Titre : Cristal Heart
Genre : Romance / Tragedy
Base : Bleach
Crédits : Tite Kubo
Auteur : Kandai
Couples : Neliel/Ichi, Neliel/?
Raiting : K+
Cristal Heart
- Le coeur a ses raisons que la raison ignore -
Il avait un coeur qui lui rappelait que l'amour était un poison.
On m'a toujours dit que l'amour crevait le coeur et arrachait les yeux, que les femmes étaient des démons qui n'attendaient qu'une faiblesse de ma part pour m'entraîner dans un monde obscur dont on ne revenait pas, qu'on devenait vite dépendant et qu'il fallait que je me tienne bien loin de tout ça, que je me montre plus fort que les viles créatures qu'étaient les femmes. C'est un peu idiot mais les valeurs qu'on inculque pendant l'enfance ont la vie dure, en particulier quand on doit se battre pour survivre et qu'on s'endort sur le sable, la peur au ventre, parce qu'on ne sait pas si on va se réveiller au matin. A l'époque, j'étais tout jeune et je ne me souviens pas de grand chose, mais je sais que mes mentors avaient les femmes en sainte horreur et les évitaient comme la peste. J'ai fait pareil. On a toujours besoin d'un modèle et le mien n'était pas terrible mais on fait avec ce qu'on a.
Quand j'ai été assez grand, quand mes mentors m'ont laissé faire trembler mon monde, j'ai toujours veillé à ne jamais croiser la route d'une femme. Je restais loin d'elle, comme un papillon craintif qui s'éloigne de la lampe pour mieux y revenir et se brûler les ailes, se brûler tout entier. Je savais que le jour où je céderais à une femme, je serais comme ce papillon, consumé par une passion dont je ne voulais pas. Le jour où je me donnerais à une femme, je perdrais cette vie, car le coeur des Hollows n'est pas fait pour supporter l'amour.
Mais cette vie, je la chérissais car elle était tout ce que j'avais connu. J'avais peur, peur de cette crainte que m'inspiraient les femmes. De LA femme que je trouverais inévitablement sur mon chemin, sinistre malédiction contre laquelle je me sentais impuissant. Alors, j'ai décidé de vivre. Vivre avec rage, avec toute la passion dont je n'étais pas sûr de supporter. M'attendant à mourir foudroyé, j'ai vécu avec toute la fougue et l'amertume dont j'étais capable. J'ai su me hisser plus haut que le sol d'où j'étais issu, jusqu'à presque toucher les étoiles.
Quand j'ai pu entrer dans l'armée d'Aizen, ma crainte s'était quelque peu estompée mais je n'étais pas pour autant décidé à vivre moins rageusement. Je suis issu d'un milieu où il faut se battre continuellement pour espérer survivre, où il ne faut dormir que d'un oeil si on ne veut pas se faire tuer dans son sommeil. Je voulais briller, tirer mon moment de gloire de cette vie trop courte et je voulais gravir rapidement les échelons. Atteindre l'Espada, ce plafond qui me semblait aussi innaccesible que le ciel. Ce fut chose faite, non sans mal, une victoire que j'ai savourée sans complexe et sans retenue.
J'aurais dû me méfier, c'est vrai. Mais j'étais ivre, grisé par les évènements, par mon sentiment de toute-puissance, par ma réussite illusoire. C'est dans ce plein moment de triomphe que j'ai été fauché, comme une mouche en plein vol prise dans les mailles de la toile d'araignée. En atteignant le ciel, j'avais précipité ma fin.
Je me souviendrais à jamais de notre première rencontre. Il me paraîtrait inconvenant, voire absurde, de reléguer ce moment maudit au fin fond de ma mémoire. Elle était là, au balcon, ses cheveux longs offerts au vent, la lune éclairant son visage de marbre, lui donnant l'air d'une fée translucide dans sa robe blanche éclairée par la faible lueur nocturne. Et il m'a semblé qu'un éclair blanc venait de me transpercer le coeur pour me faire tomber, tomber dans un gouffre dont je savais qu'il n'y avait aucune échappatoire. J'ai dû avoir l'air idiot car elle s'est arrachée à sa contemplation pour me regarder de ses grands yeux tristes et fiers et il m'a semblé qu'un sourire désabusé venait éclairer son visage. Elle n'a rien dit, elle a juste quitté le balcon, me laissant comme frappé par la foudre, mon coeur inexistant se serrant face à un nouveau sentiment. Et puis la rage est revenue, accompagnée d'un désespoir sans nom. Ma vie, placée sous les meilleurs auspices, était destinée à s'arrêter avec brusquerie et cruauté.
Je n'ai pas été surpris en apprenant que mon âme damnée se trouvait également dans l'Espada. Comment en aurait-il pu en être autrement d'ailleurs ? Comment une telle créature qui brillait pas sa force et son courage aurait-elle pu se contenter des rangs inférieurs ? Elle brillait trop, était destinée à une meilleure vie. Elle me ressemblait, sur ce point, et cela me mettait hors de moi. Je ne voulais avoir aucune ressemblance avec mon futur assassin et je n'en avais du reste pas : elle était éclatante de beauté et pouvait facilement avoir toute la gent masculine à ses pieds, mon physique suscitait le dégoût ou la pitié unanime ; elle était d'un courage et d'une droiture à toute épreuve, j'étais lâche et sans scrupules, tel un corbeau ; elle pouvait être douce, presque tendre mais également impitoyable, ceux qui avaient su voir au-delà du physique avaient abandonné devant la carapace de rage et de défaitisme qui entourait ce qui me restait d'âme. Notre seul point commun était notre destin hors du commun qui nous avais fait toucher les étoiles de la gloire. Je l'aimais pourtant, et cet amour dévorant menaçait de prendre le pas sur tout le reste. Alors j'ai menti, j'ai fait semblant et j'étais très doué. Si doué que j'ai cru me persuader de la détester, de la haïr pour le fait qu'elle achèverait ma vie, tôt ou tard. Et mieux valait tard que tôt.
Alors quand j'ai eu l'opportunité de l'écarter de ma vie, de retarder l'échéance fatale, je n'ai pas hésité même si cela était synonyme de souffrances pour elle. Après tout, ne vivions-nous pas dans la perspective de souffrances continuelles ? Je ne reviendrais pas sur ce triste passage, si ce n'est que pour y souligner le soutien de mon meilleur ami dans cette affaire.
Quand j'y repense, mon meilleur ami ne l'ai jamais aimée. Il trouvait ridicule ma fascination à son égard mais je pensais qu'il était plutôt effrayé par l'existence d'un pouvoir si fort. Et effrayé par l'idée de ma perte proche. Si j'avais pu lire entre les lignes, j'aurais vu le désir traverser ses yeux par intermittence. Mais je vivais dans la crainte et j'étais sûr que la prochaine fois que je croiserais ses yeux, ce serait ma fin. Alors, j'ai vécu avec encore plus de rage, à chaque fois plus violent et seul, guettant son regard immense à chaque pas, à chaque souffle, à chaque combat.
On aurait pu croire que j'étais préparé à la revoir mais son regard accusateur et son visage en colère m'ont désarçonné. Lui avais-je fait si mal ? Etait-ce possible qu'elle me déteste au point de me tuer ? Je me suis senti désemparé. Mon mensonge me semblait si fade devant ses yeux. Je me sentais à nu devant elle et bizarrement, j'aimais ressentir cela. J'ai réalisé... combien ma vie avait paru fade et sans intérêt sans elle. Parce qu'elle était ma vie, depuis le moment où elle avait fait basculer mon âme. Mais j'avais eu envie de vivre, de profiter de ma gloire et si elle était restée, je n'aurais pas pu. Peut-elle comprendre ? Puis-je seulement lui expliquer, lui dire que tout ça n'était qu'un mensonge ? Et maintenant que tout le monde a été écarté, que nous sommes seuls face à face à nous affronter, je veux lui dire, lui dire que je suis désolé, que peu m'importe la mort si c'est elle qui me la donne.
- Pourquoi ?
Sa colère est dévastatrice, sa tristesse est apocalyptique. Savoir que je suis à la base de tout cela me comble et me désole. Est-ce que elle a des sentiments pour moi, tout négatifs qu'ils soient ? Qu'est-ce que je représente pour elle ? Un ennemi, un misérable, un lâche qui a profité de sa position ? Rien de tout ça ? Autre chose qu'elle ne veut pas dire ? Mon corps est tendu, dans l'attente d'un coup mais rien ne vient. Elle veut une réponse. Elle l'aura.
- Parce que je t'...
- NON !
Elle s'est jetée en pleurant sur ma bouche, la mordant, la ravageant de ses dents tranchantes pour m'empêcher de prononcer les mots fatidiques. Je me laisse faire, trop surpris par elle, trop plein de remords pour prendre plaisir à ce moment dont j'avais toujours rêvé. Elle arrête soudain de m'embrasser pour se serrer contre mon corps longiligne, pleurant toutes les larmes de son corps. Je ne sais pas quoi lui dire. Je ne sais pas pourquoi elle pleure, pourquoi ce baiser...
- Neliel, je...
- Tais-toi, TAIS-TOI ! rugit-elle, furieuse. Tu as toujours été lâche, pourquoi maintenant ? Pourquoi m'empêches-tu de me venger, pourquoi es-tu si ignoble et retors ? Pourquoi faut-il que... que tu...
- Ce n'est pas pour me venger, ni une nouvelle parade. C'est la simple vérité, j'affirme, un peu énervé.
Elle se recule un peu, me regarde dans les yeux et sa colère s'évanouit. Normal, elle est intelligente, en plus du reste. Elle sait que sa colère ne la mènera qu'à notre destruction prématurée. Mais elle ne s'attendait pas à ça manifestement. Et ses yeux se voilent soudain d'une pitié affligeante qui me met en rage plus que tout le reste. Je me dégage de ses bras, hors de moi.
- Je ne veux pas de ta pitié, Neliel. J'en ai eu assez comme ça.
- Tu... Je ne comprends pas.
- Il n'y a rien à comprendre. Le coeur dépasse la compréhension, la raison. Autant justifier l'injustifiable, définir l'indéfinissable, espérer que notre ciel devienne bleu et que notre sol produise des arbres.
- Tu n'as pas de coeur, crache-t-elle, désappointée.
- Tu te trompes, Neliel. J'ai un coeur, un coeur de cristal et si tu le voulais, tu pourrais facilement le briser. Est-ce que tu le veux ? Est-ce que je t'ai fait tellement de mal à un point tel que tu ne désires plus que ma souffrance, ma mort ? Mais toi, petite fille, comment peux-tu ignorer la peur passionnée que tu m'inspires ? Je t'ai cherchée si longtemps, Neliel, et j'ai eu peur de ton pouvoir si absolu sur moi. J'ai cherché à me protéger, à survivre. Je ne pensais pas que tu verserais tant de larmes.
- Menteur.
- Non. Hypocrite, lâche, hideux... certainement. Mais pas menteur. Jamais. Et surtout pas à toi, Neliel.
- Alors pourquoi ?
- Parce que j'ai eu envie de vivre, comme toi tu as certainement eu envie. Et tu as eu raison. Comment ne pas aimer cette vie ? Ce corps, cette force que m'a offert la nature ? Je n'envie pas les shinigamis et leurs âmes si éclatantes. Je préfère ce monde de sable et de sang, ce monde où j'ai appris à grandir, à vivre, à aimer. A t'aimer. C'est à la lumière de cette lune que je l'ai appris et cela vaut tous les soleils du monde.
Le silence reprend possession de la nuit éternelle et je la regarde, surpris. Ses yeux immenses sont fixés sur moi et je peux y voir des étoiles danser. Et je sais que elle aussi, elle aime. Pas moi, bien sûr, cela serait trop beau mais savoir que nous partageons ce sentiment me met du baume au coeur. Elle paraît si lointaine et pourtant je n'ai qu'à tendre la main et elle sera proche, si proche que je pourrais l'aimer tout mon soûl sans que les dieux ne nous foudroient.
- Tu ne dis rien ? je demande, peu rassuré par son silence.
- Je n'ai rien à dire, mais je comprends. L'amour n'est beau que s'il est simple et impossible et c'est rarement le cas, mais je suis heureuse de savoir que tu m'as aimé comme j'aime quelqu'un d'autre.
- Ne parle pas au passé, s'il te plaît. Ne salis pas mes sentiments aussi troublants te semblent-ils. Je t'aime. Tu seras la seule, à jamais.
- Tu dis ça maintenant mais si je pars, aujourd'hui maintenant ? Seras-tu fidèle à ma mémoire, à mes lèvres qui ont déchiré ta bouche ?
- Je n'ai jamais touché personne, même quand je ne te connaissais pas. Crois-tu que ton départ changera quelque chose ? Me fais-tu si peu confiance ? Tu règnes sans partage sur mon coeur et il est trop fragile pour je prenne le risque de le confier à quelqu'un d'autre.
- Et si... je ne revenais pas ?
- Pourquoi me poser la question ? Ton coeur est avec ce jeune homme aux cheveux de feu qui combat avec l'énergie du désespoir en haut de cette tour. Ton choix est déjà fait, petite fille. Tu ne reviendras pas.
- Et cela te fait de la peine.
- Bien sûr. Mais je suis heureux d'avoir pu toucher tes lèvres avant notre départ.
- Notre ?
- Si tu pars, je ne veux pas rester. Je ne suis pas patient et encore moins si tu dois ne jamais revenir. Sache juste que mon coeur reste ici, à l'endroit où je t'ai avoué mon amour, à l'endroit où il y a eu, pendant un battement de temps, un "nous". Sache aussi que même si tu t'en vas, même si ton amour ne m'est pas destiné, je continuerais de t'aimer. Mal, discrètement, jalousement... mais je t'aimerai. N'en doute jamais.
- Je ne douterais pas. Si je pouvais t'aimer comme j'aime Ichigo, je...
- Ne regrette pas, Neliel. Vis et aime, comme j'ai vécu et aimé. Nous bâtirons le reste de nos propres mains et expériences. Nous volerons haut dans le ciel, pour toucher toi le soleil, moi la lune mais nos vols seront liés. Nos destinées ont toujours été liées, par mon amour et ton intelligence, par ma lâcheté et ta force. Un tel lien ne peut que perdurer.
- Alors j'espère juste qu'il perdurera... Noitora, me répond-elle et son sourire est le plus beau trésor que la nuit pouvait m'offrir.
Elle avait un coeur qui lui donnait un amour dont elle ne voulait pas.
FIN
