Yo !

Oui, j'ai royalement sauté janvier et février, j'avais la flemme d'écrire le nouvel an (y a trop de fêtes dans cette fic, et moi j'en fais presque jamais alors forcément y a un moment ça bloque) et puis la Saint Valentin aurait rien apporté à l'histoire. Alors nous voilà en mars. Parce que là, au moins, il se passe un truc. Aussi, ce chapitre est un peu plus court que les autres, mais de base je m'étais dit entre 3k et 4k donc c'est ça qui devrait être la longueur normale.

Merci à Laemia, Leptitloir, Hylliy, Ima Nonyme et Linklecreusois pour leurs commentaires !

Bonne lecture !

Xenos chronicles

Partie 2 : A perfect sonnet

Chapitre 6 : Tattooless

.Mars.

.

« Quel couple de niais. »

Vanitas sirotait son troisième verre de vin du déjeuner et n'avait de cesse de se plaindre de la mièvrerie écœurante de cette journée. Sora et Kairi se regardaient comme les imbéciles heureux qu'ils étaient, et tout le monde semblait trouver ça merveilleux, magnifique, louable, en somme, et ils ne se gênaient pas pour les louer, justement. Et pour couronner le tout, un sublime soleil enchantait l'assemblée, et puis il ne faisait même pas froid. Si encore une personne faisait l'éloge de cette journée ou de quoi que ce soit qui s'y rapportait, Vanitas allait commettre un meurtre.

« Ils sont plutôt beaux, non ? »

Il se retourna d'un bond, quittant l'arbre auquel il était adossé, ayant vainement espéré échapper ainsi aux invités du mariage, si prompts à s'enivrer de guimauve. Face à lui, un type qu'il ne connaissait même pas, plus grand que lui et les yeux bouffis de fierté. Il avait le même regard que Zéla et Xenos – et que les parents de Sora dont Vanitas avait de toute façon oublié le nom – et ça rendait une figure dérangeante.

« D'où tu me causes ?

— Ça fait un bail, non ? »

Vanitas pencha la tête sur le côté. Un bail que quoi ? L'autre rit sa circonspection avec un rire avant de lui proposer une cigarette, que Vanitas accepta sans refuser.

« Je suis vexé, tout de même, Vanitâche (1). »

Vanitas s'étouffa avec sa fumée. Ce nom lui rappelait trop de souvenirs horribles. Il jeta un regard incrédule à l'autre.

« Ricouille (2) ?

— En personne. »

À cette réplique, Riku balaya ses longues mèches argentées d'un revers de main comme s'il se croyait dans une pub pour du shampoing. Riku et Vanitas avaient derrière eux un long passif de détestation et de crasses interposées. Enfin, un long passif. Quelque chose comme trois semaines, treize ans plus tôt. À l'époque, pour Vanitas, c'était l'éternité. Il ne l'avait pas revu depuis mais il avait gardé de cet été chez ses cousins un souvenir amer et agressif. Pourtant, l'image de son Némésis à durée déterminée ne lui inspirait pas tant de haine qu'il aurait cru.

« T'as pas changé.

— Bien sûr que si. Sinon tu m'aurais reconnu.

— Je me disais que cet air abruti me disait quelque chose, sans parvenir à remettre le doigt dessus. Là, c'est évident. Y a que toi pour avoir l'air aussi con.

— Toi, t'as pas changé. Tu parles toujours comme la cuvette d'une toilette publique.

— Et ta mère ?

— Elle va beaucoup mieux depuis qu'elle a oublié ton visage. »

Vanitas eut un rire sec avant de faire le tour de l'assemblée du regard.

« T'es venu seul, Ricouille ? Avoue, tu as espéré, jusqu'à vos dix-huit ans, que ça soit toi l'âme-sœur de Kairi.

— Quoi ? T'es horrible. J'aurais préféré être celui de Sora, et de loin. »

Vanitas haussa un sourcil circonspect. Il n'aurait jamais cru que Riku-homme-parfait serait de ce bord-là.

« Et toi ? Pas d'âme-sœur qui aie voulu de toi ? Tu l'as rencontrée et elle a plus jamais voulu te voir. »

À ces mots, Vanitas prit un air sombre et baissa la tête, inspirant dans son tube à cancer. Riku s'alarma immédiatement, posant une main sur son épaule, qui fut bien entendu repoussée.

« Ouais, à peu près … »

Riku passa la main dans ses cheveux, l'air de se traiter mentalement de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables.

« Vanitas, je suis désolé, je savais pas … Ça doit pas être facile, pour toi, les mariages, vraiment … »

Le plus âgé contemplait sérieusement l'idée de demander à se faire couper les cordes vocales en voyant Vanitas sangloter. Les sanglots enflèrent, enflèrent lourdement, jusqu'à se transformer en un rire tonitruant. Il y eut bien vingt secondes où Riku fixa le spectacle, déphasé, avant que Vanitas ne lui mette une grande tape dans le dos et lui tire la langue, enfin calmé.

« Je déconne, putain, t'es toujours aussi crédule, c'est impressionnant ! À ce niveau c'est du talent ! Nan, en vrai, j'ai pas d'âme-sœur.

— Ah.

— Me dis pas que t'es désolé. C'est chiant.

— Je sais. J'en ai pas non plus. »

Vanitas nota l'information quelque part dans sa tête, comme un mémo pour plus tard. Pour quoi plus tard, il ne savait pas encore.

.

Vanitas était soûl. C'était de toute façon nécessaire pour supporter sa famille, et cette dernière avait fini par considérer l'ébriété comme son état naturel. Il avait failli se battre avec un autre invité qui avait eu le malheur de prendre la dernière tartelette à la framboise, il avait mis des araignées dans les verres de cinq enfants dont trois s'étaient mis à pleurer, et pour arrêter les dégâts sa sœur l'avait emmené dans le parc associé au petit manoir loué pour l'occasion et l'avait planté là en voyant qu'elle ne pourrait rien tirer de lui. Légèrement ivre également, elle avait tenté de l'attacher à un banc avec son foulard, mais le nœud s'était défait en quelques secondes à peine, et s'était donc contentée de lui lancer un regard d'avertissement qui n'aurait aucune répercussion sur la potentielle culpabilité de Vanitas à accomplir le mal. Cependant, il n'avait pas bougé, trop occupé à compter tous les nuages à la forme plus ou moins phallique. C'était une activité passionnante. Sauf qu'avec l'obscurité qui arrivait, il voyait de moins en moins bien. À la vérité, il ne savait même plus dans quelle direction il devait aller s'il voulait rejoindre la cérémonie, et ça lui allait très bien. Ça ferait les pieds à Xion, de s'inquiéter, tiens.

« Ta sœur te cherche partout. »

Déjà ? Il devait regarder les nuages depuis plus longtemps qu'il ne pensait.

« C'est elle qui m'a amené ici, j'ai à peine bougé.

— À peine bougé ? Ça fait une demi-heure que je marche dans le même direction. »

Le parc était grand, alors. Pourtant, le paysage ne changeait pas, les arbres étaient semblables. Ennuyant.

« Tu as marché une demi-heure pour me retrouver ? Je suis flatté. Tu es venu me chercher pour fuir la fête ou parce que t'avais envie de tirer un coup avec moi ?

— T'es con. Allez, on bouge. Je préviens Xion. »

Vanitas se releva, se rendant tout à coup compte qu'il était assis dans l'herbe humide. Il avait le cul gelé, tiens. Il suivit Riku sans un mot, motivé par la perspective d'un lit et d'une couette. Et peut-être d'une dernière coupe de champagne. La promenade passa comme un coup de vent, et Vanitas eut l'impression d'avoir été téléporté du parc à sa chambre. Il eut l'agréable surprise de trouver dans celle-ci un réfrigérateur avec une microscopique bouteille de champagne, prévue pour les buveurs solitaires comme lui. Il but au goulot avant de s'affaler dans les draps propres, satisfait. Une corvée de faite.

.

Le réveil sonna sans que Vanitas l'aie programmé, et il maudit sa sœur dès qu'il eut regagné un semblant de conscience. Il détestait les petit-déjeuners en famille, cordialement, mais il savait qu'il n'avait à présent plus aucune excuse pour louper celui-ci. Xion avait posé son téléphone, coupable malfaisant de l'alarme, à l'autre bout de la chance, et elle savait qu'une fois que Vanitas avait quitté le lit, il lui était presque impossible de se rendormir. Il allait donc devoir supporter les claquements de voix et les rires tonitruants des lève-tôt dissous dans sa tasse de café. Il grogna en rajustant sa chemise. Elle était toute froissée de sa nuit, mais il n'avait de toute façon rien de plus présentable à enfiler.

Le restaurant du manoir était bruyant, comme il s'en était douté, et les enfants couraient autour de la table en renversant leur chocolat chaud. Par réflexe, Vanitas alluma une cigarette en servant son café, mais une tape sur la tête le rappela à l'ordre.

« Va dehors pour fumer. »

Il grogna en tirant une latte de sa cigarette, qui lui fut arrachée des mains. Il vit Xion marcher jusqu'à la grande porte et la suivit sans conviction. Une fois dehors, on lui rendit son bien. Il s'assit sur les marches, serrant ses jambes. Il faisait beau, mais la matinée était fraîche. Il ouvrit la bouche pour engager la conversation avec sa sœur, mais la vit tourner des talons.

« Tu t'en vas ?

— Je vais réveiller Roxas. C'est dingue comme il a le sommeil lourd. »

Sans même lui claquer une bise sur la joue, elle disparut. La porte se rouvrit aussitôt et Vanitas sourit. Il savait bien que sa sœur ne le quitterait pas sans au moins lui dire bonjour.

« Salut. »

Mais ça n'était pas la voix de Xion. Il fronça le nez, déçu, et marmonna une salutation peu claire.

« Tu broies du noir de si bon matin ? »

À côté de lui, Riku s'assit. Vanitas sentait son regard sur lui.

« Je broie pas du noir, j'évite la foule. Mais ma clope est presque finie et j'ai pas d'excuse pour remonter. Fais chier.

— T'as qu'à venir dans ma chambre. »

C'était innocent, sans doute, mais Vanitas ne put s'empêcher de sourire d'un air carnivore. Il jeta un regard oblique à Riku, qui leva les yeux au ciel.

« Pas dans ce sens là, abruti.

— Et pourquoi pas ? »

Riku eut un mouvement de recul et fixa Vanitas, ne sachant s'il était sérieux ou non. Peut-être que c'était parce qu'il en avait envie, aussi, ou peut-être juste parce que Vanitas lui faisait pitié avec sa mine de chien abandonné. Mais il accepta, implicitement.

.Avril.

« Poisson d'avril ! »

Zexion n'avait aucune idée de la manière dont il était supposé prendre ça. Il s'était levé une heure plus tôt, s'était préparé à passer la journée à lire, et tout à coup, un Demyx apparaissait devant sa porte, comme si de rien.

« Haha, surpris, hein ? »

Zexion se massa le crâne en poussant la porte pour laisser son âme-sœur entrer. C'était tellement le genre de Demyx, de débarquer sans prévenir, mais il n'arrivait toujours pas à s'y attendre.

« Wah, c'est super bien rangé, la vache !

— C'était bien rangé la dernière fois que tu es venu aussi, imbécile. »

Demyx tourna la tête vers lui avec un sourire ballot, avant de faire le tour de l'appartement. Il n'y avait que deux pièces, un salon avec cuisine américaine et la chambre. Les murs étaient presque tous recouverts d'étagères remplies de livres, ce qui donnait à l'appartement l'allure et l'odeur d'une bibliothèque. La première fois que Demyx était entré, il avait été surpris, en demandant d'un air abasourdi combien il pouvait bien y avoir de livres là-dedans, d'entendre Zexion lui répondre aussi sec « Huit-cent trente deux, neuf-cent cinq en comptant les bandes dessinées. Mais je ne les ai pas encore tous lus. ». À la vérité, Zexion avait même, tout en bas d'une des bibliothèques du salon, deux énormes classeurs contenant les fiches de chacun de ses livres, qu'il remettait régulièrement à jour – il fallait dire qu'il achetait au moins quinze livres par mois, et en lisait parfois plus encore, s'il ne revoyait pas son classement toutes les semaines, il serait vite dépassé.

« Oui mais je croyais que tu avais rangé exprès. Même ta chambre est rangée ! Ah ! Non, j'ai trouvé du bordel ! La pile de livre était pas là la dernière fois ! »

Rejoignant Demyx dans la chambre, Zexion put en effet voir la dite pile, seul élément pas encore rangé.

« Je les ai achetés hier.

— Mais il y en a au moins dix !

— Ah, tant que j'y pense. Tu avais bien aimé La prière d'Audubon, non ?

— Tu déconnes ? C'était génial !

— La librairie où j'étais hier avait Pierrot-la-Gravité en stock. C'est du même auteur. Tiens.

— Mais tu l'as pas encore lu, et je vais mettre des plombes, moi !

— Prends-le, j'en ai d'autres à lire. Et puis ça te motivera à lire tous les jours.

— J'essaierai, mais ne te fais pas trop d'espoir non plus. Ah, j'ai ramené des croissants. Tu as déjà petit-déjeuné ?

— Oui. »

Demyx eut une moue déçue qui fendit le cœur de Zexion. Le bleuté soupira en se dirigeant vers la cuisine.

« Je fais du café.

— Ouais !

— Le lait est au frigo et le sucre dans le placard du haut. »

Demyx acquiesça et se mit au travail. Le petit-déjeuner avait toujours été son repas préféré, celui qu'il aimait le plus partager. Fait qui s'avérait compliqué pour l'éternel lève-tard qu'il était. Alors forcément, il était heureux de pouvoir prendre café et croissants avec Zexion.

Parfois, cela l'étonnait lui-même, à quel point ils étaient devenus proches. En fait, il se sidérait de la patience que Zexion pouvait avoir à son égard. De ce qu'on lui avait dit, Demyx se savait difficile à supporter, perpétuellement excité et trop bruyant. Il avait craint, quand ils s'étaient rencontrés, que Zexion ne soit révulsé par ça. Le bleuté était après tout l'exact inverse de lui, calme, mesuré et introverti. Pourtant, il n'y avait jamais eu de malaise entre eux, et ils se complétaient au final assez bien. Il arrivait, parfois, que Zexion aie une période où il se montre distant, mais c'était rare, et ce devait être dans son caractère. Aucune discorde, aucune mésentente entre eux. Et ils allaient petit-déjeuner ensemble.

Demyx dressa la table, farfouillant dans l'appartement pour trouver une nappe, de jolies tasses et des sets de table. Il sortit le jus d'orange, le lait, le sucre et le miel. L'odeur du café s'élevait doucement, chaude, et c'était le genre d'attention que Demyx appréciait particulièrement. Il savait bien que Zexion préférait le thé.

.

« Il est où ton cendrier ? »

Vanitas releva mollement la tête de son oreiller pour regarder son meilleur ami, légèrement perdu dans le brouhaha ambiant.

« Sur la table de chevet.

— Bah non.

— Alors par terre, à côté.

— En effet. »

Vanitas se retourna sur le dos, fixant le plafond. Il fit signe à Pitch de lui donner une cigarette et sourit en le sentant la lui allumer. Ça ne lui faisait définitivement plus rien. Depuis Noël, ils avaient recommencé à se voir, comme avant, et peu à peu, Vanitas avait vu ses sentiments pour Black disparaître. À présent, il était plus serein. Il sentait qu'il resterait toujours en lui une trace, un reste de l'amour qu'il avait un jour éprouvé pour son meilleur ami, mais ça ne le torturait plus. Son psy disait que c'était peut-être grâce à Riku, qu'il avait revu plusieurs fois, mais il ne le croyait pas vraiment. Riku était un plan cul comme un autre, juste plus régulier.

« Au fait, ça fait un sacré temps qu'Axel est pas venu au bar, non ? Il n'avait de cesse de venir, tout l'hiver.

— Hm ? Il est allé bosser dans le Sud quelques mois. »

Pitch acquiesça simplement. Axel était parti dans le sud, et c'était un indicible soulagement pour Vanitas. Il avait déjà assez de mal à gérer le flux continu de messages que lui envoyait le roux – d'où il savait ce qu'il savait – mais sa présence au bar était un peu plus que de trop.

« Mince. Je lui avait prêté un CD, j'aurais bien voulu qu'il me le rende.

— T'as fait pote avec lui ?

— Comme tu lui fous des vents à chaque fois on a pas mal parlé. Il s'intéresse beaucoup à toi.

— Je sais. Il soûle.

— Tu veux qu'on le mette sur la liste noire ?

— Pas con. Quand il t'aura rendu ton CD, on fera ça. »

.Mai.

« Nouna ? »

La vieille femme jeta un coup d'œil vers la porte, abandonnant sa partie de Solitaire pour aller ouvrir.

« Qu'est-ce qui t'amène, ma petite Xion ?

— Je voulais te voir.

— Allez, entre, j'ai fait du café. Théos ! Théos, mon amour, tu voudrais nous installer la petite table dehors !

— Dans une minute ! »

Nouritsa, satisfaite, darda à nouveau ses yeux perçants sur sa petite-fille, qui laissait traîner ses doigts sur les vieux meubles en bois. Elle adorait l'odeur de cette maison.

« Allez, parle, ma petite. Je sais que tu as quelque chose à me demander. Je suis née sept jours avant les muses, ne l'oublie pas.

— Comment oublier, Nouna, tu le dis tout le temps. C'est vrai, j'ai quelque chose à te demander. Est-ce qu'on peut prendre un café d'abord ? Ça fait longtemps que je n'ai pas été dans le jardin.

— Bien sûr. Je suis contente que tu sois là. On ne se voit pas assez, n'est-ce pas ? Oh, je sais bien que tu es très occupée. D'ailleurs, si tu vois ton frère, dis-lui de venir me rendre visite bientôt. Ce vaurien ne donne même pas signe de vie. Dis-lui aussi que l'amélanchier est en fleur. C'était son arbre préféré, quand il était petit.

— Je lui dirai.

— Tu as une petite mine. Est-ce que tu manges bien, chez toi ? Je dois bien avoir un reste de tarte au chocolat. Qu'est-ce que tu fais plantée là ? Va, va t'asseoir. J'ai mal à la tête …

— Tu veux que je demande tes cachets à Théos ?

— Laisse, ils sont dans mon sac. Va t'asseoir, j'ai dit. »

Xion sourit, amenant le sac de sa grand-mère avec elle. Cette maison avait toujours le goût de l'enfance et elle sentait qu'ici, elle aurait toujours le droit d'être une petite fille. Elle s'installa sur la petite table que Théos venait de sortir, et l'embrassa doucement. Il avait beau se faire vieux, ses bras étaient toujours aussi forts et chauds. Elle lui proposa de boire un café avec elles, mais son grand-père argua que Nouritsa avait prédit entre elles une conversation de femmes. Elle le laissa s'envoler en riant, et accueillit sa grand-mère, venue elle aussi s'asseoir. Nouritsa servit deux tasses de café, deux parts de tarte, et posa cendrier et briquet sur la table.

« Dis-moi, comment vas-tu, Xion ?

— Bien. Très bien. Je suis un peu fatiguée, mais ça va. Les examens approchent.

— Et avec eux, les vacances. Tu es une fille intelligente, je sais que tu vas y arriver. Tu sais ce que tu vas faire l'année prochaine ?

— Pas vraiment.

— Tu avais prévu de partir à l'étranger, c'est ça ?

— Oui. Mais avec Roxas … Je ne veux pas dire par là qu'il m'en empêcherait ou quoi que ce soit. Mais même à moi, ça me ferait étrange de le quitter si longtemps, juste après l'avoir trouvé. Tu vois ?

— Je vois très bien. N'oublie jamais que c'est ton choix. Tu sais, quand j'ai rencontré ton grand-père, j'étais en voyage à l'autre bout du pays. Je l'ai rencontré la veille de mon départ, dans une guinguette où ils passaient du jazz et un peu de rock. Je n'en ai pas cru mes oreilles. On a passé la soirée ensemble. Je n'ai pas osé lui dire que je partais le lendemain, alors j'ai juste glissé mon adresse dans son porte-feuille. J'ai regardé ma boîte aux lettres tous les matins pendant des semaines quand je suis rentrée. Quand j'ai enfin reçu un courrier de sa part, il était assez en colère que je ne l'aie pas prévenu. Il disait m'avoir attendu tous les soirs à la guinguette, et qu'il avait eu peur de ne jamais plus me revoir. Après ça, on s'est écrit pendant presque six mois avant de se revoir. Et ça ne nous a jamais empêchés de nous aimer.

— Tu ne m'avais jamais raconté cette histoire.

— Oh ! C'est normal. Nous, les vieilles personnes, nous avons beaucoup vécu, beaucoup à raconter, mais il nous plaît toujours d'écouter les plus jeunes. Vous avez plus besoin d'oreilles attentives que nous.

— C'est pas vrai. Vava adore raconter ses histoires.

— Oui, mais Vava, c'est différent. Elle parle trop. Et puis elle raconte toujours les mêmes histoires.

— Comme celle où son mari a tiré sur le mur à côté du poissonnier parce qu'il lui avait fait payer trop cher ! Je me souviens. Et celle où Papa a volé son alcool. Où quand il a coupé son jean neuf pour en faire un short.

— Des histoires stupides mais divertissantes, n'est-ce pas ?

— Tu n'aimes pas Vava ?

— Ça n'est pas une question de l'aimer ou de ne pas l'aimer. Si je devais choisir, je dirais que je l'aime. Elle a beaucoup de bons côtés. Elle est très généreuse, par exemple, et honnête.

— Mais ?

— Mais elle est très désagréable et j'ai souvent envie qu'elle se taise. »

Xion éclata de rire face à l'honnêteté de sa grand-mère. Vava n'était sans doute pas la femme la plus facile à vivre de l'univers, avec ses manies de commère et sa voix criarde. Buvant la dernière gorgée de sa tasse de café, Xion la retourna sur la soucoupe.

« Nouna … Tu veux bien me lire le marc ?

— Bien sûr. »

Nouritsa se saisit de la tasse retournée et de la soucoupe et fit des gestes que Xion ne comprit pas. La jeune femme se triturait les mains, et finit par allumer une cigarette pour cesser de gigoter. Elle savait que ça pouvait gêner la concentration de sa grand-mère. Finalement, Nouritsa reposa la coupelle en souriant.

« Alors ? Qu'est-ce que ça dit ?

— Que tu seras heureuse.

— C'est tout ? Rien sur mon âme-sœur ?

— Rien. Avec ou sans on tatouage, tu seras heureuse. C'est tout. »

.

I believe that lovers should be chained together,

And thrown into a fire with their songs and letters,

And left there to burn,

Left there to burn in their arrogance.

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(1) : Crédits à … AsterRealm, je crois ? Je sais plus. Désolée. C'était un truc avec Ventruffe et Vanitâche, et c'était très drôle.

(2) : Crédits à Isthun, auteur de la saga MP3 Kingdom Paf.

Aussi, vous avez remarqué ? En quatre chapitres, Vanitas se tape quatre personnages différents. J'ai même pas fait exprès. Mais ça me fait rire. Voilà. Information inutile. Review ?