Le nouveau chapitre, juste pour vous, où vous allez en apprendre un peu plus sur Lola…
Merci pour vos reviews et vos lectures. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette suite… À bientôt.

Chapitre 6

En prévision du transplanage, je me rapprochai de Severus. Comme il n'avait aucune réaction, je levai les yeux vers lui. Et je tombai dans la noirceur de son regard. Implacablement plantés dans les miens, ses iris ébène reflétaient un doute, une question, une interrogation sur ce qui nous arrivait. Cette attirance, ce besoin de se rapprocher… De se coller l'un à l'autre, comme j'en amorçais le geste… Je m'étais sentie tellement bien à l'aller, pressée contre lui…

Que se passa-t-il à ce moment ? Était-ce lui, était-ce moi, qui avait avancé en premier ? Je ne sus comment, je me retrouvai serrée par des bras puissants. Des lèvres fines et chaudes s'emparèrent des miennes et m'infligèrent un baiser torride. Pantelante, je me laissai aller dans cette étreinte que je ne savais désirer et qui, pourtant, me ravissait. L'instant d'après, je me sentis attirée dans le néant et m'évanouis…

Lorsque je repris conscience, je discernai les lambris blancs qui recouvraient les murs du couloir de la maison de Minerva. Avant d'avoir pu esquisser le moindre geste, avant de lui avoir fait comprendre que j'avais repris mes esprits, Severus me souleva sans effort et me transporta pour me déposer doucement sur le canapé du salon.

Je soupirai de bien-être et le regardai. Il semblait soucieux.

— Comment vous sentez-vous ?

— Un peu vaseuse. Votre façon de voyager n'est pas habituelle pour une Moldue comme moi, répondis-je bravement.

Puis, sans dire un mot de plus, il s'enfuit comme s'il avait le diable à ses trousses. Je l'entendis gravir les marches quatre à quatre et une porte se referma bientôt, là-haut, au quatrième étage. Médusée par ce comportement étrange, je me redressai et me dirigeai doucement vers la cuisine. La bonne odeur du poulet grillé me réconforta. Mais que signifiait cette fuite ? Était-il gêné de m'avoir embrassée ? Le regrettait-il ?

Quel baiser ! Même s'il n'avait duré que quelques secondes, il m'avait laissé entrevoir ce que pourrait être le sexe avec cet homme. Un mélange de passion et de dureté, de sensualité et de force émanait de Severus Snape. Il y avait si longtemps que je n'avais pas eu de relation avec un homme ! Ce baiser m'avait complètement chamboulée. Plus que le transplanage. La chaleur de ses bras, le parfum qui l'enveloppait, un mélange de musc, d'herbe et de son odeur d'homme, la douceur de ses lèvres, avaient boulversé mes sens. Je n'aspirais qu'à une chose, retrouver ces sensations.

Malheureusement, son échappée prouvait qu'il n'avait pas l'intention de recommencer… Prendre ainsi la poudre d'escampette ne voulait dire qu'une chose : oublie !

Aussi fus-je surprise de l'entendre redescendre au bout de quelques minutes. Il entra dans la cuisine. Il avait quitté sa cape et n'était revêtu que d'un pantalon noir et d'une chemise blanche, comme à son habitude. Il tenait dans sa main une petite fiole qu'il me tendit.

— Tenez, buvez, cela vous redonnera des forces.

Je pris le flacon avec méfiance et humai le liquide. Une agréable odeur d'orange prédominait. J'avalai une gorgée, faisant la grimace sous la légère amertume du produit. Malgré cela, je me sentis aussitôt beaucoup mieux. La sensation de malaise et de nausée disparut. Je le regardai étonnée.

— C'est drôlement efficace, m'exclamai-je. Quel est le nom de ce médicament ? — Ce n'est pas un médicament, fit-il d'un air pincé, c'est une potion.

— Une potion que vous avez concoctée ?

— On ne concocte pas une potion, on l'élabore ! répondit-il un peu sèchement. Ce n'est pas de la cuisine.

J'affichai une moue contrite, mais je souriais intérieurement. Quelle susceptibilité ! Apparemment, tout ce qui touchait les potions avait énormément d'importance pour lui et il ne fallait pas plaisanter avec le sujet. Je me le tins pour dit. Après tout, j'étais moi-même assez fâchée lorsqu'on attaquait une personne ou un thème cher à mon cœur.

— Je suis désolée, murmurai-je. Je ne voulais pas vous blesser, mais il est vrai que si vous m'expliquiez un peu l'art rigoureux des potions, je pourrais mieux comprendre…

Je vis la surprise, vite réprimée, dans ses yeux. Il semblait étonné que je me sois souvenue de ses paroles exactes. Le coin de ses lèvres se releva en un demi sourire.

— Je ne vous expliquerai rien, je vous montrerai. Mais pour cela, nous attendrons que Poudlard soit à nouveau fréquentable.

Il prit le flacon que je lui tendais, laissant ses doigts traîner sur ma main. Un frisson me parcourut. Je levai les yeux vers lui pour constater qu'il me fixait. Cela dura quelques secondes qui me parurent interminables. J'étais dans l'attente. Dans l'espérance, même. Allait-il encore m'embrasser ? Alors que j'allais initier moi-même le geste de me hausser sur la pointe des pieds, il se retourna et alla s'installer devant ses copies. Le temps d'après, il raturait les parchemins.

Penaude, je sortis le poulet du four pour le retourner et l'arroser. Pourvu qu'il n'ait pas deviné mon envie, j'en serais morte de honte.

À midi, je mis le couvert pour deux. Severus rangea ses affaires et nous mangeâmes dans le calme et la quiétude. L'étreinte du matin me semblait un sujet clos. Comme une parenthèse en dehors du temps, un rêve.

Je débarrassai la table et fis deux tasses de café. j'ajoutai du lait et deux sucres dans l'une et les emportait au salon où Severus s'était installé pour regarder le journal de la BBC. Je m'assis dans le fauteuil voisin du sien et dégustai ma boisson. Du coin de l'œil, je le voyais tourner sa petite cuillère d'un air absent. Il regardait la télévision mais je n'étais pas persuadée qu'il la voyait.

Sa façon d'éviter mon regard me peinait un peu. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'attendais une demande en mariage parce qu'il m'avait embrassée ? Pffff ! Mais cette quasi indifférence à mon endroit, après m'avoir enlacé si fort, me mettait mal à l'aise. J'avais l'impression qu'il s'attendait à des reproches, ou pire, à des exigences de ma part. Ce qui était à mille lieues de mes intentions.

Nous allions être seuls pendant une semaine et j'éprouvais le besoin de crever l'abcès, sinon ces quelques jours risquaient vite de devenir invivables. Prenant une grande inspiration, je me tournai vers lui.

— Severus… commençai-je.

Il releva vivement la tête, me toisant d'un air circonspect.

— Severus, repris-je, je voulais juste vous dire que j'ai beaucoup apprécié votre baiser. Il y avait très longtemps qu'un homme ne m'avait pas embrassée et j'ai savouré le moment. Hélas, je me suis évanouie avant d'avoir pu vous le faire comprendre…

Un rictus moqueur releva le coin de ses lèvres.

— Vous me rassurez, ronronna-t-il. J'ai cru que vous vous trouviez mal à cause du dégoût qu'avait provoqué ce baiser…

— Oh non ! m'écriai-je. Il était tout à fait agréable.

— C'est noté, fit-il ironique. La prochaine fois, je vous embrasserai après avoir transplané… Quand vous reviendrez à vous.

J'eus un petit rire et dus me mordre la langue pour ne pas lui dire qu'il pouvait recommencer dans l'instant. Et je fis bien de me taire. Il se leva, fit un geste de sa baguette pour renvoyer le plateau dans la cuisine et retourna à ses copies.

Je le regardai quitter la pièce en soupirant. Il se moquait bien de moi et avec raison. Quelle sotte ! Il devait avoir le sentiment que, sous prétexte qu'il était le seul homme de la maison, je devais attendre de lui de l'attention, voire des intentions. Et quelle idée avais-je eue de lui avouer le désert de ma vie sentimentale ? Si j'avais voulu passer pour une frustrée, je ne m'y serais pas prise autrement.

Je me levai et allai vers la fenêtre. Le ciel était bas mais une envie irrépressible de sortir me prit. Je récupérai ma veste et mon parapluie sur le porte-manteau de l'entrée et quittai la maison. Je déambulai dans les allées de Hyde Parc, jusqu'à la tombée de la nuit. Je rentrai à la maison, ma honte enfin apaisée.

Tout était calme. Je descendis à la cuisine avec l'intention de préparer un potage. Severus avait déserté l'endroit. J'épluchai des pommes de terre, des carottes, un poireau et une branche de céleri. Je mis le tout dans un faitout avec du sel, de l'eau et un bouillon de volaille. Quelques trente minutes plus tard, la cuisine embaumait la soupe. Je la passai au mixer, ajoutai un morceau de beurre et la réservai sur un côté de la cuisinière.

J'étais en train de mettre la table quand j'entendis Severus descendre. Je me composai un visage neutre et me préparai à le revoir, après la conversation gênante de l'après-midi. Je fut soulagée de le voir tranquille, sans son expression sévère habituelle. Il se mit à table et je m'installai en face de lui après avoir déposé sur la table le potage, du fromage et le reste de tarte.

Étonnamment, le professeur fit preuve d'amabilité lors du repas. Il me demanda ce que j'avais fait de mon après-midi. Quand je lui répondit que je m'étais promenée dans le parc, il m'avoua qu'il serait bien venu avec moi. La correction des torchons couverts d'inepties lui avait donné mal à la tête. Je constatai qu'il avait effectivement les traits tirés et semblait plus pâle que d'habitude.

Après le diner, nous nous installâmes dans le salon où la télévision proposait un reportage sur Paris. Je reconnus plusieurs quartiers, notamment le mien. Je revis la rue ou j'habitais et même le bel immeuble Haussmannien qui abritait mon appartement. Severus sirotait son whisky avec un rictus moqueur devant mes exclamations. J'étais ravie de pouvoir lui montrer mes lieux familiers.

Bizarrement, alors qu'il m'avait à peine adressé la parole depuis que j'étais arrivée dans la maison, il se montra curieux.

— Que faisiez vous à Paris, avant de tout quitter pour venir à Londres ?

— J'étais traductrice littéraire en free-lance.

Il haussa les sourcils.

— D'où votre anglais parfait. Si ce n'est un léger accent, vous feriez une Anglaise très convaincante.

J'eus un petit rire.

— Ce n'est pas faute d'avoir essayé de le gommer, cet accent. Mais je n'ai jamais réussi.

— N'en faites rien. Il est charmant, murmura-t-il, en contemplant son verre.

Je le regardai, touchée par ce compliment. Il reprit d'un ton railleur.

— Et qu'est-ce que vous traduisiez ? Des romans à l'eau de rose ?

Je souris.

— Cela m'est arrivé au début de ma carrière, même des romans érotiques. Ce n'était pas très glorieux mais cela m'a permis de vivre et d'élever mon fils. Puis petit à petit, je me suis fait un nom dans le monde de l'édition et j'ai eu le privilège de traduire les meilleurs écrivains français et anglais. Je continue d'ailleurs, je suis sur un ouvrage actuellement…

—Je vais vous sembler indiscret, mais vous avez élevé votre fils seule ?

Sa question fit remonter en moi des souvenirs d'une époque difficile. Sa curiosité ne me parut pas malsaine. Le doigt de whisky que je dégustais, la chaleur du feu de cheminée, la lumière douce dispensée par les flammes, les yeux noirs, hypnotiques, et la voix grave de mon vis-à-vis, me donnèrent envie de me confier. Pour la première fois de ma vie.

— Je suis partie de chez mes parents à dix-sept ans, mon bac en poche. À l'époque, il n'y avait pas d'université dans mon département. Je suis originaire de l'est de la France. Je suis donc montée à Paris, comme on dit, après avoir décroché une place à l'université de la Sorbonne. La première année, je vivais chez une lointaine cousine. Puis je fis la connaissance d'un garçon avec qui je m'installai très vite. Nous nous sommes mariés aussi vite. Et Matthieu s'est annoncé. Mon mari a trouvé un travail bien rémunéré ce qui fit que je pus continuer d'étudier, menant de front ma grossesse et mes études.

— Cela n'a pas dû être facile. Quel âge aviez-vous ?

— À peine vingt ans. Mais j'étais heureuse, amoureuse, j'allais être maman. Je vivais avec un homme formidable, courageux, aimant. Puis du jour au lendemain, tout a basculé. La police m'attendait devant chez moi alors que je rentrais de cours. Je sus tout de suite qu'il était arrivé quelque chose. Laurent avait trouvé la mort dans un accident, une voiture n'avait pas vu sa moto.

Severus fronça les sourcils.

— Quel drame pour une si jeune femme.

— En effet, je me suis effondrée et suis partie quelques semaines chez mes parents. Mais cela ne s'est pas très bien passé. Ils n'avaient jamais accepté mon mariage et auraient voulu que je revienne définitivement. Ils m'étouffaient, aussi je suis repartie à Paris, où j'ai continué mes études. J'ai pu m'en sortir grâce à un ami qui m'a recommandée à un éditeur. Celui-ci me confia un premier travail de traduction, puis d'autres et j'ai pu terminer mon cursus jusqu'au Doctorat, tout en élevant mon fils.

Le sombre professeur ne me quittait pas des yeux. À la fin de mon récit, il se leva et alla remplir nos deux verres. Il revint s'asseoir en me tendant le mien.

— Vous aviez l'air de bien gagner votre vie, si j'en juge par l'endroit où se situe votre appartement. Qu'est-ce qui vous a donné envie de changer de pays ?

Je pris quelques minutes avant de répondre. La tragédie qui m'avait frappée, encore une fois, ne datait que de quelques mois et j'avais encore du mal à seulement y penser.

— En juin dernier, mes parents, ma sœur, son mari et leur fille ont été tués, eux aussi, dans un accident de la route. Ils partaient tous les cinq en week-end.

Je repris mon souffle, essayant de contenir l'émotion qui montait en moi.

— Le chauffeur d'un camion a fait un malaise et les a heurtés en pleine face. Ils n'ont eu aucune chance.

Seuls les crépitements du feu meublaient le silence. Je sentis une grande main chaude se poser sur la mienne. Je m'agrippai aux longs doigts, tout en laissant mes larmes s'écouler. C'était aussi la première fois que je parlais du second drame qui avait bouleversé ma vie. Le silence de Severus, la chaleur de sa main, son souffle dans mes cheveux alors qu'il s'était penché vers moi, me firent du bien.

À travers mes larmes qui se calmaient, je vis apparaître un grand mouchoir blanc. Je le pris avec reconnaissance et séchais mes yeux. Je sentis de longs doigts se poser sous mon menton et redresser ma tête. Des lèvres chaudes se posèrent sur les miennes. Rien à voir avec le baiser précédent. Alors que celui de ce matin était passionné et brûlant, celui-ci était doux et réconfortant.

Un soupir gonfla ma poitrine. Severus n'essaya pas d'érotiser le baiser. Il se contentait d'embrasser mes lèvres et cela me suffisait pour le moment. Je n'avais besoin que de ça. Il l'avait senti, compris, et je ressentis une immense gratitude pour son geste et sa retenue.

Il me lâcha doucement et se réinstalla dans son fauteuil. Quand il reprit la parole, il avait la voix un peu plus rauque que d'habitude, signe qu'il n'était pas si serein qu'il en avait l'air.

— Racontez-moi un peu. Quelles études poursuit votre fils ?

Je lui sus gré de ne pas revenir sur l'épreuve que je traversais et lui répondit d'un ton plus enjoué.

— Il est dans une école de commerce international. Il est en master II.

— Déjà ? Mais quel âge a-t-il ?

— À peine vingt-et-un ans. Je sais, il est en avance. Il a eu son bac à seize ans. J'ai engendré un surdoué… Pourtant, je n'ai jamais eu l'impression qu'il travaillait. Je me souviens de soirées épiques lorsque je le pressais de faire ses devoirs alors qu'il passait son temps sur sa console de jeu.

Severus haussa un sourcil.

— La vie des jeunes sorcier est autrement plus sévère. Ils entrent à Poudlard à onze ans. La rentrée est le premier septembre, ils repartent chez eux pour deux semaines à Noël et reviennent à l'école sans interruption jusqu'au trente juin. Et cela pendant sept ans.

— Oh mon Dieu ! m'exclamai-je. Mais que font-ils pour se divertir ?

— La vie à Poudlard est très dure. Les cours sont dispensés de huit heures à midi et de une heure trente à cinq heures trente. Le repas est à six heures jusqu'à sept heures. Les jeunes ont ensuite quartier libre jusqu'à neuf heures. Certains étudient, lisent, jouent aux échecs… À neuf heures, c'est l'extinction des feux jusqu'au lendemain matin sept heures.

Il s'amusa de mon expression horrifiée. Il continua.

— Le samedi, parfois, ils peuvent aller au village proche du château. C'est un moment que chacun attend et je peux vous assurer qu'ils se tiennent à carreaux pour pouvoir y aller. Ils peuvent également jouer au Quidditch le dimanche.

Devant mon incompréhension, il précisa.

— C'est un jeu de balles sur un balai, dans les airs.

— Et aucun ne se rebelle ? C'est presque un régime militaire cette école !

— Il y règne discipline et ordre. C'est la base de tout bon enseignement. Mais ne vous faites pas de soucis, les jeunes ont besoin de règles et de barrières. Ils sortent de là forts et armés pour affronter la vie.

J'adhérais à cette idée mais les règles me semblaient toutefois un peu rigides. Si on essayait d'imposer cette discipline aux jeunes Moldus, ils nous feraient un « mai 1968 » tous les mois !

Comme le silence se réinstallait, je me sentis soudain fatiguée. Revivre ma vie en parole m'avait épuisée. Severus s'en aperçut et se leva.

— Il serait temps d'aller dormir, vous ne croyez pas ? Demain j'irai à Poudlard voir où en sont les travaux. Je ne serai pas absent longtemps dans la matinée.

— D'accord. Bonne nuit Severus.

— Bonne nuit Lola… Et merci pour cette soirée. Pour vos confidences, dit-il d'une voix douce.

— Merci à vous, chuchotai-je.

Je me raclai la gorge puis ajoutai plus fort.

— La prochaine fois, je vous écouterai me raconter votre histoire.

Il se raidit légèrement.

— Il n'y a rien de passionnant à raconter… gronda-t-il.

—Je suis persuadée du contraire ! le contrai-je en le regardant bien dans les yeux.
Puis je lui souris et montai dans ma chambre.