Chapitre 7

Je viens de finir mon premier entraînement de Quidditch, bien évidemment j'ai des bleus partout sur le corps et je suis recouverte de boue. Si j'avais su que c'était si dur, je n'aurais pas signé ! On a commencé par une heure de « batteurs contre poursuiveurs » un exercice de précision pour les batteurs, pour nous ça a été comme une « balle aux prisonnier » mais sur balais... Nous n'avions pas mis le souaffle en jeu et heureusement car j'ai du tomber une centaine de fois de mon balais ! Tommy avait mis un sort au terrain pour amortir nos chutes mais ça restait douloureux (et boueux).

La deuxième partie de la séance a été une « préparation physique », je n'ose même pas vous révéler le nombre d'abdominaux, pompes et autres exercices que nous avons du faire : une véritable torture. Heureusement que j'ai délaissé l'entraînement un quart d'heure avant, sinon je serai morte. Enfin « heureusement »... je dois me farcir un cours de potion à vingt-deux heures, donc je ne sais pas si ça me rend réellement « heureuse » !

Je n'ai pas le temps de prendre une douche, n'ayant plus cours je troque mon uniforme contre un confortable ensemble jean/t-shirt et cours jusqu'aux châteaux. Arrivant dans le hall avec la semelle de mes chaussures mouillée je glisse sur le carrelage et me retrouve les quatre fers en l'air devant le bureau de l'horrible concierge. Je me prend un sermon car l'heure du couvre feu approche et que je devrais déjà être dans ma salle commune mais je ne le laisse pas terminer et descends aux cachots.

Je regarde ma montre : vingt-deux heures et trois minutes... Ouf ! Je pousse la porte de la salle, Regulus est déjà à l'intérieur écrivant les instructions au tableau (je tiens à préciser qu'il aurait pu le faire d'un coup de baguette mais qu'il les écris « à la moldue » c'est-à-dire avec des craies).

- Tu es en retard, dit-il sans se retourner.

- Je me suis déjà pris un savon par le concierge alors commence pas, je le prie.

Etant très fatiguée, je risque de ne pas être patiente. Calme Jenny, tu vas y arriver. Plus vite ce sera fini, plus vite tu seras dans ton lit... Mais qu'est ce que je fais à me parler toute seule ?!

- Aujourd'hui nous allons faire de la « Pimentine ». Est ce que tu sais à quoi ça sert ? Me demande-t-il.

- Absolument pas.

- C'est une potion qui soigne les rhumes, c'est donc une potion médicament. Madame Pomfresh en a toute une réserve mais elle est au programme des septième année pour qu'ils puissent en faire eux même lorsqu'ils ne vivront plus au château, récite Regulus.

- Très bien, au travail ! Je dis impatiente d'en finir.

Cette fois ci, Regulus réalise la potion en même temps que moi. Je dois regarder comment il procède et essayer d'en faire de même. Cependant le silence et l'atmosphère des cachots m'endorment, je décide donc d'entamer la conversation pour me divertir.

- Ton frère sera à Préaulard samedi, je dis. Tu iras le voir ?

- Pourquoi est-ce que j'irai ? Me questionne-t-il.

- Parce que ça doit faire un moment que tu ne l'as pas vu ou que tu ne lui as pas parlé et qu'il doit tout simplement te manquer.

La fatigue me fait dire des choses que je n'oserais pas dire en temps normal mais Regulus semble être de bonne humeur et ne s'est pas encore énervé contre moi : quelle chance !

- Mon frère et moi n'avons plus aucun contact depuis qu'il a quitté la maison. C'est lui qui m'a laissé tomber, il ne veut plus me voir et moi non plus.

- Alors c'est ça que tu penses ? Tu es persuadé que ton frère a quitté la maison des Black parce qu'il n'en avait rien à faire de toi ? T'as pété un boulon, c'est juste qu'il ne supportait plus les préjugés raciaux imposés par ta famille, c'est lui qui me l'a dit.

Je ne précise pas qu'il m'a raconté tout ça avec un taux d'alcoolémie très élevé et qu'il avait achevé son histoire par «tous des cons...je commence à croire qu'il vaut pas mieux qu'eux », ça pourrait créer quelques tensions inutiles...

- Je n'ai pas besoin de toi en ce qui concerne mon frère, va passer l'après midi à le suivre comme un gentil toutou si ça te fait plaisir mais je n'en ai absolument pas envie.

- Comme tu voudras, je décrète en continuant mon travail.

Un long silence s'en suit. Chacun de nous continue la potion tranquillement, perdus dans nos pensées. Je ne connais pas les siennes mais je peux deviner au léger sourire qu'il a qu'elles sont tournées vers son grand frère et aux bons souvenirs de leur enfance. Si je parviens à faire ressortir ce qu'il y a de bon en Regulus, ma seconde tâche sera de réconcilier les deux frères Black.

- Qu'est ce que c'est une « télésivion » ? me demande Regulus me faisant sursauter.

Je ramasse la louche que je viens de lâcher et réponds étonnée par la question.

- On dit une « téléViSion », je le corrige. Pour faire simple, c'est comme une boîte qui diffuse toutes sortes d'images, ça peut être des histoires, des documentaires, des informations...

- Une version moldue de la pensine en fait ?

- Pas vraiment : une pensine permet de voir les souvenirs d'une personne, la télévision peut montrer des histoires totalement inventées, on appelle ça des films, j'explique.

Cette conversation m'étonne au plus haut point mais je ne dit rien, après tout ce n'est pas tout les jours que Regulus Black souhaite en savoir plus sur les moldus... Voyant qu'il ne comprend pas, je rajoute :

- Un film c'est une pièce de théatre qu'on a enregistré de manière à pouvoir le montrer à la télé. Si tu préfères, la télé ça a les mêmes fonctions qu'un livre mais avec des images qui bougent

- D'accord, dit-il en hochant la tête.

Ca pourrait être une conversation banale si elle avait été faite avec un autre élève que Black, là, il me pose ces questions sur le ton de la confidence. Je n'ose donc pas rompre la confiance installée en lui demandant pourquoi me pose-t-il cette question car je devine que cela a un rapport avec Sirius et que cela ne me regarde pas. Le reste de la potion se fait en silence. Au final la sienne est parfaite quand la mienne n'atteint qu'un stade correcte mais cela me convient car je sais que c'est déjà une nette amélioration.

- Garde la potion, me dit-il. Tu pourrais en avoir besoin cet hiver.

Je range la fiole dans ma poche et rassemble mes affaires. Je sais que quand j'aurais quitté la salle, la confiance établie pendant cette heure s'évaporera aussi tôt et que demain je n'aurais droit qu'au regard méprisant « made in RB ». C'est pourquoi je lui glisse un « merci » sur le pas de la porte avant de partir.

Je fais attention à être discrète en entrant dans mon dortoir car mes amies dorment déjà. J'enfile mon pyjama et me glisse dans mon lit. Je repense au moment très étrange mais tout autant agréable passé avec Regulus et je sens que je suis sur la bonne voie. Je sais bien sûr que ce n'est pas gagné mais c'est déjà un grand bond en avant !

Le lendemain matin, Mary me réveille tôt car nous avons cours dès huit heures. Je prends une douche et tente de me persuader que l'attitude de Regulus pendant le cours de potion ne va pas être différente des autres jours mais une partie de moi ne cesse d'espérer qu'il reste comme hier soir : simple et un peu plus bavard que d'habitude...

Je descends petit-déjeuner avec mes colocataires d'un pas lent et fatigué ce qui me vaut de me prendre les pieds plusieurs fois dans divers tapis. Mon corps n'est que douleur : les bleus d'hier et les courbatures se font sentir. Arrivée dans la Grande Salle, j'engloutis tout le sucré qui me tombe sous la main. En sortant, en plus d'avoir mal à tous les muscles de mon corps, j'ai aussi mal au ventre : la journée risque d'être belle...

En m'asseyant à côté de Regulus en potion je n'ai même pas droit à un « bonjour ». Je sais donc désormais qu'il ne changera rien à son comportement. La potion à effectuer est celle que nous avons faite hier, nous nous mettons donc au travail. Nous coupons, versons, épluchons en silence, la potion avance plutôt vite quand soudain, je sens mon petit déjeuner remonter et je n'ai pas d'autre réflexe que de tout vomir... dans le chaudron ! Le résultat est immédiat : la mixture explose et me voilà recouverte d'un mélange de Pimentine et de vomi à la brioche : appétissant.

Regulus me regarde d'un air moitié dégoûté, moitié exaspéré, si j'avais une quelconque chance d'améliorer nos relations je viens de les réduire à néant : bravo Jenny ! Le prof me dit d'aller me changer dans mon dortoir et de me rendre à l'infirmerie pour être sûre que tout ira bien. Je sors donc de la salle dépitée : pourquoi est-ce que j'enchaîne les bourdes ? Sérieux, il ne se passe pas une journée normale et curieusement quand j'entre dans la salle de potion mes capacités de réel boulet sont décuplées. J'ai vraiment la poisse...

Je retourne donc prendre une douche et pour tenter de faire disparaître l'odeur que je me traîne et descends voir l'infirmière, elle me donne une potion d'anti-vomissement, me dit de ne pas trop manger à midi et que d'ici ce soir je serai en pleine forme.

Le reste de la journée se passe plutôt bien même si j'entends de nombreuses remarques de la part des Serpentards mais je ne m'attendais pas à mieux de leur part. Je finis tranquillement ma semaine et file au lit très tôt afin de récupérer de ma fatigue.

Je suis réveillée en fin de matinée par la lumière qui s'est répandue dans la chambre. Je suis la dernière levée, je peux donc prendre mon temps dans la salle de bain sans craindre de réveiller mes amies. Je sors détendue et reposée de la salle de bain puis descends dans la salle commune rejoindre Kingsley qui est assis sur un canapé. Il lit une revue de Quidditch je m'installe donc pour la feuilleter avec lui. Nous commentons les derniers balais et regardons les nouveaux accessoires disponible à la boutique de Préaulard. Nous irons faire un tour dans l'après-midi, après s'être ravitaillé en sucreries.

Après le déjeuner, nous remontons à la tour de Griffondor pour prendre nos économies et nos autorisations. Mary est dans le dortoir en train de se recoiffer et se pomponner pour son Remus chéri. J'attends qu'elle ait fini puis nous descendons avec Kingsley. Nous donnons nos autorisations au concierge dans le hall puis nous rendons à pied au village. Mary nous quitte pour rejoindre Remus alors que nous nous dirigeons vers les magasins.

Après notre petit shopping, nous allons déguster nos sucreries devant la cabane hurlante (oui nous aimons les cadres spéciaux). Nous nous gavons tout en discutant :

- Est-ce que ça avance avec Emily ? Je demande.

- Doucement mais sûrement, il répond. Je préfère ne pas la brusquer et être certain de lui plaire avant de tenter quoi que ce soit.

- Une fille qui passe autant de temps avec toi ne peut pas être insensible à tes charmes !

- Et toi alors ? On passe presque tout notre temps ensemble cette année pourtant il n'y a aucun risque qu'on finisse ensemble, riposte-t-il.

- Le fait que tu ne veuilles pas de moi brise mon petit cœur en mille morceaux, je dis d'un air dramatique.

- Ne pleurez pas ma mie, c'est seulement que votre amitié m'est trop précieuse pour tenter de la gâcher, répond-il sur le même ton.

Il me dit ça sur le ton de la plaisanterie mais je sais pourtant qu'il dit vrai. Nous avons une amitié sans aucune ambiguïté et je ne voudrais la perdre pour rien au monde ! Trêve de niaiseries, le temps est passé aussi vite qu'un nimbus 300 et il est déjà seize heures : Kingsley doit aller rejoindre Emily. Il me dit au revoir et part la retrouver. Je n'ai pas envie de rejoindre Mary et les Maraudeurs tout de suite, je décide donc de profiter un peu du calme. La cabane hurlante se dresse devant moi lugubre et effrayante mais toujours silencieuse... je me demande bien pourquoi on l'appelle « cabane hurlante » si elle ne hurle pas ! Je cesse là mes réflexions hautement philosophique car quelqu'un vient de s'asseoir à côté de moi. Je tourne la tête et constate avec étonnement qu'il s'agit de Regulus. Aurais-je loupé un épisode ? Voyant mon air étonné il me dit simplement :

- J'aime bien venir ici, je t'ai vu assise toute seule alors je suis venu.

Je devrais être seule plus souvent tiens !

- J'ai vu Sirius devant les Trois-Balais, ajoute-t-il sans laisser voir le moindre sentiment.

- Je t'avais dit qu'il viendrait, je réponds.

- Je pensais que tu serais déjà avec eux.

- J'avais envie de profiter du calme qu'il y a ici, ce silence est d'ailleurs étonnant face à une maison nommée « cabane hurlante » tu ne trouves pas ?

Et voilà ! Je me retrouve seule avec Regulus et le stress me fait dire tout haut ce que j'aurais mieux fait de garder pour moi. Contrôle toi Jenny ! Et arrête de parler toute seule bon sang ! Heureusement, Regulus ne réponds que par un léger sourire. Et bon sang : quel sourire ! M'en voilà toute retournée ! Voyant que la conversation n'avance pas, je lui demande :

- Tu veux que je te laisse seul ?

- En fait, j'aimerai que tu donnes ceci à Sirius s'il te plait, dit-il en me tendant un paquet de chocogrenouilles.

- Finalement tu m'écoutes un peu, je réponds en le taquinant.

- Pas du tout, je me suis simplement dit que sans être aussi proches qu'avant on pouvait cesser de se détester... du moins s'il le souhaite.

- Mais bien sûr qu'il voudra ! Tu ne veux pas mettre un petit mot avec le paquet ?

- Non, il répondra s'il veut.

Je hoche la tête et prends le paquet. Je me lève, l'entends me murmurer un « merci » qui me rappelle celui que je lui ai dit hier soir : décidément c'est une habitude entre nous de se remercier ! Je ne sais pas très bien ce qu'il se passe dans la tête de Regulus en ce moment et ne comprends pas ce brusque changement de comportement (même si je ne vais pas m'en plaindre). J'éclaircirai ce point plus tard, après tout pour le moment je n'ai qu'à profiter de notre « camaraderie » naissante (lien social en dessous de l'amitié).

Je me dirige donc vers les Trois-Balais, le paquet de chocogrenouilles dans les mains. La salle est très bruyante et noire de monde mais je réussi à repérer les maraudeurs et Mary. Je tente de me frayer un chemin parmi les tables et les chaises mais un Poufsouffle qui ne m'avait pas vu me renverse son jus de citrouille dessus. Je nettoie mon chemisier à l'aide d'un sort et fini par m'asseoir avec la grâce d'un hippopotame à coté de James Potter.

- Jenny ! S'écrie-t-il. Comment vas tu depuis cet été ?

Nous commençons donc à discuter tous les cinq. James vit désormais avec Lily qui n'a pas pu venir aujourd'hui car elle est en cours, Sirius et lui font des études d'Aurors. Remus et Sirius vivent en colocation du côté moldu de Londres et Peter est de plus en plus distant depuis qu'il a une nouvelle copine (qu'apparemment personne ne connaît). Le reste de l'après-midi passe rapidement et dans la bonne humeur. Au moment de rentrer au château je décide de laisser James, Remus et Mary marcher devant pour parler à Sirius :

- Tu sais cette année ton frère me donne des cours de potions et en échange je vais devoir lui donner des cours de métamorphose.

- Ma pauvre Jenny, ne te laisse pas faire ! Dit-il en posant sa main sur mon épaule.

- Oh non ! Ne t'en fais pas pour moi ! Mais ce que je veux dire c'est qu'on a eu l'occasion de discuter un peu et...

- Discuter avec Regulus ? Me questionne-t-il étonné

- Oui.. enfin « échanger » serait plus juste car il n'est pas très bavard contrairement à un autre Black de ma connaissance, je le taquine.

- Ca c'est sur, pour que Regulus se confie, il doit avoir une entière confiance en la personne ce qui n'est pas prêt d'arriver vu la vermine avec qui il passe ses journées.

- Nous ne sommes pas amis mais il sait que toi et moi le sommes, c'est pour ça qu'il m'a demandé de te donner ça, je réponds en lui tendant le paquet de chocogrenouilles. Il m'a également dit qu'il voulait que vous arrêtiez de vous détester et que si tu voulais reprendre contact avec lui tu pouvais lui écrire.

- Ca pour être une surprise... Je me demande bien ce qui lui a pris ! Cela fait bientôt cinq ans qu'on ne s'adresse plus la parole et il se pointe comme une fleur avec un paquet de bonbons. C'est quand même très bizarre non ? Me questionne Sirius très étonné.

- Figures toi que je me pose aussi des questions. Avant il me m'envoyait sur les roses dès que je lui adressais la parole et voilà qu'il se met à me poser des questions sur les moldus et qu'il vient me demander de l'aide pour reprendre contact avec toi... je lui explique.

Sirius et moi savons que quelque chose a changé chez son frère mais aucun de nous n'a la moindre idée de quoi il s'agit. Il est décidé que je le questionnerait mardi pendant le cours particulier de métamorphose. J'enverrai ensuite un hibou à Sirius pour lui raconter ce que j'ai appris (si j'arrive à en savoir un peu plus). Je vois bien que Sirius est inquiet pour son frère, j'espère donc que ce n'est rien de grave...