Auteur : Temi-Chou

Titre : La Ligue Souterraine.

Disclaimer : M'sieur Tajiri, merci !

Notes : Y a du concret dans ce chapitre.


Au cœur des Ténèbres.

-Artik ?

Il s'arrêta de marcher et se retourna pour voir Flora courir vers lui, légèrement essoufflée. Il sourit.

-Qu'est-ce que tu veux, gamine ?

-Où va-t-on ? Ça fait des jours qu'on marche et tu ne veux rien nous dire…

Soupirant, Artik ralentit l'allure, laissant le temps à ses deux compagnes de voyage de le rejoindre. Il désigna un petit endroit à couvert, une sorte de bosquet dans une forêt plutôt clairsemée. Souriant en voyant passer un Mystherbe vraiment mignon, il s'assit à même le sol, dégainant la Pokéball d'Arcanin, qui resterait très longtemps son Pokémon fétiche. Les filles l'imitèrent et s'assirent près de lui, Artik postant Arcanin à la surveillance des lieux, pendant que lui se détendait. Les deux femmes, dépliant les jambes, soupirèrent de plaisir. Ça leur faisait du bien de s'arrêter de marcher.

-J'ai reçu un taupi-message de Psyko, il y a quelques semaines.

Il ignora Ondine qui se tendait au nom de Psyko. Il était temps qu'elle s'y fasse et de toute façon, il parlait à Flora. Si elle n'était pas contente, elle n'avait qu'à partir. Il la vit ouvrir la bouche et s'apprêta à entendre une réflexion moqueuse. Au lieu de quoi, Ondine se contenta de baisser la tête d'un air gêné.

-Est-ce… Est-ce qu'il va bien ?

-C'est maintenant que tu t'en préoccupes, idiote ? Il fallait y penser avant de lui dire d'aller en Enfer, poufiasse.

Ondine accusa le coup et ne répliqua pas à l'insulte. Elle était inquiète pour Sacha, malgré tout. Sur le moment, lui dire de partir lui avait paru normal, évident, une réponse donnée sous le coup de la colère, qu'elle regrettait à présent. Elle aurait voulu le voir, qu'il s'explique face à elle, qu'il lui dise pourquoi il avait rejoint cette Ligue atroce, pourquoi il lui avait menti, qu'il lui raconte tout, qu'il la rassure en lui disant qu'elle vivrait et qu'Aura n'avait jamais été autre chose qu'une camarade de Ligue pour lui.

Ondine se prenait à haïr cette fille plus qu'elle ne l'avait jamais fait. Elle la revoyait parler avec Sacha et l'approcher si près, plus près qu'elle-même n'avait jamais osé. Et lui qui répondait, avec haine mais surtout avec passion, alors qu'il n'en mettait jamais dans ses disputes avec Ondine. Elle se sentait jalouse de leurs rapports et juste pour qu'il la regarde, elle aurait aimé qu'il la haïsse avec tant de fougue.

Quand elle pensait ça, elle secouait la tête. Leur amitié avait été vraie et ils avaient beaucoup partagé. Ils avaient vécu ensemble deux années complètes, au fil de leurs voyages à travers Kanto et les îles Orange puis enfin Johto. Ces années-là lui avaient laissé des souvenirs impérissables et elle regrettait amèrement, aujourd'hui, d'avoir laissé Sacha s'éloigner d'elle. Elle n'aurait certes pas pu l'empêcher d'entrer dans la Ligue, comme Flora n'aurait pas su le faire, mais peut-être aurait-elle pu le voir évoluer et changer, s'adapter à l'homme qu'il était presque devenu.

Elle sentait les larmes monter à ses yeux. Elle n'avait de cesse de ressasser les événements qui s'étaient déroulés ces derniers mois, ne pouvant s'empêcher de se dire qu'elle avait commis une erreur en refusant d'écouter Sacha.

Flora passa sa main dans son dos, pour la réconforter, puis elle darda un regard furibond sur Artik.

-Dis donc, grossier personnage, tu as bientôt fini de te considérer comme Dieu sur Terre ? Tu vois bien qu'elle est inquiète, tu pourrais au moins nous rassurer. Nous, nous n'avons aucun contact direct avec celui qu'on considère comme notre ami au même titre que toi. Alors cesse d'être possessif et donne-nous de ses nouvelles, avant que je ne m'énerve.

-Calme-toi gamine, je ne faisais que remettre la petite chose larmoyante à sa place. Elle en aurait, des nouvelles, si elle ne l'avait pas envoyé paître.

Flora se leva et Artik aussi. Ils se faisaient face et il réalisait qu'elle n'avait pas du tout peur de lui, comme elle n'avait jamais eu peur de Psyko. Cette gamine était peut-être, finalement, était digne d'approcher la Ligue Souterraine, contrairement à l'autre serpillère qui traînait par terre, cherchant à se faire plaindre d'avoir été aveugle et d'avoir placé Psyko sur un piédestal qui ne lui correspondait pas.

Il recula imperceptiblement quand il vit Flora lever la main pour l'abattre sur sa joue. Sous la force du coup, il tourna la tête avant d'avoir un sourire carnassier.

-Pour qui est-ce que tu te prends ? continuait-elle, tu ne sais rien de ce que nous traversons, toutes les deux, de l'inquiétude qui peut nous ronger. Nous n'avons pas l'habitude de ce genre de situation et oui, nous sommes des gamines en matière de Ligue Souterraine. Ça ne te donne pas le droit de nous mépriser pour autant, et encore moins de te faire le bras armé d'un Dieu inconnu et de décider si oui ou non nous sommes dignes de Psyko. Il était notre ami bien avant de te connaître. L'une comme l'autre avons traversé toutes nos épreuves avec lui à nos côtés et c'est la première fois que nous nous retrouvons dans une situation où il n'est pas. Ton devoir de protecteur est aussi de veiller sur notre bien-être moral ! Tu seras bien emmerdé si l'une de nous vrille complètement et devient folle à lier parce que tu n'as pas su t'asseoir sur ton mépris d'Ondine pour nous permettre de moins nous inquiéter. Je suis sûre que Psyko appréciera cette raison, acheva-t-elle d'un ton ironique.

Ondine apprécia le discours de Flora, qui ne mettait de côté aucun des éléments de l'histoire. Elle avait parfaitement conscience que tout ça était de sa faute. Elle regarda Artik qui sembla capituler. Pourtant la rousse se serait attendue à une réaction violente.

-Ne t'avise plus jamais de me gifler, gamine. La seule femme qui a le droit, c'est ma mère. Je vais répondre à vos questions.

Il se rassit, accompagné dans son mouvement par Flora. Artik soupira et regarda Ondine, qui avait relevé la tête vers lui.

-Oui, il va bien.

-Que fait-il ? demanda Flora.

-Les trucs habituels en période de Ligue, il s'entraîne, il combat, il boit et fume. Normal et basique, quoi.

-Où est-il ? continua-t-elle.

-Je ne sais pas. Sûrement au Mont Couronné. Le dernier message qu'il m'a envoyé datait du moment où il était chez ma mère. Et c'est là qu'on va. Il m'avait annoncé partir de là-bas une semaine après donc on ne le croisera pas. Il m'a demandé de passer parce que Célia aurait besoin de moi pour un entrainement.

-Célia ?

-Ma petite sœur, sourit-il.

Il avait le regard doux d'un grand frère attentionné, ce même regard qu'Ondine avait souvent vu chez Pierre, pour tout avouer. Pour la première depuis deux mois qu'elle voyageait avec lui, Artik lui paraissait être humain. Elle se retint de sourire avec attendrissement devant le sourire jovial de l'homme qu'elle méprisait. Flora, elle, était émue de voir Artik sous un autre jour. Celui qu'il avait montré jusqu'à présent était le visage d'un homme froid, moqueur, blessant et bien trop franc mais la coordinatrice avait toujours senti, à sa façon de parler de Psyko, qu'il cachait des montagnes de tendresse derrière ce masque. Peut-être n'était-ce pas un masque, pensa-t-elle en se souvenant de la froideur avec laquelle il s'adressait à elles depuis le début, particulièrement à Ondine. Mais Flora, elle, aimait bien Artik. Il était sympa et marrant, avec son ironie à deux balles et sa franchise exagérée.

Il reprit la parole.

-C'est quelqu'un d'extraordinaire, un rayon de soleil dans mon existence.

-Tu as l'air de beaucoup l'aimer, commenta Flora avec un sourire tendre.

-C'est plus que ça, confirma Artik avec un sourire éblouissant. Ma sœur, c'est ma raison de vivre et je ne la laisserai jamais expérimenter ce que j'ai vécu. Même ses prétendants devront passer par moi avant d'espérer l'avoir… Dieu merci, ajouta-t-il, pour l'instant je n'ai pas à m'occuper de ça. Elle est folle de Psyko.

Le cœur qui s'arrête puis bat à tout rompre. L'envie de fondre en sanglots ou de hurler sa haine. Ondine refaisait cette expérience une nouvelle fois. Elle détestait absolument et catégoriquement entendre qu'une femme était amoureuse de Sacha – ou même de Psyko, ça n'avait aucune importance. Elle baissa la tête pour masquer la tristesse qui l'envahissait et la colère qui la traversa à la pensée que Sacha était chez une autre femme.

Artik éclata de rire sous l'œil étonné de Flora qui n'avait rien suivi de l'échange qui venait d'avoir lieu. Leur protecteur interpella Ondine.

-Hé Rouquine, ma sœur a sept ans. Elle ne pourra jamais séduire Psyko, il la trouve un peu jeune.

-Je ne vois pas pourquoi tu me dis ça, répondit Ondine en se drapant dans son orgueil. Il fait bien ce qu'il veut avec qui il veut, ça ne me concerne pas.

-C'est ça… Et mon cul, c'est du poulet.

-Grossier personnage, intervint Flora comprenant enfin qu'Ondine était jalouse, laisse ces deux entêtés gérer leur histoire comme ils le veulent.

-Il n'y a pas d'histoire à gérer, commenta Ondine.

Les deux autres soupirèrent devant tant d'aveuglement et Flora s'interrogea. Ondine était-elle aveugle face à ses sentiments ou mettait-elle en doute ceux de Sacha ? La coordinatrice l'ignorait. Elle n'eut hélas pas le temps d'approfondir sa réflexion car Ondine reprit la discussion de façon beaucoup trop cordiale pour être honnête.

-Et donc qu'as-tu prévu pour nous, Artik ?

-Euh… Eh bien, d'abord nous allons passer chez moi pour y prendre un peu de repos. Et j'ai des choses à régler sur place.

Il marqua une pause, semblant réfléchir à comment il allait annoncer la suite. Il prit une respiration profonde et se tourna vers Ondine.

-Hé Rouquine.

-Quoi ?

-Il faut que je te parle. Entre nous.

Flora lui lança un regard interloqué et se leva.

-Je m'en vais quelques temps, je vais m'enfoncer un peu dans la forêt.

Artik hocha la tête avec un regard de remerciements. Ce qu'il s'apprêtait à dire à Ondine semblait très important, alors c'est avec un naturel déconcertant que Flora s'éloigna, talonnée par Arcanin, qui venait de recevoir l'ordre de la suivre et de la protéger.

Le dresseur souterrain reporta son attention sur Ondine.

-Psyko a raison, vous n'avez rien à voir, Aura et toi. Je voulais te présenter mes excuses pour mon comportement. Je me suis vraiment conduit comme un connard de base et c'est pas mon genre. J'ai mes raisons d'avoir agi comme je l'ai fait et je ne m'étendrai pas, la situation est suffisamment gênante comme ça.

-Je les accepte. Je ne me suis pas forcément très bien conduite non plus. J'ai un peu de mal avec cette histoire de Ligue, en fait et j'ai du mal à ne pas mépriser ses membres… Je me suis habituée à l'idée que celui que tu appelles Psyko en fasse partie et en me forçant un peu, je peux affirmer que je comprends. Cependant, je ne lui pardonne pas de m'avoir menti et trompée, j'aurais préféré savoir dès le début de quoi il s'agissait.

-Je me doute bien.

Artik tendit sa main à Ondine qui la serra avec un sourire.

-Ravie d'avoir pu régler ce différend ridicule avec toi.

-De même. Je vais demander à Arcanin de revenir. Ne dis pas un mot de ce qu'on s'est dit. Ni à Psyko, ni à Flora. Mon image de glaçon en prendrait un coup.

Ondine éclata de rire.

-Alors soit. Nous continuerons nos petites joutes comme si de rien n'était. Attends, ajouta-t-elle en le voyant se lever.

-Quoi ?

-Puisque tu as fait un effort sur toi-même énorme, il me paraît normal de faire de même.

-Vas-y.

-Pour tout avouer, ce voyage commence à m'amuser. Fuir, se battre, établir des stratégies. Ça commence à me plaire.

Artik éclata de rire à son tour. Les amies de Psyko étaient décidément très bizarres et pleines de surprise. Le dresseur souterrain commençait à s'attacher à elles, beaucoup plus qu'il ne s'y était attendu. En réalité, ces deux mois avec elles avaient été amusants. Si le plan de Psyko marchait, ça lui ferait mal au cœur de repartir de son côté pour s'occuper de ses affaires.

Ondine reprit ses distances pour se pelotonner près du feu alors que Flora revenait, Arcanin sur les talons. Artik le rappela.

-Maintenant, dormez. Je veille sur vous.


Réveillée par Artik qui lui colla la Pokéball d'Arcanin dans la main, Flora eut la mauvaise surprise de réaliser qu'ils étaient attaqués. À son tour, elle secoua Ondine.

-Dépêche-toi, on doit partir.

Encore embrumée, mais déjà plus alerte, la coordinatrice commença à réunir le principal de leurs affaires tout en ne gardant que le strict nécessaire. Visiblement, Combo passait à l'offensive et Artik avait décidé de faire barrage avec son Lippoutou le temps qu'elles s'échappent en direction de chez Prof. Elles le virent engager la bataille contre un Tyranocif énorme tout en détournant l'attention de Combo, afin qu'il ne voie pas dans quelle direction elles partaient.

Commençant à fuir dans la direction opposée, tremblantes de peur, elles s'arrêtèrent de courir dix minutes plus tard, afin de reprendre leurs souffles. Elles manquaient sérieusement d'entraînement.

-On ne peut pas… partir comme ça, haleta Ondine.

-Règle numéro 4, se désespéra Flora.

-J'emmerde la règle numéro 4, Flo. Je ne fais pas partie de cette Ligue de malheur, je n'ai pas à respecter ses règles.

Se laissant tomber sur le sol, Flora respirait bruyamment et avait peur pour Artik, elle ne voulait pas qu'il reste tout seul en arrière. Elle fronça les sourcils. Après tout, Ondine avait raison. Pourquoi devraient-elles se préoccuper de ces règles ? Elle hocha la tête en la levant vers Ondine pour la dévisager.

-Qu'est-ce que tu as comme Pokémon sur toi ? demanda la championne officielle.

-Mon Skitty, et l'Arcanin d'Artik.

-Très bien.

-Tu ne veux quand même pas attaquer ? se récria Flora, on va se faire lapider !

Souriant, Ondine appela Psykokwak avant de le secouer fortement.

-Il ne s'agit pas d'attaquer, mais de sortir Artik de ce pétrin. J'en ai marre d'être la pauvre petite chose qu'on protège, il est temps que je me réveille. Je suis une Championne d'arène officielle, et je compte bien faire honneur à ma place.

Flora capitula.

-Soit, quel est ton plan ?

-Skitty connaît l'attaque Blizzard il me semble ?

-Oui.

-Fais sortir Arcanin.

Lançant la Pokéball de leur protecteur, Flora eut une moue sceptique.

-Mais tu sais bien qu'Artik a dit que ses Pokémons n'aimaient pas les femmes… Je ne pense pas qu'il nous obéira.

-On verra bien…

Ondine s'approcha d'Arcanin qui grogna et se mit en position de défense, montrant les dents. Se forçant à ne pas montrer sa peur, la rousse s'accroupit près de lui.

-Arcanin, ton dresseur est en danger.

Le Pokémon releva la tête et la tourna vers la direction où il entendait un hurlement retentir. Malgré son air inquiet, il se détourna pourtant.

-Je sais très bien qu'il t'a demandé de nous protéger, mais sans lui, on ne pourra pas parvenir chez Prof sans encombre. Il faut qu'on aille le sortir de là. Est-ce que tu es d'accord ?

Arcanin aboya, montrant son approbation.

-Parfait. Peux-tu mordre la tête de Psykokwak, pas assez fort pour lui arracher, mais suffisamment pour lui donner une sacrée migraine, s'il te plaît ?

Arcanin approuva avant de s'approcher de Psykokwak qui eut un mouvement de recul. Il choppa la tête du canard sous le regard choqué et étonné de Flora.

-M'enfin, Ondine, qu'est-ce que tu fais ?

-Je prépare mon plan. Quand Psykokwak aura une bonne migraine, il pourra lancer une attaque Psyko suffisamment puissante pour ramener Artik près de nous. À ce moment-là, Arcanin lancera une déflagration pour faire brûler la forêt qui nous entoure et Skitty lancera blizzard, pour brouiller la vue aérienne. Psykokwak refroidira l'ambiance avec son pistolet à eau. Et on s'en sortira. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Arcanin, tenant toujours la tête de Psykokwak entre ses dents, approuva et Flora aussi.

-Merci, Arcanin, tu peux lâcher Psykokwak. Il est temps d'y aller.

Faisant demi-tour, elles coururent jusqu'à l'endroit où résonnaient des hurlements, pour voir Artik maintenu par le Tyranocif de Combo, qui était en face et savourait le spectacle de Nidoking qui frappait Artik de toutes ses forces. Arcanin grogna et les filles arrivèrent.

Ondine se mit en avant.

-Psykokwak attaque Psyko ! Envoie valser Nidoking et Tyranocif sur leur dresseur !

-Psyko…kwak.

Les yeux de Psykokwak brillèrent et les deux Pokémons qui s'en prenaient à Artik s'envolèrent pour retomber lourdement sur Combo, qui se débattit pour pouvoir se relever. Pendant ce temps, Ondine enchaîna.

-Arcanin, attaque lance-flammes !

Le chien de feu s'empressa de s'exécuter, trop heureux de pouvoir brûler le plus possible ces trois ennemis, qui auraient, après ça, du mal à se relever. Tant pis s'il devait s'approcher d'une femme pour avoir le délice de sauver son dresseur en brûlant ses adversaires.

-Maintenant, attaque Psyko pour nous ramener l'imbécile aux cheveux bleus ! Arcanin, dès qu'il est là, attaque déflagration en visant les arbres !

Artik atterrit doucement près des filles et Flora se précipita pour le soutenir. Il avait été sacrément abîmé par le passage à tabac des deux Pokémons et tenait difficilement debout. Ondine passa devant eux en demandant à Flora de faire sortir Skitty. Le petit chat joua un peu avec sa queue quand il fut libre avant de réaliser que ce n'était ni le lieu, ni le moment. Soutenant Artik, Flora demanda à Skitty de lancer Blizzard en visant le ciel. Rapidement, une brume épaisse retomba, masquant leur position à leur ennemi qui devait, pour les retrouver, combattre l'incendie qu'Arcanin avait déclenché.

Celui-ci s'approcha de son dresseur et donna un coup de museau à sa main. Artik semblait réaliser difficilement ce qui était en train de se passer : Flora le retenait tant bien que mal, assurant une protection du groupe à l'aide de son Skitty. Ondine était devant, boussole en main, précédée de Psykokwak qui surveillait les alentours. C'était le monde à l'envers. Ils marchèrent quelques minutes avant qu'il ne prenne la parole.

-Et la règle numéro 4 ?

-On ne fait pas partie de la Ligue Souterraine, sourit Flora. Ses règles ne s'appliquent pas à nous.

-Putain, si Combo en parle, j'aurais la honte sur moi. Sauvé par une coordinatrice et une championne officielle. Plus jamais je ne pourrais me regarder en face, après ça.

-Laisse ton orgueil dans ta poche, pour l'instant, grommela Ondine. Il faut qu'on se dépêche.

-Où va-t-on aller ? commenta Flora.

-Je connais bien cette forêt, dit Ondine. Il y a un refuge sur pilotis, au milieu du lac juste à côté. Ce n'est connu que par les dresseurs de Pokémons eau et seuls nous avons une clé de cet endroit. On y sera dans dix minutes.

Ondine avait une voix joviale. Elle commençait réellement à comprendre pourquoi Sacha était devenu Psyko. Si on oubliait la menace de mort qui planait sur sa tête, elle s'était bien amusée, ce soir, à devoir gérer un combat sans préparation, à trouver une stratégie efficace à la va-vite.


Ils arrivèrent au bord du lac, toujours sous la brume créée par le Blizzard de Skitty et Flora lâcha enfin Artik, qui semblait vouloir marcher de lui-même. Regardant aux alentours, ils se demandaient bien comment ils allaient faire pour atteindre le refuge qui se trouvait en plein milieu du lac. Aucune embarcation n'était visible. Se retournant vers Ondine, ils furent surpris de la voir plonger dans l'eau, après avoir ôté ses chaussures.

Quand elle remonta, elle souriait.

-Parfait, on devrait voir le pont apparaître !

En effet, quelques secondes plus tard, un pont apparaissait juste devant eux, reliant sûrement la rive au refuge.

S'avançant dessus sans prudence, Ondine babillait joyeusement à propos de l'histoire de ce refuge, qui était essentiellement un repaire de réunion pour les dresseurs de Pokémons eau faisant partie d'une petite communauté. Ils semblaient se retrouver ici une fois l'an, de préférence en hiver. La réunion, cette année-là, était passée depuis déjà quelques mois, le refuge serait donc vide.

La cabane sur pilotis apparut et dès qu'ils eurent tous traversé, Ondine tira sur un levier, faisant s'affaisser le pont.

Ils montèrent un escalier en bois et Ondine poussa la porte du refuge. Il s'agissait d'une immense cabane, dont la porte d'entrée donnait sur un salon pouvant accueillir une douzaine de personnes, avec de superbes canapés en cuir. Ondine expliqua, en allant allumer le compteur pour leur fournir un peu de lumière et d'électricité, que toute la décoration avait été payée par les dresseurs aquatiques. Lorsque la lumière jaillit, Flora s'éloigna d'Artik pour le laisser s'installer dans un canapé. Il jeta les deux Pokéballs de ses Pokémons favoris, Arcanin et Lippoutou, afin de les examiner. Arcanin semblait aller bien compte tenu du regard torve qu'il lançait à Ondine surveillant qu'elle ne s'approche pas trop d'eux. Lippoutou, lui, par contre, allait avoir besoin d'une bonne nuit de sommeil dans un bac d'eau glacée.

Artik rappela Arcanin et caressa la tête de Lippoutou avant de darder sur la rouquine un regard mauvais.

-Qu'est-ce que t'as, toi ? lança Ondine, exaspérée.

-Je me demande quel mot de la phrase « Fuyez sans moi en cas de problème » est difficile à comprendre pour vos cervelles de moineau.

-T'es vexé d'avoir été sauvé par celle que tu appelles la pleurnicheuse, c'est ça ? contre-attaqua Ondine en croisant les bras sur sa poitrine, tu devrais t'estimer heureux d'être encore en vie.

-Je m'en serai sorti.

-Et comment ? Lippoutou était K.O et Combo visiblement ravi de t'entendre hurler à la mort. Oui, je suis persuadée que tu t'en serais sorti, ironisa-t-elle, Entre quatre planches. Les mecs et leur fierté mal placée…

Artik leva les yeux au ciel.

-Ça n'a rien à voir. J'ai pour mission de vous protéger, pas celle de vous inciter à plonger dans le danger. Si Psyko a vent de cette rencontre entre Combo et vous, il m'arrachera les dents une par une et à mains nues.

-Le tout, intervint Flora en revenant, c'est de ne pas lui dire. Comme ça, tu gardes tes dents.

-Pour le peu qu'elles lui servent… commenta Ondine. Il ne sourit pas et aboie plus qu'il ne mord.

Ne répliquant pas à ça, voyant l'amusement dans le regard de la rousse, Artik soupira profondément.

-Nous avons eu de la chance. Il faut se rendre chez moi le plus rapidement possible. Là-bas, Combo ne nous attaquera pas.

-Pourquoi ?

-C'est interdit de s'attaquer au lieu de résidence du garant d'un des membres de la Ligue. C'est bien pour ça qu'il faut que vous fuyiez chez Prof s'il y a un souci, puisqu'il est le garant de Psyko.

Il fit une pause.

-On sera en sécurité chez ma mère. On repartira demain matin. On marchera toute la journée sans pause. Retournez vous coucher.

Sous l'ordre, donné d'une voix autoritaire, les deux filles se levèrent, Ondine en premier, pour se rendre dans une des chambres de la cabane sur pilotis. Quand elles disparurent dans l'embrasure de la porte, elles crurent entendre :

-Merci quand même.


Elle courut à travers Lavanville, ignorant les réflexions sur son passage, évitant de justesse une voiture qui faillit la renverser. L'automobiliste l'insulta copieusement mais elle n'en tint pas compte et accéléra encore sa course. Elle avisa une immense maison, attenante à un petit laboratoire, sur l'extérieur de la ville. La maison de Régis. Enfin. Elle sentit ses yeux s'embuer à mesure qu'elle s'approchait. Comment allait-elle pouvoir expliquer ce qui s'était passé ?

Flora s'écroula, en larmes, sur le seuil de la maison de Prof. Comment tout ça avait pu arriver ? Comment avait-elle pu fuir aussi lâchement ? L'image de Combo arrivant à l'improviste, assommant Artik et ordonnant à son Tyranocif d'attaquer Ondine lui revint en mémoire. Elle secoua la tête puis sonna comme une folle, tentant de se calmer et se précipita à l'intérieur pour se serrer contre Régis quand il ouvrit. Surpris, il referma la porte et écarta Flora de lui.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Elle sanglota de plus belle et voyant qu'elle était incapable de répondre, il la conduit dans la cuisine où il était en train de déjeuner. Il était huit heures du matin, ses yeux encore brumeux et sa voix d'outre-tombe montraient bien qu'il venait à peine de se lever.

Maudissant Sacha d'avoir dit à ses amies de débarquer ici en cas de problème, il fit asseoir Flora sur une chaise et lui tapota le dos jusqu'à ce qu'elle se calme avant de, finalement, lui servir une tasse de café, sur laquelle elle colla ses mains pour les réchauffer. Elle avait couru toute la nuit.

-Que s'est-il passé ? répéta-t-il.

-Je… Je… On…

Flora se tut pour prendre une respiration. C'est à ce moment-là que Prof remarqua qu'elle était blessée au front. Allant chercher un morceau de coton et un flacon de désinfectant, il lui laissa le temps de chercher ses mots.

Quand il commença à tamponner la blessure, elle lui raconta tout

-On… On était parti de chez Artik depuis deux jours, quand Combo nous a retrouvé. Il… a réussi à mettre Artik K.O et… il s'est approché de nous… J'ai… J'ai eu peur… Je me suis enfuie et… J'ai tellement honte… J'ai laissé Ondine toute seul face à lui. Et J'ai… J'ai eu… tellement peur… Elle… Elle doit être morte à l'heure qu'il est. Comme je m'en veux… Sacha ne me pardonnera jamais ça. Comme je m'en veux…

Sa voix était empreinte de panique et de peur et Régis voyait bien qu'elle se retenait de ne pas sangloter encore plus. Après tout, Flora n'était pas de la Ligue Souterraine, elle ne pouvait être excitée par ce qu'elle décrivait avec une répulsion et une horreur grandissant un peu plus à chaque phrase. Elle se sentait coupable, ça se voyait ,elle s'en voulait de ne pas avoir su réagir, de ne pas avoir pu faire autre chose que prendre la fuite.

Régis resta calme face au discours de la jeune femme. Il connaissait Combo et celui-ci n'avait sûrement pas tué Ondine. Il préférait encore que ce soit Aura qui le fasse. Il finit de désinfecter la plaie avant d'y mettre un pansement.

-Flora, calme-toi. Combo l'a enlevée mais il ne l'a certainement pas tuée.

-Qu'est-ce qu'on peut faire ?

-Attendre. Tu n'as pas à t'inquiéter. Nous allons aller dans la planque de Psyko pas loin d'Azuria. Et nous allons attendre. Comme Sacha m'a demandé de le faire. En espérant qu'il ait réussi à exécuter son plan comme il le voulait… Espérons… Ceci dit, il s'agit de Sacha. L'homme à la chance de cocu, celui qui réussit toujours ce qu'il entreprend d'impossible. Nous allons les revoir. Viens.

Souriant entre ses larmes, à moitié rassurée, Flora hocha la tête. Au moins, attendre, ça, elle savait faire.


L'espèce de calèche dans laquelle ils étaient enchaînés l'un à l'autre, dos à dos semblait avancer sur une route chaotique. Leurs têtes ne cessaient de se cogner, finissant par les réveiller. Artik gémit alors de douleur, il avait terriblement mal à la jambe. Se souvenant que le Nidoking de Combo la lui avait brisée avant de le faire sombrer dans l'inconscience, il soupira. Belle merde que ce qui lui arrivait. Doucement, il appela.

-Rouquine, t'es consciente ?

-Oui… Ça va ?

-Au vu de mon ressenti, je dirai que j'ai trois côtes fêlées, une jambe cassée et une épaule déboîtée. Et j'aurais une énorme bosse. Et toi ?

-Je crois bien que je suis intacte. Juste très mal à la cuisse, à cause du Tyranocif qui m'a traînée par la jambe. Je retire ce que je te disais il y a quelques jours. Ça ne m'amuse pas du tout, la Ligue.

-Ce n'est pas la Ligue, ça. C'est Aura.

-Tu sais où on va ?

Elle tenta de tourner la tête et se rendit compte qu'elle ne pouvait pas. Elle était attachée à Artik même par là. Les deux étaient dans l'incapacité de bouger.

-En Enfer, ma belle. Nous sommes au Mont Couronné.

-Et ?

-C'est là que se trouve Aura.

-Que peut-on faire ?

Elle sentit son dos vibrer, signe qu'Artik riait jaune.

-Prier pour mourir vite, dit-il avant de grimacer de douleur.

Un coup de poing s'abattit sur son visage. Combo veillait au grain, près d'eux. Elle ne l'avait pas remarqué.

-Ta gueule, toi.

-Tiens, Combo, le petit toutou à sa grande sœur. Ondine, je te présente Combo, le frère cadet d'Aura. Combo n'a pas que l'air bête, il l'est véritablement.

Un autre coup de poing lui fit cracher du sang et une dent.

-Je t'ai dit de la fermer.

-Et une dent de sagesse en moins. T'es plus efficace que mon dentiste, Combo. Mais je ne peux pas laisser ma jeune amie s'enfoncer dans l'Enfer de ta sœur sans lui expliquer ce qu'il va lui arriver. C'est très impoli.

-Ella va crever.

Ondine se redressa comme elle put et tourna la tête vers le frère d'Aura.

-Psyko viendra à mon secours. J'en suis sûre.

Combo éclata d'un rire tonitruant qui fit même frissonner Artik d'horreur. Il commençait à craindre que Psyko n'ait échoué, en se rendant chez Aura pour la défier. Il commençait à craindre que son ami ait tout perdu, y compris sa raison et son libre-arbitre.

Ondine aussi eut peur de ce rire, peur de l'interpréter. Pourtant, quand une explication suivit derrière, elle se refusa à la croire.

-Ton cher Psyko, championne de pacotille, est au château de ma sœur depuis un mois. Il a accepté de se soumettre à elle s'il perdait son match. Ton héros sera ton bourreau, petite idiote.

Ondine sentit l'horreur déformer son visage. Ce n'était pas possible. Artik baissa la tête. Pourtant, il aurait voulu croire que la stratégie de Psyko allait marcher, qu'il arriverait à ployer Aura avec de la force brute. Tout espoir était maintenant perdu. Si Psyko avait lâché prise, rien ni personne ne pourrait stopper la folie destructrice d'Aura.


Ondine sentit les larmes couler le long de son visage quand Combo l'attrapa par les cheveux pour la forcer à descendre de la charrette dans laquelle elle était enfermée après qu'ils soient arrivés dans l'enceinte d'une immense demeure s'apparentant plus au château. Tout était fini. Elle allait mourir. Combo la traîna au travers d'un dédale de couloir et traversa des cachots où Ondine repéra Pikachu qui était enfermé.

-Pikachu-Pi !

-Pikachu…

Elle ne put en dire plus. Combo la fit taire d'une claque.

-Ta gueule et avance.

Les larmes redoublèrent quand elle franchit une lourde porte, laissant présager une longue agonie pour elle. Dire qu'elle était terrifiée était un moindre mot, elle sentait tous ses membres trembler et c'est difficilement qu'elle leva la tête pour observer son environnement.

La salle dans laquelle Combo l'avait traînée de force ressemblait fort à une salle du trône. Elle s'attendait presque à voir une cour tout autour du fauteuil large et haut dans lequel était installée Aura, où elle semblait lire une carte qu'elle replia en entendant son frère lui parler.

-Je te l'ai ramenée.

-Parfait.

Aura se leva et contrairement à ce qu'attendait Ondine, elle n'était pas vêtue dans un ensemble de cuir fétichiste. Les préjugés ont la peau dure. Aura était vêtue d'un simple jean et d'une chemise verte à carreaux. Par-dessus, elle portait une sorte de grande blouse noire traversée sur les manches par deux bandes dorées. Elle renvoya son frère d'un geste de la main, avant de s'avancer près d'Ondine, qui était trop épuisée pour se relever.

-Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas retrouvées en face à face toutes les deux.

-Pas assez longtemps, tu veux dire, rétorqua Ondine d'un ton hargneux.

-Je croirai entendre mon Psyko…

-Qu'est-ce que tu lui as fait ?

La voix d'Ondine se teinta d'une inquiétude qu'elle aurait souhaité ne pas entendre. Elle donnait l'avantage à Aura, si tant est qu'elle ne l'ait pas déjà eu. Son vis-à-vis se mit à sourire d'une façon vraiment cruelle qui fit un peu peur à Ondine.

-Tu t'inquiètes pour lui alors que je te menace de mort ? C'est mignon… Mais un peu écœurant, je dois bien l'avouer. La notion de sacrifice, en amour, est totalement ridicule.

-Qui te parle d'amour ? contre-attaqua la championne officielle. Tu devrais rencontrer Rudy, je suis sûre que vous vous entendriez bien, à confondre amitié et amour… Les mêmes clichés de bas-étage…

-Rudy ? C'est le torchon que mon frère a lessivé en quelques secondes quand nous sommes allés chez toi ? Le type quelconque qui te sert de pansement ?

Ondine ricana et se leva, retrouvant enfin toute son énergie. Une joute verbale avait toujours eu le don de la requinquer.

-Niveau pansement, tu aurais pu choisir mieux que Psyko… Un tel manque de goût relève presque de l'hérésie.

Elle sentit plus qu'elle ne vit la main d'Aura atterrir sur sa joue. La force du coup la fit retomber à terre. Elle se releva tant bien que mal, c'était plus difficile

-Ne dis pas de mal de Psyko !

La voix de son vis-à-vis était empreinte d'une touche d'hystérie qu'Ondine cherchait à lui faire ressentir. Quitte à mourir, autant que ce soit rapide. Si elle arrivait à énerver Aura suffisamment, celle-ci l'achèverait rapidement. Du moins, elle l'espérait. Tout mais pas être torturée. Tout mais pas souffrir.

Visiblement, Psyko était la corde sensible d'Aura et Ondine connaissait tous ses défauts sur le bout des doigts.

-Oh si, je vais dire du mal de lui. C'est un formidable dresseur, ça c'est sûr. Mais c'est un homme pitoyable.

La main d'Aura s'écrasa sur sa joue.

-Non !

-En plus, il est lâche.

-Ne le traite pas de lâche !

-Pourtant, il l'est. Il fuit si facilement que c'est risible.

-La ferme !

Une nouvelle fois, Aura abattit sa main sur la joue d'Ondine qui recracha un peu de sang. La dresseuse souterraine commençait à perdre le contrôle de sa force. La championne officielle releva la tête et se para de ce même sourire que Rudy prenait souvent pour la blesser lors de leur dispute, ce petit sourire moqueur qui la rendait hystérique en quelques secondes, puis elle acheva son laïus.

-Tu sais aussi bien que moi qu'il ne t'aimera jamais.

-Tais-toi !

Une autre gifle la remit à terre. Elle ne parvint pas à se relever et encaissa difficilement le coup de pied qu'elle reçut dans l'estomac et ne put retenir un halètement de douleur avec le coup de pied suivant.

Aura s'apprêtait à la frapper une troisième fois quand la porte s'ouvrit, les faisant toutes deux s'arrêter. Combo franchit la porte, suivi de Psyko qui baissait les yeux. La dresseuse souterraine jeta un regard à son frère, qui contemplait la scène d'un air interloqué.

Ondine, elle dévisageait Sacha sans arriver à capter son regard. Il avait levé la tête et dévorait Aura des yeux. Ondine sut en voyant ça que tout était perdu. La dresseuse souterraine avait finalement réussi à briser son seul espoir. La mort restait donc sa seule alternative. Elle se promettait, cependant, de mourir la tête haute.

-J'ai compris. T'as failli réussir ton coup, petite garce. Comment ai-je pu y croire une seule seconde ? Tu ne pensais pas un traitre mot de ce que tu as dit sur Psyko, n'est-ce pas ? Après tout, toi aussi, tu l'aimes.

-J'en pensais chaque mot, gémit Ondine, je déteste Psyko aussi sûrement que je te déteste toi. Je déteste ce qu'il représente, je vomis votre ligue et j'en méprise chaque dresseur. Psyko n'est rien pour moi. Mets-toi ça dans le crâne.

-Menteuse !

La note d'hystérie était revenue, mais Aura sembla garder sa lucidité. Elle s'approcha d'elle et attrapa ses cheveux à pleine main, afin de la faire se relever. La regardant droit dans les yeux, Ondine cracha au visage de son vis-à-vis.

-Si tu veux me tuer, vas-y. Je mourrai la tête haute de n'avoir aucune attache au sein de votre Ligue. Tu auras mon sang sur les mains, mais il ne te sera d'aucune utilité.

S'essuyant le visage, Aura traîna Ondine jusqu'à l'endroit où auparavant elle avait enchainé Psyko pour y attacher la championne officielle. Elle lui mit un coup de poing dans l'estomac qui fit suffoquer Ondine avant de s'en détourner pour regarder Psyko.

-Tu vois mon ange, qu'elle ne méritait pas tout ce que tu pouvais lui offrir. Je vaux tellement mieux qu'elle.

-Oui, Maîtresse, répondit Sacha en tombant à genoux aux pieds d'Aura.

Ondine détourna le regard. Elle ne voulait pas voir ça.

-Allez, championne, lève les yeux et contemple ton héros déchu, grinça Combo. « Psyko viendra à mon secours » disais-tu. Il est là. Tu trouves qu'il a l'air de vouloir te sauver ?

Ondine leva les yeux et les posa finalement sur Sacha, qui n'avait pas bougé. Toujours à genoux devant Aura, il la dévorait du regard, un regard tellement soumis qu'il donnait envie de vomir à Ondine. Le Sacha qu'elle connaissait ne se serait jamais soumis à quiconque. Cependant, ce n'était pas Sacha qu'elle avait devant elle mais Psyko. Elle décida donc de jouer sa dernière carte.

-Il est vrai qu'actuellement, Psyko n'a pas l'air en état de faire quoique ce soit pour moi. C'est bien joué, Aura, tu l'as vraiment réduit à l'état de loque extrême. Je ne l'avais jamais vu dans un tel état.

-Je te remercie, commenta Aura un peu perplexe.

-Enfin, il faut dire que Psyko, si c'est un bon meneur de Pokémons et un fin stratège n'a jamais eu la carrure des grands hommes de notre époque, mais ça nous en avons déjà parlé. Je peux t'en citer des grands hommes.

-Ça ne m'intéresse pas.

-Non, mais je vais le faire quand même. Tu me dois bien ça, ce sont mes dernières paroles.

-Non, ça ne m'intéresse vraiment pas. Mon frère, tu peux la bâillonner s'il te plait ?

-Oh pourquoi ? Ça m'intéressait, moi, ce qu'elle disait, intervint Combo.

Psyko, Aura et Ondine lui jetèrent un regard surpris.

-Oh, c'est bon, on n'a même plus le droit de déconner, ici, c'est nul.

Il déchira un bout de son tee-shirt qu'il roula en boule avant de s'approcher d'Ondine pour lui ouvrir la bouche et enfoncer le tissu dans sa bouche.

-Voilà. On ne devrait plus l'entendre avant un moment. Je pense que je vais sortir.

-Tu penses bien, confirma Aura. J'aimerais montrer à notre invitée à quel point Psyko m'est dévoué et je n'ai pas besoin de toi pour ça.

S'inclinant légèrement pour signifier qu'il avait compris, Combo se détourna et franchit la lourde porte, la refermant derrière lui. Ondine regardait partout dans la pièce mais évitait de poser ses yeux sur le duo que formaient Aura et Sacha. Il restait près d'elle, à ses pieds et ne bougeait pas. Aura caressait ses cheveux du bout des doigts et Ondine croyait presque l'entendre ronronner sous cette caresse. Immonde déchéance. Le dégoût qu'elle ressentait pour Aura s'intensifiait. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'elle avait dû faire subit à Sacha pour obtenir un tel résultat, lui qui, quelques mois auparavant, mordait jusqu'au sang la dresseuse souterraine parce qu'elle s'était approchée trop près de lui.

Aura marmonnait des choses incompréhensibles par Ondine, en la regardant. Sans doute réfléchissait-elle à comment lui montrer qu'elle avait vaincu.

Ondine sentait que tout espoir était mort. Sacha n'était plus. Artik devait croupir au fond d'un cachot. Il ne restait plus que Flora qui avait fui. Elle ne pouvait même pas lui en vouloir. Après tout, qui voudrait mourir ici ? Elle aussi aurait eu peur, si l'inverse s'était déroulé. Avec un peu de chance, Flora était parvenue sans encombre chez Régis et ils auraient le temps d'amener du secours. Attila, une grand-mère, un chien, Ondine aurait souhaité n'importe quel espoir auquel se raccrocher, même le plus extravagant.

Elle s'arracha à ses pensées en entendant la voix d'Aura résonner.

-Je sais. Je vais commencer à enseigner la torture à mon nouvel apprenti. Tu feras un bon cobaye, Championne.

Sacha se releva et suivit sa « Maîtresse » jusqu'Ondine, restant toujours un pas en arrière.

De sa main droite, Aura tira un des couteaux qu'elle avait sur elle, toujours rangé dans un petit étui à côté de ses Pokéballs.

-Leçon numéro un…

Elle amorça un geste pour prendre de l'élan et Sacha intercepta son poignet de sa main gauche. De sa main droite, il attrapa Aura par la nuque et la jeta à terre.

-Leçon numéro un, Aura, l'humilité.

Incrédule, la dresseuse souterraine ne pensa même pas à se relever et regarda Sacha défaire les chaines d'Ondine, lui demandant si elle allait bien.

-Je te l'avais dit, pourtant que tu n'aurais jamais mon âme, garce, compléta-t-il d'une voix suintant le mépris.

-Qu… quoi ?

-Tu es tellement prévisible que tu en deviens risible, Aura.

Elle se releva et tenta de mettre une distance entre eux afin de pouvoir se ressaisir. Elle amorça un nouveau geste mais Sacha était toujours trop rapide pour elle. Il l'attrapa à la gorge une nouvelle fois et lui fit rencontrer très douloureusement le mur de pierre perpendiculaire à celui où Ondine était attachée.

-C'était facile de jouer avec toi. Avec ton ego. Trop facile.

Psyko ignora les sons étranglés qu'Aura poussait, s'étouffant petit à petit, puis il la jeta de nouveau à terre, avant de jeter un regard vers Ondine. Elle semblait horrifiée de ce qu'il se déroulait sous ses yeux. Se détournant, Psyko reposa son regard sur Aura.

-Première erreur : me faire confiance. Deuxième erreur : penser me soumettre. Troisième erreur : me laisser te prendre ce couteau. Ultime erreur : essayer de t'en prendre à Ondine. Tu vas mourir, Aura. Maintenant.

Aura lui jeta un regard terrifié, avisant la folie qui hantait les yeux de son vis-à-vis. Elle déglutit, sentant son heure approcher.

-Psyko, murmura-t-elle…

Il modifia la position de ses doigts sur le manche du couteau afin d'avoir une meilleure prise.

-NON !

Sacha se retourna pour voir Ondine se précipiter vers lui. Elle mit la main sur son épaule, ses doigts étaient crispés, son visage dévasté d'horreur et de chagrin.

-Ne fais pas ça, par pitié, ne fais pas ça.

Elle pleurait à moitié. Il tenta de se concentrer de nouveau sur la lame, il était si près du but. Mais il ne put pas.

Il lâcha finalement le couteau et attrapa Aura par ses longs cheveux roux pour la traîner jusqu'au mur. Il fixa des chaines sur la dresseuse souterraine et les accrocha aux crochets du mur, avant de lui fixer le bâillon de fortune avec lequel Combo avait empêché Ondine de parler et il se détourna finalement.

Aura ne put rien faire pour l'empêcher de rejoindre Ondine, qui avait déjà atteint la porte. Elle le vit chanceler et s'appuyer sur sa championne, qui le retint de justesse, lançant une réplique sur la faiblesse des hommes. Il sourit. Aura sentit les larmes rouler sur ses joues. Jamais, jamais Psyko ne lui avait souri comme ça. Elle aurait tellement aimé être Ondine à ce moment-là. Tellement.


Une fois que la lourde porte fut refermée, Sacha dévisagea Ondine.

-Tu vas bien ?

-J'ai connu pire, je pense.

-Direction les cachots, on récupère Pikachu et on s'en va.

-Non ! Attends, Artik doit être quelque part, on doit faire quelque chose pour lui, il était blessé.

Sacha ferma les yeux. Il se répugnait à expliquer la règle numéro 4 à Ondine, parce qu'il savait qu'elle ne l'accepterait pas, tout comme lui, au début, ne l'avait pas acceptée. Elle sembla voir son regard car elle fronça les sourcils.

-Je me fous de la règle numéro 4, Sacha. Artik était là pour nous protéger et je ne le laisserai pas mourir. Je vais le chercher. Et si c'est vraiment ton ami, tu viendras avec moi.

Elle se détourna mais il attrapa son bras et leva les yeux vers elle, plongeant son regard dans le sien. Il mourait d'envie de la serrer dans ses bras, mais il avait plus urgent à régler pour l'instant.

-Ondine…

Il secoua la tête.

-C'est pas dans cette direction, les cachots… Il doit être enfermé là-bas avec Pikachu. Viens.

Courant à travers les couloirs, ils atteignirent les cachots par des détours, Sacha ayant peur d'être repéré. Pour l'instant, il paraissait normal de ne plus voir Aura. Mais si Combo repassait par la salle de tortures de sa sœur et qu'il la voyait enchainée au mur, ils n'auraient que quelques minutes pour s'enfuir et il était impossible de traverser le parc du château en si peu de temps. Surtout blessés et à pieds. S'il y était parvenu à sa première visite ici, ce n'était que grâce à un coup de chance incroyable et il savait que ça ne se reproduirait plus.

Arrivant finalement dans le cachot, Sacha se précipita sur la cage de Pikachu pour tenter de l'ouvrir, tandis qu'Ondine cherchait l'endroit où pouvait être enfermé Artik. Pikachu sauta dans les bras de Sacha et lui tendit sa ceinture de Pokéballs. Tout se déroulait selon leur plan, hormis la présence d'Artik.

-Pikakakapikachu !

Suivant les gestes et les sons émis par son meilleur ami Pokémon, Sacha comprit que Dracaufeu était en très mauvaise forme et qu'il fallait le ramener à Prof très rapidement. Sans doute Aura avait-elle fait joujou avec lui, avant de le remettre dans sa Pokéball. Caressant la Pokéball qui contenait Dracaufeu, il déposa ses lèvres dessus.

-T'inquiète pas, Dracaufeu, tu vas t'en sortir.

-Psyko !

Se retournant et rangeant sa Pokéball, Pikachu montant sur son épaule, Sacha vit Artik et Ondine s'approcher, l'un soutenu par l'autre. Le visage tuméfié, boitant, les vêtements en sang, Artik n'était décidément pas beau à voir. Allant vers eux et se plaçant à la droite d'Artik, Sacha commença à le soutenir.

-Il faut qu'on s'en aille d'ici rapidement, commenta-t-il. Je ne sais pas comment, mais il faut qu'on s'en aille.

Se tournant vers Ondine, il lança :

-Qu'est-ce qu'il t'a pris d'énerver Aura ? Tu aurais pu attendre quelques heures. Juste ça. On aurait pu s'échapper de nuit, ça aurait été mille fois plus simple.

-Dis donc, tu râleras plus tard, Psyko, s'étouffa Artik. Dans l'immédiat, c'est à moi de parler. Pose-moi contre ce mur, s'il te plaît.

L'appuyant contre un mur, Sacha et Ondine reculèrent un peu et Pikachu gémit faiblement. Ce spectacle le rendait triste.

-Vous allez fuir tous les deux et me laisser.

-Hors de…

-Tais-toi, Rouquine. Psyko, prends ta Flamme, tes Pokémons et pars d'ici.

-Artik…

-La ferme, Psykokwak. Laisse-moi parler. Je vais les retenir. Je suis peut-être à moitié mort, mais j'ai encore de la ressource. Aura m'a laissé mes Pokémons par inadvertance. Où devez-vous rejoindre Prof ?

-Azuria.

-Je ne suis même pas surpris. Tout ça, c'était ta stratégie. Tu savais qu'à un moment Aura allait réussir à passer mes défenses et à prendre la rouquine, hein ?

Sacha sourit et Ondine pouvait maintenant faire la différence entre Psyko et ce garçon dont elle était folle. Se souvenant de sa rencontre avec la mère d'Artik, Ondine retint un sourire. Michelle l'avait pourtant prévenue. « Quand tu te rendras compte de la véritable nature de tes sentiments, tu te prendras une sacrée claque. » Elle n'avait pas voulu écouter et la claque était arrivée. Sacha et Psyko ne faisaient qu'un. Et elle aimait tendrement Sacha. Depuis toujours. Le jeune homme qui faisait face à Artik, en ce moment, si fier que son plan ait marché n'était pas Psyko mais Sacha. Elle reconnaissait les gestes, les mots, le sourire un peu enfantin. Il n'avait pas changé, au final. La seule modification était cette dualité qui existait en lui, une dualité dont elle devrait pouvoir s'accommoder, s'il n'était Psyko que lors de la Ligue. Elle s'arracha à ses pensées pour se reconcentrer sur le discours d'Artik.

-C'était bien joué, mon pote. Tu vois beaucoup trop loin pour moi, je n'ai rien vu venir.

-Mais je connais Aura et sa façon de procéder. J'aurais préféré pouvoir éviter les blessés, mais…

-Arrête, Psyko, arrête. Les blessures que j'ai là ne sont que de petites égratignures.

-Tu viens de dire que tu étais à moitié mort.

-Tu me connais, j'aime bien exagérer. Bon, ce qu'on va faire, c'est qu'on va aller jusqu'au parc et là, je combattrai. Vous fuirez avec mon Abra.

-Tu as un Abra ? s'étonnèrent les deux amis.

-Ouais, depuis peu. Enfin, utilise Téléport pour aller jusqu'à ta planque. Et de là, ne te bile pas pour moi. Allez, on file, ils vont sonner l'alerte.

-Pika !

-Attendez.

Lançant une Pokéball sur le sol, Ondine passa devant, accompagnée par Psykokwak, qui, avant de suivre sa dresseuse adressa un signe à Sacha, arrachant un sourire ironique à Artik qui se prit une baffe sur le haut du crâne par son ami en retour.

-Je passe devant, commenta Ondine, vous n'êtes visiblement pas en mesure ni l'un ni l'autre d'être réactifs.

-Elle a du cran, ta donzelle. Une vraie tigresse. Tu crois qu'elle est comme ça au lit ? chuchota Artik à l'oreille de Sacha qui rougit et grommela que ce n'était pas le moment pour les plaisanteries douteuses.

Ils suivirent Ondine, la guidant dans le dédale de couloirs. Arrivant à quelques mètres de la sortie, une alarme stridente résonna. Échangeant un regard, d'un même mouvement les trois prisonniers décidèrent qu'il était temps de décamper en courant, jusqu'à la grille qui bordait le parc. Ils n'eurent même pas le temps de l'atteindre qu'un puissant Lance-Flamme leur barra la route.

-Où est-il ? paniqua Ondine en regardant dans toutes les directions, de quel Pokémon s'agit-il ?

Regardant ses compagnons qui levaient la tête elle suivit le mouvement pour rester bouche bée. Un Sulfura, magnifique et majestueux, tournait autour d'eux, alertant les autres gardiens de leur position. Rapidement, ils se trouvèrent encerclés.

-Ondine, range Psykokwak, il est pétrifié de peur.

Jetant un regard à son Pokémon, la jeune femme ne put que constater l'évidence. Son canard psychique tremblait de tous ses membres en fixant les Pokémons qui commençaient à les encercler d'un air paniqué. Sortant sa Pokéball, Ondine lui demanda de revenir. Il avait fait tout ce qu'il avait pu.

Un cri retentit, celui de Sulfura et les trois prisonniers virent deux dresseurs s'approcher d'eux. Il s'agissait d'Aura et Combo. Ne faisant ni une ni deux, Artik se pencha et récupéra une de ses Pokéballs, qu'il avait caché dans un double fond de sa chaussure et la lança.

Poussant Sacha vers Ondine, il ordonna.

-Abra, téléporte-toi avec eux deux à la planque !

-Abraaaa.

-NOOON ! Ne fais pas… ça…


Sacha n'eut pas le temps de venir sa phrase que déjà Abra lançait sa technique de téléport, attrapant Ondine et le dresseur souterrain par la main.

S'écroulant à terre, devant la grotte qu'elle avait déjà vu quelques mois auparavant, Ondine ne put rien faire pour empêcher Abra de se téléporter de nouveau, sans doute pour rejoindre son dresseur. Cherchant Sacha du regard, elle le vit appuyé contre un arbre, semblant souffrir.

-Sacha !

Elle se précipita vers lui, cherchant Pikachu du regard. Celui-ci sortit de la forêt, visiblement hébété par le voyage par téléport. Le Pokémon regarda son dresseur et monta dessus, pour s'appuyer contre son torse.

-Pika-Pi !

-Vous inquiétez pas, je vais bien. Mes plaies se sont juste rouvertes durant le transport, ça fait un peu mal.

-« Un peu mal »… Crétin. Allez, viens, on va se mettre à l'abri. Il faut qu'on parle, toi et moi.

S'il avait pu avoir un mouvement de recul en voyant Ondine s'approcher, il l'aurait fait. Cependant, malgré le ton de sa voix qui était visiblement très énervée, elle se contenta de l'aider à se relever, tendant son bras pour que Pikachu monte dessus. Lui aussi était très affaibli.

Passant le seuil de la grotte, ils arrivèrent dans l'espèce de studio aménagé, pour voir Flora et Régis faire les cents pas autour du canapé. Ils étaient éclairés à la bougie, le générateur étant probablement vide de toute énergie électrique. Entendant un bruit Régis releva la tête.

-Vous voilà !

Il s'approcha et récupéra Pikachu juste avant que celui-ci ne tombe, inconscient, de l'épaule d'Ondine où il avait élu domicile et s'empressa de le déposer sur le bureau, pendant qu'Ondine et Flora amenaient Sacha jusqu'à sa chambre. Avant de disparaître dans sa chambre, Sacha refila une Pokéball à Flora.

-Dracaufeu est mal en point. Il faut agir vite. Pikachu est juste épuisé, mais Dracaufeu va mal.

Quand elles revinrent de la chambre, Régis se retourna vers elles.

-Pikachu est très mal en point, dit-il. Je dois agir vite, mais Sacha aussi est blessé.

-Je m'occupe de lui, s'exclama Ondine.

-Non, Régis, Sacha a dit Dracaufeu en premier. Pikachu est juste épuisé.

Régis hocha la tête et la dévisagea alors qu'elle se tenait un peu à l'écart, se sentant responsable de tout ça. Elle avait remarqué l'absence d'Artik. Il devait être mort… À cause d'elle. Si elle n'avait pas fui, peut-être qu'il serait en vie. Si elle n'avait pas été lâche…

-Flora ?

Elle releva la tête, pour regarder Régis.

-Oui, quoi ?

-Je vais avoir besoin de ton aide. Ondine, attrape mon sac. Dedans, tu trouveras tout ce qu'il faut pour soigner Sacha. N'oublie pas son dos. Priorité à son dos. Il est blessé dans le dos.

-Comment le sais-tu ?

-Parce qu'il est toujours blessé dans le dos, après avoir vu Aura. Toujours. Ne me pose pas plus de questions. Quant à toi, Flora…

Ondine se détourna et n'écouta plus les indications que donnait le professeur Pokémon à son amie. Elle attrapa le sac de Régis et rejoignit Sacha dans la chambre, éclairée par une simple bougie.

Posant son regard sur l'ameublement, Ondine constata qu'hormis un lit et une pile monstrueuse de linge sale et une petite table de chevet, la pièce était vide. Abaissant une sorte de levier, Ondine referma la porte derrière elle. Elle voulait qu'ils aient de l'intimité, pour discuter.


Sacha, assis au bord de son lit, visiblement pensif, leva la tête quand il entendit le bruit de la porte se refermant mais détourna rapidement le regard. Il ne voulait pas avoir à affronter Ondine. Dans la folie de la course, il n'avait pas pensé à après. Maintenant que l'après était là, il avait peur. Il était beau, le dresseur souterrain, à flipper comme jamais auparavant, face à la femme qu'il aimait. Cette discussion, il la redoutait comme jamais et…

-Enlève ton tee-shirt, s'il te plaît.

Il lança un regard surpris à Ondine et constata qu'elle n'était plus près de la porte, mais derrière lui. Il sursauta et se retourna.

-Mais pourquoi ?

-Régis m'a dit de soigner tes blessures dans le dos en priorité. Alors j'obéis. Et tu as intérêt à le faire aussi, si tu ne veux pas que je t'arrache tes vêtements de force.

Rougissant tous les deux en voyant l'autre sens qu'ils pourraient donner à cette phrase, Sacha finit par enlever son tee-shirt, en fermant les yeux. C'était une des choses qu'il redoutait le plus. Devoir montrer son dos et ses cicatrices, devoir exhiber aux yeux de celle qu'il aime la marque d'Aura, signe qu'elle possédait son corps.

Ondine était horrifiée par ce qu'elle ne faisait qu'apercevoir à la lueur de la bougie. Elle tendit la main pour toucher ce « A » qu'elle voyait au niveau des reins de son ami. Elle effleura la cicatrice, faisant frissonner Sacha.

-Excuse-moi, chuchota-t-elle, je… Bon dieu, mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

Sacha ne répondit pas et elle continua à examiner le dos de son ami, qui était couvert de fines stries, la plupart étant cicatrisées mais certaines semblant plus récentes.

-On dirait… Des cicatrices de coups de fouet…

-892, très exactement. Oui.

Sentant ses yeux s'écarquiller d'horreur, Ondine frôla de nouveau le dos de son ami, comme si ce simple contact pouvait effacer les marques. Elle ne perçut pas le trouble de Sacha qui s'éclaircit la gorge.

-Tu… Tu voulais qu'on discute, il me semble.

-C'est vrai.

Ondine se ressaisit et cessa de caresser le dos de Sacha pour enfin attraper un onguent cicatrisant qui se trouvait à sa portée.

-Je… Tu… Tu m'as dit avoir des explications à me fournir.

-Oui.

Il grimaça face au picotement de l'onguent sur ses plaies à vif et bougea un peu. Ondine s'excusa de lui faire mal.

-Tu es très douce, à côté de Prof. Ce crétin prend un malin plaisir à me faire souffrir encore plus à chaque fois. J'ai toujours su qu'il était sadique…

Souriant, Ondine releva :

-« À chaque fois » ? Tu reviens souvent blessé comme ça ?

-Deux à trois fois par an seulement. La plupart du temps, c'est de la faute d'Artik, hein. Comme son attaque déflagration qui m'a quelque peu abîmé la jambe…

-Ça a dû te faire mal !

-Non, je n'ai quasiment plus de sensation dans cette jambe… Hé ! Doucement !

Ondine venait de le griffer en entendant sa réplique, choquée de se rendre compte à quel point il était blessé.

-Désolée. Cette Ligue te fait vraiment beaucoup de mal.

-Oui, c'est vrai. Pikachu, Dracaufeu, Hélédelle, Jungko et moi avons énormément souffert, dans des entrainements toujours plus durs, dans des matches d'une violence que je t'épargne parce que je sais que tu méprises tout ça, la Ligue, nos matches et… moi… Mais… Tu te trompes sur un point.

-Lequel ?

-Jamais, jamais je ne permettrai qu'on fasse du mal à nos Pokémons. Avant de me mettre à la recherche de cette Ligue, je leur ai demandé s'ils voulaient me suivre. Certains ont dit non, comme Macronium et Écrapince, d'autres ont dit oui. Je ne force personne à me suivre. Et…

Il se tut. Ne pas dire à Ondine que la seule fois où il les avait poussés à faire quelque chose de répréhensible, c'était pour commettre des meurtres. Ne pas non plus lui dire qu'il avait combattu sous l'effet de stupéfiants.

Elle ne chercha pas à connaître la suite de sa phrase, s'asseyant à côté de lui, pour soigner une vilaine coupure sur son épaule gauche. Masquant son trouble, peu habitué à une telle proximité et évitant de penser qu'il pourrait l'embrasser si facilement, il reprit.

-Et Aura et Combo sont sûrement les seuls monstres de cette Ligue. C'est vrai qu'on est tous un peu fous, là-dedans, mais la plupart sont des hommes de bien. C'est dangereux, ça c'est certain, mais c'est tellement excitant, le danger… Je ne devrais pas te dire ça… Ça ne plaide pas en ma faveur.

-Pas vraiment non.

-Tu n'aurais jamais dû être mêlée à ça. Et je suis sincèrement désolé de tout ce que tu as dû vivre…

Il tourna la tête et de sa main droite, il caressa le visage d'Ondine, à l'endroit où elle commençait à avoir un hématome à cause d'Aura. Ondine releva la tête et cessa de s'occuper de sa blessure pour le regarder dans les yeux.

Sacha bougea sa main caressant les cheveux d'Ondine, redescendant le long de sa joue et elle ferma les yeux pour savourer la caresse. Elle en oubliait presque qu'elle lui en voulait pour le mensonge, elle avait eu si peur de le perdre. Elle sentait au fond d'elle que c'était un de ces moments qui arrêtent le temps, un de ceux qu'il faut savourer sans penser aux conséquences. Son cœur rata un battement quand elle rouvrit les yeux et vit Sacha lui sourire, un sourire doux, un sourire désolé aussi, comme s'il s'excusait de ce qu'il s'apprêtait à faire. Elle le vit se pencher vers elle et son cœur s'emballa. Il s'arrêta pour murmurer.

-Pardonne-moi.

Puis il frôla ses lèvres des siennes, avant de finalement l'embrasser.

Si elle était dans un rêve, surtout, elle ne voulait pas se réveiller. Alors c'était ça, un baiser de Sacha, c'était cette explosion de bonheur qu'elle ressentait dans son cœur ? C'était ça, un baiser de Sacha ? Toutes ses sensations semblaient vouloir se diriger vers son cœur et vers son visage, comme pour qu'elle se souvienne à tout jamais de ce baiser, le plus beau qu'elle n'ait jamais reçu, encore meilleur que dans ses rêves parce que tellement vrai.

La lumière qui s'alluma, effaçant la lueur tamisée de la bougie cassa l'instant. Sacha s'écarta d'Ondine, semblant réaliser ce qu'il était en train de faire. Il passa ses deux mains sur son visage, dans une tentative futile pour trouver une explication plausible à ce baiser qu'il venait de lui arracher. Il se sentait vraiment mal. Pourtant, il s'était juré de ne jamais, jamais faire une chose pareille.

-Je suis vraiment con, chuchota-t-il avant de remettre son tee-shirt.

Évitant de regarder Ondine, il se leva.

-Je… suis désolé. Oublie ça…

Puis il sortit de la pièce, sans jeter un regard à Ondine, sans même réaliser qu'elle lui avait rendu son baiser et qu'elle l'avait attendu pendant des années entières. Ce fut au tour d'Ondine de se traiter d'idiote. Comment avait-elle pu imaginer ne serait-ce qu'un instant qu'il… Elle passa sa main dans ses cheveux et souffla la bougie. Si l'électricité était revenue, c'est que Pikachu était rétabli et qu'il avait pu recharger le générateur. Il fallait qu'elle se lève et qu'elle oublie ce baiser pour se concentrer sur son problème actuel. Elle s'insulta mentalement. Non, son problème actuel n'était pas de découvrir comment Sacha avait appris à embrasser de cette façon si… Se sortir ça de la tête. Se concentrer sur Artik. Il fallait le sortir du Mont Couronné. Absolument.

Elle se leva et sortit de la chambre, évita de regarder en direction de Sacha et croisa le regard de Flora qui fondit en sanglots et se jeta dans ses bras.

-Ondine, je suis désolée, désolée de m'être enfuie, je suis la dernière des lâches, une abrutie, je mériterais qu'on me jette dans la fosse aux lions et qu'on me laisse crever dans d'atroces souffrances. J'aurais jamais dû vous abandonner, je suis désolée, je me sens si nulle…

-Hey, Flo, du calme… Je ne t'en veux pas, j'aurais eu la même réaction… Et puis, si tu n'avais pas réussi à échapper à Combo, jamais on n'aurait pu prévenir Prof et soigner Pikachu et Sacha. C'est grâce à toi, tout ça.

Flora renifla dans le cou d'Ondine.

-Tu le penses vraiment ?

-Oui, bien sûr.

-J'me sens nulle quand même.

-Ondine a raison, fillette, intervint une grosse voix venue de derrière.

Tout le monde se retourna vers elle et eut la surprise de découvrir Attila, qui portait Artik sur son dos.


Fin du chapitreuh ! À la semaine prochaine les enfants ! Soyez sages !