Questionnement & Discussion.

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Dimanche 06/12/98 - Nuances de peinture et chocogrenouilles


Malfoy.

Il avait fallu qu'il tombe sur Malfoy.

Se retournant pour la énième fois entre les draps, Ron abandonna l'idée de se rendormir.

Il avait mal dormit, passant de longues et interminables minutes à s'interroger après avoir lu la réponse de son correspondant.

Pourquoi avait-il fallu que ce soit lui et pas un autre ? Certes sa relation avec Malfoy s'était bien améliorée depuis que celui-ci avait rallié le camp des "gentils", mais on était quand même loin de la franche camaraderie ! Une nouvelle fois, il maudit intérieurement McGonagall, Stilinski, et Merlin lui-même s'il voulait bien l'entendre -ce dont il commençait sérieusement à douter- pour l'avoir associé avec Draco.

Le pire c'était que Malfoy n'avait même pas répondu comme le connard odieux qu'il était censé être, il s'était juste présenté, poussant le vice jusqu'à être courtois ! C'était incompréhensible.

Mais surtout, ça emmerdait vraiment Ron, vraiment beaucoup. Parce qu'il n'avait pas sérieusement envisagé la possibilité d'échanger plus de trois mots avec Malfoy d'ici la fin de leur scolarité, et encore moins que ces mots soient aimables -pas juste neutres, mais vraiment aimables- et cette perspective avait le don de l'effrayer de manière inexplicable, parce qu'il ne savait tout simplement pas comment réagir.

Avant c'était facile : Ron était du côté des gentils, Malfoy du côté des méchants, vision binaire, fin de l'histoire. Mais depuis que le blond avait joué les agents doubles -ou triples, plus personne ne le savait vraiment-, s'était battu à leurs côtés pendant la guerre, risquant sa vie au même titre que tous les autres, Ron ne savait plus vraiment comment se comporter vis-à-vis de lui. D'accord, il était toujours le sale con qui avait traité Hermione de Sang-de-Bourbe et la famille Weasley de Traîtres à leur Sang pendant des années, mais il avait aussi une place d'allié désormais, ce qui compliquait grandement la version tranchée des choses que le rouquin avait mis en place pour se faciliter la vie...

Mais surtout, Malfoy avait baissé les yeux.

Il avait été forcé à plier pour survivre, il avait perdu de sa superbe, et cette constatation avait déclenché un embrouillamini d'émotions contradictoires chez Ron. La satisfaction malsaine de voir Draco Malfoy, le grand fils Malfoy si arrogant et imbu de sa personne, courber l'échine et demander la protection de l'Ordre du Phoenix, promettant à peu près tout et n'importe quoi à ses membres -jusqu'aux menus des petits déjeuners du Lord noir s'il le fallait- pour pouvoir les rejoindre, avait occupé son esprit un temps.

A l'époque, Ron considérait que c'était une victoire jouissive de voir Malfoy abaissé sur le même plan qu'eux, aussi misérable et furieusement désespéré, avec ce même regard de bête traquée. Puis au fur et à mesure, il avait réalisé que ça n'avait rien de risible ou de plaisant d'observer un homme supplier pour sa vie. La guerre avait progressé, gagné du terrain, et il n'avait plus trouvé amusant du tout ces aventures interminables et toujours plus risquées avec Harry et Hermione, à courir après des chimères qu'ils n'étaient même pas sûrs de trouver un jour. Ce n'était pas normal, à aucun moment. Ils s'étaient constitués résistant, avaient risqué leurs vies comme si c'était normal, mais ça n'avait rien de banal. Et en voyant Malfoy affaibli, heurté dans ses racines, la pseudo-puissance familiale qui lui servait de pilier, il s'était vu dans un miroir, parce qu'à lui non plus, on ne lui avait pas demandé son avis.

Draco Malfoy avait été entraîné à la suite de Voldemort et forcé à agir selon ses ordres parce que c'était ce que son nom exigeait, pas parce qu'il le voulait. De la même manière, Ron avait couru après les Horcruxes et risqué sa vie, par ce que c'était ce que l'on attendait de sa position de meilleur ami d'Harry, pas parce qu'il le voulait. Personne ne lui avait demandé, personne ne lui avait expliqué les risque il était un gamin de dix-sept ans à peine et on l'avait poussé -ou au moins laissé- foncer tête baissée dans une guerre dont il était loin de comprendre les enjeux profond.

Alors bien-sûr, sauver le monde, devenir un héros, c'était le bon côté des choses ! Mais le revers de la médaille, perdre son frères, des proches, des professeurs et des amis, risquer de perdre la vie, celui là personne ne lui avait montré. Peut-être ne se serait-il pas engagé aussi profondément dans le conflit si on avait prit al peine de lui faire prendre conscience de ce qu'il mettait en jeu.

Quelque part, Malfoy lui ressemblait énormément sur ce point. Pour Ron, il ne ferait aucun doute que, si on lui avait laissé le choix, Draco Malfoy n'aurait été ni Mangemort, ni résistant à l'oppression il se serait effacé, aurait disparu dans les murs en observant le match et en plaçant ses pions, et aurait attendu que les combats se terminent pour se positionner du côté du vainqueur. Malfoy n'était pas vraiment un héros non, mais il n'était pas un méchant non plus.

Tout en laissant ses pensées vagabonder sur ses triste points communs avec le blond, Ron s'était levé en silence, faisant un détour par la salle de bains -ou il s'apitoya sur ses cernes creusés et son teint malade- et s'habillant rapidement avant de quitter la chambre sur la pointe des pieds.

Dans la Salle Commune, quelques lève-tôt comme lui évoluaient déjà, leurs chuchotement maintenant un calme feutré dans la pièce. Repérant Hermione qui peignait dans un coin de la salle -c'était sa nouvelle lubie et elle s'en sortait plutôt bien-, Ron la rejoint et vint s'asseoir dans le fauteuil le plus proche d'elle.

- B'jour Herm, lâcha-t-il doucement, ne souhaitant pas perturber son amie.

Celle-ci donna tout d'abord l'impression de ne pas l'avoir entendu, concentré sur son œuvre amateur. De ce que Ron pouvait en voir, elle s'était lancé dans le portrait d'une femme étrange et inquiétante, dont la bouche était remplacé par une plante carnivore aux lianes entortillées sur elles-même. L'ambiance rendue par le tableau était jusqu'ici édifiante, et Hermione s'appliquait à ne pas ruiner ses efforts tandis qu'elle garnissait la plante de dents, sous le regard intéressé du rouquin.

La dernière dent soigneusement dessinée, elle se recula un instant pour contempler le résultat avec satisfaction, et jeta un coût d'œil fier à son ami, s'intéressant enfin à sa présence.

- Bonjour Ron. Tu es plutôt matinal ce weekend, c'est surprenant, se moqua-t-elle gentiment.

Il haussa les épaules.

- Bof, j'ai pas très bien dormir et je me suis réveillée trop tôt, c'est tout.

- Et... Il y a une raison à ça tu penses ? L'interrogea-t-elle avec un sourire avenant tout en rinçant ses pinceaux -dans un verre à l'eau déjà bien sombre

Il hésita un peu à répondre honnêtement. Mais même s'il imaginait bien qu'Harry aurait du mal à comprendre pourquoi il pouvait avoir de l'intérêt pour une discussion avec Malfoy, Hermione elle, réfléchirait sans doute à l'idée avant de se braquer, et lui donnerait d'emblée un avis réfléchit et médité.

- Mouais. Tu vois cette histoire de cahier de correspondance ? -Elle hocha la tête, curieuse- Bah hier j'ai envoyé un message avec le mien.

Voyant qu'il avait besoin d'un peu d'aide pour poursuivre, Hermione l'encouragea doucement.

- Et du coup ? Est-ce que ton correspondant t'as répondu ?

- Ouais.

Ron inspira un grand coup avant de lâcher brutalement.

- C'est Malfoy.

Hermione figea son geste, et se retourna vers lui, les sourcils légèrement froncés.

- Oh.

- Ouais, oh. Souffla-t-il, laconique.

Il voyait bien que la brune était indécise quand à la réaction à adopter fasse à la nouvelle, et sans doute que sa propre indécision ne l'aidait pas à s'y retrouver.

- Et, hum, est-ce que c'est une bonne nouvelle ? Tenta-t-elle au bout d'un moment.

Encore une fois, il soupira profondément avant de répondre.

- A vrai dire je ne sais pas trop... D'un côté on a été ennemi pendant des années, donc je voit pas comment ça pourrait bien se passer, et de l'autre... on quand même sacrément évolué ces derniers mois, l'un comme l'autre, alors je sais pas, peut-être que ça pourrait, disons, être intéressant de se parler autrement que par "nom de famille interposé"... souligna-t-il avec une grimace.

Hermione prit elle aussi le temps de réfléchir à ce qu'il venait d'avouer.

- C'est sûr que si vous ne profitez pas de cette occasion pour faire table rase et repartir à zéro, vous n'en aurez sans doute plus d'autre une fois nos études terminées... Mais si tu es prêt à tenter ça, je ne vous pas vraiment où est le problème du coup … ?

- Moi je suis peut-être prêt à tenter ouais, mais Malfoy c'est autre chose... Au moment où je vais lui dire qui je suis il va m'envoyer paître, tu crois pas ? Je veux dire c'est Malfoy, et puis c'est... moi quoi.

Hermione s'adossa au mur adjacent tout en réfléchissant

- Ça dépend je pense... Jusqu'ici il est comment dans ses messages ? Plutôt agressif ou plutôt neutre ?

- On a pas parlé beaucoup, mais son premier message était plutôt poli, je dirais. Quasiment aimable -je te cache pas que c'était d'ailleurs un peu flippant d'ailleurs... termina-t-il d'un air espiègle pour alléger l'atmosphère.

Elle lui rendit son sourire.

- Alors autant en profiter, non ? Tant qu'il ne sait pas qui tu es, tu peux te comporter avec lui comme si vous ne vous connaissiez pas -ou en tout cas pas de la manière dont vous vous connaissez en réalité. Après tout dans les règles rien ne t'obliges à dire ton nom, vous devez juste apprendre à vous connaître. Donc si tu parles avec lui sans te poser de questions, peut-être qu'il ne t'en posera pas non plus et partira sur des bases neutres.

Le silence retomba entre eux tandis que Ron méditait cette option. Malfoy lui avait dévoilé son identité d'emblée, mais fondamentalement il n'était effectivement pas forcé de faire de même... Et comme l'avait souligné Hermione, l'anonymat lui permettrait d'engager la conversation sans a priori, et pourquoi pas de piquer la curiosité du blond.

Il en était là dans ses pensées quand Dean et Neville les rejoignirent et ensemble ils prirent le chemin du petit déjeuner. La faim commençait en effet à se faire sentir et la perspective d'une grande tasse de chocolat chaud à la guimauve enchantait tout le monde.

Tandis qu'il se dirigeaient vers la Grande Salle, Ron se rapprocha d'Hermione et lui glissa quelques mots discrètement.

- Est-ce que tu pourrais éviter de parler de ça à Harry pour l'instant ? Il à l'air un peu remonté par cette histoire de conversation inter-maisons, et je suis pas sûr qu'il comprendrait que je veuille engager le dialogue avec Malfoy...

- Pas de problème, t'inquiète pas, je pense affectivement qu'il vaut mieux attendre qu'il se calme un peu vis-à-vis de ça avant de lui en parler, approuva son amie avec un clin d'œil.

Rassuré, le rouquin se laissa guider par la bonne humeur des autres et il se détendit un peu.

Il pénétra dans la Grande Salle en bien meilleure forme que le matin même, et tandis qu'il entamait un croissant, son regard s'attarda sur son correspondant qui venait lui aussi prendre son petit déjeuner en compagnie de ses amis.

Draco était à demi retourné vers Blaise Zabini, le sourire aux lèvres, visiblement détendu, et la normalité de la scène frappa Ron. Malfoy était un type normal, pas un "gentil" ou un "méchant" rangé dans une case, pas une caricature de fils de noble arrogant, pas une petite chose fragile suppliant pour sa vie. Il avait sans doute été un peu de tout cela au fil des années, mais aujourd'hui, c'était juste un type normal, fait exactement comme lui, ni mieux ni moins bien.

Quand il remonta dans sa chambre un peu plus tard, le fils Weasley coucha sur le papier l'impression que lui avait fait le premier message de Draco, le plus fidèlement possible, et recopia l'ensemble dans le cahier de correspondance, sans donner d'indices directs sur son identité, choisissant volontairement des mots sans accords de genre.

Quitte à laisser Malfoy dans le flou quand à son identité autant le faire carrément, et advienne que pourra.

- C'est surprenant que tu t'annonces si vite, et encore plus que tu soit d'accord pour parler, mais ça me va.

De quoi pouvons-nous discuter ?

Ce n'est pas vraiment précisé dans les règles alors c'est compliqué de démarrer, mais je vais essayer (après tout j'ai l'avantage de l'anonymat pour l'instant, je peux te raconter à peu près n'importe quoi sans que ça porte à conséquences).

Hier la bande de saintes ni-touches qui me sert de potes avait décidé de réviser l'ensemble du programme de Sortilèges, alors je les ai accompagnés. Je me suis pris une douche de café (s'il te plaît, ne me demande pas comment), puis je t'ai écrit, puis on a encore révisé, puis on a tenté de jouer à un jeu moldu un peu obscur (les règles étaient incompréhensibles et j'ai perdu), puis tu as répondu, puis on a mangé, puis je me suis couché.

Aujourd'hui je pensait me plonger dans l'Encyclopédie des Animaux Fantastiques pour découvrir si c'est un animal étrange ou mes camarades de chambre qui piochent dans ma réserve de chocogrenouilles. Grande enquête en perspective, je me prépare au pire.

Et toi, que veux-tu me raconter ?


Le soleil se couchait lentement quand Ron reçut une réponse, la pierre bleue incrustée sur la couverture du cahier s'illuminant faiblement pour l'avertir.

- Pas de nom donc ? Comme tu veux. Initiale.s peut-être ?

Nous pouvons discuter de n'importe quoi, tant que tu ne me demandes pas ce que font mes parents dans la vie ça devrait passer.

Mon weekend sera vite résumé : j'ai joué au Quidditch. Et c'est à peu près tout en fait. Pas passionnant, je sais, mais au moins je maîtrise presque la feinte de Wronski maintenant.

Pour ce qui est de ton enquête, j'ai bien peur que tu ne trouve pas grand chose dans ton Encyclopédie.

Déjà parce que ça traite surtout de grosses bestioles pas assez discrètes pour passer inaperçues à Poudlard (mais bien entendu si d'aventure j'entends parler d'un Armandis Hurlant - 3m minimum au garrot, friand de graines de cacao- rôdant dans les couloirs, je ne manquerais pas de te le signaler), et ensuite parce que tes colocataires ont sans doute bien plus de chances que quelque animal que ce soit d'arriver jusqu'à ta malle (sauf si tu possèdes un rat évidement, auquel le doute est permis).

Si tu cherches une idée de vengeance pour le coupable, j'en ai plein en stock.

DM.

Agréablement surprit par le ton spontané de la réponse, il songea finalement que cette conversation mènerait peut-être à quelque chose de constructif. Lorsqu'il se glissa sous les draps, un sommeil calme et sans rêves le gagna rapidement – sans doute parce qu'il avait soigneusement cadenassé son paquet de chocogrenouilles, évidement.


Chapitre du jour un peu à la bourre (pour changer !), mais bien posté ! Merci de m'avoir lue, dites-moi si cela vous a plu, et à demain pour le chapitre suivant:)

TPB