise rencontre avec Ryo semble-t-il... Désolé qu'il vous ait fait venir pour rien... c'est moins grave que ça n'y paraît... son visage se déforme avec la douleur... ça va se... guérir tout... seul ! Merci pour la visite... excusez-moi de ne pas vous raccompagner jusqu'à la porte... mais... malgré que ça ne saigne plus... j'ai quelques difficultés à me déplacer encore... Une fois de plus, il est interrompu par la douleur, son visage est en nage. Il a beau tenter de garder le contrôle de la situation en étant hautain, distant et désagréable, je ne peux m'empêcher d'éprouver de la compassion pour lui.

– Tu sais bien que c'est faux ! Ça ne peut pas se soigner tout seul comme tu le prétends ! Arrête un peu d'être comme ça !

– Je n'ai pas besoin... d'aide... Takaki ! ... Tout en disant ses mots, il a tenté d'agripper Takaki au col de sa chemise, essayant de lui faire comprendre au-delà des mots ce qu'il sous-entendait. J'ai comme l'impression que cela a un rapport avec moi.

– Arrête de faire l'enfant ! Ce n'est pas comme si je te donnais le choix Fujigaya ! Tu sais pertinemment qu'une telle blessure met des mois à se soigner alors que lui... moi ? ... peut le faire en quelques minutes !

– Je ne veux pas qu'il me touche !

– Parce que tu crois que je veux ?! Je te souhaite un bon rétablissement ! Je rentre. Quelle prétention franchement ! Sans attendre de réponse, je me dirige vers la sortie.

– Attends s'il te plaît ! Kitayama ! ... Je ne pensais pas que ça serait Takaki qui me courrait après, je ralentis, mais ne me retourne pas...

– Excuse-le ! Il n'est pas dans son état normal ! Je me retourne et souris...

– Je ne vois pas en quoi son attitude est différente de d'habitude avec moi ?! Il est toujours prétentieux, arrogant, et distant ! Il sait que j'ai raison, mais il ne se décourage pas pour autant.

– Je... je sais, mais... je ne peux pas tout t'expliquer maintenant... mais en réalité il n'est pas comme ça ! C'est quelqu'un qui se soucie des gens qui l'entourent, mais il n'aime pas être dépendant des autres du coup ça mène à des situations comme celle-ci... il a besoin d'aide, mais la refuse... Je suis peut-être un idiot, mais j'ai envie de croire ce qu'il me dit, il ne peut pas être aussi horrible et avoir autant d'amis qui se soucient de lui...

– ... D'accord, je reste... mais à la moindre réflexion un peu trop déplacée je pars qu'il soit soigné ou non !

– Merci ! Merci ! J'ai comme l'impression d'avoir accepté un peu facilement, Takaki me ramène auprès des deux autres... mais je reste loin du lit quand même...

– Pourquoi tu l'as ramené ? ... Takaki se retourne vers moi comme pour vérifier que je ne m'enfuis pas...

– Pour te sauver idiot !

– Tout de suite les grands mots "me sauver"... Je suis pas... à l'agonie non plus !

– C'est vrai, ça se voit ! Pff tu oses dire ça alors que t'es même pas capable de te lever !

– Tamamori vas-y doucement... c'est pas la peine d'envenimer la situation...

– Tiens écoute un peu ce que te dit ton... ton... ce-que-tu-veux je m'en fous ! ... Lui à court de mots ! Étonnant ! La douleur l'atteint plus qu'il ne veut le montrer, Takaki avait raison...

– Tu veux te battre ? Tu n'as pas assez mal comme ça ?

– Bon ! Ça suffit ! Vous vous calmez un peu ! Tamamori va dans l'autre pièce j'arrive...

– ... Quoi ?! Vous allez me laisser seul avec lui ?!

– Chotto matte ! Vous allez pas me laisser seul avec lui ! Je lance un regard furieux à Fujigaya qui a réussi à dire la même chose que moi et en même temps en plus... mais il a de la peur réellement dans ses yeux... et j'arrive à la ressentir à cause de ce truc entre nous...

– Eh bien, pour une fois vous êtes d'accord sur un point ! C'est déjà un début ! ... Takaki se retourne vers moi et me glisse quelques mots à l'oreille... N'hésite pas à te servir de ton pouvoir sur lui s'il est trop réticent et euh... quand tu l'auras soigné il faudrait qu'il boive un peu de ton sang... il a l'air gêné de me dire ça... mais il ne m'a pas dit ce que je suis censé faire pour le soigner...

– Mais qu'est ce que je suis supposé faire pour le... enfin, je dois faire quoi concrètement ?

– Je ne peux pas... Il jette un œil inquiet vers Fujigaya qui visiblement n'essaye même pas d'écouter notre conversation... Je ne sais pas, c'est quelque chose qui dépend de vous...

– Mais comment moi je peux savoir ça ?

– ... Hmm, je pense que lui le sait. En se réveillant ce matin, une blessure qu'il avait au visage avait disparu. Ça doit s'être passé dans "vos" rêves... pourquoi il parle de "nos" rêves ? Je ne sais pas ce qu'il fait dans ses rêves moi ! ... Comment le dire autrement ? Est-ce que dans un de tes rêves tu aurais fait quelque chose pour Fujigaya ? Ça peut être n'importe quoi... Cette nuit ? ... Non... je vois p... Oh ! C'est pas possible ! J'écarquille les yeux... Takaki me sourit légèrement comme s'il avait compris...

– Je vous laisse... »

Tout en disant cela il me pose la main sur l'épaule et s'en va rejoindre Tamamori, je pense. Je le regarde partir comme si on m'abandonnait. Je reporte mon attention sur Fujigaya qui n'a pas dit un mot depuis un long moment. Pas étonnant, il a les yeux fermés et le visage crispé par la douleur une fois de plus. Je ne sais pas s'il dort ou s'il est évanoui... Je n'ose pas me rapprocher... Ce n'est pas possible ! Ce qui se passe dans les rêves ne peut pas avoir d'impact dans la vie réelle ! Je fais le tour du lit sans le quitter des yeux. Je serai responsable de sa « guérison » miracle ?

Et même si c'était le cas, c'est pas parce que ça a fonctionné pour une petite égratignure que ça marchera cette fois ?! C'est pas vraiment la même taille de blessure ! C'est quand même bizarre il n'a toujours pas rouvert les yeux. Je reviens à ma place initiale. Il n'a pas du tout bougé. Je me rapproche lentement. Je pourrais peut être vérifier qu'il va bien... enfin qu'il est toujours en vie... Je m'assois sur le rebord en faisant bien attention à ne pas le toucher. Je l'observe plus attentivement. Je sens que sa respiration est faible. Il ne doit pas être vraiment conscient de ce qui se passe autour de lui.

Lentement, je lève ma main, je la rapproche de son visage. Je referme le poing. Je ne peux pas faire ça ! Peut-être que ça ne fera rien... pis il ne le saura pas tant qu'il ne se réveille pas... Je l'ai déjà fait dans mes rêves c'est pas méchant... c'est juste pour voir ce que ça fait... Je rapproche un peu plus mes doigts de son visage, ils ne sont qu'à quelques centimètres de sa joue... Je pourrai toujours dire que c'était pour vérifier s'il allait bien... J'effleure sa joue et retire ma main aussitôt ! Il n'a pas bougé.

Mes doigts caressent un peu plus longtemps son visage. Il est brûlant. La fièvre fait perler des gouttes de transpiration sur son visage. Je jette un œil autour de moi. Sur une chaise un peu plus loin je repère une serviette. Je me lève et la prends. C'est tellement facile d'imaginer que c'est le Fujigaya de mes rêves... Je me dirige dans la salle de bain et humidifie la serviette. Je vais essayer de faire redescendre sa température, peut être que cela peut fonctionner. Je reviens auprès de lui. Son visage se crispe de temps en temps. Il n'est pas si désagréable quand il ne parle pas...

J'essuie son front... ses tempes... sa mâchoire... Il y a vraiment quelque chose qui cloche chez moi ! Je ne peux pas le trouver... attirant... surtout qu'il est blessé ! Je fais un aller-retour à la salle de bain pour rafraîchir la serviette et mes idées par la même occasion ! Je soulève légèrement sa tête avec ma main gauche et de l'autre, je passe délicatement la serviette dans son cou. Il ne réagit pas. Je repose sa tête avec précaution. Je finis devant sur son torse... Je pourrais peut-être... enlever sa chemise pour nettoyer un peu sa blessure et le sang séché sur son corps... Je retourne à la salle de bain une fois de plus, je remplis une bassine d'eau froide et retourne à ses côtés.

Tout comme dans mon rêve de cette nuit, je défais lentement les boutons de sa chemise. Je ne voudrais pas le réveiller ou lui faire mal. Je passe un pan de sa chemise par-dessus son épaule. La blessure est impressionnante ! Il doit souffrir le martyr ! Il a du courage ! Je ne comprends pas comment ça a pu arriver... Je connais Ryo, il ne lui aurait pas fait ça volontairement... Les courbes de son corps sont exactement comme dans mes rêves ! Je commence à nettoyer le sang tout en restant à bonne distance de la blessure... ça fait un moment qu'il n'a pas grimacé de douleur. C'est rassurant... voilà que je m'inquiète pour lui ! Et puis quoi encore !

Je soulève son bras droit et fais glisser subtilement sa chemise ensanglantée. Je me rends bien compte que cela ne le soigne pas... mais je ne peux pas faire ça... ce n'est pas comme dans un de mes rêves... mais à part ça je ne vois pas ce que je peux faire d'autre... sa fièvre n'a pas baissé et sa douleur n'a pas disparue, elle s'est peut être juste un peu estompé... Je me rapproche de son visage... Je peux juste me contenter de... l'embrasser sur la joue ou le front... sans le réveiller toujours... J'ai une boule au ventre comme si j'appréhendais et en même temps c'est attirant... Je me lance... ma bouche est à quelques millimètres de son front... j'y dépose un baiser. Sa peau brûle mes lèvres c'est sûrement dû à sa fièvre... je m'éloigne un peu et l'observe.

Il n'a pas réagi. Je ne peux pas nier que ce n'était pas... désagréable... la tentation prend le dessus. Je pourrais réessayer pour voir... mais sur la joue cette fois... Sans le quitter des yeux, j'embrasse sa joue avec douceur. J'ai l'impression que la température de son corps est légèrement descendue... Et si tout était vrai ? ... Je me mords la lèvre... est-ce que je peux vraiment faire ça ? Il est inconscient ! J'ai l'impression d'abuser de lui... même si Takaki m'a fait comprendre qu'il fallait que je le soigne à tout prix peu importe la méthode... je n'aime pas ça... Si je me dis que c'est « mon » Fujigaya peut-être que je culpabiliserai moins... et puis j'ai envie de savoir... est-ce que j'ai vraiment « le pouvoir » de le soigner ? ... Non sans appréhension, je colle mes lèvres sur les siennes et les enlève aussitôt. Pas de réaction. Ce n'est pas comme ça que je peux me rendre compte si sa température a baissé ou pas ! Et puis c'est pour son bien à lui ! Je recommence plus longuement. Je ferme les yeux. C'est agréable.

-l-

Je suis comme dans un rêve. Je me sens apaisé. L'atmosphère est douce et rassurante malgré que je sois blessé. Je ne comprends pas trop ce qui s'est passé. Je me souviens qu'à un moment il y avait Takaki et son calice... et Kitayama était là aussi, je crois... avec la douleur et la perte de sang, j'ai dû m'évanouir... Mais pourquoi je me sens aussi bien... la dernière fois c'était... cette nuit ? Avec Lui ?! Je sens la présence de quelqu'un près de moi. Je crois que la perte de trop de sang me donne des hallucinations... J'ai l'impression que l'on vient de m'embrasser... sur la bouche ? Ça recommence ! J'ouvre les yeux brusquement. C'est Lui ! Je n'ai pas besoin de le repousser. De lui même, il s'est levé et est allé se coller le dos au mur. Il a l'air effrayé. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je regarde autour de moi. Je suis toujours dans mon antre, sur mon lit. Instinctivement, mes yeux se posent sur ma blessure. Je n'ai plus de chemise et mon torse a été nettoyé. Je pose une main sur mon front, j'ai moins chaud... comme si ma fièvre était tombée.

– « Hoy ! Qu'est ce que tu m'as fait ?

– Je... je...

– On ne t'a pas demandé de prendre soin de moi ! Mais de me soigner ! ... Je n'aime pas que l'on s'occupe de moi...

– J'ai fait ça pour t'aider, de quoi tu te plains ! Tu préfères être couvert de sang ?

– C'est mon problème pas le tien ! ... Je ne peux pas accepter ça c'est tout ! J'ai l'impression devenir dépendant des gens comme ça...

– Arrête un peu ton cinéma ! ... Il se rapproche de moi, visiblement il y a quelque chose qui ne s'est pas passé comme il s'y attendait... Comment tu te sens ?

– ... Je ne sais pas... ma blessure me fait toujours mal, mais j'ai moins chaud... Il sourit légèrement l'air satisfait et émerveillé en même temps... Qu'est ce que tu m'as fait ?

– On s'en fiche... le principal c'est que ça ait marché non ?

– Non ! Dis-moi ce que tu m'as fait !

– Je... j'ai juste... posé une serviette sur ton front... Il ment, je le vois, et je le sens... merci le lien...

– Ça ne viendrait pas plutôt de ce que tu m'as fait avant que je me réveille ?!

– Je...

– Je le savais, tu as essayé d'abuser de moi quand j'étais dans les vapes !

– C'est faux ! Je ne suis pas comme ça !

– Si je ne m'étais pas réveillé t'aurais été jusqu'où ?

– C'est bon ! Je ne t'ai pas violé non plus ! Et puis Takaki a dit que... mais qu'est-ce qu'il essaie de faire ? J'ai du mal à bouger... mon corps est lourd... j'avais le droit d'utiliser mon pouvoir sur toi !

– Espèce de lâche ! Tu crois que tu peux me contrôler comme dans tes rêves ! »

-l-

Comment il peut savoir ce qui se passe dans mes rêves ? Et de quoi il parle exactement ? Je n'aime pas ça...

– « Je ne vois pas de quoi tu parles ! Et ça ne te regarde pas ce que je fais dans mes rêves ! ... Euh... Il faut que je lui demande si c'est vrai... j'ai besoin de savoir si cette nuit... c'est vrai que tu as une blessure qui a guéri toute seule ?

– ... En quoi ça te regarde ? ... Il sait où je veux en venir, je le vois dans ses yeux...

– Répond juste ! ... Je resserre mon emprise pour lui faire comprendre que je veux une réponse, mais sans lui faire mal...

– Hoy ! C'est bon pas besoin de faire ça ! Oui, c'est vrai ! Content ! ... À vrai dire, je ne suis pas sûr que ça me réjouisse cela signifie quand même que mon intuition de départ quant à la méthode était juste, ça veut dire que je vais devoir... tu peux lâcher maintenant c'est bon ! Je ne vais pas m'enfuir non plus... comment dire je suis déjà dans l'incapacité de... »

Il n'a pas le temps de finir sa phrase. Il se recroqueville sur lui même. Sa blessure le fait violemment souffrir. Je peux la ressentir aussi. Sans réfléchir, je cours jusqu'à lui, je m'agenouille par terre pour être à sa hauteur. Je ne sais pas ce que je peux faire pour le soulager. Je le saisis par les épaules et essaye de le rallonger sur le lit. Rien n'y fait ! La douleur persiste. C'est comme ci je portais en partie sa blessure. J'en ai la tête qui tourne. Il ne peut pas rester allongé. Je m'assois sur le rebord.

Dis-moi ce que je peux faire pour te soulager ! Il se rassoit sur le lit. Une idée vient, c'est comme une évidence ! Je me saisis de son visage. Et sans lui laisser le temps de comprendre, je l'embrasse. C'est un geste à moitié désespéré, mais c'est la seule solution que j'ai trouvée. Je l'embrasse comme si ma vie en dépendait aussi. Mes mains l'empêchent de s'enfuir. Il se débat légèrement. Sa bouche reste close, mais ses lèvres sont douces et agréables... Il cesse de se débattre petit à petit... Je sens que la douleur commence à s'estomper... Il a compris aussi pourquoi je faisais ça...

Doucement, il répond à mon baiser. Il se calme peu à peu, ses muscles se détendent. Je reprends ma respiration et lui jette un rapide coup d'œil, ses yeux sont fermés. Il est magnifique. C'est difficile de se refréner. Je m'empare de sa bouche à nouveau. Il ne montre aucune résistance cette fois. Je joue avec ma langue sur ses lèvres. Je ne résiste pas à aller plus loin. Je tente une intrusion dans sa bouche. Oh ! Je ne sais pas ce qui se passe. Je ne contrôle plus rien.

-l-

Je sens la douleur qui diminue petit à petit. Sans chercher à comprendre ce qui se passe, j'intensifie notre échange. C'est comme de la morphine, je me sens bien. Je commence à retrouver mes idées. La douleur est partie aussi vite qu'elle était venue grâce lui... c'est agréable... Je n'ai plus conscience de ce qui m'entoure... il est tendre... Stop ! Je le repousse d'un geste brusque. Mes pensées me font peur. Je ne peux pas me mettre de l'apprécier comme ça !

– « Lâche-moi !

– Ça n'avait pas l'air de te déplaire pourtant !

– C'est toi qui m'as obligé !

– Au moins, les petites plaies se sont refermées ! Mais pourquoi ton ventre non ?!

– Qu'est ce que ça peut te faire ? La blessure est trop profonde pour être soignée aussi facilement...

... Je ne comprends pas pourquoi tu n'es pas guéri complètement ?! ... Il ne m'écoute pas du tout... je crois même qu'il m'ignore...

– Ne surestime pas ton pouvoir ! Tu ne peux pas tout résoudre sous prétexte d'être... Je ne peux pas lui dire la vérité, il est hors de question qu'il sache comment maîtriser ça...

– Qu'est ce que tu ne me dis pas ?! ... Comment il sait ?

– Tout ! ... Mon ventre me fait souffrir, mais je ne peux pas le montrer, il faut qu'il parte...

– Je vois que tu as mal ! Plus vite tu me dis ce qu'il faut que je fasse plus vite je pars alors ?

– ... jamais...

– Donc c'est quelque chose qui te dégoûte vu ta tête...

– C'est sûr que toi c'est quelque chose qui ne te dérange pas visiblement...

– Qu'est ce que tu veux dire ?

– Que dans tes rêves... ça ne te dérange pas de faire ce genre de choses... Merde ! J'en ai trop dit !

– Comment tu sais... ce qui se passe dans mes rêves ? ... Je n'arrive pas à savoir s'il est irrité ou s'il tente de comprendre...

– T'inquiète pas si j'ai été trop méchant tu peux partir je ne te retiens ... Il me sourit ! Pourquoi ?

– Bien essayé ! Mais il m'en faut plus ! Je ne sais pas comment tu es au courant pour les rêves, mais je le découvrirai... à moins que tu bluffes... Comment je peux bluffer sur un truc comme ça ?! Il est plus tenace que ce que je croyais... Donc de ce que tu dis il faut... mais pars ! ... C'est proportionnel à la taille de la blessure...

– ... Mais pourquoi tu ne pars... pas... à la fin ?

– Parce que même si je t'aime pas vraiment... Ce n'est pas ce que tu as dit la nuit dernière... Tu as besoin de mon aide pour guérir et en plus si je ne le fais pas, tu ne pourras pas continuer à chercher...

– Ne me sous-estime pas ! Ce n'est pas ça qui va m'empêcher de bouger !

– Alors, vas-y ! Lève-toi ! ... Je vais lui prouver qu'il a tort... je... ne... peux...

– Pourquoi tu fais ça ?! Arrête !

– Je suis désolé, mais c'était pour être sûr que tu ne puisses pas bouger et t'enfuir ! ... La blague ! Comment je pourrais m'enfuir ? ... Pas que j'aime cette méthode, mais ils m'ont dit de te soigner à tout prix ! Et ne crois pas que j'apprécie ce que je vais faire ! ... Menteur je suis sûr que tu me l'as déjà fait dans un de tes rêves ! …

– Enlève tes mains de... Enfoiré ! Il utilise son pouvoir pour m'empêcher de parler...

– Je ne sais pas imagine que c'est quelqu'un d'autre à ma place... je fais juste ça pour te soigner je te le répète encore une fois ! Je peux te promettre de ne prendre aucun plaisir à faire ça ! Et c'est autant gênant pour toi que pour moi ! ... »

Ce n'est pas le problème que ce soit toi ! C'est juste que cette méthode est humiliante pour moi ! Pourquoi c'est pas comme les autres un truc tout gentil tout mignon ?! Je ferme les yeux je veux ne pas voir ça... je sens ses doigts trembler en défaisant les boutons. Ce n'est pas comme si c'était la première fois qu'il le faisait... mais cette fois je suis le « Fujigaya méchant » de la réalité ! Pas celui qu'il affectionne et qu'il cherche à retrouver dans ses rêves tout le temps.

Au final, il ne connaît de moi que ce que je veux bien lui montrer... Ses mains font légèrement glisser mon pantalon. C'est horrible de se retrouver à demi nu devant quelqu'un qu'on ne... je sais plus où j'en suis ! Même les yeux fermés je peux sentir son regard sur moi, son hésitation... si je le dégoûte autant qu'il ne le fasse pas ! Je me demande ce qui est le pire qu'il ose le faire en pensant à l'autre ou qu'il ne le fasse pas ?

Décide-toi ! ... Je ne peux pas le faire pour toi... cette attente est interminable ! Il n'aurait pas autant hésité si ça avait été un autre ! Je sais que c'est moi qui ai créé cette situation, mais être impuissant comme ça, ne pas pouvoir contrôler ce qui se passe j'ai l'impression d'être des années en arrière quand j'étais le jouet des gakis...

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Je crois que je commence à le comprendre de plus en plus... je ressens sa peine... je devine facilement que ça a un lien avec son passé. De ce que m'a expliqué Tama-chan, il a des antécédents difficiles avec les gakis. Au final, il est comme tout le monde, malgré le rempart qu'il s'est créé. Je relâche un peu l'emprise que j'exerce sur lui. J'ai abusé en l'empêchant de parler. Je suis désolé. Il ne se débat plus. Je pense qu'il s'est résigné. Il ferme les yeux comme si j'étais son pire cauchemar. Est-ce que je suis bizarre de trouver ça mignon et touchant ? Il n'est pas dans une position très agréable alors je ne peux pas lui en vouloir. En le regardant, je me dis que peut-être les « deux » Fujigaya ne font qu'un en réalité ?! C'est peut-être trop si je commence directement. Je devrai peut-être le mettre à l'aise ? Faut que je lui parle ? Ou un geste suffira ? Il va croire que j'hésite et que je vais partir en trombe si je ne fais rien. Il a peur. J'ai l'impression d'être le méchant qui essaye de le tuer !

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Il se lève du lit ! Alors finalement il a capitulé ! Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou non ?! J'ouvre les yeux. Il ne prend pas la direction de la sortie contrairement à ce que j'aurai pensé. Il va dans la salle de bain. Je le fixe interloqué. Il revient vers moi et s'assoie à côté de ma taille. Il a un couteau dans la main. Mais qu'est ce qu'il va me faire ? Non ! Il vient de s'ouvrir la paume de la main gauche ! Mais pourquoi ?

« C'est pourtant évident ! C'est pour qu'on soit à armes égales ! Tu pourras plus dire que c'est moi le méchant qui abuse de toi ! » Sans que je puisse dire quoi que se soit. Il place son poing serré au-dessus de ma bouche. Une première goutte de sang tombe sur mes lèvres. Puis une deuxième. Instinctivement, ma langue les récupère. Son sang est si bon ! Tous les autres sont si fades à côté. J'en veux encore. Plus. Ça ne coule pas assez vite. Sans trop me relever, je saisis son avant-bras et le mords au poignet en faisant attention à ne pas lui faire trop mal.

Je crois qu'il sourit. Je ferme les yeux de bonheur. Je ne connais rien de meilleur au monde que de boire quelque chose d'aussi exquis. Gorgée après gorgée, je n'arrive pas à être rassasié. « Je pense que c'est bon ! Tu as bu assez ! Je commence à avoir le bras qui s'endolorit ! » Mon festin s'arrache à moi. Je le fixe. Je viens de me rendre compte qu'il m'a libéré. J'ai pu bouger sans problème.

– « Tu as repris un peu de tes forces ?

– Oui... merci...

– Ne me remercie pas trop vite ! J'ai fait ça pour que tu ne puisses pas dire que c'est du viol ! Avec ce que tu as bu, tu peux te défendre?!... »

Alors là je ne pensais pas qu'il était capable d'un tel truc !

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Avant qu'il comprenne, je peux tenter de reprendre là où j'en étais. Il ne me quitte pas des yeux. Il ne dit rien. J'effleure sa peau à la limite de son boxer. Son bas ventre frissonne. Je ne sais pas trop où je dois regarder. Si je fixe ce que ma main est en train de faire je vais passer pour un pervers, si je le regarde dans les yeux je vais rougir... et si je fixe sa plaie ça fait genre j'ai aucun sentiment... ça serait tellement plus simple s'il ne me regardait pas ! Lentement, je laisse glisser ma main par dessus le tissu. Je me sens rougir j'espère qu'il ne l'a pas remarqué !

– « Chotto matte ! ... Il me saisit le bras... qu'est-ce que tu fais ?

– Hmm... je tente de te soigner ! ... Visiblement, il n'a pas fait attention à mon trouble...

– Je pense que je vais survivre comme ça ! Le sang que tu m'as donné... suffira !

– Est-ce que c'est possible d'être aussi têtu ?!

– Oui toi ! ... Très malin ! ... Tu n'auras qu'à faire ce genre de chose au Fujigaya de tes rêves, je suis sûr que ça te dérangera moins ! ... Il a réussi à me mettre en colère avec juste une phrase...

– Comment tu sais ?! Et pour qui tu te prends pour me juger comme ça ? ... Je me défais de son emprise d'un geste brusque...

– Je le sais ! Point ! ... Pourquoi je lui ai redonné autant de force ? Ne t'en fais pas j'aurai préféré ne pas voir ça ! Ni même entendre ! ... Entendre ?! S'en est trop il faut que je sache... sans réfléchir je le menace avec le couteau qui m'a servi un peu plus tôt... Qu'est ce que tu crois faire ? ... Une fraction de seconde ! C'est le temps qui lui a fallu pour me désarmer et m'attraper les poignets...

– Lâche-moi ! »

Je suis bête ! C'est sûr qu'à rester assis sur le bord du lit, je ne peux pas avoir l'ascendant sur lui... alors qu'il est blessé... Alors que si je me place au-dessus de lui je pourrai parfaitement le contrôler... Sans attendre, je me lève d'un coup, il n'a d'autre choix que de me lâcher, j'en profite pour inverser la tendance en lui planquant les mains au-dessus de sa tête avec ma main gauche.

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À lui avoir saisi les poignets comme ça, la douleur est revenue et plus forte qu'avant. Mais qu'est ce qu'il fait ? Il s'est installé à califourchon sur moi pour pouvoir me maîtriser ! Mais c'est pas vrai d'être aussi bête ! Pourquoi il s'entête à utiliser la force ? Et son pouvoir ?

– « Parle ! ... Et pour dire quoi ? …

– Dégage de sur moi !

– Pas avant que tu m'aies dit comment tu sais ! ... Réfléchit abruti...

– Tu n'as toujours pas compris ? On partage les MÊMES rêves ! ... J'ai peut-être été un peu brusque, mais il m'a cherché et il m'a fait mal... la douleur est grandissante et pulse au rythme de mon cœur. J'esquisse une grimace.

... On en reparlera plus tard ! Mais ne crois pas qu'on va en rester là ! Franchement si tu n'étais pas si mal en point je ne me priverais pas de...

– De ? ... Va y te gène pas ! Je suis impatient d'enten... dre la suite !

– OK ! Au lieu de jouer à qui plus con alors que tu as mal visiblement... je te soigne et après on se bat autant que tu veux... parce que ça me gênerait de battre un infirme !

– Hoy ! ... Il n'a pas tord sur un point... j'ai... vraiment trop mal... me battre avec lui n'a fait qu'amplifier la douleur... j'ai de plus en plus de mal à respirer... C'est... d'accord... »

Comme pour lui montrer que j'accepte le compromis je ferme les yeux. Je ne veux pas voir ça. Je n'avais pas réalisé que j'étais si peu vêtu durant notre « échange ». Lentement, il diminue la pression sur mes bras jusqu'à me libérer complètement. J'arrête de respirer, sa main effleure ma virilité. Ce n'est pas possible ! Pourquoi c'est la seule solution ? Il faut que je pense à autre chose... mais quoi ? Comment fait-il pour réussir à... sa main est chaude... ou alors c'est moi qui ai chaud... Une idée il faut que je trouve une idée... ah... ah non je... Mon corps réagit aux aller-retour qu'il fait sur mon...

Je peux respirer de nouveau correctement et la douleur repart une fois de plus aussi vite qu'elle était venue. C'est vraiment trop gênant ! Malgré tout, j'ai l'impression que cela ne suffit pas à faire refermer la plaie principale, elle est trop profonde. Il a arrêté. Pourquoi ? Je n'ose pas rouvrir les yeux j'ai trop honte. Peut être que lui aussi a remarqué que ça ne se soignait pas complètement et que... Chotto ! Comment sa main a pu se retrouver en dessous aussi vite ? Je pose une de mes mains sur mes yeux. Je crois que je n'ai pas connu de situation pire que celle-ci ! Le pire c'est que je le fais de mon plein gré ! ... Il est doux... je ne peux pas penser ça ! Il m'a drogué avec son sang c'est pas possible !

La température de mon corps augmente encore. Je me mords la lèvre. Je tente de contrôler ma respiration qui, contre ma volonté, s'accélère, tout comme ses soins d'ailleurs. Dans un mouvement désespéré, je plaque le dos de mon poignet contre ma bouche pour tenter d'étouffer un gémissement. Pas moyen que je lui montre que je ne suis pas indifférent. Je suis sûr qu'il pense à l'autre pour être aussi tendre ! J'ai la tête qui tourne... ce n'est pas déplaisant pire même c'est plaisant... je... je ne suis pas sûr de pouvoir me retenir encore longtemps... je... Chotto !

Mais... je pose mon autre main là où plus tôt j'avais un trou dans le ventre. Ça s'est refermé ! Oh ! Il a réussi à me guérir... Comment je peux douter encore ? Il n'y a plus aucun doute sur le fait qu'il soit mon calice ! J'ouvre les yeux brusquement. Il me fixe. Il rougit. Pourquoi ? De nous deux, c'est quand même à moi d'être le plus gêné ! « Je ne suis pas l'autre Fujigaya pas besoin de te donner autant de mal ! Je suis guéri... tu peux arrêter de me tripoter ! » Je ne voulais pas être aussi blessant. Les mots ont dépassé ma pensée. Je voulais juste lui montrer qu'il pouvait arrêter. « Va te faire foutre ! » Il semble qu'il ait très mal pris ce que je lui ai dit. Sans attendre de réponse, il part précipitamment.

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Note : Merci d'avoir lu ce chapitre ! Merci pour les reviews ^_^ ! N'hésitez pas à nous laisser des reviews, des avis, des critiques (constructives :p ), on prendra le temps de vous répondre par MP !