Chapitre 7

"When I lost my way"

L'Originel la dominait se toute sa hauteur, le regard éclatant d'assurance et de détermination rivé au sien. Mais la jeune femme ne pouvait pas croire aux mots qui venaient de sortir de sa bouche.
- Tu quoi? répéta-t-elle comme pour espérer entendre un tout autre son de cloche.
- J'exige que tu vienne au manoir, insista-t-il en se courbant légèrement pour se placer à la hauteur du visage de sa belle. Gênée par son approche, Caroline s'enfonça d'avantage dans le canapé tout en écarquillant les yeux d'incrédulités. Pourquoi fallait-il toujours qu'il agisse ainsi? Il la sauvait, par ce geste lui faisant clairement comprendre qu'il avait une certaine affection pour elle, puis l'instant d'après usait de sa supériorité et lui donnait une nouvelle raison de penser qu'elle avait tout à craindre de lui. Décidement, elle ne le comprendrait jamais.
- D'abord tu me place sous la contrainte, reprit Caroline, contrariée, chose que je déteste par dessus tout...
- Contrainte est un mot un peu fort, rectifia Klaus.
- A cause de toi, je manque de tuer Jeremy...
- Et en ce qui concerne le jeune Gilbert ce n'était pas prévu, il me semble te l'avoir déjà dit, la coupa-t-il de nouveau, agacé par tant de reproches.
Plus qu'irrité que réellement ennuyé, Klaus se recula de quelques pas et croisa les bras sur son torse.
- ... le frère de ma meilleure amie, renchérit-elle en laissant croître sa colère sans prêter un quelconque intérêt à ses justifications. Ma meilleure amie que tu m'as poussé à détester, de même que Bonnie et tous ceux qui m'ont traversé l'esprit. J'ai même lutté pour ne pas sauter sur ma mère. Ma propre mère que j'aurais pu blesser ou même tuer.
- Tu ne l'aurais pas fait, assura-t-il d'une voix qui mit les nerfs de la jeune femme à vif.
- Tu n'en sais rien du tout et là n'est pas le problème. Tu m'as mise moi et mes proches en danger.
- Pour ça, tu y arrive très bien toute seule! ne put-il s'empêcher de rétorquer.
Caroline grinça des dents en poursuivant sa diatribe.
- Tu ne peux pas jouer avec la vie des gens, comme bon te semble.
- Et pourquoi pas, vous jouez bien avec la mienne! asséna Klaus.
Tandis qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer avec une critique cinglante, Caroline prit conscience des paroles de Klaus et fut forcer d'admettre qu'elle se trouvait à court de mots. Il la vit accuser le coup en cillant et crut qu'elle allait baisser les yeux mais elle ne lui en fit pas l'affront.
- Tu vois Caroline, je ne te fais plus confiance désormais. Je vais faire en sorte que plus jamais tu ne prenne part à ce genre de complot contre moi, et pour cela je vais te garder sous mon toit.
Il la vit sur le point de rétorquer mais ne lui en laissa pas le temps.
- Néanmoins je te fais confiance pour trouver une excuse valable pour quitter la douce chaleur du foyer maternel, tu m'as prouvé que tu étais douée à ce genre de jeu.
- Ma mère ne me laissera jamais partir, prétexta Caroline d'un ton faible.
Elle-même avait conscience que cet argument ne faisait pas le poids face à la détermination de Klaus.
- Oh si elle le fera. Si tu ne veux pas qu'il lui arrive quoique ce soit, je te suggère de te montrer convaincante.
Le visage de Caroline se figea d'effroi, frappé par la signification des paroles de Klaus. Cependant le ton qu'il avait employé n'était en rien intimidant, elle y aurait même perçu une pointe de regret s'il ne s'était pas s'agit de Klaus.
- C'est une menace?
- Je n'ai jamais dit que c'est moi qui la blesserait, amour.
Un soupir moqueur vint ponctuer cette phrase avant que Caroline ne comprenne le sens de ses paroles.
- Je suis toujours sous ton emprise, n'est-ce pas?
- Techniquement, non.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Que ce qui a été réveillé ne peut se rendormir aussi facilement. Je ne t'ai pas contrainte, Caroline, j'ai seulement dirigé tes pensées vers d'autres sphères. Tu ne devrais pas te demander pourquoi je l'ai fait mais plutôt comment. Vois-tu lorsque tu rêve, ton subconscient, là où sont dissimulées tes pensées et tes souhaits les plus intimes, émergent à la surface, te permettant de te libérer de ce que tu occulte et de ce qui te tourmente tout au long de ton existence. J'ai pu entrer dans ton rêve parce que tu avais laissé la porte grande ouverte. Parceque tu m'y as autorisé.
- Je n'ai jamais fait ça! se défendit-elle, abasourdi.
- Indirectement oui.
La jeune femme secoua vivement la tête, balayant son visage de ses boucles blondes, refusant d'y croire.
- Tu auras beau t'en défendre mais ce n'est pas moi qui t'ai imposé de courrir après cette innocente petite fille à travers la forêt enchantée. Tu avais envie de la prendre en chasse tout comme sentir sa peur s'insinuer dans toutes les parcelles de son frêle petit corps te grisait.
Les images de son rêve lui traversèrent vivement l'esprit. Cela restait très flou et prenait place dans son esprit de manière saccadée mais elle ressentit l'extase vibrer de son corps tout entier à l'idée de prendre en chasse cette douce et fragile brebis égarée.
Pourtant, elle refusait de croire que cela était le fruit de sa propre imagination. Il devait forcément y être pour quelque chose, cela ne lui ressemblait pas d'avoir ce type de pensées meurtrières. A nouveau, Caroline fit secouer ses boucles blondes en signe de déni.
- Je n'ai fait que donner une direction à suivre à des pensées, certes enfouies, mais bien présentes. Ce n'est certainement pas en contrôlant tes pulsions qu'elles vont miraculeusement disparaître. En faisant ça tu ne fais que repousser l'inévitable. En as-tu seulement conscience, Caroline? Cette ligne de bonne conduite que tu pense avoir adopter n'est rien d'autre qu'un frein envers ce que tu es.
- Je ne suis pas comme ça, répondit la jeune vampire de dégoût pour elle-même.
- Comme quoi? demanda-t-il plus sévèrement qu'il l'avait initialement prévu. Un monstre? Tu es bien plus que ça mais je pense que tu n'es pas encore prête à l'entendre et encore moins à l'accepter alors je ne gaspillerais pas ma salive pour te convaincre de quoique ce soit, ce soir.
- N'essaye pas de me faire croire que j'ai failli tuer le frère de ma meilleure amie de mon plein gré, rien ne serait arrivé si tu n'avais pas voulu encore tout contrôler.
- Et rien ne serait arrivé si tu ne t'étais pas encore moqué de moi, dit-il d'un ton mordant avant de se tempérer. On peut jouer à ce petit jeu longtemps, mon amour, mais pour le moment j'ai des choses plus urgentes en tête.
Elle savait qu'il allait changer abruptement de sujet pour évoquer la présence de son frère en ces lieux, cependant, elle avait encore des choses à éclaircir et ne lui en laissa pas le temps.
- Attends, tu ne comptes quand même pas me laisser sous ta contrainte?
Sans répondre, Klaus haussa les sourcils et lui lança un regard de défi.
- Tu ne peux pas me laisser dans cet état! s'indigna Caroline en bondissant soudain du canapé dans lequel elle s'enfonçait depuis de longues minutes, pour lui faire face.
- Non seulement je le peux mais je vais le faire.
Un rictus amusé passa brièvement sur les lèvres de l'hybride.
- Non, tu ne peux pas! rétorqua Caroline, gagnée par la panique.
Le sourire de Klaus ne lui avait pas échappé, bien que celui-ci se soit rapidement estompé et la jeune femme espéra encore bien naïvement qu'elle était la victime d'une blague de très mauvais goût.
- Je suis une bombe à retardement programmée pour exploser en présence de tout ce qui bouge. Tout ce qui bouge, Klaus, ma mère, mes amis, mes voisins, j'ai même eu envie d'égorger le chat du voisin pour faire cesser ses miaulements, non mais tu te rends compte?! Un chat!
Peu impressionné par son emportement mais plutôt amusé de sa fougue, Klaus ne cacha plus son sourire.
- Et tu trouve ça drôle? s'enquit-elle vexée. Et bien je suis ravie de voir que mes malheurs te divertissent autant. Oh oui, que suis-je bête, tout ceci n'est rien de plus qu'un jeu tordu pour toi. Pervertissons la jeune blonde stupide pour voir ce qui en ressort? Comme c'est hilarant de voir un nouveau né céder à ses plus bas instincts au lieu de les contrôler pour préserver une part de son humanité.
Le sourire de Klaus s'effaça lentement alors que la tirade amère de la jeune femme s'alourdissait de reproches présomptueux. Imperceptiblement, sa mâchoire se crispa et de fines veines apparurent au coin des yeux du vampire. Bien trop absorbée par sa propre colère, ce détail passa inaperçu aux yeux de Caroline qui semblait balayer la pièce des yeux sans trouver de point d'ancrage.
- Contrairement à toi, je ne veux pas finir seule.
Elle sut qu'elle allait regretter cette remarque lorsqu'elle vit les pupilles de l'hybride briller d'un soudain éclat doré tandis que ses veines devenues apparentes encerclaient ses yeux, son visage tendu par la colère. Elle n'avait pas seulement réveillé le grand méchant loup, elle l'avait blessé. Caroline chercha à revenir sur ses mots en bougeant frénétiquement ses lèvres mais aucun son n'en sortit. Et à bien y réfléchir, cela valait peut être mieux car rien de ce qu'elle aurait pu lui dire n'aurait apaisé la bête en lui. Caroline sursauta quand Klaus lui agrippa brutalement les poignets pour l'amener contre lui.
- Ne t'avais-je pas conseillé de tourner sept fois la langue dans ta bouche avant de m'adresser la parole?
Dire qu'il la terrifiait aurait été bien en deçà de la vérité. Il couvait sur elle un regard des plus antipathiques ponctué par des éclairs de pure démence et la pression qu'il exerçait sur ses poignets si fluets lui donnait l'impression qu'il allait les lui briser. Malgré toute la peur qu'elle ressentait, Caroline ne put s'empêcher de penser qu'elle l'avait cherché. L'attaquer sur sa solitude était vraiment bas. Elle l'avait atteint au delà de toutes espérances et plus que de s'en mordre à présent les doigts, elle se surpris à vouloir effacer ses paroles blessantes. Ces remords n'étaient pas seulement dû à la terreur qu'il lui insufflait mais bien à la douleur évidente qui transparaissait derrière son masque. Non mais ça n'allait vraiment pas bien dans sa tête? Il était à deux doigts de lui arracher la vie et elle compatissait à sa solitude.
- Je... suis... désolée, articula-t-elle dans un souffle.
Elle ne sut si son bégaiement était dû à sa peur ou à la proximité étouffante qui les liait. Mais le fait est que leurs corps étaient presque collés et que le souffle chaud qu'elle sentit contre son cou lui donnait des frissons. Frissons de peur ou de plaisir, elle l'ignorait mais cela ne fit que renforcer sa frayeur. D'une part contre sa propre personne car elle se pensa victime d'un soudain égarement mentale pour ne serait-ce que ressentir de telles émotions en de pareilles circonstances puis contre lui pour abuser de son statut du plus grand vampire de tous les temps et du plus suprême des loups afin d'exercer une pression sur elle. Les mots de la jeune femme paraissaient sincère mais Klaus ne fut pas dupe un seul instant. Selon lui, la seule raison qui la poussait à se rabaisser devant lui était dans l'espoir de l'amadouer. À ce moment, tout en lui l'effrayait et et il ne put l'en blâmer. Non seulement il avait le faciès d'un démon mais en plus il agissait comme tel. Jamais cela ne l'aurait perturbé par le passé et en présence de n'importe qui d'autre il aurait largement profité du trouble de la personne, mais voir l'effroi se lire dans les yeux de Caroline lui fit l'effet de recevoir un seau d'eau glacé sur la tête. Les traits de son visage reprirent une apparence humaine de même que ses yeux retrouvèrent leur couleur d'origine.
Sans douceur mais avec une certaine gêne, il la libéra de ses poings.
- Tu es ton plus grand ennemi, Caroline, ton audace te perdra, affirma-t-il tout en force pour ne pas perdre la face.
Caroline accepta sa remarque sa ciller, ne voulant pas se poser de questions sur son énième changement d'attitude.
- Libère-moi de ton emprise, c'est tout ce que je te demande! lui demanda-t-elle d'un ton suppliant.
Il soupira fortement puis porta un regard des plus sérieux sur elle.
- Comme je te l'ai déjà expliqué tu n'es pas réellement sous ma contrainte, Caroline. Je n'ai fait que réveiller le monstre, comme tu aime le nommer, qui sommeillait en toi.
- Alors rendors-le! demanda-t-elle comme si cela suffisait.
- Ce n'est pas aussi simple, Caroline. Si je te forçais à réprimer cette part de toi, cela pourrait avoir l'effet inverse et créer encore plus de dommage qu'il n'y parait.
- Tu n'as qu'à me faire oublier ce satané rêve, je refuse de croire que ce n'est pas à ta portée!
- Les conséquences seraient les mêmes, ton esprit risquerait de ne plus y voir clair et de ne plus déceler ce qui convient ou non de faire.
- Tu plaisante? s'étrangla-t-elle.
Elle réalisa qu'elle élevait une fois de plus la voix sur Klaus mais sa peur et sa colère trouvèrent cela des plus légitimes.
- Pas le moins du monde et tu ferais bien de te rappeler que ceci est ta punition, ajouta-t-il sans vraiment lui en tenir rigueur.
- Et combien de temps est-elle censée durer? s'enquit Caroline avec hargne.
- Aussi longtemps que ton esprit luttera contre.
- C'est de la folie! lança la jeune femme en tournant sa tête de droite à gauche, puis de gauche à droite, comme en quête de repère. Je préfère encore virer cingler que de supporter ça.
- Tu ne pense pas ce que tu dis.
- Puisque tu es dans ma tête dis-moi combien de temps, selon toi, je vais pouvoir gérer mes envies de meurtres sans m'en prendre à tous ceux qui comptent pour moi.
- Je ne suis pas dans ta tête, corrigea l'hybride en grognant, en revanche je sais qui tu es et ce dont tu es capable.
- Peu importe, dit-elle furieuse en balayant sa phrase d'un revers de la main, je veux que tu m'efface ce rêve et toutes les pensées morbides qui vont avec!
Un long silence s'en suivit durant lequel seuls des regards lourds de sens furent échangés.
- Non! claqua finalement la voix de Klaus. Ce n'est pas négociable.
- Non, répéta-t-elle sonnée. Non? Serieusement, c'est la seule réponse que je mérite pour faire de ma vie un enfer?
Klaus gloussa d'un air pince-sans rire avant de recouvrer tout son sérieux.
- Tu es bien jeune, je te pardonne cette bavure mais quand tu auras vécu mille ans de solitude comme tu le dis, tu pourras venir me parler de l'enfer sur terre.
Caroline déglutit en affrontant son regard perçant mais ne départit pas de sa colère.
- Je crains que tu n'aies d'autres choix que de vivre avec ce que tu es vraiment jusqu'à ce que tu parvienne à le dominer.
- Je dois être en train d'halluciner. Oui c'est ça je suis encore en train d'agoniser sur le parquet et je prie pour qu'une main salvatrice m'ôte la vie.
- Ne parle pas comme ça! la prévint-il sombrement.
Elle savait qu'une menace de plus de ce genre, un regard noir ou bien simplement une pique allait la faire craquer mais elle ne s'était sûrement pas attendue à ce qu'elle fonde en larmes, frappée par la réalisation de ce que l'avenir lui préparait.
- Je ne peux pas vivre dans la peur de blesser ma mère, Bonnie ou qui sais-je encore. C'est au dessus de mes forces.
Il dut serrer fortement les dents jusqu'à les faire grincer pour ne pas laisser apparaître un quelconque regret sur son visage et se composa un masque d'indifférence. Il ne pouvait pas lui montrer qu'elle avait gagné du pouvoir sur lui rien qu'en faisant couler ses larmes.
- Tu es bien plus forte que cela, admit-il en cherchant tout de même à la réconforter, mais là n'est pas le propos, tu n'auras pas à vivre avec cette peur au ventre puisque tu ne seras sous le toit d'aucune de ces personnes.
- N'essaye pas de me faire croire que c'est dans l'intention de préserver ma santé mentale que tu fais ça, tu l'as dit toi-même que tu me voulais au manoir pour garder un oeil sur moi.
- L'un n'empêche pas l'autre!
- Comme si tu en avais quelque chose à faire, ne put se retenir de marmonner la jeune femme entre ses dents, essuyant ses grosses larmes d'un geste rageur.
- Et pourtant, je suis ici à essayer de sauver ta misérable vie, lui rappela-t-il durement en serrant le poing.
A cet instant il se pensa fou de vouloir aider une personne qui ne lui montrait aucune reconnaissance, d'aucune sorte et le traitait, la plupart du temps, plus bas que terre. Bien sûr, elle n'avait pas la moindre idée de la patience et de la bonté dont il faisait preuve à son égard. Elle le savait cruel, antipathique et capable du pire mais tout cela restait des mots, elle aurait sûrement un tout autre discours et une toute autre réaction en sa présence si elle avait connaissance de tous les crimes, de toutes les tortures qu'il avait infligé en ces mille années d'existence. Si elle savait ce que cela lui coûtait de se montrer si doux et compatissant, de laisser son humanité se réveiller, elle lui en aurait été éternellement reconnaissante.
Caroline dû sentir la tension qui grimpait à nouveau dans la pièce car elle se tendit, sur ses gardes.
- Je le sais, admit-elle. Mais je ne comprends pas pourquoi tu le fais?
Ce fut au tour de Klaus de rester sans voix, frappé par ces mots. Le ton de la jeune femme semblait attendre desespérement une réponse. Il aurait aimé lui donner une vraie raison si seulement lui-même avait pu se l'expliquer.
Ils restèrent ainsi de longues et interminables secondes, ne pouvant détacher leur regard l'un de l'autre.
De son côté, Caroline avait fait cette remarque en toute sincérité. Elle savait Klaus attiré par elle mais elle avait toujours pris cela pour un jeu de séduction, elle ne comprenait pas pourquoi il tenait tant à la garder en vie. Elle en avait bien une petite idée mais cela lui paraissait tellement risible et incensé qu'un être tel que lui tienne vraiment à elle, qu'elle rejetta cette pensée en bloc.
- Qui d'autre le ferait? fit-il remarquer.
Elle le dévisagea un court instant, blessée par cette réflexion. Elle qui n'avait déjà pas bien confiance en elle, se sentit inexistante aux yeux de ceux qui auraient dû voler à sa rescousse: ses propres amis. Néanmoins, elle n'avait pas envie de se poser ce genre de question et préféra éluder la remarque de Klaus.
- Très bien, capitula-t-elle, je viendrais avec toi mais ce ne sera l'affaire que de quelques jours. Si tu crois un seul instant que je vais accepter d'emménager chez toi de façon permanente, tu te fourre le doigt dans l'oeil.
L'insolence mais aussi le peu d'assurance que Caroline tentait de se composer le fit rire sous cape.
- Eh bien, nous verrons cela, amour.
Caroline roula des yeux en se retenant de lui faire remarquer que pour elle c'était déjà tout vu.
- Et je voudrais poser quelques conditions, ajouta la jeune femme avec sérieux.
Il ne put s'empêcher de lui rire au nez et de lui dédier un regard semblant vouloir dire "N'abuse pas" mais elle n'en tint pas compte.
- Je dois pouvoir voir mes proches quand je le souhaite.
- Je ne tiens pas à t'enfermer à clef dans une pièce, Caroline, évidemment que tu seras libre d'aller et venir dans le manoir comme bon te semble mais tu ne le quitteras sous aucun prétexte. Quant à inviter tes proches, là encore je n'y vois pas d'inconvénient mais ce sera à leurs risques et périls.
- Ça je l'avais compris et je n'ai d'autres choix que de faire avec mais tu dois me promettre d'enterrer la hâche de guerre avec eux...
Un profond soupir d'agacement s'échappa des lèvres de l'Originel.
- Je suis sérieuse, si je dois vivre sous ton toit, je ne tiens pas à déclencher une bagarre à chaque fois que je recevrais quelqu'un. Alors pas de provocations, pas de coup de sang et ne t'avise pas d'intimider ma mère, Matt, ou qui sais-je encore!
D'un air des plus innocents, il leva une main en l'air tandis que l'autre était sournoisement plaquée contre le bas de son dos, l'index et le majeur croisés fermement.
- Merci, se força-t-elle à dire tout en appuyant exagérement sur le mot, indifférente au sourire en coin de Klaus.
- Je n'ai qu'une parole, sourit-il. Seulement, j'ai moi aussi une condition.
Il ne lui laissa pas l'opportunité de s'y opposer et enchaîna d'une traite:
- Tu devras me rapporter tout ce qui s'est dit sur...
- Quoi, pas question, l'interrompit abruptement la jeune femme en prenant la mouche. Autant m'enfermer dans une immense barraque entourée de centaines de caméra si ce n'est pour ne plus avoir de vie privée!
- Si tu m'avais laissé finir, répondit patiemment Klaus, tu aurais compris que je ne te demandais pas de me faire un rapport détaillé sur des conversations futiles que toi et ceux que tu appeles tes amis pourraient converser mais d'être mes oreilles quant à des propos qui me concernent.
- Oh, dit-elle légèrement embarassée par son éclat. Comme tu veux.
Le fait qu'elle prenne cela la légère agaça sérieusement Klaus.
"Welcome back big bad wolf!" pensa la jeune femme avec effaremment lorsqu'elle vit l'éclat dangereux illuminer les iris azur du jeune homme. Ses vives sautes d'humeurs commençaient vraiment à l'angoisser. Avec une lenteur savamment réfléchie, il s'approcha d'elle la faisant instinctivement reculer.
- Caroline, vas-tu m'obliger à te rappeler que si quoique ce soit se manigance encore derrière mon dos qui me met en danger, moi ou mes semblables, je vous traquerais tous sans excéptions, je vous ferais subir des supplices que ton esprit ne peut même pas concevoir avant de vous arracher le coeur.
Caroline, devenue livide, butta contre le canapé et serait tombée à la renverse si une main puissante ne lui avait pas aggripé l'avant-bras.
- Et alors je ferais de même avec vos amis, votre famille et tous ceux qui ont un jour croisé votre chemin. Et quand je dis "vous" Caroline, j'espère que tu as conscience que je t'y inclue! J'ai peut être un faible pour toi, un certain attachement mais dis-toi bien que ce ne sera pas ce qui te sauvera cette fois.
En ce moment, Klaus pensait chaque mot. Il ne prenait pas la traîtrise à la lègère et il savait qu'il n'accepterait pas plus de coups bas de la part de la jeune femme. Il l'appréciait outre mesure et se devait de l'admettre mais il était essentiel qu'elle sache qu'à trop jouer avec le feu on finit toujours pas se brûler.
Absolument térrifiée par la détermination qui ressortait des mots de Klaus et par la conviction indéfectible de son regard ancré dans ses prunelles brillantes de larmes contenues, Caroline ne put qu'acquiescer.
- Ça n'arrivera pas.
- Bien, dit-il en souriant subitement comme s'il ne venait pas de lui flanquer la frousse de sa vie puis, se frottant les mains il ajouta:
- puisqu'on a mis les choses au clair, si tu m'expliquais ce que trafiquait l'imbécile qui me sert de petit frère ici avec toi?
"Oh mon Dieu!" pensa-t-elle éffarée en prenant conscience qu'il n'avait pas la moindre idée du jeu auquel Kol s'était livré ce soir. Et la simple idée d'être la seule à pouvoir le lui apprendre lui fit monter la nausée.
- Ca risque de ne pas te plaire, avoua Caroline d'une voix prudente.

Non loin de là, Stefan avait usé de sa vitesse vampirique pour rejoindre au plus vite la maison du lac de la famille Gilbert même s'il avait compris qu'il arriverait bien trop tard. Seulement, Jeremy devait être encore dans les parages, il devait le retrouver et faire en sorte qu'il retrouve la mémoire. Il n'en avait cure de l'adversaire redoutable qu'il trouverait sur son chemin, il ne pensait qu'à une chose, poursuivre le chemin qu'il avait tracé pour le chemin d'Elena. Il devait y avoir un chasseur de vampire pour compléter la marque, cette même marque devait mener au remède contre le vampirisme, remède qu'il devait impérativement donner à Elena. C'était le plan et il refusait de croire qu'il était aujourd'hui anéanti. Si Jeremy avait perdu la mémoire, il y aurait sûrement un moyen de la lui ramener. Il ne pouvait pas en être autrement.
Plus il approchait de sa destination et plus son odeur enivrante lui frappa les narines. Il espérait vraiment se méprendre sur l'origine de cette fragrance.

Elena, malgré le peu d'espoir qu'il lui restait de revoir Jeremy sain et sauf, l'avait suivi à la trace. En quelques minutes elle avait réduit la distance qui les séparait à quelques malheureux kilomètres. Elle aurait aimé se convaincre qu'elle suivait Stefan uniquement dans l'espoir de revoir Damon de qui elle n'avait pas eu de signe de vie depuis ce qui lui semblait une éternité mais elle n'aurait fait que se mentir.
Perdue dans ses pensées elle se heurta violemment au torse de quelqu'un. Elle allait se détendre en pensant qu'il s'agissait de Stefan mais en se détachant à reculons de la personne, elle découvrit un visage qui lui glaça le sang.

Stefan fit volte face, le visage ravagé par la colère. Il avait du mal à en croire ses yeux mais elle était bien là, un sourire narquois plaqué aux lèvres.
- Qu'est-ce que tu fais ici?
Katherine scruta furtivement les alentours, répérant et notant mentalement les passages étroits qu'elle pourrait emprunter pour fuir.
- Mystic Falls me manquait. Ainsi que ses habitants, dit-elle en faisant couler un regard appréciateur et lourd de sous-entendus sur lui.
Cette ruse ne prit pas sur Stefan qui lui adressa l'un de ses froncements de sourcils contrarié dont il avait le secret. Le lourd objet que la jeune femme tenait fermement entre ses mains de peur qu'on le lui arrache ne lui échappa pas.
- C'est toi qui a pris l'épée de Klaus? s'enquit Stefan en n'y comprenant plus rien.
- Non, mais c'est moi qui vait faire ça!
Katherine lui enfonça un long baton en bois dans la poitrine sans qu'il n'ait eu le temps de réagir. Bien sûr, cela ne l'atteint pas au coeur mais l'affaiblit suffisament pour les secondes à venir.
- Rien de personnel, se sentit-elle l'envie d'ajouter avant de s'enfoncer dans la nuit.

Elena hésitait entre l'envie de hurler d'hystérie ou de fondre dans les bras du jeune homme.
- Damon?
Oui il n'y avait aucun doute possible, la personne qui lui était brutalement rentré dedans était nulle autre que son bien aîmé. Celui-ci avait une mine épouvantable! Physiquement, il paraissait dans une forme olympique hormis ses cheveux emmêlés dans un désordre inextricable, encore plus en bataille que d'ordinaire, mais ce qui frappa le plus la jeune femme était ses yeux: la lueur habituelle, impétuense et endiablée, reflet de sa forte personnalité, n'y était plus.
- Qu'est-qui t'es arrivé?
- Elena, dit-il d'un air desespéré en la pressant pour qu'il lui ouvre le passage. Laisse-moi passer!
Mais cela était sans compter sur la ténacité et l'inquiétude de la jeune femme qui ne pouvait le laisser s'échapper.
- Quoi, non! Qui a bien pu te faire ça?
- Elena, je ne veux vraiment pas te blesser mais si tu m'y force...
- Me blesser, mais pourquoi?
- Tu dois me laisser passer! lui intima-t-il.
Il agrippa fermement, presque sauvagement ses épaules pour l'écarter.
- J'ai un message pour Klaus! rugit le vampire, à l'image d'un fauve prêt à bondir sur un animal sans défense. Elle savait le danger qu'elle encourrait face à un Damon dont la nature vampirique était des plus manifeste, mais elle savait également combien leur lien était fort et elle espérait que cette fois encore l'amour vaincrait cette tempête. Elle prit son visage en coupe pour le forcer à la regarder et il se laissa guider par ses mains douces et affectueuses sans se débattre mais sans pour autant éprouver le moindre émoi.
- C'est moi, Elena.
- Je sais qui tu es, affirma Damon alors que ses yeux témoignaient d'une autre vérité.
- Alors tu peux avoir confiance en moi! Kol t'as fait ça?
- Amène-moi à Klaus! répondit Damon sans émotion en passant totalement au travers de sa question.
- Quoi, non Damon, hey regarde-moi!
A nouveau elle exerça une pression sur son menton pour l'encourager à prêter attention à elle.
- Dis-moi ce qui s'est passé!
- Je dois voir Klaus, répéta Damon sans en démordre.
D'un geste des plus brutal, sans aucune once d'amour ou seulement de tendresse, Damon la repoussa férocement contre un tronc d'arbre. Le choc fut rude et arracha un gémissement de douleur à Elena mais ce ne fut rien en comparaison du regard de profonde désolation qu'il lui lança. Cela semblait être sa mission du jour, délivrer un message à Klaus très certainement de la part de Kol. Elena comprit qu'elle n'obtiendrait aucune réaction de sa part, si ce n'était de la violence, tant que les ordres qu'il avait reçu ne seraient pas respectés à la lettre.
- D'accord, je vais te conduire à lui.
Elle plaça ses mains face à lui, dans une tentative d'apprivoisement et voyant à son visage qu'il y réagissait favorablement, entreprit un rapprochement plus direct en déposant craintivement ses mains contre son torse recouvert d'une simple chemise.
- Fais-moi confiance!
Tout en emprisonnant son regard au sien, elle glissa amoureusement sa main le long du bras de Damon et entremêla ses doigts aux siens, oubliant pour un moment le destin cruel qui les avait une fois de plus séparé et l'incita à avancer.

Une fois remis du choc de son agression, Stefan serra fortement les dents pour arracher la fine mais longue branche enfoncée au plus profond de sa poitrine, à un milimètre de son coeur. Il la jeta rageusement dans la neige et disparut rapidement entre les arbres, déterminé à arracher le coeur de la diabolique Katherine et de récupérer l'épée.

- Pour qui se prend-il? éclata Klaus, rouge de colère.
Le malheureux vase où fleurissait un bouquet de tulipes aux multiples couleurs subit les foudres de son humeur et vint se briser sur le mur adjacent dans un fracas assourdissant.
Caroline ne put s'empêcher de bondir, le geste en lui-même ne l'inquiétait pas outre mesure, avec Tyler elle avait pris l'habitude des éclats de colère qui finissaient par endommager le mobilier à défaut de lui éclater au visage mais la folie meurtrière qu'elle lisait dans le regard de Klaus l'affolait.
- Comment s'y est-il pris? demanda sèchement l'originel.
- De quoi?
Klaus inspira fortement pour se calmer puis pivota son regard glacial vers la jeune blonde comme si elle avait été la raison de tous ses malheurs.
- Pour ôter la mémoire à Jeremy, comment s'y est-il pris? insista Klaus.
Il y avait beaucoup trop de blanc dans le récit de Caroline. Que Kol se soit servi d'elle pour forcer Bonnie à contraindre Jeremy était une chose inacceptable mais cette explication bien trop légère ne suffisait pas.
Caroline secoua brièvement la tête et plissa les yeux jusqu'à s'en faire mal semblable à une personne qui forçait sur sa vue alors qu'elle esquintait son cerveau pour se remémorrer son expérience des plus douloureuses.
- Je n'en sais rien, dit-elle en vain.
Le traumatisme était encore trop frais pour qu'elle puisse décortiquer dans les moindres détails ce qu'il s'était passé dans cette pièce. Seule la douleur empoisonnait sa mémoire: la douleur abominable de la pointe du poignard qui lacérait sa chair, la douleur continue laissée par les diverses plaies béantes imbibées de verveine et la souffrance de son être qui ne demandait qu'à s'en aller.
- Comment ça, tu ne sais pas? Tu étais bien présente, non? aboya-t-il en perdant patience.
Klaus ne se rendit compte de l'étendue de sa souffrance que lorsque la jeune femme releva ses yeux clairs brillants de larmes sur lui.
- Oui et j'étais trop occupée à me faire charcuter!
La culpabilité, sentiment qu'il refoulait depuis longtemps, prit le pas sur son animosité qui retomba comme un soufflé à la surprise générale. Caroline, tout autant que lui fut décontenancée par son brusque changement d'attitude. Son visage qui quelque instants auparavant ne réflétait que le monstre en furie s'était adoucie face à la détresse du bébé vampire. Si Caroline n'y avait pas assisté de ses yeux, jamais elle n'aurait pu y croire tant l'expression torturée de son visage semblait se confondre avec la sienne. Si elle ne connaissait pas l'identité de l'homme au visage angélique qui la pénétrait de son regard céleste elle aurait pu affirmer sans crainte de se leurrer qu'il compatissait à sa souffrance et la ressentait comme si on la lui avait infligée.
Ce moment hors du temps, d'une alliance de regard quasi irréelle entre deux âmes que tout oppose, fut brisé par la porte qui s'ouvrit à la volée en s'arrachant presque de ses gonds.
- J'ai un message pour toi! déclara Damon qui entra vivement dans la maison, suivie d'une Elena troublée.
Klaus se retint de tout commentaire acerbe car il sut que Damon n'était pas dans son état normal. Sa démarche claudiquante et tremblante lui indiquait très clairement qu'il était sous l'emprise de quelqu'un mais que son corps s'en défendait de manière acharnée.
Caroline s'était aussitôt dressée sur ses pieds en voyant sa meilleure amie dans l'ombre de Damon et approchée d'elle pour la soutenir. Elles n'avaient pas besoin de mot pour se comprendre, toutes deux se connaissaient depuis de longues années pour déceler quand l'une sombrait. Elena faisait peut être bonne figure et pensait duper tout le monde en affichant son petit sourire triste, seulement les nouvelles épreuves que la vie avait placé sur sa route la submergeait et son amie le voyait. Passant outre leurs querelles et ressentiments réciproques, Caroline enlaça Elena qui salua cette étreinte réconfortante comme un cadeau.
Tout le monde était à présent pendu aux lèvres de l'aîné des frères Salvatore.

** Quelques instants plus tôt. **

La route défilait à une vitesse fulgurante, dépassant sans conteste toutes les limites autorisées renforçant le sentiment d'inquiétude et de perte de contrôle de Bonnie. Elle était assise à l'arrière d'une Chevrolet des plus confortables mais ses muscles étaient si tendus par l'appréhension de ce qui l'attendait et par la peur que Kol lui inspirait rien que par sa présence à quelques mètres devant elle qu'elle ne put accepter l'idée de se reposer contre la banquette ne serait-ce qu'un instant. De plus, la proximité de Jeremy la rendait extrêmement nerveuse, il ne bougeait pas un cil mais fixait le vide de ses yeux verts globuleux, étrangé à ce qu'il voyait, comme s'il dormait éveillé. Était-il conscient? Ressentait-il des émotions comme de la peur, de la colère? Se rappelait-il seulement son nom? Jamais, auparavant, elle n'avait pratiqué d'hypnose et ne pouvait savoir si elle avait ou non franchit une limite. Avait-elle été trop loin? Un geste, un mot ou même un échange de regard lui prouvant qu'il avait parfaitement conscience de ce qui l'entourait aurait suffit à la rassurer sur l'état de santé du jeune homme mais il restait prostré. Elle n'avait besoin que d'un signe qui lui confirmerait qu'elle ne l'avait pas entièrement brisé, qu'il était toujours présent quelque part dans un coin reculé de son esprit et pas uniquement sur le reflet d'une lame d'épée. Bonnie était prête à attendre aussi longtemps qu'il le faudrait et lorsque cette once d'espoir brillerait enfin de ces yeux éteints, elle donnerait tout son être pour réparer le mal qu'elle avait elle-même causé. Car elle pouvait le ramener, de cela elle en était convaincue, restait à savoir par quel moyen s'y prendre.
Des éclats de voix sur la banquette avant lui parvinrent mais elle ne fit pas l'effort d'en comprendre le sens. La sorcière qu'elle était devait trouver une solution rapidement mais elle ne pouvait risquer de mettre la vie de ses amis en danger. La maîtrise de ses nouveaux pouvoirs étaient encore bien trop aléatoire et tenter quoique ce soit dans l'heure, qui plus est retenue captive d'un originel, aurait fait d'elle la sorcière la plus téméraire de l'Histoire.
- Laisse-moi sortir d'ici! insista Damon en fusillant Kol du regard.
L'Originel souriait en gardant ses yeux sur la route.
- Oh mais tu vas sortir, lui assura Kol avant de rire. Quel utilité pourrais-tu m'apporter?
- Êtes-vous tous aussi bipolaire vous les Originaux? se demanda sérieusement Damon. C'est toi qui m'a embarqué dans ta caisse et maintenant tu vas me faire croire que tu ne sais même pas pourquoi?
- Ce n'était pas prévu, j'ai été pris par le temps, mais tu vas me servir de pigeon voyageur.
Damon haussa les sourcils en croyant qu'il se moquait de lui mais le visage de Kol restait impassible.
- Que les choses soient claires, si tu n'as pas les couilles de le faire, c'est ton problème mais je ne délivrerais aucun message à ta place.
- Parceque tu crois avoir les commandes? C'est moi qui te dicte ce que tu feras ou non et que ça te plaise ou non!
- Pour qui est-ce que tu te prends, un membre de la Gestapo?
- Je pourrais t'écraser aussi facilement qu'un cloporte, tu le sais ça?
- Vous tous avez vraiment un problème d'égo surdimensionné, râla Damon en faisant allusion à tous les membres de sa famille. Vaudrais mieux vous faire soigner avant que votre orgueil vous rattrape!
Le rire que Kol lâcha n'avait rien de rassurant. Il contenait sa colère en resserrant fermement ses mains sur le volant puis tourna un regard froid vers le vampire.
- Tu vas dire à mon frère que s'il poursuit sa quête du remède, s'il tente quoique ce soit qui risquerait de réveiller Silas et déverser l'enfer sur terre...
- Tu quoi, tu tues Jeremy ou Bonnie? pouffa Damon d'un air incrédule. Tu crois vraiment que Klaus en a quelque chose à faire de ces deux-là? Au mieux il dessinera leur portrait et l'offrira à Caroline en réconfort!
- Ces deux idiots seront le dernier de ses soucis, affirma Kol en riant franchement. S'il est assez stupide pour réveiller une créature immortelle comme Silas, j'en réveillerais une autre qui lui plaiera encore moins.
- Qui, Lucifer peut être?
- Dis simplement à mon frère que je sais comment faire renaître notre père de ses cendres.
- Mikael, sérieusement, le vampire originel psychopathe obsessionnel et accesoirement chasseur de la pire espèce, railla Damon. Je ne savais pas que ton papounet te manquait à ce point.
- Juste contente-toi de lui faire passer le message, sombre crétin! répondit Kol agacé par les remarques du vampire.
- Est-ce que tu es dérangé?
Damon se tut un instant, semblant considérer sérieusement sa propre question.
- Et, bien sûr, tu pense être en mesure de concurrencer Dieu lui-même en ressucitant ton père. Ce n'est plus un melon que tu as c'est une pastèque. Dis-toi que tu ne lui arrive pas à la cheville, toi et ta famille n'êtes rien d'autre que de vieux sac à emmerde... et à merde!
Ce fut la remarque de trop. D'une main, Kol agrippa brusquement Damon par le col de sa chemise tout en gardant habilement le contrôle de la route.
- Ecoute-moi bien, pourriture ambulante, tu n'es rien pour moi et si je le voulais je t'arracherais le coeur sans effort avant même que tu ne puisse réaliser ce qui t'arrive, ce qui serait une honte puisque tu me priverais ainsi de la satisfaction de te voir subir ta propre mort. Quand tu mourras, je veux être au premier rang mais en attendant...
D'une rapidité que Damon ne pouvait qu'envier, Kol Mikaelson actionna l'ouverture automatique des portes puis se pencha pour ouvrir manuellement la portière du côté de Damon.
- Qu'est-ce que tu fous, espèce de cinglé?!
La porte à présent grande ouverte laissait échapper de violents courrants d'air d'un froid glacial.
Sans lâcher Damon qu'il rapprocha un peu plus de l'ouverture de la porte de la voiture qui roulait à vive allure, il força son regard à s'accrocher au sien jusqu'à ce que les pupilles du vampire se dilatent sous la force de l'hypnose.
- Tu vas être un bon toutou, retourner à la maison du lac des Gilbert et répéter tout ce que je viens de te dire à Klaus sans tarder. Tu lui demanderas également de ne pas essayer de me retrouver et tu lui diras que j'ai pris beaucoup de plaisir à torturer sa petite copine, tu sais la petite blonde qu'il déshabille du regard, ajouta-t-il d'un air sadique. Tu ne seras libéré de ma contrainte qu'une fois que le message sera bien délivré, me suis-je bien fait comprendre?
- Je vais répéter tout ce que tu viens de dire à Klaus, acquiesça mécaniquement Damon. Je lui demanderais de ne pas te retrouver et lui dirais combien tu as pris plaisir à torturer sa copine.
- Eh bien voilà, je t'apprécie nettement plus comme ça. Tu me donnerais presque envie de te prendre comme nouvel animal de compagnie.
Kol parut un instant désolé avant d'hausser les épaules en affichant un air de parfaite indifférence.
- Puisque tu me le demandais avec tant d'entrain, tu vas aller prendre un bon bol d'air frais.
Sans montrer le moindre signe de faiblesse, le vampire originel balança Damon comme un vulgaire bagage indésirable sur la route enneigée.
Le corps du vampire fit des roulées boulés sur plusieurs mètres, écrasant de tout son poids des buissons en se fracassant les côtes, les os des jambes et manqua de peu de se briser le cou avant qu'un tronc d'arbre centennaire freine finalement sa chute.

** Fin du flashback **

- Mikael?! gronda Klaus de ses yeux révulsés par la colère. Est-ce une plaisanterie?
Caroline se tendit imperceptiblement en voyant Klaus serrer fortement le poing. Elle commençait à bien le connaître et n'appréciait que très modérément son apparence calme, signe qu'il se contenait et que ce qui en ressortirait ne pourrait être que déstructeur.
- Il sait comment le ramener à la vie.
Klaus se saisit brusquement de Damon par le col de sa chemise, se moquant bien de l'étrangler dans le feu de l'action.
- Ne le blesse pas, intervint Elena, discrète jusqu'à cet instant.
Elle se détacha du bras que Caroline avait chaleureusement posé sur son épaule afin de s'approcher de Damon.
- Il ne fait que transmettre un message! ajouta Caroline en se surprenant à penser que ces mots auraient le pouvoir de l'adoucir.
- Oh oui, je vois, ne tue pas le messager, ria sarcastiquement Klaus en accentuant la pression sur le col de la chemise du vampire. Bien dans le cas présent, le messager est déjà mort depuis un bon siècle et demi alors je suppose que ça ne compte pas.
- Klaus! insista Caroline en lui adressant un regard désaprobateur.
En secouant doucement la tête, la jeune blonde essaya de lui faire comprendre qu'elle n'approuvait pas ce genre de méthode et que s'il tenait un tant soit peu à son jugement, il cesserait ce petit jeu. Mais cette fois, son regard n'eut aucun effet sur Klaus qui détourna bien vite l'attention qu'il lui portait pour foudroyer littéralement Damon de ses yeux noirs de colère.
- Et tu compte me dire comment est-ce que mon dégénéré de frère compte s'y prendre pour ramener un mort ou bien est-ce que je vais devoir te le faire cracher par les boyaux?
- Si tu tente quoique ce soit contre lui, il ressucitera Mikael.
- Il me semble que ce n'est pas ce que je t'ai demandé! gronda Klaus en precipitant violement le vampire contre le mur, faisant craqueler son dos sous l'impact et trembler un court instant les meubles de la pièce. De toute évidence, inconsciente face au danger ou bien complètement aveuglée par son amour envers Damon, Elena fit un geste en direction de Klaus dans la ferme intention d'extirper son amoureux des griffes du loup, mais Caroline eut le reflexe de la repousser avant que l'originel ne remarque son audace.
- Kol tiens aussi à ce que tu saches qu'il a pris un malin plaisir à torturer ta petite copine, la petite blonde que tu déshabille du regard.
Aussitôt, les joues de Caroline virèrent au pourpre, incroyablement gênée du statut de "petite amie de Klaus" que Kol lui prêtait. Même si Damon aurait pu très bien tenir ce genre de propos, savoir que ceux-ci provenaient en réalité de la bouche de Kol la dérangeait. Elle avait conscience que cela n'avait rien de sérieux, que Kol jouait sur les mots pour provoquer son grand frère cependant, quelque chose l'avait conduit à de telles conclusions. Et ce quelque chose chiffonna Caroline. Car Kol, en dehors de Rebekah et Elijah, était sûrement la personne la mieux placée pour comprendre le fonctionnement de l'esprit tordu de Klaus et si lui même reconnaissait la fascination de son frère pour elle c'est qu'elle devait être très forte. L'attraction que l'Originel avait envers elle, était-elle si évidente? Etait-elle la seule à encore penser que cette attirance ne serait que passagère et qu'il passerait rapidement à un autre jouet? Déconcertée, Caroline ne réalisa le geste de Klaus que lorsque Damon Salvatore glissa le long du mur et rebondit sur le parquet.
- Qu'est-ce que tu as fait? demanda Caroline, ahuri alors qu'elle venait de comprendre.
Klaus venait, sans cérémonie de tordre le cou à Damon et se retournait à présent vers les deux jeunes femmes un sourire faussement désolé aux lèvres.
- Pourquoi as-tu fais ça? s'enquit vivement Elena, figée d'effroi tout en accourant vers Damon.
- Je n'ai pas aimé la manière dont les mots sont sortis de sa bouche, dit-il simplement comme si cela excusait tout.
- Tu crois vraiment qu'elle avait besoin de ça!
Caroline pointa son menton en direction de sa meilleure amie tout en serrant ses bras autour de sa poitrine afin d'accentuer de son mécontentement.
Klaus aurait aimé répliquer mais, de la porte principale de la maison restée grande ouverte, apparut Stefan, le visage découragé et défait par la fatigue.
- Je n'ai pas pu la rattraper, expliqua-t-il légèrement haletant, elle a sauté dans une voiture et m'a semé.
- Qui? s'enquirent Klaus et Caroline à l'unisson.
- Katherine, elle était ici.
En voilà une que Caroline avait presque occulté. Des images successives de sa créatrice lui revinrent en mémoire tandis que cette dernière engageait une joute verbale avec Damon. La présence de cette dernière avait échappé au récit de Caroline donné à Klaus qui écarquilla les yeux, abasourdi par cette nouvelle.
- Que Diable foutait-elle ici? lâcha-t-il en écartant largement les bras l'air de dire: "il ne manquait plus qu'elle!"
Puis, il se tourna vers Caroline, attendant qu'elle lui fournisse des explications. Mais qu'aurait-elle pu lui dire? Elle se souvenait à peine du rôle que Katherine avait joué dans tout cela si ce n'était celui de se tenir au côté de Kol et donner une millième raison à l'aîné des frères Salvatore de lui refaire le portrait avant de séparer sa tête de son corps.
- J'étais à peine consciente, sa présence m'était franchement égale.
Klaus grogna une remarque inintelligible, y compris pour toute ouïe surnaturelle, n'appréciant guère son sarcasme.
- Damon? s'écria Stefan en prenant conscience de l'état de son frère. Qu'est-ce qui s'est passé?
Il se précipita au chevet de son frère, l'inquiétude se lisant clairement sur son visage malgré le combat à mort, dont il avait été l'instigateur, qu'ils avaient partagé quelques heures plus tôt. La tête de Damon, livide et végétative, reposait sur les genoux d'Elena qui eut un brusque mouvement de recul à l'approche de Stefan. La contrainte de Rebekah, la forçant à rester dans les alentours de Stefan était une véritable torture. Tandis qu'il se trouvait enfin auprès d'elle, elle sentit tous ses maux s'apaiser et sa peur se dissiper mais paradoxalement, elle détesta cette sensation de tout son être. Stefan remarqua à peine le sursaut d'Elena, concentré sur le corps sans vie de son frère. Cependant, il se détendit bien vite en examinant le coeur de son frère, poignardé d'aucun pieu.
- Tu as de la chance que l'idée de lui arracher la tête n'ait fait que me traverser l'esprit!
- C'était pour quoi cette fois, une parole de travers?
- Tu me connais si bien, lança Klaus avec humour. Pourquoi le nier Stefan?
Délibérement il fit glisser ses yeux enjôleur sur Caroline.
- ... Tu m'aimes bien. Toi, moi et Caroline partageons quelque chose de vraiment... spécial.
Cette remarque qui, visiblement ne fit rire que lui, valut à Klaus un regard exagérément outré de la part de Stefan ainsi qu'un roulement d'yeux de sa belle qui trouvait son attitude puérile.
- Alors, si je ne m'abuse, Katherine est dans les petits papiers de Kol? demanda-t-il à Stefan?
Stefan ouvrit la bouche pour répondre mais il ne lui en laissa pas l'occasion, le coupant impoliment.
- Ça m'importe peu ce que cette petite garce manipulatrice complote encore derrière mon dos...
- Klaus, c'est elle qui a l'épée! lui révéla Stefan en le coupant à son tour.
Il s'attendait à ce que Klaus éclate de colère ou bien se jette sur lui pour apaiser sa frustration mais absolument pas à ce qu'il éclate de rire.
- Cette petite putain!
Etrangement, cette réaction effraya encore plus Stefan et Caroline qui se questionnèrent un instant sur la bonne santé de son esprit.
- Je l'ai sous-estimé, je l'avoue, dit Klaus sans se départir de son rire.
- Comment ose-tu? explosa Elena, se levant pour lui faire face. Kol et cette garce qui porte mon visage ont travaillé de concert pour rendre Jérémy totalement impuissant, ils ont fait dieu seul sait quoi à Bonnie et torturé Caroline et tu ne trouve rien de mieux à faire que d'en rire? lui fit remarquer une Elena choquée et bouleversée.
Klaus retrouva alors tout son sérieux. Il n'aimait pas beaucoup se faire réprimander de la sorte et encore moins par une personne qu'il ne portait pas dans son coeur - certes il ne portait pas grand monde dans son coeur - mais plus le temps passait et plus il développait une espèce d'antipathie à l'égard de ce bébé vampire qui ne lui était plus d'aucune utilité et qui avait tout le monde à ses pieds, y compris sa belle Caroline qui, il en était presque sûr, mettrait sa vie en péril pour sauver la sienne. Toute trace de plaisanterie effacé de son visage, il répondit d'une voix pernitieusement calme.
- Ce que mon cher frère et ta putain d'ancêtre ont pu faire à ton pauvre petit frère m'est complètement égal, comprends-le bien. Il n'a plus la moindre importance pour moi.
- Je sais que tu n'en as jamais rien eu à faire de lui mais sans la marque du chasseur tu ne pourras pas accéder au remède et créer de nouveaux hybrides.
- Je crois que tu n'as vraiment rien compris, Elena, ria faussement l'originel. Je n'ai jamais eu l'intention de fabriquer d'autres de ces éclopés que ta petite bande renverserait en armée contre moi.
- Dans ce cas pourquoi tu veux le remède? s'enquit Stefan, interdit.
- Il veut le détruire, comprit Caroline en forçant l'admiration déjà bien grande de Klaus.
- Précisement, applaudit Klaus sans pour autant faire claquer ses mains. Tellement plus qu'un joli visage.
- Pourquoi ne pas l'avoir dit dès le départ?
- Ah Stefan, tu me connais pourtant, tu sais que j'aime jouer.
- Alors le seul intérêt pour toi c'est de détruire le remède pour que personne ne l'ait? Pourquoi prendre le risque de réveiller Silas dans le processus? demanda Stefan qui trouvait les ambitions de Klaus abhérantes.
- Bien que je n'aies aucune explication à te donner, sache que je ne laisserais personne avaler ce bouillon magique.
- Si tu n'as plus l'intention de te servir de mon sang pour créer d'autres hybrides, qu'est-ce que ça peut bien te faire que je prenne ou non le remède avant que tu ne le détruise?
- Parceque je m'applique à faire de vos vies un enfer sur Terre, dit-il en souriant de façon perverse.
Caroline n'arrivait pas à en croire ses oreilles.
- Alors si Elena a la possibilité de revenir humaine et de fonder une famille comme elle l'a toujours souhaité, tu vas l'en empêcher uniquement pour assouvir ta vengeance?
- Je crois que les choses sont claires, amour, approuva Klaus.
- Elena ne t'a rien fait. Ce qui s'est passé avec tes hybrides ne la concerne en rien!
- Tu parles beaucoup de ce qu'Elena désire mais pas de ce que toi tu veux! N'es-tu pas un peu frustrée à l'idée de ne jamais redevenir celle que tu étais, de ne pas te marrier, d'avoir des enfants dans une maison entourée d'une belle barrière blanche et d'un adorable chien qui viendrait te rapporter le journal tous les matins.
- Pourquoi parler de ça puisque de toute manière tu ne me laisserais pas prendre l'antidote?
- Si c'était vraiment ce que tu voulais, je le ferais sans une once d'hésitation, dit-il d'une voix pleine de certitude.
Bouche bée, Caroline ne sut que lui répondre. Une fois encore, il la cernait et se préoccupait de ses désirs mieux que toutes les personnes réunies dans cette pièce et au delà de ces murs. Elle-même n'avait jamais réalisé, jusqu'à ce moment fatidique, qu'elle refuserait le remède si on le lui proposait.
- Bien, Miss Petrova sait qu'elle ne peut délibérement se trouver dans mon sillon, réfléchit Klaus à haute voix, donc elle ne reviendra pas de si tôt à Pony Town, en revanche ce qui me déplait c'est l'affiliation qu'elle semble avoir avec Kol. Non pas que je craigne quoi que ce soit d'elle mais je doute que Kol ait commencer cette entreprise seul. Et pour que Katherine ait osé se rapprocher de lui c'est certainement qu'elle avait déjà quelqu'un à ses côtés pour plaider sa cause...
Un silence religieux se fit durant lequel chacun semblait attendre la suite des réflexions de l'Originel. Soudain, une ampoule parut s'éclairer au dessus de sa tête.
- Aucun d'entre vous ne partira à la recherche du jeune Gilbert et de notre petite sorcière...
- On ne peut pas les laisser entre les mains de ton sadique de frère, réagit Caroline au quart de tour.
- C'est vraiment vilain de couper la parole, mon coeur, la reprimanda gentiment Klaus.
Caroline leva les yeux au ciel face au gros yeux de l'hybride et grogna d'agacement.
- Donc, comme j'ai essayé de le dire, aucun d'entre vous ne tentera quoique ce soit parcequ'avec votre prudence et compétence légendaire à foirer chacun de vos plans, vous seriez aussitôt repéré.
- Il a raison, intervint Elena avec lassitude, lorsque j'étais avec Rebekah elle m'a fait comprendre que peu importe ce que nous entreprendrions pour sortir Jérémy des griffes de Kol, il aura toujours une longueur d'avance.
- Comment ça? s'enquit Stefan.
- Je ne sais pas ce qu'elle a voulu dire par là mais elle semblait aussi persuadée qu'il n'attenterait pas à sa vie.
- Et qu'en est-il de Bonnie? s'inquiéta Caroline. On ne va tout de même pas attendre sagement le bon vouloir de Kol et espérer bêtement qu'il nous la ramène sans une écorchure?
- C'est pourtant ce que je vous suggère de faire. Ce n'est désormais plus entre vos mains, affirma clairement Klaus en fixant tour à tour Caroline, Elena et Stefan avec insistance. Cela me concerne, ma famille et moi et je n'accepterais que personne d'autre ne s'en mêle.
- Parceque tu as peur qu'il puisse ramener Mikael? tenta de comprendre Caroline.
- Ne sois pas ridicule!
- Mikael?! s'exclama Stefan. Qu'est-ce qu'il vient faire dans cette histoire?
- Personne ne le sait vraiment, expliqua brièvement Caroline. Kol menace de le ramener d'entre les morts.
Stefan écarquilla les yeux comme des soucoupes, incrédule.
- De toute manière j'arrêterais cette funeste mascarade avant même qu'il puisse me voir venir, claqua Klaus en dévisageant froidement Caroline, irrité qu'elle puisse penser qu'il craignait la résurrection de Mikael.
Caroline soupira de frustration en se passant une main dans ses boucles blondes toutes emmêlées. Curieusement, elle ressentait l'inquiétude que Klaus dissimulait avec applomb. Cela l'effraya de voir avec quelle facilité elle parvenait désormais à lire en lui, à percer sa carapace. Etait-ce parcequ' inconsciemment, il le lui permettait?
- Bien que je ne veuille pas me plier aux exigences de Kol, je n'interviendrais pas pour l'instant.
- Tu n'interviendras pas, et tu nous ordonne de ne pas le faire pourtant chaque minutes qui passent tuent Bonnie, s'enflamma Caroline.
- Il ne la tuera pas, il n'a aucune raison de le faire!
- Parcequ'il lui faut une raison maintenant pour excercer ses talents de sadique sociopathe et j'en passe?
Klaus lui lança une oeillade noire, lui conseillant de se taire.
- Non, tu ne peux pas m'obliger à me taire, s'emporta la jeune femme dont l'irritation n'avait fait que grimper.
- Caroline, tenta de la calmer Stefan qui était jusque là resté en retrait de leur échange, essayant de trouver seul une solution à cette situation cornélienne.
- Stefan, renchérit sèchement la jeune femme, Bonnie a besoin de nous, on ne peut pas la laisser avec deux malades comme Kol et Katherine!
- Je n'ai jamais dit le contraire mais Kol nous sentira venir à des kilomètres, on doit agir subtilement.
- On? le reprit Klaus en tiquant sur le pronom. Il n'y a pas de nous, Stefan, JE me charge de mon frère. Quant à Bonnie, bien qu'elle ne fasse pas partie de mes préoccupations, elle est loin d'être un agneau, elle a assez de pouvoir en elle pour se défendre face à mon frère si, et je dis bien si il tentait quoique ce soit.
- Donc, c'est tout, on attend qu'il les relâche elle et Jérémy? cracha Caroline.
- Je sais combien tu voues un culte sans limite à tes petits camarades de bac à sable, lui fit remarquer Klaus avec irritabilité, mais je te conseille de calmer le jeu, Caroline.
Le regard fauve qu'il planta dans ses yeux noirs de colère fit légèrement faiblir la fougue de la jeune femme.
- Tu ne peux pas me demander de les abandonner, dit Caroline d'une voix plus atténuée.
- Ça n'a jamais été mon intention! Bien sûr que je ne vais pas rester les bras ballants dans la craintes des menaces de mon frère. Mais Kol doit penser que je le crois capable de ressuciter Mikael, ce qui est bien sûr ridicule mais mon frère a un sérieux problème d'égo...
- Ça semble être un problème récurrent chez les Mikaelson, marmonna Caroline tout en sachant qu'il l'entendrait.
Il lui fit les gros yeux, l'avertissant silencieusement de ne pas en rajouter avant de poursuivre:
- Si Kol croit qu'il a réussi à m'atteindre, il va se sentir pousser des ailes et c'est là qu'il sera le plus vulnérable.
- Et dires que j'ai toujours regretté d'être fille unique, ironisa Caroline en roulant des yeux.
Interdit, Klaus fixa un moment la jeune femme sans dire un mot, agacé par ses perpétuelles remarques. Caroline avait pleinement conscience qu'elle jouait avec le feu et qu'il lui ferait certainement regretter son arrogance plus tard, mais en cet instant précis elle n'en avait cure et ne répondait qu'à la rage qui bouillonnait en elle.
Pour ne pas lui exploser littéralement à la figure, Klaus décida qu'il était temps de mettre une certaine distance entre eux afin que chacun retrouve ses esprits. Il pivota sur sa gauche et interpella Stefan:
- Mon ami, tu vas conduire Caroline chez elle et l'aider à emballer ses affaires!
- Quoi? Pourquoi ferait-elle ça?
- Parcequ'elle vient vivre chez moi, annonça Klaus avec une certaine fiertée dans la voix.
- Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire? s'emporta Stefan en levant les bras hauts avant de les faire lourdement retomber pour souligner son incrédulité.
Caroline comprenait l'effarement et la colère de son ami, elle-même ne voulait pas céder aux exigences de l'Originel et n'arrivait pas à croire qu'elle devait emménager aussi vite, seulement il lui semblait que cela restait la meilleure chose à faire. Ils auraient bien le temps de penser à cela à tête reposer et d'en venir à un nouvel accord.
- Je t'expliquerais tout, Stefan, promit la jeune femme, partons juste d'ici!
Elle adressa un dernier regard à Elena qui n'avait bougé, accolée contre le mur, Damon allongé à ses pieds, navrée de devoir la quitter puis, fit mine de se diriger vers la sortie.
- Pas si vite, tu ne rentreras pas à pied! affirma Klaus tout en extirpant un trousseau de clef de la poche d'une veste posée sur une chaise.
- Ce sont les clefs de voiture de Damon! s'indigna Elena.
- Et je viens de leur trouver une utilité! railla Klaus en jetant les clefs à Stefan.
- Il va en avoir besoin quand il se réveillera.
- Eh bien, il fera comme nous autre et se servira de ses jambes!
- Je la lui ramènerais, promit Stefan à une Elena déconfite.
Elena soupira de lassitude en hochant la tête, acceptant finalement à contre coeur.
- Je serais devant chez toi à minuit, annonça Klaus en fixant le dos crispé de sa belle.
Caroline se tourna brusquement pensant rencontrer son regard rieur et son sourire sarcastique fiché aux coins de ses lèvres, seulement la froideur et détermination qui raidissaient les traits fins de son visage lui coupa tout envie de se rebeller une dernière fois.
- Ne me fais pas attendre et n'essaye surtout pas de rompre notre accord! termina-t-il d'une voix qui ne permettait aucune contrariété.
Caroline ne lui fit pas le plaisir de pâlir ou déglutir, elle détourna rapidement les yeux et courut presque vers la sortie, Stefan à sa suite.