Juin
Le quatorze juin, Candy vit revenir Flanny de Chicago avec les cheveux coupés en carré court à la dernière mode. Elle avait aussi changé ses lunettes pour une autre plus fine et élégante, la rendant moins stricte, plus jolie. Elle trouva louche tant de préoccupations physiques si soudaines et encore plus quand Flanny lui dit négligemment que demain elle serait absente toute la journée, voir le lendemain car elle était invitée chez des amis de Chicago. Candy s'abstint de lui demander qui étaient ses amis, même si elle ne lui en connaissait aucuns en ville, elle avait vécu à Chicago avant leur retour, c'était possible. Et puis elle n'avait pas envie de jouer les inquisitrices, elle était contente que son amie soit de mieux en mieux bien dans sa peau et sa tête. Elle semblait heureuse d'un rien désormais, tout l'inverse d'elle. C'était en sorte comme si elles avaient échangé leur place. Hier Flanny était austère et sinistre, Candy joyeuse et insouciante, aujourd'hui l'inverse. Malgré sa vie calme, sans drames ni grandes douleurs depuis leur retour, Candy n'arrivait pas à en vouloir plus de peur d'attirer encore la malédiction. Pourtant au fond de son cœur elle sentait encore des désirs, un surtout qui ne voulait pas mourir malgré la volonté et la peur. Pour ne pas encore être tentée d'y rêver encore, elle partit se rendre utile à la maison Pony, le travail seul lui faisait croire qu'elle vivait encore.
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Le lendemain, Flanny partit de bonne heure, elle emportait un gros sac. Candy insista pour la conduire jusqu'à la gare du village pour prendre ensuite le train de Chicago. En route, elle trouva Flanny mal à l'aise et commença à penser que son rendez-vous était plus galant qu'amical car en plus de sa nouvelle coupe de cheveux, ses élégantes lunettes, elle était parfumée et légèrement maquillée. Mais elle s'abstint de tous commentaires ou questions, elle se dit même au fond d'elle que ce serait bien que Flanny soit amoureuse et finisse par se marier, fonde une famille et s'en aille loin de son ombre grisâtre. Ainsi elle se sentirait plus seule encore mais plus sereine aussi au cas ou sa poisse s'en prenait aussi à ceux qu'elle aimait d'amitié puisque côté cœur il n'y avait plus rien. Alors quand elles se quittèrent, Candy sourit à son amie et lui souhaita une bonne journée avec ses amis.
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Terry était méconnaissable à son arrivée à Chicago mais Flanny reconnut son sourire en coin même sous sa fausse moustache et barbichette d'homme quadragénaire qu'il arborait. Elle fut émue plus qu'elle l'avait imaginé de ces retrouvailles car il lui dit d'un ton sincère qu'il aimait sa nouvelle apparence et lui offrit un cadeau adorable, une poupée indienne en tenue traditionnelle fabriquée par les Sioux Oglalas. Mais elle se concentra ensuite sur le but de sa venue et fut impressionnée par son don d'acteur et d'improvisation pour obtenir justice et vérité sur la famille Legrand. Le détective avait organisé un rendez-vous entre Sarah Legrand et Sir Oliver Spencer, très riche philanthrope passionné par les fleurs et essentiellement les roses rares. Ayant entendu parlé d'une rose blanche très parfumée poussant dans la propriété de Lakewood appartenant à Elroy André et ses héritiers Legrand, il était venu de Philadelphie la voir et en acquérir si possible le droit de la cultiver. Flanny devait jouer le rôle de sa secrétaire, elle accepta de porter les vêtements choisis par Terry, un tailleur beige de style classique mais griffé haute couture. Elle dut s'habituer aux escarpins hauts, craint bien souvent pour ses bas de soie si fins mais au fil de son rôle, s'habitua, apprécia cette aventure passionnante et sut s'adapter très vite à l'improvisation de l'acteur étonnant. Sarah Legrand n'y vit que du feu et tomba vite sous le charme du quadragénaire élégant et raffiné qui joua aussi un penchant partagé pour la dame. Flanny comprit seule que Terry voulait plus que la justice pour Candy, la vengeance serait terrible s'il menait à bout cette quête et toute la famille Legrand paierait. Car elle apprit aussi plus tard que Terry avait chargé le détective de s'occuper de séduire Elisa et avait engagé une actrice pour en faire autant avec son frère Daniel.
Flanny avait pour rôle de prendre des notes, officiellement concernant les roses et leurs secrets, officieusement, elle fit un plan de la propriété et réussit à voir une partie de la maison en rusant et profitant du besoin de Sarah Legrand de la voir de loin pour mieux apprécier les compliments de son hôte. En faisant mine de chercher les toilettes, Flanny trouva la pièce la plus susceptible de renfermer des secrets, le bureau d'Albert William André avec son coffre-fort impressionnant. Elle nota vite ce qu'elle visionna mais une bonne ne lui permit pas de fouiller plus et l'emmena aux toilettes des domestiques au rez de chaussée.
Terry n'eut pas à montrer une émotion exagérée en découvrant la roseraie et ses fameuses « Sweet Candy ». Il se sentit vraiment impressionné et humble face à l'amour qu'un jeune garçon avait mis dans ses fleurs. Anthony Brown, le neveu d'Albert, fils de sa sœur Rosemary, avait été un artiste, un poète, un prince et un ami rare pour Candy, c'était évident. Il ne s'imagina plus alors à ce moment faillir dans sa mission, Candy pouvait encore redevenir heureuse au moins ici, il devait absolument lui rendre son droit de vivre dans ce paradis près de ses plus chers souvenirs. Il chercha alors au fond de lui encore plus de talent et d'intelligence à séduire cette femme haïssable responsable de ce crime de vol de bonheur de sa Candy et de tant d'autres tourments infligés dans le passé.
Il réussit ce premier contact puisque la dame lui donna rendez-vous le lendemain pour un autre entretien plus tranquille en congédiant le personnel de Lakewood.
Flanny trouva le plan de Terry bien audacieux. Elle le sentait prêt à aller au bout pour obtenir ce qu'il voulait. D'un côté, elle admira encore la force de son amour pour Candy, de l'autre, un peu jalouse, elle déplora son manque total de limites morales. Mais elle tut ses pensées et accepta ensuite avec joie tout le temps qu'il ne consacra qu'à elle, au restaurant puis en promenade en voiture. Il n'avait ôté son déguisement d'homme mûr que pour cette promenade où il conduisait une voiture louée en racontant à Flanny des souvenirs de tournée. Elle fut très heureuse de le revoir enfin en vrai et se dit encore juste avant qu'il ne se gare dans la cour de la maison où ils dormiraient cette nuit, qu'elle serait très amoureuse de lui si elle avait une chance même infime qu'il la voit comme Candy un jour. Mais elle savait que c'était impossible, il était à jamais amoureux d'une seule femme, il était de ces hommes rares fidèles et nobles, il était trop fidèle. Mais elle était déjà tellement heureuse et privilégiée qu'il soit son ami et elle-même, en sachant que Candy l'aimait aussi et n'était retenue que par ses craintes de lui porter malheur, n'aurait pu la trahir. Mais elle se promit qu'elle allait la secouer un peu, c'était trop stupide et dommage de refuser un tel amour par trouille. Elle ne croyait pas à une damnation, c'était le hasard seulement. Le temps de souffrir était fini, le bonheur était à portée de main pour Candy et Terry et pour elle, si longtemps méfiante, le temps de croire en l'homme, au couple, à la famille unie, aux amitiés indestructibles et à un peu de frivolité !
Quand il la conduisit à sa chambre dans la maison qu'il avait louée à Chicago, Terry aborda clairement ce sujet.
- Flanny, je ne suis pas un homme si bien tu sais. Tu connais mon passé, tu as vu comme mentir et manipuler quelqu'un que je juge immonde ne me pose pas de problèmes mais… à toi je ne supporterai pas de faire du mal même sans le vouloir. Crois-tu que j'ai le droit de rêver encore avec elle car… sans mentir, je me sens aussi attiré par toi, autrement mais sincèrement.
- Oui moi aussi Terry mais c'est seulement une forte amitié nous, tu as le droit de rêver encore à elle, tu dois encore rêver à Candy, elle t'aime toujours.
- Elle a pourtant été très claire.
- Parce qu'elle se croit maudite si elle aime d'amour ! La mort lui a pris Anthony puis Albert alors elle s'est interdite de t'aimer comme avant pour que tu vives.
- Mais alors je ne peux rien faire !
- Vivre et lui prouver que tu ne risques rien près d'elle.
- Mais si elle se persuade de ne plus m'aimer pour croire que je ne risque rien, c'est impossible de lui prouver que cette malédiction n'existe pas ?
- Elle ne pourra le prouver que quand elle aura des preuves en elle de t'aimer toujours et je vais tout faire maintenant pour l'aider à les trouver. Mais tu dois aussi agir, tu ne peux pas rester dans l'ombre toujours, tu dois forcer ses certitudes, son vouloir.
- Pour l'instant, je ne le peux, la priorité est de lui rendre son héritage et ses meilleurs souvenirs.
- Oui mais quand ce sera fait et je ne doute pas une seconde que tu le feras vite, accepte de suivre mon idée avec elle.
- J'accepte Flanny, merci, pour ton amitié, ton sourire, ta confiance.
- Merci pour tes même cadeaux Terry, si je suis ainsi maintenant, c'est grâce à eux surtout.
- Pardonne-moi d'évoquer le passé mais… tu as vécu les pires horreurs à la guerre et tu es bien plus gaie et confiante qu'avant d'y aller, pourquoi ?
- Je crois que j'ai vu et vécu le pire, je n'ai plus peur de vivre désormais. Pour Candy, c'est l'inverse, elle a toujours su garder espoir et confiance même dans l'épreuve mais pas sans croire en l'amour. Elle en a peur, aimer fait trop souffrir, elle n'a pas connu assez de joies à aimer, il faut rééquilibrer sa balance de cœur et tu es le seul qui le peut. Aime-la encore plus Terry, seulement ainsi tu la sauveras et la retrouveras.
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