Style : Yaoi, espionnage
Inspiré de : Alex rider
Couple : Alex rider X Yassen Gregorovich
Childrens are not eternals- chapitre 7
Cette histoire se déroule après mes deux premières fics, « Moscou Blues » et « We feed the world », que je vous conseille de lire avant de vous attaquer à celle-ci^^. Bonne lecture !
Il y aura quelques phrases en russe dans ce chapitre…Je précise qu'elles sont sans doute TRES approximatives, puisque je ne parle pas la langue. S'il y a des pratiquant(e)s parmi vous, je leur fais mes plus plates excuses.
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Diane et Alex s'étaient placés au-dessus du tuyau inondé. La doctoresse avait fourni une combinaison de plongée à Alex, qui l'avait enfilé avec empressement, pliant ses vêtements imbibés d'eau…si jamais on les trouvait là, on comprendrait qu'il était sorti. Il les jeta donc dans l'océan. Son bras le faisait souffrir et Diane lui avait fait un garrot sommaire…
« Pourquoi ? »
« Je l'ai promis à Yassen Gregorovich…Je ne pouvais pas laisser faire le meurtre d'un enfant. »
Elle eut un pauvre sourire.
« J'ai vu mourir mon petit frère pendant les émeutes à Stalingrad, j'ai eu le temps de réfléchir au meurtre plutôt deux fois qu'une. »
« Pas assez apparemment. » Asséna Alex « Vous suivez cette folle depuis combien de temps ? »
« Depuis qu'elle a quitté Cosaque… »
« Que Yassen l'a quittée. » Corrigea Alex « Et elle a voulu me le faire payer…où est… »
« Cosaque doit toujours se préparer pour plonger. Désolée, mais ta tentative de sabotage n'a pas eu d'autres conséquences que de retarder le plan. »
Alex s'assit du mieux qu'il put pour que son bras reste totalement au repos…il était exténué, rongé d'inquiétude, endolori et affaibli…Et il allait devoir retourner là-bas ?
« Diane, il faut que vous m'expliquiez…quoi qu'ait projeté Natalia, on peut pas laisser faire !!! Qu'est-ce qu'elle a placée dans l'océan ? »
Diane détailla le garçon en face d'elle…Il avait 14 ans, venait d'échapper à la noyade, avait le bras ensanglanté et une partie de la mafia russe qui voulait sa mort…Mais il ne songeait qu'à arrêter Diva. La doctoresse eut un sourire :
« Tu ne crois pas qu'il vaudrait mieux que je te livre à la police ? Ils pourront t'aider… »
« J'ai pas besoin d'aide mais d'une réponse. » Rétorqua Alex avec humeur. « Vous l'avez dit vous-même, on a pas beaucoup de temps. »
Diane soupira.
« La substance placée dans l'eau s'appelle Cynor. Les laboratoires moscovites nous l'ont vendue il y a de cela un an à peu près…Il s'agit du dérivé d'un produit utilisé par les nazis pour stériliser les femmes juives pendant la shoah. »
Alex déglutit :
« Quel rapport avec l'océan ? »
« Le Cynor est très volatile. Il a la propriété de se mêler à l'iode et de se répandre comme un gaz quand il est relâché dans de l'eau de mer. Diva a fait placer les différentes doses de telle façon qu'elles couvrent la côte et rejoignent les différents cours d'eau…ainsi que la côte américaine, à terme. »
Alex marqua une pause…les filles qu'il avait vues…Le plan monstrueux de Natalia devenait clair, tout à coup…
« Elle va vendre des filles non stériles ??????? »
Diane le dévisagea quelques secondes, surprise :
« Tu es au courant pour les filles ? »
« Vous êtes en train de me dire qu'elle va inonder toutes les côtes de l'atlantique avec son produit et… »
« Et monnayer des filles qui n'ont pas été touchées, oui. Elles seront abritées dans les différentes bases de la mafia durant l'opération, dont les effets devraient être généraux sous un mois ou deux. Celles que tu devais accompagner étaient destinées à être noyées dans le tuyau. Elles n'étaient pas en condition physique suffisante pour survivre à la conception d'enfants. Le nom de société que tu as vu sur le bâtiment couvrira cette activité de mères porteuses, officiellement il s'agit de produire des matériaux de construction.»
Alex peinait à croire que Diane parle encore d'êtres humains sur ce ton…il revit ce fauteuil couvert de sangles, le regard terrorisé des filles massées dans le sas en attente de leur mort, le sourire paisible de Diane alors qu'elle ordonnait à Yassen de poser les charges…
Pour de l'argent.
Elle aimait être vue et elle était très dure avec Yassen.
Licht lui avait résumé Natalia Gregorovich en ces termes, et c'était peu dire…
« Vous alliez laisser faire CA ??? »
Alex se leva et grimaça lorsque son bras le rappela à l'ordre avant de placer sur ses yeux le masque de plongée.
« Comment regagne-t-on le complexe ? »
« Par un des sas, n'importe lequel. Mais je ne viens pas avec toi… »
« Pardon ? »
Diane baissa les yeux.
« Je dois disparaître…Diva comprendra vite que tu ne t'en es pas sorti seul, et elle va tenter de me retrouver… »
« Pas si je la fais mettre en prison. »
« Rien ne prouve que tu peux réussir. »
« Rien non plus que je vais rater mon coup. »
Alex s'avança au bord du tuyau, fixant les bouteilles d'une main et enfonçant l'embout de sa bouche. Diane le regarda plonger, silencieuse, puis se leva à son tour et se dirigea vers la côte bretonne.
***
« C'est bon, nous avons presque terminé. »
Gregorovich amorça la charge qu'il venait de placer contre le container, les yeux rivés sur les câbles qui la maintenait. A cet endroit, le mouvement des vagues était très fort, et les plongeurs peinaient à rester au même endroit.
« Dépêche-toi !!! » Grogna celui qui le regardait faire, via leur liaison radio. Yassen ne bougea pas, se contentant de rétorquer :
« Je manipule de quoi nous répandre dans tout l'océan atlantique. Si je bâcle, ton crâne ira s'échouer sur la côte américaine. Si tu veux voir du pays… »
Le plongeur se raidit mais se tut pendant que le russe terminait de positionner la bombe…
Il s'obligeait à ne penser qu'à ça, comme en Russie.
C'était le seul moyen de faire du bon travail.
Lorsqu'il fabriquaient et mettaient en place les explosifs, il ne s'autorisait jamais à laisser ses penses dériver vers quoi que ce soit. C'était dans ces moments-là qu'il comprenait pourquoi on parlait de « machine à tuer ». Un ordinateur n'aurait pu être plus objectif.
Mais cette fois, il ne calculait pas pour être sûr que le container se fissure.
En fait, il avait intentionnellement choisi de terminer par les charges situées derrière le complexe, contre le mouvement des vagues.
« Tu as terminé oui ou non ? » S'impatienta à nouveau le plongeur qui le surveillait. Gregorovich lissa le fil qui maintenait les explosifs contre le container et opina du chef.
« Tout est prêt. »
Oui…Il avait préparé méticuleusement la chute de Natalia. Il ne commettait pas d'erreurs et bluffait encore moins et elle le savait.
Il regagna donc le sas sous bonne surveillance sans manifester la moindre résistance. Diva l'attendait à l'intérieur, les bras croisés, souriante.
« Tout s'est bien passé ? » Lui demanda-t-elle directement alors qu'il ôtait son équipement, sans même lui jeter un regard.
« Je ne suis pas un amateur, et tu le sais. »
« C'est la raison pour laquelle je t'ai engagé… »
« Fait chanter. » Corrigea abruptement Gregorovich. « Je veux voir Alex. Tout de suite. Maintenant que tout est prêt, je vais le ramener chez lui. »
A l'expression de Natalia, ce seul sourire qui s'accentuait, il comprit que Diane lui avait dit la vérité.
« Je crains que ce ne soit pas possible, Cosaque…il y a eu un accident. »
Cela faisait des années que Yassen ne savait plus ce qu'était la colère ou la haine…il s'était inhibé contre ce type de passion, qui ne pouvaient qu'entraîner l'erreur. D'impardonnables erreurs, comme celle d'avoir emmené Alex à Cuba…Néanmoins, il ne montra pas la rage qui battait à ses tempes, contemplant son épouse d'une expression parfaitement neutre avant de prendre le détonateur en main…Diva ne broncha pas :
« Mes hommes t'ont surveillé pendant que tu plaçais les charges. Au pire tu me feras perdre du temps, comme cette petite fouine anglaise dont le cadavre flotte quelque part sous nos pieds… »
« Ne crois pas ça, Natalia. Je ne suis plus un simple terroriste depuis longtemps…je suis un tueur professionnel et je pare à toute éventualité. Si je presse ce bouton, tes containers se fissureront, ton plan sera mené à bien. Mais tu sauteras toi aussi. »
« Je te demande pardon ? »
Le sourire de Natalia s'effaçait à chaque mot de Gregorovich et ce fut à son tour de s'autoriser un léger sourire. Pour la première fois, la perspective de tuer semblait le satisfaire.
« Il y a une demi douzaine de charges que j'ai un peu personnalisées…le détonateur n'a pas été placé à l'intérieur mais sur le câble qui les retient aux containers. Et avec la force des vagues, je pense que la dose de nitroglycérine à l'intérieur sera suffisante pour balayer toute la partie basse de la structure quand les charges viendront s'y écraser…J'ai calculé que la plupart seront soufflés par la force de l'explosion, le reste sera broyé dans l'effondrement de la partie haute. »
Toutes les armes s'étaient braquées sur Yassen, regardant calmement Diva, qui le fixait avec une haine féroce.
« Tu penses que tes balles seront plus rapides que mon pouce ? »
Lentement, il leva le bras pour mettre le détonateur en évidence.
« Moi je parierais ma vie là-dessus… »
***
Alex dut faire une nouvelle halte…il n'était plus très loin du complexe mais son bras le faisait trop souffrir. La combinaison en néoprène le moulait et pressait sur la blessure, faisant garrot mais répandant dans tout son organisme l'engourdissement dû à la douleur.
Il n'y avait aucun autre plongeur à l'horizon, ce qui signifiait une chose : ils avaient terminé de poser les explosifs. Serrant les dents, Alex se propulsa à nouveau vers les sas, et s'arrêta devant l'un d'eux, ou le petit œil noir d'une caméra balayait les environs. S'il restait à bonne distance, on ne notifierait pas sa petite taille…le symbole d'Arcop se détachait nettement sur sa combinaison. Il y eut un sifflement et le sas s'ouvrit.
Une fois à l'intérieur, Alex se mit immédiatement en défense, au cas où on viendrait le contrôler…mais il n'y avait personne. Ôtant rapidement sa cagoule et son masque, il conserva la bouteille sur ses épaules, au cas où il serait obligé de fuir en catastrophe.
Ou de parlementer avec un garde mécontent de le trouver là, bien vivant.
Lentement, il alla jusqu'à l'entrée du sas, qui s'ouvrit sur ses pas, et se plaqua sur le côté, jetant un rapide coup d'œil dans la salle des opérations. Tous avaient les yeux rivés sur les écrans…
Pourvu qu'ils ne soient pas en train d'amorcer les explosions…Alex se glissa discrètement à l'intérieur et examina son panel de possibilités. Le meilleur moyen de tout arrêter c'était encore de stopper la source d'énergie de ce laboratoire de cauchemar.
Mais il doutait que quelqu'un soit assez aimable pour lui donner un plan des lieux…en revanche, une carte d'évacuation…il en avait vu une au-dessus de l'extincteur qu'il avait utilisé auparavant. Repérant la forme rouge fixée au mur, il marcha à pas de loup jusqu'à pouvoir détacher le plan , sans cesser de jeter des coups d'oeils vers l'ordinateur…Mais personne ne semblait s'intéresser à lui…
C'est alors qu'un juron en russe, sortant d'un des sas, les firent se retourner, permettant à chacun de voir un adolescent en tenue de plongée, carte d'évacuation à la main et grimace crispée au visage. A quelques secondes près…
Il y eut un instant de flottement, qu'Alex exploita pour s'engouffrer dans un des corridors…Il lui fallait une arme, et vite. La voix qui avait juré, éraillée, était clairement celle de Natalia, il ne risquerait donc rien dans son bureau…le bureau où il avait laissé l'ordinateur de Yassen.
Il tourna et escalada une échelle, conscient d'être moins facile à viser s'il zigzaguait…Mais au bout de quelques secondes, il se rendit compte que personne ne le poursuivait. Il serait toujours temps de se poser des questions plus tard. Poussant les portes de sécurité, Alex remonta l'escalier quatre à quatre, ses pieds nus laissant de longues traînées humides dans la moquette du dernier étage.
Revenu dans le bureau, il eut le soulagement de trouver l'ordinateur portable, là où il l'avait laissé quand Diva…
…l'avait envoyé se faire tuer. Son visage se tendit et il songea à Yassen…s'il s'était aperçu de sa disparition, cela expliquait peut-être le juron de Diva dans les sas.
Mais il n'avait plus le temps d'y réfléchir…il avait perdu trop de temps à vouloir analyser et comprendre, le Cynor pouvait se répandre dans quelques secondes dans l'océan. Il jeta un regard rapide à la carte et se mordit la langue.
Le générateur était à l'extérieur.
A quelque mètres de la côte…Près des sorties par les tuyaux.
***
Yassen sortit lentement du sas. Deux gardes y avaient fait irruption alors qu'ils s'affrontaient du regard avec Diva.
« Le gosse !!! »
« Quoi, le gosse ???? » Avait aboyé Natalia sans quitter son époux des yeux.
« Il est revenu…il a piqué une carte d'évacuation !!! »
Gregorovich avait masqué son soulagement…non seulement Alex était vivant mais il semblait enfin décidé à s'échapper d'ici. Cela n'échappa cependant pas à Natalia :
« Hé bien je pense qu'il n'est plus nécessaire que tu nous brandisses ce détonateur sous le nez. Il y a quelqu'un ici que tu n'aimerais pas voir écrasé, n'est-ce pas ? »
« Ne me prends pas pour un sentimental, c'est irritant. Si je repose ce détonateur, tu nous tueras de toute façon. »
« Hé bien nous verrons quand on ramènera ici ton petit prodigue avec un Beretta dans la bouche. » Fit-elle, retrouvant son sourire.
« C'est que… » Balbutia un des gardes.
« Quoi ? »
« Comme nous vous avons entendue crier, nous avons en priorité… »
« Vous l'avez laissé FOUTRE LE CAMP ?????? » Eructa Diva en serrant les poings, faisant reculer les deux hommes. D'un mouvement rapide, elle leur enfonça à chacun une aiguille entre les deux yeux, avant d'écarter les quelques mèches qui étaient tombées devant ses yeux, cherchant une contenance que ses mains, tremblantes de fureur, compromettaient totalement.
Yassen se mit à rire…un rire de gorge, méprisant :
« Quelle équipe, Natalia !!! Ils ont laissé partir Alex mains dans les poches…et dieu sait ce qu'il est en train de casser à l'heure qu'il est… »
L'alarme se mit alors à hurler.
« On dirait que tu va avoir des frais imprévus, ma chérie… »
Natalia plissa les yeux et alla allumer l'interphone du sas.
« D'où cela vient-il ? »
« De votre bureau, madame. »
« Dans la tour ? »
« Oui. Quelqu'un a tenté de désamorcer la mise à feu en piratant votre ordinateur. »
« Quelqu'un…hé bien nous allons lui rendre visite… »
Elle sourit à Yassen.
« Je présume que tu vas m'accompagner ? Le premier qui attrape le petit a gagné… »
Le russe avança lentement vers la sortie et indiqua à Natalia de passer en premier :
« Et si tu en profitais ? »
« Je n'attaque jamais dans le dos, Natalia. Par devant on est toujours sûr que le coup soit mortel… » Rétorqua Gregorovich d'un ton monocorde. Les gardes s'écartèrent sur son passage, suivant des yeux le sinistre cylindre de plastique qui clignotait entre ses doigts.
« Tu te sens à nouveau puissant, hein ? Quoi que tu puisses en dire, c'est ce que tu as toujours recherché… »
« Ce que j'ai toujours recherché, Natalia, c'est la même chose que toi : l'argent. Avance, tu nous ralentis. »
Il ne la toucha pas mais pressa le pas, l'obligeant à faire de même.
« Rappelle-toi que je n'ai pas nécessairement besoin d'une arme à feu pour envoyer quelqu'un à l'hôpital. »
« Et moi j'ai juste une balle à tirer dans le crâne de ton petit protégé pour t'envoyer en retraite anticipée. »
Ils montèrent les escaliers dans un mouvement lent, s'épiant l'un l'autre, tous les muscles tendus, le visage glacial. Arrivé à hauteur du bureau de Diva, Gregorovich fit un geste pour l'écarter…
Aussitôt, elle fit volte-face et lui enfonça une aiguille dans le visage, ratant l'œil de quelques millimètres lorsque Yassen la frappa à la hanche. Chancelante, elle ne put enfoncer suffisamment pour toucher le nerf optique, mais obligea son mari à reculer, sonné par la douleur. Elle repoussa la porte et rentra dans le bureau, braquant devant elle son pistolet hypodermique.
Alex était penché sur la console incrustée dans le bureau. Il y avait branché l'ordinateur de Yassen, sur lequel il pianotait.
« Alors tu as aussi des talents de hacker ? Mon petit, c'est vraiment du gâchis de devoir te tuer. »
Alex leva les mains :
« Si ça vous fend le cœur à ce point, je voudrais pas vous obliger, hein… »
Diva perçut un mouvement derrière elle et se jeta presque sur Alex, lui appuyant le dard contre la tempe.
« Je te conseille de ne pas bouger. »
Yassen entra à son tour, un filet de sang coulant le long de sa joue, le regard glacial.
« Quel dommage…à un millimètre prêt, je te rendais aveugle, Cosaque. Regarde, ton animal de compagnie est plus docile. »
Alex ne bougeait pas, manifestement résigné. Diva recula jusqu'au bureau et se pencha sur l'écran.
« Suppression terminée » clignotait dessus.
***
« Ca va prendre au moins 48 heures pour reconstituer le programme au moyen des sauvegardes. »
Natalia, assise sur son fauteuil, écoutait le rapport de l'informaticien penché sur la console. Elle tenait encore Alex en respect mais son regard lui promettait bien pire.
« Mais il va falloir retirer les charges. »
« Quoi ? »
« Oui, nous ne pourrons pas rentrer leurs coordonnées exactes, il va falloir les repositionner. »
Gregorovich eut un petit sourire et caressa presque négligemment le détonateur, sans bouger. Il se doutait bien qu'Alex ferait du dégât, mais il ignorait jusque-là qu'il avait des talents de pirate informatique…
Diva eut un geste pour frapper le garçon et il l'interrompit aussitôt :
« T-T-T…Ou je vais moi aussi avoir un geste malheureux. »
Les deux russes échangèrent un regard mêlé de provocation et de haine réciproque. Alex contemplait la scène en silence, conscient que l'avantage leur revenait progressivement...
« Et si nous ne retirons pas les charges immédiatement ? »
« Nous prenons le risque qu'elles soient vues par des plongeurs…vous ne les avez pas faite camoufler. » Rappela le scientifique, l'air inquiet.
Natalia prit une inspiration…48 heures de retard et le risque d'être découvert…Alex savait que ce ne serait pas suffisant. Il avait mis la russe et son équipe dans une situation critique mais elle disposait de suffisamment de moyens pour s'en tirer une nouvelle fois. Il jeta un regard à Yassen, qui tenait toujours le détonateur…il supposait qu'une des charges menaçait directement le complexe et que c'était la raison pour laquelle Diva ne l'avait pas touché. Finalement, elle se leva, son calme retrouvée, une froideur nouvelle tordant ses traits délicats.
« Parfait. Alors c'est ces deux là qui iront les désamorcer. » Annonça-t-elle en les indiquant « Vous les déposerez dans un sas. De cette façon, tu auras la garantie que je ne le toucherais pas Cosaque. »
« Et qu'est-ce qui vous dit qu'on va le faire ?» S'enquit Alex. Il ne comprenait pas pourquoi Diva leur laissait un tel avantage… avant de tressaillir en sentant une piqûre dans sa nuque. Yassen comprit immédiatement lorsque Natalia retirer l'aiguille de son cou.
« Détends-toi, Cosaque. Ce n'est pas un poison mortel…en revanche, il provoque un déséquilibre organique qui peut à terme avoir des conséquences…ennuyeuses. »
Elle avait retrouvé le sourire, mais teinté de tension, les yeux fixés sur le détonateur que tenait Yassen :
« Paralysie, aphasie, hallucinations, dégradation des réflexes…c'est assez aléatoire. J'ai l'antidote…vous ramenez les charges, je te donne de quoi le soigner et vous fichez le camp. »
« Tu ne nous laisseras pas partir. » Fit Gregorovich, le regard sombre.
Natalia le lui retourna et tapota la nuque d'Alex en le poussant en avant.
« De toute manière, nous n'avons le choix ni l'un ni l'autre. Notre survie dépend de notre coopération mutuelle…comme au bon vieux temps, Cosaque.»
Mais sa voix n'était teintée d'aucune nostalgie.
****
« Quelle société avez-vous dit ? »
« Ascorp. »
Madame Jones paraissait un peu sceptique…Un commissaire de police française l'avait jointe à l'heure du thé pour lui expliquer qu'il avait en face de lui une illuminée assurant que des explosifs avaient été posés près de la côte bretonne.
« Comment vous a-t-elle dit s'appeler ? »
« Diane Jovova…apparemment elle est d'origine russe. Elle prétend que la mafia rouge prépare un attentat. Je voulais la jeter dehors mais elle a parlé d'un certain…Gregorovich. »
« Yassen Gregorovich ? »
« C'est ça oui. Apparemment il est connu de nos services comme terroriste et mercenaire… »
« Pourquoi nous appeler, dans ce cas ? »
« Jovova nous a aussi affirmé qu'un de vos agents se trouvait dans le complexe…Un certain Alex Rider. Vous confirmez ? »
Il y eut un silence, puis madame Jones reprit enfin la parole :
« Je pense…qu'il serait judicieux que vos hommes aillent faire un contrôle, commissaire. Je connais mes agents, en particulier celui-ci…Il se trouve rarement dans des endroits qui n'aient rien à cacher. »
Et si Gregorovich était là…
« En revanche, je vous serais reconnaissante de ménager mon agent, il peut être…imprévisible. Soyez très prudent. »
Le commissaire Roux raccrocha et se tourna vers Diane :
« Très bien, on va aller jeter un œil. Quant à vous… »
Mais il s'interrompit aussitôt. La jeune femme avait disparu.
****
Alex peinait à nager correctement. La douleur dans son bras et le poison que lui avait injecté Diva, ajouté à l'épuisement, l'empêchait de bien garder le cap. Yassen avait fini par le saisir sous les bras pour l'y aider, le guidant jusqu'à chacune des charges.
« Reste avec moi…si tu te laisses porter par l'eau le courant t'entraînera. »
Alex ne répondit rien, le regard fiévreux et le corps parcouru de sueurs froides sous cette abominable combinaison qui lui collait à la peau. Il s'efforçait de réfléchir…Ils avaient une occasion parfaite de mettre les plans de Diva à terre, il fallait l'exploiter…
A terre…
« Yassen…est-ce…est-ce que nous sommes filmés ? »
« Non. »
Le russe avait tourné la tête vers Alex, mais leva la main, pour le faire taire :
« Nous exécutons les ordres de Natalia. Il nous faut l'antidote, pas question de jouer aux héros. »
« Ya…ssen…ce qu'elle…va faire. C…c'est monstrueux. » Bafouilla Alex, dont la tête commençait à tourner. « On…on peut sûrement… »
« Non. Vient contre moi, j'ai l'impression que tes muscles répondent de moins en moins. »
Un froid glacial avait commencé à envahir l'organisme d'Alex…au fond, qu'est-ce qui lui disait que Natalia avait bien l'antidote ? Ou que la dose qu'elle lui avait injectée n'était pas REELLEMENT mortelle ?
Comment savoir de combien de temps il disposait ? Une heure, deux heures ? Moins ? Peut-être auraient-ils à peine ramené les charges que cela serait irréversible…Même Yassen, en examinant la piqûre et l'odeur avait été incapable de donner avec certitude le nom du poison…
« Je…sens plus rien… »
Gregorovich le saisit à bras le corps et vérifia son pouls, avant de s'enquérir de sa fièvre. Le courant et les vagues battaient autour d'eux, les faisant tanguer comme des poupées de chiffon, alors que la tête d'Alex roulait.
« Je…je suis pas bien…s'il…te plaît… » Gémit-il en clignant des yeux, essayant de déterminer l'expression du russe au travers de son masque de plongée. Yassen brancha son émetteur et celui d'Alex.
« Diva, tu m'as menti. Le petit commence à dériver, tu lui as donné une dose mortelle ? »
« Impossible, cosaque. Je te répète qu'il s'agit d'une substance diluée dont il ne ressentira les vrais effets que dans une heure. »
« Je suis en train de le perdre. Il va me mourir entre les bras, je peux donc considérer le pacte comme caduque… »
« Attends, Cosaque !! » La voix de Natalia vibrait d'une panique mal dissimulée…Alex songea que c'était la première fois qu'elle montrait une peur véritable… « Je t'assure que ce n'est pas mortel ! Il s'agit simplement de strychnine coupée, même une souris ne pourrait pas en mourir !!!! »
Alex redressa brusquement la tête et se dégagea des bras de Yassen :
« Merci du renseignement. »
Puis il coupa l'émetteur.
C'était une des choses que lui avait expliqué son oncle, le jour où il avait mordu par un serpent, alors qu'ils promenaient dans le sud de la France :
« Si tu connais le poison et le temps dont tu disposes, Alex, tu es déjà sauvé. »
Yassen resta immobile quelques secondes puis saisis Alex par la nuque :
« Nous aurons une longue conversation à ce sujet une fois sur la côte, Alex Rider. Très longue… »
« J'aimerais ramener un souvenir…pour la police. »
****
Marie Favre aimait son métier…elle avait toujours aspiré à être dans une petite clinique de campagne, avec peu de patient, et tout le temps nécessaires pour s'en occuper. Aussi, lorsqu'à la sortie de son école d'infirmière, on lui avait proposé un poste sur la côte bretonne, à quelques mètres de la mer, où l'on soignait essentiellement des asmathiques ou des doigts de pied pris dans les berniques, elle avait accepté avec enthousiasme.
Et en 20 ans de métier, c'est ce qu'elle avait toujours eu : des patients calmes, des maladies ou des blessures légères, et un travail minime : des touristes, des retraités et beaucoup de calme.
Aussi, en entendant la sirène de police, elle avait rapidement compris qu'aujourd'hui, cela allait changer. On avait propulsé vers elle un enfant d'une quinzaine d'année, encore trempée et en combinaison de plongée en lui annonçant qu'il s'agissait d'un empoisonnement. Il était encadré par quatre policiers et un autre plongeur, manifestement inquiet.
« Une…une méduse ? » Risqua-t-elle en décrochant le téléphone face à elle.
« Non, à la strychnine. »
C'était le garçon qui avait parlé. Il baissa la tête et montra la piqûre dans son cou.
« Là. Je commence à avoir de la fièvre, je pourrais m'allonger ? »
Sans même laisser le temps à Marie de réagir, l'adulte en combinaison avait saisi l'adolescent à bras le corps et avait demandé la salle des urgences, avant de traverser le couloir au pas de course. Lorsque le médecin était arrivé en salle, le garçon était déjà déshabillé et allongé sur la table.
« Mais…vous…c'est vous qui avez fait ça ? » S'insurgea le praticien en décochant à Yassen un regard sévère.
« Je vous ai fait gagner du temps. Il a reçu une dose de strychnine diluée il y a une vingtaine de minutes. A cause de votre incompétence, il en a perdu cinq de plus. Je vous tiens pour entièrement responsable. »
Le russe avait parlé sans aucune émotion, presque nonchalamment. Seul ses yeux, d'habitude glacés, reflétaient son angoisse. A ses côtés, le commissaire Roux restait silencieux.
Il avait trouvé ces deux plongeurs sur la plage : l'homme blond soutenait le garçon d'une main et ce qui ressemblait clairement à une bombe fixée à un cylindre de l'autre. Il n'avait pas eu besoin de beaucoup réfléchir et s'était approché en montrant sa carte de police :
« Le MI6 nous envoie fouiller le complexe d'Ascorp. En faites-vous partie ? »
« Pas exactement. » Avait rétorqué l'homme en posant la bombe « Mais en voici un échantillon. Vous en trouverez une vingtaine de semblables disséminés autour du bâtiment. J'ajouterais que le petit a besoin de soins immédiats. Je vous invite à poser vos questions plus tard. »
Il existait dans la police beaucoup de fonctionnaires bornés qui auraient fait des gorges chaudes autour de la bombe transportée. Roux n'était pas de ceux-là. Il avait examiné le visage de l'adolescent et reconnu le regard trouble, les sueurs froides sur le front, la raideur du bras. Il avait donc remis ses questions « à plus tard » et fait monter les deux plongeurs dans une voiture.
Il regarda le médecin s'affairer autour du garçon, évanoui, et jeta un regard critique à l'épaisse croûte de sang sur son bras :
« Je suppose que vous êtes Rider ? » Demanda-t-il ensuite à l'homme blond.
« Non. »
« Il est donc resté là-bas ? »
« Non plus. »
« Une minute… »
Roux reporta les yeux sur Alex et pencha la tête :
« C'est une plaisanterie ? »
« Je ne pratique jamais d'humour de cour de récré dans un hôpital, commissaire. Vous pouvez contrôler vos dossiers sur le cœur vous en dit, ce garçon s'appelle Alex Rider. »
« Et vous êtes ? »
« Son parrain. » Eluda Gregorovich sans cesser de fixer le médecin « Où en sont vos hommes ? »
« J'ai fait appel à une brigade de démineurs qui devraient arriver d'ici une heure et la brigade spéciale que vous avez vue surveille le bâtiment. J'attends des nouvelles. Vous avez d'autres informations à me soumettre ? »
« Une seule : les bombes ne sauteront pas. »
Il tendit alors le détonateur au commissaire :
« Plus maintenant, c'est sûr. »
****
Marie jeta un regard de biais au numéro 745…la chambre du garçon empoisonné. Elle redoutait d'y rentrer…ce type bizarre ne cessait de la fixer quand elle s'approchait de l'adolescent, et avait un regard à glacer le sang…
Sans compter les allées et venues incessantes des policiers dans l'hôpital, pour poser des questions, puis monter la garde. Le garçon avait subi tout cela sans un mot, ce qui était sûrement le plus inquiétant…
« Alex Rider? C'est pour la tension. »
La chambre était sombre, tous les volets métalliques avaient été baissés. Alex, installé dans son lit, paraissait apprécier le calme qui régnait, les yeux mi-clos, et Yassen était assis près de lui, bras croisés. Il ne dit pas un mot pendant l'opération, jusqu'à ce que Marie constate de petites marques étranges sur la gorge d'Alex.
« Tu t'es fait piquer ? »
« Oui, oui… »
« Tu as besoin d'une crème, de quelque chose ? »
« Non, non… »
Le garçon était plutôt gentil mais semblait sans cesse mal à l'aise…elle avait fini par en conclure que le type qui l'accompagnait devait le malmener et sortit sans poser davantage de questions…depuis quatre jours, elle espérait voir cette satanée chambre vide.
« Je t'avais dit de pas faire ça ici. » Grogna Alex, mécontent. Yassen eut un vague sourire :
« Comparé à ce que je serais en mesure de faire, crois-moi, ce n'est rien. »
Ils échangèrent un sourire.
Natalia avait été arrêtée. Elle avait été prise par les gardes-côtes au large de la Bretagne, quelques heures après que ses hommes aient été appréhendés. Une équipe de chercheurs dépêchée par la police s'était plongé dans l'étude du cynor pour parer à toute éventualité, après qu'Alex ait raconté ce qu'il avait appris une demi-douzaine de fois. La strychnine ne lui avait laissé que quelques douleurs dans les articulations et les muscles et son bras conserverait une cicatrice. Yassen la contempla, plus sombre :
« Un souvenir de Diva… »
« J'aurais pu me retrouver handicapé…comme elle. »
Gregorovich soupira.
« C'est toi qui lui a fait cette marque, pas vrai ? »
« Tu en doutais encore, Alex ? Personne n'a approché Natalia si près pour pouvoir la marquer de la sorte. Je lui ai fais ça avant de m'enfuir en Orient, où j'ai été recruté comme nettoyeur. C'était dans la continuité de ce que j'avais appris. »
« Tu voulais te venger. »
« Même pas. J'étais seulement venu lui annoncer que j'avais revu Arky et Sophie…et ce qu'elle m'avait juré. Je lui ai proposé d'arrêter tout ça et de partir pour les Etats-Unis, de vivre plus paisiblement. »
« Elle a pas du apprécier. » Commenta Alex, s'attirant un nouveau sourire, plus triste :
« On peut le dire. Elle est devenue comme folle, elle m'a injuriée, traité d'incapable…mais pas à cause de ma proposition. J'avais échoué dans mon contrat et les commanditaires parlaient de nous infliger une amende… »
Le russe paraissait pensif, tout à coup.
« C'est une des rares fois de ma vie où je me rappelle avoir pleuré…de rage, de tristesse, de dégoût…Je la haïssais, je voulais la voir morte. Jusqu'à maintenant je n'avais posé que des bombes, je n'avais jamais attaqué directement quelqu'un, cette idée me tétanisait. Mais on perd très facilement ce genre d'inhibition, tu peux me croire. »
« Tu as essayé de la tuer, alors ? »
« J'ai cherché une arme, quelque chose de lourd, de tranchant…je n'ai trouvé que le tisonnier de la cheminée. Elle a compris un peu tard mes intentions, et le métal s'est enfoncé dans la gorge. Ne l'entendant pas crier ou bouger, j'ai cru qu'elle était morte. Mais ça ne m'a rien fait…tout ce que je voulais c'était fuir…et c'est ce que j'ai fait. Pendant près de vingt ans. J'avais juré de ne plus jamais aimer personne…et comme tous les adultes le font, je n'ai pas tenu ma promesse. » Ajouta-t-il en souriant à Alex « Tel que tu me vois, ça ne me fait rien de te raconter ça aujourd'hui. J'ai tourné la page. »
« Comment ? »
« En trouvant quelque chose de plus intéressant sur la page suivante. » Fit le russe en ébouriffant les cheveux clairs d'Alex. « Personnellement, j'aurais préféré éliminer Diva définitivement, mais je doute que la mafia rouge oublie son échec de sitôt. »
Le téléphone de la chambre se mit alors à sonner. Etendant son bras valide, Alex décrocha :
« Oui ? Qui ? Madame Jones ? »
Derrière lui, Yassen s'était levé. Posément, il lui prit le combiné et raccrocha, avant de l'attraper sous les bras pour le faire lever.
« Mais ? »
« Alex, je te félicite…tu viens de gagner des vacances illimitées. Tu va t'habiller, et rapidement. »
Le téléphone se remit à sonner :
« Mais, Yassen, le MI6… »
« …va se passer de toi. Je n'ai pas non plus envie de leur expliquer pourquoi une ponte de la mafia russe porte mon nom. Et Jack n'est toujours pas rentrée, donc, on ne discute pas. »
Il ne leur fallut pas plus de dix minutes pour quitter la chambre, traversée par la sonnerie stridente du téléphone. Alors qu'elle bavardait avec l'hôtesse d'accueil, Marie les vit passer en trombe devant elle.
« C'était pas le petit de la 745, ça ? »
Marie Favre poussa un soupir.
Le calme était revenu.
FIN
