9.

A la fin de l'Intervention, Aldéran avait rassemblé les membres de son Unité.

En l'absence de Soreyn et pour la première fois depuis longtemps, ils avaient eu chaud aux oreilles et ceux qui braquaient les stations d'énergie avaient tout bonnement menacé de tout faire sauter !

Et sans la venue de l'Unité Mammouth en renfort, la situation aurait pu vraiment très mal finir !

Aldéran se débarrassa de sa tenue d'assaut sur le plancher du Van.

- On se fait le débriefing dès notre retour à l'AZ-37, tant que cet enchaînement de catastrophes est encore frais en tête… Pas possible une telle succession de malchances.

- L'orage se calme, remarqua Talvérya qui en tant que plante avait plutôt apprécié le déluge !

- Oui, maintenant que tout est terminé, on recommence à y voir clair alors que c'était comme en pleine nuit au moment où on était quasiment au corps à corps !

Le jeune homme soupira, basculant la fréquence de son communicateur.

- Skendromme à Centrale du GD-12, demande d'appui annulée.

- Tout va bien, Colonel ?

- La situation est sous contrôle.

Daleyna se rapprocha.

- Tu avais fait appel au Bureau du Colonel Kendeler ?

- L'Unité Léviathan était de sortie, à un pâté de maisons.

- Tu as gardé des contacts avec le GD-12 ? !

- Oui. Myron m'avait dit que vu que nos zones d'action se jouxtent, on pouvait échanger nos services, juste un avant goût de ce qui nous attend d'ici la fin du mois !

- Lui et toi avez d'autres dispositions de ce genre ? interrogea Yélyne Movrik.

- Quelques-unes. Mais ce n'est pas de nos initiatives. Ce sont les ordres de la hiérarchie afin que la transition se fasse au mieux. Oui, il y a des liens étroits qui se sont tissés entre nos Bureaux pour que le transfert s'opère avec le moins de difficultés possible.

- As-tu eu des échos de cette Evaluation ? interrogea Darys alors que le Van franchissait l'enceinte de l'AZ-37 et plongeait vers les parkings souterrains.

- Non, et franchement je préfère ne pas savoir…

Aldéran sourit ensuite.

- Je n'ai pourtant pas l'intention de préparer mes caisses de déménagement de façon prématurée.

- Je l'espère bien ! lança Jelka depuis sa Centrale de Communications. Car ce n'est que dans mes cauchemars que je vois le Colonel Kendeler diriger l'AZ-37 ! C'est une option vraiment terrifiante pour moi, je peux te l'assurer – et nous sommes nombreux à partager cet avis !

- Je ne l'ignore pas. Mais vous autant que moi n'aurons le choix… Tous en salle de débriefing !


Attendant sagement en compagnie de Mielle dans la cour de récréation de la Maternelle, Alguénor courut se précipiter dans les bras de son père quand celui-ci descendit de son tout-terrain.

- Papa !

Le jeune homme tournoya sur lui-même, son fils à bout de bras.

- Heureux de ta journée, mon petit chéri ?

- Je me suis bien amusé. Je t'ai fait un dessin, se réjouit le petit en lui mettant sous le nez une feuille où les tracés multicolores partaient dans tous les sens.

- C'est très joli. Je le mettrai au mur, au travail, avec tous les autres.

- Chouette !

Aldéran avait installé l'enfant dans son siège tandis que Mielle pouvait alors repartir chez elle avec son véhicule personnel.

- J'ai appelé maman, elle a pu rentrer tôt de son boulot et elle a promis de nous faire un cheese-cake.

- J'aime !

- Elle et moi le savons, sourit le jeune homme via le rétroviseur intérieur. Tu as déjà une idée de ce que tu voudras manger ce soir ?

Le garçonnet gloussa.

- Devine, papa !

- Saucisse aux oignons.

- Oui ! De la fine saucisse, précisa Alguénor.

- Comme tu voudras. C'est ta maman qui préparera ton assiette, moi je mange dehors. Allez, raconte-moi ta journée.

Et tout en écoutant son fils lui rapporter ses découvertes et jeux, Aldéran se glissa dans la circulation pour revenir à l'appartement.

10.

Contrairement à la fois précédente, les salles du Coin du feu étaient désertes, les chaises renversées sur les tables et seul un éclairage minimal donnait une faible luminosité.

Derrière le comptoir, Myron fit signe à Aldéran de s'approcher.

- Vide ? s'enquit le jeune homme.

- Un jeudi soir par mois mon ami ferme afin de s'occuper de sa comptabilité. Mais il me laisse régulièrement les clés si j'ai envie de recevoir tranquillement une connaissance.

- C'est sympa de sa part, commenta laconiquement Aldéran en s'asseyant sur le haut tabouret.

Le Coin du feu désert, l'endroit semblait beaucoup moins convivial, c'était peu de le dire, plutôt angoissant même ! Les salles étaient silencieuses, le peu de lumière rendant l'atmosphère oppressante et la jovialité affichée par Myron était également déstabilisante.

Se forçant à ne penser qu'au plaisir immédiat de la soirée, Aldéran se détendit légèrement même si une petite voix lui soufflait que Myron était trop aimable être honnête !

- Goûtez-moi ce cocktail, fit le géant chauve en posant deux verres ballons emplis d'un liquide laiteux, crémeux, une fine pellicule jaune à la surface.

Aldéran avala quelques gorgées, tressaillit sous le dosage en alcool mais curieusement le cocktail était doux à l'estomac.

- Je ne connais pas ce mélange…

- Trois doigts de jumon, un de sylfis, à noyer dans le lait fouetté et un jet d'émulsion de fruits jaunes. Une création personnelle.

- J'aime assez.

- J'espère que vous ne voyez pas d'inconvénient au fait que je demeure de ce côté du comptoir et que nous en partagions ce coin tout à l'heure ? La cuisine étant juste derrière ce mur, j'ai plus facile à surveiller mes plats.

- J'ai l'habitude. Un ami à moi œuvre dans une disposition assez identique. Vous cuisinez bien ?

- Je me débrouille. Poisson et légumes vapeur avec une purée ne réclame guère de talents ! Oui, il ne fallait pas s'attendre à de la cuisine gastronomique avec moi !

- Je n'attendais rien de particulier. J'avais aimé le côté table de brasserie l'autre fois.

Aldéran se frotta le bout du nez.

- M'apprendrez-vous enfin la raison de cette invitation ? Je ne comprends pas bien… Il semble que nous ayons assez bien géré la rivalité imposée par la Fusion, mais pas au point de finir par nous donner des claques dans le dos ! Et encore moins depuis cette Evaluation !

Le jeune homme eut une mimique entre le sourire et la grimace.

- A moins, bien sûr que vous ne disposiez de contacts au plus près de la Coordinatrice… et que vous ne sachiez déjà !

- Si tel était le cas, bien que je sois conscient d'avoir un certain nombre de défauts, je ne vous aurais pas convié pour fêter ma nomination !

- Pour quelle raison, alors ?

- Juste envie de vous connaître mieux que d'après le dossier dont j'ai eu copie, tout comme vous me concernant !
Comme vous venez de le dire, la rivalité est terminée, les dés sont jetés ! conclut Myron en posant les assiettes fumantes sur le comptoir.

- Franchement, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais vous apprendre, d'intéressant… Hum, ce poisson est vraiment d'une exceptionnelle fraîcheur !

- Vous accepteriez me parler de ces longues périodes de congé. Que pouvez-vous donc bien faire durant toutes ces semaines ?

- Ca vous ennuierait, susurra le jeune homme. Je peux vous retourner la question, en sens inverse : quasi pas de jours de maladie et vous ne prenez pas le dixième de vos congés ! ?

- Vu que je n'ai rien à faire durant ces congés, pourquoi les prendre ? rétorqua légèrement le Colonel du GD-12. Ce n'est qu'au Bureau que je me sente bien !

- Quelle vie passionnante, grinça Aldéran en finissant son assiette alors que tout indiquait qu'il n'y aura pas du rab'. Dessert ?

- Je doute qu'une crème chocolatée industrielle vous satisfasse. Je propose que l'on passe directement au café et au digestif. J'ai une liqueur de baies dont vous me direz des nouvelles !


Shérynale avait accueilli les deux visiteurs, les avait fait patienter… avant qu'ils ne s'agitent.

Elle passa à nouveau trois appels durant les minutes suivantes avant de se lever.

- Je suis désolée, Mme Hendron, Lieutenant Ouzer, mais le Colonel Skendromme n'est pas rentré chez lui cette nuit, n'a pas pris son service ce matin, et il est injoignable.