La malignité de la lionne


Sa main chaude sur sa peau. La Lune clairsemée. La terre humide et fraîche sous ses doigts, sous ses ongles. Un être enchanteur s'était emparé de son âme. Son cœur au creux de sa main. Son cœur. Son joyaux. Son sang

Comment continuer à avancer après telle aventure ? De telles émotions peuvent-elles être réellement ressenti sans anéantir son hôte ? Elle ne connaît rien d'autre que la violence, les gestes abruptes et maladroits pour exprimer ce qui fait mal, ce qui s'insinue comme du poison dans ses veines, ses muscles, ses tendons, la moindre parcelle de ce corps dont elle aimerait l'explosion. Que la violence pour faire ressortir ce venin âpre qu'est ce non-passé qui la bouffe littéralement, qui l'amène au fond d'un abîme sans fond. Elle n'avait eu de cesse de jouer à la funambule afin de ne pas sombrer définitivement. On croit vivre avec, on croit avancer avec mais il suffit de quelques mots pour que l'on comprenne qu'un abîme n'est jamais rempli si on l'ignore. Et il avait prononcé ces quelques mots... Le monde des non-vivants. Le Néant. Cet endroit tabou, anathème de nos chaînes. En savoir plus... Elle n'y avait jamais pensé, ne s'était jamais vraiment autorisée à y penser car elle croyait de toute son âme qu'il était impossible pour elle d'en savoir plus un jour.

Azèle se réveilla en sursaut, pourtant, pas un seul cauchemar ne l'avait visité pendant la nuit. La lumière orangée habitait toujours la tour. La tête de dragon reposait sur une branche, ronflait paisiblement. Il était 2h du matin. Après la supplique de Malefoy, Azèle s'était levée et telle un zombie était retournée auprès du Dragamyrh. Tout d'un coup abattue par tant d'émotions, elle s'était allongée et le chant des fées s'était intensifié dans sa tête et l'avait transporté vers Morphée. Malefoy était assis contre le mur en face, la tête baissée dans ses bras. La lassitude l'avait donc emparée lui aussi ? Elle avait entendu le désespoir dans sa voix et pourtant, lui, pour qui, l'intransigeance était son Dieu. Elle avait tourné le dos à celui qu'elle avait laissé la toucher elle et sa gomme. La main de l'infâme porte son nom. Du poison était sorti de sa bouche et l'avait complètement incendié. Ne voulant plus réfléchir à son accablement, elle se rendormit vers un sommeil salvateur.

Hagrid prit la relève le lendemain matin à 10h. Azèle dormait encore profondément à son arrivée. Malefoy était couché mais elle n'aurait su dire s'il dormait ou attendait que le temps passe.

Cela faisait trois jours que l'incident dans la forêt s'était produit. Comment appeler cela autrement ? Il était pourtant sûr qu'elle dirait oui. Il aurait pu le jurer, il l'avait senti la réponse dans chacune de ses abominables cellules. Le moment était plus que propice, inespéré. Elle était comme ailleurs, changée. La nervosité l'avait quittée, toute once de violence avait disparu. Il avait pu lui dérober ce fameux objet, la toucher. Alors il avait essayé. Qu'il pouvait être stupide. Il s'en cognerait la tête contre un mur tant cela le bouffait ! Et cette contraction... Il avait su immédiatement qu'il l'avait perdue à ce moment-là. Y était-il allé trop brutalement ? Keller n'est pas chose aisée à manier. Et dire que tous les autres lui semblaient si simples. Toujours cette connasse de vie. La seule personne dont il avait besoin se révélait être la seule qui lui était insaisissable. Il ne s'attendait pas à ce que son refus ouvre en lieu un océan de désespoir. Il avait toujours réussi à maintenir la tristesse et la dépression loin de lui, mais là, un barrage s'était craqué subitement, sans crier gare, sans même qu'il ait vu venir la moindre fissure. Pourtant, les fissures étaient belles et bien là et ce depuis toujours. Mais il avait ignoré son état, préférant combattre chaque jour. Mais ce désespoir qui l'animait à présent... C'était totalement déraisonnable et antinomiquement pas lui. Depuis cet instant-là il essayait de se ressaisir, de prendre l'eau à bras le corps pour le remettre là où elle était. Sa raison lui disait qu'il fallait laisser du temps à Keller, que c'était fastidieux pour elle. Mais non, lui, il était là, ayant totalement perdu la foi, prostré, inutile. A chaque fois qu'ils avaient cours ensembles, il ne pouvait s'empêcher de l'épier au risque de perdre son fichu masque de glace. Il ressemblait plus à un chien réclamant son os. Elle, elle semblait être partie, mais sans lui...


Une semaine s'était écoulée et le lendemain aurait lieu le cours de potion. Ce fameux cours où il était en binôme avec son seul espoir. La semaine dernière, dû à une absence de Slughorn, le cours avait été annulé. Il n'avait pu se rapprocher d'elle, là il fallait qu'il tente quelque chose, il ne pouvait plus se traîner ainsi. Demain, il passerait une heure entière auprès d'elle.

Keller émeraude

Il n'avait cependant aucune idée de ce qu'il devait faire ou dire. Ne rien dire peut-être ? Quand il se demanda s'il ne devait pas utiliser la légilimancie sur elle pour mieux la comprendre. Mais elle ne le laisserait pas faire et il la perdrait un peu plus.

Il n'en pouvait plus de rester dans son dortoir à se remuer les méninges. Il partit se balader dans les dédales du château. Lorsqu'à un détour, espoir inimaginable, il la vit. Elle marchait silencieusement. Sa longue capuche rabattue sur sa tête. Une fois de plus il ne contrôla pas ce qu'il fit. Il lui courut après. Une fois à sa hauteur, il lui attrapa ce même poignet qu'il lui avait violenté, mais à présent c'était simplement pour qu'elle lui fasse face. Il fut plus brutal qu'il ne le pensa, sûrement à cause de l'énergie du désespoir, et elle fut projetée contre le mur. Elle avait déjà sortie sa baguette et lui menaçait la carotide.

- Joli réflexe, Keller, dit-il en regardant comme un dément la dangereuse baguette.

Il lui tenait toujours le poignet pour ne pas la perdre à nouveau.

- Je veux juste te parler, rajouta-t-il rapidement.

- Non, dit-elle simplement en rangeant sa baguette et amorçant un mouvement pour se dégager.

Il lui prit les épaules pour la forcer à lui faire face.

- S'il-te-plaît ! Tu n'as rien à dire, mais écoute-moi.

Elle leva des yeux durs vers lui mais ne dit rien et ne bougea plus. Il prit ça pour un accord.

- Écoute, je dois aller là-bas. Mais seul, tu te rends bien compte que je ne peux pas. Nos pouvoirs sont sans communes mesures. Nous sommes puissants Keller. Toi et moi, unis, on peut y aller. C'est sûr ce ne sera pas de la rigolade. Mais toi aussi tu as tout intérêt à y aller.

- Dégage, cria-t-elle énervée.

Elle tourna les talons et partit. Il la rattrapa encore. Il ne vit pas arriver la gifle qui retentit superbement sur sa joue droite. Alors, hagard, il la laissa partir. La rage s'empara de ses membres. Il eut envie de tout casser, tout détruire. Il connaissait que trop bien cet état. Il appuya sa tête contre le mur et se força à respirer longuement et fortement. Mais cette veine dans sa tête ne cessait de battre à tout rompre et le rendait dingue. Et s'il l'a rattrapait encore ? S'il laissait aller toute sa violence ? Si la bête en lui le consumait totalement, il la tiendrait de toute ses forces et il n'aurait plus qu'à prononcer la formule qu'il connaissait par cœur à force de la lire comme un fou obsessionnel. L'énergie de leur puissance culminée les emmènerait vers le Non-Monde. "Trop risqué" dit-il à voix basse contre lui-même. Entendre sa voix le fit sursauter. Il perdait complètement pied. Il agrippa sa tête entre ses mains. Il avait tellement envie de se laisser aller. Non. NON ! Il se précipita dans son dortoir, bouscula quelques élèves avec violence et en renversa même deux. Il se mordait désormais la langue pour ne pas perdre possession de lui-même. Arrivée à la salle commune des serpentards, il monta quatre à quatre les marches menant à son dortoir. D'un coup de baguette, il ouvrit le coffre sous son lit. Sous la violence de sa magie, le verrou explosa, mais il n'en avait que faire. Il s'empara de sa mallette en cuir et s'enfuit presqu'en courant dans la salle de bain des préfets du 6ème étage abandonnée car trop loin de tous les dortoirs. Il était en sueur, une gouttelette coulait sur sa tempe. Il avait l'impression que cela faisait des jours qu'il courait à travers tout le château, qu'il courait après lui-même. D'un geste énergique magique, la porte de la salle de bain s'ouvrit à la volée. Elle était gigantesque. De sa baguette, il commanda aux différents objets de sa mallette de s'entreposer devant lui. Il ferma la porte et l'ensorcela pour être tranquille. De sa main, il commanda au robinet de la salle de bain de s'ouvrir et de déverser ses enfers chaudes. Il prit une fiole au contenu noir opaque et une seringue stérile. Il l'a remplit du liquide épais et visqueux, ses mains tremblaient, il ressemblait à un fou. Sans ménagement, il s'enfonça l'aiguille dans son bras. Le soulagement fut quasi-instantanée. Il s'allongea doucement sur le carrelage. L'eau bouillante commençait déjà à se condenser et à créer une fumée dans l'immense salle, recouvrant les vitraux enchantés représentant sirènes , marins égarés et d'autres multiples créatures sous-marines. La buée se fit plus intense et enveloppa son corps qui se refroidissait déjà. Il respirait plus lentement, difficilement. Les yeux mi-clos, la bouche entrouverte, Draughar Malefoy sombra dans la vacuité, le Vide.

Lorsqu'il se réveilla, le bruit de l'eau qui coulait en trombe dans les lavabos lui perçaient les tympans. Il regarda l'heure sur sa montre à gousset : 7h du matin. Il avait donc dormi une bonne partie de la journée et toute la nuit. La reprise de la drogue avait été trop foudroyante pour lui. Le corps se déshabitue vite des merdes qu'on lui fait subir. C'est une bonne chose en soi mais pas pour les gens comme lui. Trois semaines sans drogues... Il n'était plus habitué à de telle dose. D'ordinaire, les lendemains étaient difficiles mais là il se demandait s'il serait seulement capable de se relever. Il essaya de lever un bras. La douleur fut fulgurante. Il réunit toutes ses forces pour se mettre sur le ventre et tendit le bras comme un mourant vers son sac qui était pourtant juste à quelques centimètres de lui. Tout en grimaçant de douleur, il fouilla dedans. Il attrapa alors un petit flacon contenant un liquide bleu. Il réussit à l'ouvrir et le but d'une traite. Au bout d'un quart d'heure, il put enfin s'asseoir. Il lui fallait absolument arrêter ce bruit. Il attrapa sa baguette, et ferma mollement tous les robinets. Il se prit la tête entre les mains, soulagé. Il lui fallait une deuxième dose de l'antidote. Il fouilla dans son sac mais il n'y en avait plus. Maudit soit-il ! Quelle idée à la con d'arrêter de se droguer du jour au lendemain ! Ce n'était pas sensé. Le retour au château n'allait pas tout régler comme par magie. Le combat avec Keller aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, il avait déjà perdu le contrôle, il aurait dû en reprendre, même un petit peu. Juste pour que cela n'arrive plus. S'en assurer. Non, il s'était cru plus fort que tout ça. Il balança son sac sous la colère. Cela allait être une dure journée mais il lui en fallait plus pour lui faire louper les cours.

Le premier cours fut a leçon de potion. Il en avait oublié Keller avec toutes ces conneries. Cette dernière, fidèle à elle-même, tirait une tronche épouvantable. Il lui jeta un regard noir. Il la détestait de tous ses membres, mêmes ses poils et ses cheveux exsudaient de la haine par la gryffondor. Mais elle, non. Elle ne prêta aucune attention à lui et s'était mise dans un bout du couloir avec Potter bande. Quelle belle brochette de connards ces quatre-là ! De toute manière, tout ce qui pouvait s'approcher d'elle était de la vermine. Pourtant, de l'extérieur, il ne laissait rien transparaître. Il n'avait pas fait attention ces derniers jours, mais maintenant qu'ils aillent tous se faire foutre. Désormais plus rien ne se lirait sur son visage. Son parfait masque. Rien. Ni la haine pour celle qu'il l'avait mise dans cet état, ni la douleur qui lui tordait les membres. Slughorn arriva et tous prirent place dans la salle. Draughar grimaça au fond de lui lorsqu'il dut s'asseoir sur son tabouret. Même s'asseoir lui faisait mal putain ! Et tout ça à cause de cette garce aux cheveux longs à ses côtés. Il n'eut jamais eu autant envie de tuer quelqu'un. Par expérience, il savait comme cela peut être libérateur. Il s'imagina la tuer de ses propres mains sans magie. A l'aide d'une dague par exemple. Lui enfoncer dans le ventre et voir son regard surpris et éploré.

Il était plus lent que d'habitude pour la préparation des potions. Chacun de ses gestes étaient douloureux et il ne pouvait pas aller plus vite que la musique. De plus, son esprit était confus. Il revoyait sans cesse des scènes qui venaient tout juste de se dérouler. Il regarda de nouveau Keller. Elle était concentrée à découper une racine quand sans réfléchir il lui enfonça sa propre lame en bas du ventre. Un filet de sang jaillit de ses lèvres. Quelques élèves ayant vu la scène se mirent à crier. Quand un hurlement strident de Londubat le ramena à la réalité. Ce dernier s'était brûlé évidemment. Draughar regarda Keller. Elle découpait toujours sa racine, toujours aussi vivante et pleine de santé. Il était encore drogué. Réalité et pensées se confondaient. A tel point que, cinq minutes plus tard, il vit un petit dragon bleu marcher au milieu de la salle et boire la préparation de Weasley, qui lui ne voyait rien bien entendu. Le blond essayait de ne rien montrer. Quand la voix de Keller retentit près de lui :

- Malefoy, je pensais que c'était impossible d'y aller.

Et maintenant, il l'entendait causer. Quel bordel. " Là je prends mes désirs pour la réalité" se dit-il. Il continua à regarder le dragon fixement. Il y a bien quelque chose ou quelqu'un qui allait le faire sortir de cette torpeur : Lomdubat qui se sectionne un bout de doigt peut-être. Mais quelqu'un lui bousculait le bras. Keller.

- Hey ho ! Tu es là ? Je te parle !

Il se retourna vers elle, le visage impeccablement impassible.

- Répète, lui ordonna-t-il menaçant.

- Je croyais qu'on ne pouvait pas y aller.

Il la regarda interdit. Alors ainsi, elle y avait réfléchi sérieusement. Il s'était mis dans tous ses états pour rien. Seul le temps avait eu raison d'elle.

- Je t'ai dit qu'on pouvait réussir.

Elle le regardait intensément. Fichus yeux. C'était trop intense pour lui aujourd'hui. Il retourna à ses feuilles.

- Je veux en savoir plus, déclara-t-elle.

- Tout à l'heure, midi à la salle de bain des préfets-en-chef désertée.

Ils arrivèrent en même temps à l'entrée de la salle aux multiples bassins, ce qui n'arrangeait pas Draughar qui n'avait rien rangé en partant ce matin, laissant ses précieuses affaires au premier connard qui connaissait le mot de passe. Il pesta contre lui-même. Ils avaient tous deux rabattus leur capuche sur leur visage. Visiblement, aucuns des deux ne souhaitaient être vu en la présence de l'autre.

Le regard de Malefoy avant qu'il n'ouvre la porte glaça la sorcière. Elle ne l'avait jamais vu regarder quelqu'un ainsi, même lorsqu'il avait essayé de la tuer. Il pénétra en premier dans la salle de bain. D'un coup de baguette, de multiples objets se rangèrent dans une petite mallette d'apothicaire. Azèle regarda le serpentard perplexe.

- Que fabriquais-tu ici ?

- Je ne vois pas très bien ce que ça peut te foutre, maugréa-t-il en fermant la mallette.

Azèle se sentit tout d'un coup exaspérée. Que faisait-elle ici à discutailler avec l'ennemi ? Elle avait à l'instant presque la preuve qu'il tramait quelque chose, sans parler du fait qu'il voulait aller dans le non-Monde ? A quels fins désastreuses ? Et elle ? Que fichait-elle avec ce gars, comme s'il pouvait être la porte vers un espoir inimaginable...

- Je me demande franchement ce que je fous ici, dit-elle en chuchotant assez fort pour qu'il l'entende.

Il la regarda interdit sans mots dire. Il semblait réfléchir à ce qu'il allait dire.

- Tu n'es qu'un ennemi, lâcha-t-elle sans plus se contenir. J'arrive et tu ranges tout un sacré matoss de potion. C'est tellement suspect. Il est évident que tu prépares un mauvais coup. C'est quoi le but de la manœuvre ? Venger son papa ? Ou alors Voldemort t'a demandé quelque chose ?

En guise de réponse, Malefoy s'assit au sol tout en grimaçant de douleur. Elle le regarda suspecte.

- Que veux-tu savoir ? Lui demanda-t-il comme si elle n'avait rien dit.

Elle s'assit à son tour en tailleur, au sol, face à lui. Elle ne sut pourquoi elle n'avait pas simplement tourné les talons. Mais le fait était là, elle était prête à l'écouter, voulait l'écouter. Elle aurait le temps ensuite de réfléchir à ce qu'il allait dire. De plus, ce serait peut-être l'occasion de tirer des informations sur ce qu'il complotait peut-être avec son frère. A moins que c'était l'un de leur tour pour l'attirer ses amis et elle dans un piège. Elle ne se laisserait pas faire quoiqu'il en soit. Elle était prête à en découdre. Mais pour l'instant, seule une insatiable curiosité assortie d'un brin d'espoir la laissait scotchée au sol.

- Pourquoi crois-tu que l'on peut réussir ?

Il la dévisagea de biais, les traits exprimant un dégoût sans bornes. Elle se demanda pourquoi tout d'un coup il la regardait ainsi au moment où elle consentait enfin à l'écouter. Même lorsqu'ils se battaient à mort, il ne la regardait pas de cette manière, seule une profonde dureté et colère l'habitaient. Mais pas le dégoût. Mais soit, seule sa réponse importait, elle avait autre chose à faire que tergiverser sur ses humeurs.

- Un seul grand sorcier ne peut pas ouvrir le portail. Mais deux grands oui.

- Premièrement, qu'en sais-tu que nous sommes deux grands sorciers ?

- Prochaine question : si c'est de la flatterie que tu veux, va voir Potter. Tu le sais aussi bien que moi.

Azèle contracta mâchoire. Il tirait directement là où cela faisait mal. Là où elle voyait une monstruosité, il y voyait une grande qualité. Ce qui n'était pas étonnant pour quelqu'un ayant grandi avec la magie noire. Elle fut écœurée tout d'un coup par lui. Un être maléfique, c'est tout ce qu'il était. Oui, il était aussi puissant qu'elle, il lui avait assez montré. Mais lui, n'avait aucun scrupule avec cela. Il devait y voir une marque de fierté. Difficilement, elle continua son questionnement :

- Comment sais-tu concrètement que nous pouvons y arriver ?

Il poussa un long soupir, regardant le sol comme perdu dans ses pensées et répondit :

- J'ai très longtemps étudié la question. En tant que Malefoy, j'ai eu accès à beaucoup de livres rares et interdits. Ce que j'ai trouvé est qu'on a à faire ici à une magie très ancienne, sûrement aussi vieille que la Terre elle-même. La magie à pratiquer est à la fois très noire et très blanche à la fois. Puis, pour couronner le tout, j'ai parlé à un damné.

- Quoi ? Demanda-t-elle éberluée.

- Un mec qui en est revenu.

- Oui merci de jouer au dictionnaire, s'emporta-t-elle, sa patience commençait à s'étioler. Mais comment ? Et où ?

Malefoy la regarda dans les yeux de ses yeux gris acier et soupira d'impatience cette fois-ci.

- C'est important ?

- Évidemment, dit-elle en se penchant vers lui menaçante en prononçant chacune des syllabes lentement.

Le blond eut un léger rictus, il semblait follement amusé par le fait qu'elle perdait patience, ce qui avait le don d'agacer un peu plus Azèle.

- En gros, une rumeur expliquait qu'un damné s'était reclu dans les limbes. Alors j'y suis allé.

- Quoi ? Questionna-t-elle davantage surprise encore.

La jeune sorcière tombait des nus.

- Ouais la lionne. Je te l'avais dit, je ne joue pas dans la même cour d'école que tes potes. Et toi non plus d'ailleurs. Sinon je me ferai pas chier à te parler, crois moi.

Il avait dit cette dernière phrase avec une méchanceté non voilée. Il la regardait à présent avec défi comme s'il s'attendait qu'elle l'attaque pour cette pique. Mais Azèle ne lui donnerait pas ce plaisir. Elle se contint. Seul savoir de quoi retournait cette histoire était important, mais s'il continuait de jouer avec elle, elle sentait qu'elle perdrait à nouveau pied.

- D'une, tu as fait comment pour y aller ? De deux, qu'a-t-il dit ?

- Un, magie noir. Deux, il m'a pas mal renseigné. Prochaine question Keller.

Cela ne lui plaisait aucunement qu'il mène une conversation si importante sur un ton expéditif. S'il était sérieux, elle jouait gros, sa vie peut-être et lui réagissait comme si elle passait en entretien d'embauche enfin d'entre dans un quelconque club de sorciers sordides.

- Malefoy. Cette discussion est importante, si tu n'en as rien à carrer, je ferais peut-être mieux de me barrer.

Elle commença à se lever alors.

- Il me semble que je réponds à toutes tes questions. Que je prends sur moi pour te parler, alors non, cet entretien n'est pas terminé.

Son visage devint dur, voire impitoyable. S'il essayait de l'impressionner, il lui en fallait plus. Mais elle comprenait lorsque d'autres élèves disaient avoir peur de lui. Il avait une aura si effrayante, si intraitable. Peut-être qu'à cet instant, elle aurait eu peur aussi si elle savait qu'il était plus fort qu'elle. De toute façon, elle ne paniquait que rarement dans les situations à risque. Elle s'était toujours demandée d'où lui venait ce sang froid.

- Si tu crois me faire peur, tu...

- Juste, finissons cet échange, dit-il en levant un doigt, les yeux fermés comme s'il contenait un énervement.

Ils se regardèrent ainsi quelques secondes, puis elle consentit à se rasseoir devant lui.

- Comment y prendrons-nous pour y aller ?

Il eut un brusque mouvement de tête, comme s'il avait eu un frisson et posa sa main sur sa nuque.

- De multiples rituels de sang et d'esprits. Ça va faire mal. On peut y rester, je ne vais pas te mentir. Des trucs gores à boire. Des incantations à ne plus en finir.

- Hum, en même temps il s'agit d'être un fantôme tout en gardant son corps en vie ici, commenta-t-elle, disant à voix haute ses réflexions. Ce sera très douloureux et pénible. Logique.

- Voilà, dit-il en levant la main comme pour signifier que tout était dit.

- Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

- Écoute Keller, commença-t-il visiblement énervé, ça c'est ton putain de problèmes. Moi j'en ai rien à foutre de ton passé d'orpheline. J'ai juste besoin de toi pour y aller. Alors soit tu le fait et c'est cool sinon passes ton chemin. Mais ne viens pas me faire chier avec tes problèmes d'identité ou métaphysique, philosophique ou que sais-je encore !

Azèle resta interdite face à tant de véhémence de sa part. Elle ne l'avait jamais vu aussi vivant depuis six ans.

- J'ai trois conditions. Et seulement après je te donnerai mon avis définitif. Je te promets de ne pas révéler ce que tu viens de me dire et ce que tu vas me révéler.

- Ta parole c'est trop léger. Je n'ai pas confiance. Qui dit que tu n'as pas l'intention de tout raconter dans les bras de Potter dans dix minutes ?

- C'est toi qui me parle de confiance Malefoy ? Toi dont le père est un mangemort et en prison pour complicité de meurtre ? Toi qui est voué par naissance à servir Voldemort. Qui me dit que tout ceci n'est pas qu'un stratagème pour piéger Harry ? Et même si c'est vrai, même si tu as réellement envie d'aller là bas et que ça n'a rien à voir avec Voldemort, que c'est purement personnel, risquer ma vie pour te permettre d'y aller c'est également plus que léger comme raison.

Ils se jaugèrent alors pendant quelques instants, chacun semblant réfléchir à la meilleure stratégie à adopter en pareil cas pour éviter le statu quo. Quand Malefoy se mit à rire en passant la main dans ses cheveux. Quel étrange comportement pour un gars qui ne montre ne serait-ce qu'une once d'expression sur son visage de façon générale.

- Je vais te dire une chose jolie Azèle, commença-t-il en se penchant vers elle jusqu'à ce que ses lèvres soient toutes proches de son oreille. Si tu l'ouvres, je te bute. Et pas d'une mort magique. Pas dans un duel. Par surprise, peut-être dans ton sommeil. Une mort que tu sentiras. Tu te verras vider de ton sang.

Azèle se retourna doucement vers le blond. Leurs visages étaient très proches.

- Garde tes menaces, tu ne me fais pas peur et tu le sais très bien. Écoute mes conditions et tu verras que je m'en impose une également pour ta propre sauvegarde. C'est équitable.

Le sang froid de la lionne

Il eut un rictus mauvais, se reposa sur ses fesses et eut un geste qui la déstabilisa quelque peu dans son aspect étrange : il prit une mèche de ses longs cheveux qu'il entreprit de caresser.

- Je t'écoute.

Elle prit alors violemment son poignet afin qu'il cesse ce geste si déplacé, non sans cacher son air de profond dégoût.

- Tout d'abord, je veux un accès à tous les documents auxquels tu as eu accès. Je veux tout savoir. Je veux en savoir autant que toi et pour cela je dois également rencontrer le damné. Hors de question que je t'accompagne ou accepter de t'accompagner en me basant sur tes propres dires.

Azèle attendit alors sa réaction. C'était quelque peu le moment de vérité. Selon ce qu'il dirait ou ferait, la moindre expression sur son visage était le moment parfait pour interpréter ce qu'il en était vraiment. Voulait-il y aller ? Ou voulait-il la piéger ? Il grimaça et baissa les yeux, en proie à une grande réflexion intérieure. Azèle lui tenait toujours le poignet, la mine renfrognée.

- Accordée, mais ça voudra dire que pendant les vacances de Noël tu lâches ta bande et que tu viennes avec moi.

- Je te suivrai. Ensuite, je veux savoir pourquoi tu y vas. Sinon hors de question. Toi, tu le sais pourquoi j'y vais.

- Pfff... siffla-t-il agacé.

Cette idée semblait profondément l'embêter. A la grande surprise de la jeune femme, de sa main libre il se remit à caresser une mèche de ses cheveux. Elle lui attrapa alors le second poignet, aussi vive qu'un attrapeur de Quidditch.

- Laisse-moi réfléchir, s'il-te-plaît.

- Pour réfléchir, tu as besoin de toucher mes cheveux peut-être ?

- Oui là ça m'aide.

- Non, dit-elle d'on ton impérieux qui ne souffrait nulle contradiction.

Il lui lança un regard glacial que même le pôle nord ne connaît pas.

- Je n'ai pas besoin de toi là-bas. Juste pour l'allée et le retour. De ce fait tu n'as pas besoin de savoir.

- On fait tout ensemble ou on ne fait rien. Si ta raison d'y aller est de chercher une arme pour Voldemort, tu comprendras que je veux savoir.

- Je pourrais te mentir, peu importe ce que je te dirai, tu ne me croirais juste pas.

- On utilisera la légilimancie.

- Tu es dure en affaire.

- Pas stupide surtout.

Il se tordit les lèvres tout en la regardant incertain.

- Alors tu me racontes ton histoire dans les détails.

- D'accord, toi d'abord.

- Pas aujourd'hui. Je ne suis pas au top de ma forme. Je ne veux pas dire des détails que je regretterais d'avoir dit et qui n'ont aucuns rapports avec l'affaire.

- Qu'est-ce que tu as ?

- Qu'est-ce ça peut te faire ? Répondit-il du tac au tac mauvais.

Elle ne répondit pas à la question et continua :

- Ma troisième condition est qu'on devra passer le serment d'inviolabilité afin que tu ne repartes pas sans moi et qu'on se protège mutuellement.

- Hors de question, trancha-t-il sévère.

- Pourquoi ?

Elle le regarda suspicieuse. Elle avait bien raison de ne pas le croire depuis le début.

- Parce que c'est mort.

- Si tu acceptes, j'accepte de faire un autre serment d'inviolabilité qui m'empêchera de révéler tous les desseins de cette histoire.

Elle lui lança ses poignets au visage écœurée par cet abominable individu.

- J'ai besoin d'y réfléchir. Comme je te l'ai dit, je ne suis pas clair dans ma tête-là.

Azèle se leva.

- Alors réfléchis, tu as une semaine.

- Sinon ?

- Tu verras bien.

- Qui me dit que tu ne vas pas tout répéter à Potter ou à un prof ?

- Rien.

Et elle sortit.